| Bientôt
le lancement d’un programme de développement de l’élevage
de 25 milliards de francs C.F.A.
L’Autorité de développement
intégré de la région du Liptako-Gourma,
connue aussi sous le sigle A.L.G., est une des plus anciennes
organisations de coopération de la sous-région
qui a la particularité d’opérer dans une zone
composée de portions de territoires contiguës
au Burkina, au Mali et au Niger.
Depuis plus de trois décennies, les domaines d’intervention
de l’A.L.G. sont essentiellement : le désenclavement
de la zone, la sécurité alimentaire, l’hydraulique,
la promotion de la santé, l’éducation, la protection
de l’environnement. Toutes choses qui se ramènent à
un concept en vogue aujourd’hui : la lutte contre la pauvreté.
A la veille d’un sommet des chefs d’Etat de l’Autorité
du Liptako-Gourma qui doit se tenir à Gao au Mali,
notre confrère Martin KABORE (D.C.P.M. du M.E.DEV)
a rencontré le Directeur général de l’A.L.G.
Ancien ministre nigérien de la Fonction publique puis
de l’Hydraulique et de l’Environnement, Monsieur Séni
Ali GADO est à la tête de l’A.L.G. depuis le
1er avril 2003. Il dresse l’état des lieux.

M. Séni
Ali DAGO (Costume sombre) entouré de l'ensemble de
ses collaborateurs au siège de l'Autorité à
Ouagadougou
Monsieur
le Directeur général, en dehors du Conseil de
l’Entente, l’Autorité de développement intégré
de la région du Liptako-Gourma (communément
appelée A.L.G.) est l’une des plus anciennes organisations
de la sous-région ouest-africaine. Et pourtant elle
demeure peu connue du grand public. Volonté de discrétion
ou refus délibéré de communiquer intensivement
?
Séni Ali GADO (S.A.G.) : Je ne
crois pas que l’Autorité de développement intégré
de la région du Liptako-Gourma (l’A.L.G.), créée
depuis le 03 décembre 1970 entre le Burkina Faso, la
République du Mali et la République du Niger
et qui fait partie effectivement de la première génération
d’organisations de coopération dans la sous-région,
refuse de communiquer. C’est plutôt à mon avis,
une volonté de discrétion qui a accompagné
la mise en œuvre des actions de l’institution. Il faut rappeler
que l’A.L.G. est une organisation de promotion de développement
régional à la base. Mais je conviens avec vous
que dans un contexte de mondialisation où la communication
joue un rôle très important dans la conduite
des actions, l’A.L.G. doit communiquer davantage pour faire
connaître ses réalisations et ses ambitions dans
le processus noble d’édification de l’intégration
dans notre sous-région.
Qu’est-ce
qui a conduit à la création de cette organisation,
quels objectifs lui étaient assignés au départ,
cette mission a-t-elle évolué au fil du temps
?
S.A.G. : La décision des trois
Chefs d’Etat des pays membres de créer l’A.L.G. était
fondée dans leur volonté de développer
la solidarité et la coopération entre leurs
Etats dans un cadre régional en vue du développement
intégré et harmonieux de la région du
Liptako-Gourma. Le mandat confié à l’Autorité
est de promouvoir le développement harmonieux et intégré
de la région du Liptako-Gourma, par la mise en valeur,
en commun, dans un cadre régional, des ressources minières,
énergétiques, hydrauliques, agropastorales et
piscicoles dans sa zone d’intervention. Cette mission n’a
pas connu une évolution, elle demeure toujours d’actualité,
compte tenu des défis de réduction du niveau
de la pauvreté des populations.
Pouvez-vous
nous retracer les grandes étapes qui ont marqué
la vie de l’A.L.G. ?
S.A.G. : Au titre des faits importants
ayant marqué la vie de notre institution, je peux citer
: tout d’abord, la mission pluridisciplinaire de la C.E.A./P.N.U.D.,
en 1969/1970, dont les conclusions ont recommandé aux
trois (3) Etats, de se regrouper dans une organisation pour
l’exploitation en commun de ressources de la région
du Liptako-Gourma. Il y a ensuite bien sûr la création
le 03 décembre 1970 à Ouagadougou de l’A.L.G.
et l’adoption d’un programme d’urgence en 1972. La stratégie
d’intervention a été adoptée en 1989
puis relue en 1999. Le principe de la programmation triennale
glissante a été adopté en 1996. Le premier
programme triennal d’investissements (P.T.I.) de l’A.L.G.
a été élaboré et mis en œuvre
en 1998.
Le P.T.I./A.L.G. prend en compte les programmes sectoriels
dans les domaines de l’agriculture/élevage, de l’environnement/pêche,
de l’hydraulique, de l’énergie, des communications
(routes, télécommunications, chemin de fer,
navigation fluviale), de l’industrie/des mines et social (éducation/formation,
santé).
En mars 2003 s’est tenue, à Ouagadougou, une table
ronde multisectorielle des bailleurs de fonds sous l’égide
de la première Conférence extraordinaire des
Chefs d’Etat.
En décembre 2004, l’A.L.G. a bénéficié
d’un don du Groupe de la Banque africaine de développement
pour le financement d’un projet d’appui institutionnel, comprenant
un volet assistance technique et un volet renforcement des
capacités humaines et matérielles. L’objectif
de l’appui institutionnel est de permettre à l’A.L.G.
de se doter au terme du projet, d’un programme de développement
intégré de lutte contre la pauvreté pour
les quinze années à venir.
La zone
d’intervention de l’A.L.G. est à cheval sur des portions
de territoires contiguës au Burkina, au Mali et au Niger.
Est-ce à dire que d’une manière ou d’une autre
les frontières héritées de la colonisation
ne constituaient déjà pas (il y a 34 ans) un
frein, des barrières à l’action que vous menez
sur le terrain ?
S.A.G. : Non pas du tout ! La particularité
de la zone d’intervention que vous venez d’évoquer
justifie en partie l’utilité de l’A.L.G. En effet,
les impératifs d’aménagement de territoire et
de caractère transfrontalier de cette zone militent
en faveur de la promotion d’un développement harmonisé
dans la zone et cela dans les trois pays. Il est important
de révéler que tous les projets et programmes
mis en œuvre dans ce sens, de par le caractère régional,
sont des vecteurs d’intégration. L’existence d’institutions,
comme l’A.L.G., qui interviennent sur une zone à cheval
sur les frontières des Etats constitue à n’en
point douter un atout pour le processus d’intégration.
Par ailleurs, il me plaît de rappeler que beaucoup de
considérations militent davantage pour un renforcement
continu de la coopération entre les trois pays de l’A.L.G.
A titre indicatif, il s’agit des liens séculaires particuliers
qui existent entre les populations et la similitude de leurs
conditions socio-économiques : de pays pauvres très
endettés, sahéliens sans accès à
la mer avec une économie à dominance agropastorale.
Quels sont
vos domaines d’intervention spécifiques ?
S.A.G. : La stratégie de l’Autorité
du Liptako-Gourma, place la lutte contre la pauvreté
au centre de ses préoccupations et en fait même
l’objectif global à atteindre. L’atteinte de cet objectif
est sous-tendu par la réalisation de quatre objectifs
spécifiques à savoir : la sécurité
alimentaire, le désenclavement de la zone, la protection
de l’environnement et le développement social en l’occurrence,
la santé, l’éducation et le genre. Cette stratégie
met l’accent sur le développement de différents
secteurs d’intervention de l’A.L.G. à travers les politiques
appropriées dans les secteurs de l’agriculture et l’élevage,
la protection de l’environnement, l’hydraulique, l’énergie,
l’industrie et les mines, les télécommunications
et les communications notamment les axes routiers, les pistes
rurales, les réseaux ferroviaires et de navigation
et enfin le développement social.
Peut-on
avoir une idée du montant global des fonds investis,
dans le cadre de l’A.L.G., en faveur du développement
de la zone depuis la création de l’Autorité
?
S.A.G. : Depuis sa création, l’A.L.G.
a mobilisé plus de 150 milliards de francs CFA, investis
dans le cadre de divers projets et programmes de développement
régional et d’appuis institutionnels.
Qui finance
les projets et programmes mis en œuvre par l’A.L.G. ?
S.A.G. : Les projets et programmes de
l’A.L.G. sont financés en dehors de la contrepartie
des Etats membres par des partenaires multilatéraux
(BAD, BID, BADEA, BOAD, Fonds de développement de la
CEDEAO, Fonds Koweitien, Fonds de l’OPEP) et bilatéraux
(AFD, ACDI, Coopération danoise et Coopération
chinoise). Il convient de rappeler que le système des
Nations unies a beaucoup contribué dans les premières
années d’existence de l’A.L.G.
Etes-vous
satisfaits des résultats sur le terrain et que vous
disent les populations bénéficiaires ?
S.A.G. : A la lumière des acquis
de l’institution et des actions en cours et en perspective,
au-delà de ma personne, tout le personnel de l’A.L.G.
est fier de la contribution de l’Autorité à
l’amélioration des conditions de vie des populations.
A ce titre depuis sa création, l l’A.L.G. a exécuté
plus d’une quarantaine d’opérations dans ses différents
domaines d’intervention ; une dizaine d’opérations
sont en perspective. Cette performance est due au soutien
permanent des chefs d’Etat à l’A.L.G. Mais les défis
de la mondialisation et la réduction du niveau de la
pauvreté nous incitent davantage à redoubler
d’efforts et d’imagination.
Les populations de la région retiennent de l’A.L.G.
beaucoup de réalisations : les points d’eau, les routes,
l’installation du téléphone, les appuis au secteur
agropastoral.
On s’achemine
vers la tenue prochaine du 6e Sommet des Chefs d’Etat de l’A.L.G.
qui, selon certaines indiscrétions, pourrait se tenir
à Gao au Mali. Une ville d’importance historique et
touristique mais qui n’est tout de même pas la capitale
du Mali. Quelles sont les raisons d’un tel choix si nos informations
sont exactes ?
S.A.G. : Le choix de Gao pour la tenue
du prochain sommet procède du souci constant de leurs
Excellences, d’être en contact permanent avec les populations
et de démontrer à l’opinion publique, que l’A.L.G.
est une institution de proximité et de développement
à la base. C’est la première fois que la Conférence
des Chefs d’Etat, sera délocalisée de la capitale
vers une autre circonscription administrative. Une telle rencontre
sera naturellement pour les Chefs d’Etat, un cadre de concertation
sur les questions d’intérêt commun et d’examen
de l’état d’exécution du programme de l’A.L.G.
En marge de cet important sommet, les Chefs d’Etat procéderont
également au lancement du programme de développement
de l’élevage financé par de la Banque islamique
et le Fonds régional de la CEDEAO pour un montant d’environ
25 milliards de FCFA.
Interview réalisée
par Martin
KABORE /DCPM/MEDEV
.
.
|