L'opinion N°386
du 23 février au 1er mars 2005

Dossier

Blaise COMPAORE face aux coprs constitués


L’option du dialogue

Le premier «round» du face à face entre le président du Faso et les corps constitués a pris fin le 18 février dernier à Ouaga 2000. Du 17 au 18 février donc, ce sont entre autres les représentants des ONG, de l’Association des retraités, des autorités morales, religieuses et coutumières, des associations et organisations féminines, de la confédération paysanne, des syndicats, des associations et organisations professionnelles de la communication, du monde sportif, des défenseurs de droits de l’homme, qui se sont entretenus à bâton rompu avec le chef de l’Etat. Que retenir de l’idée de ce face à face qui, espérons-le, fera tache d’huile dans l’histoire socio-politique de notre pays ?

Partant du fait que «la ressource humaine est une denrée précieuse, car c’est elle qui valorise les moyens de production», comme l’a si bien dit le président du Faso le 18 février devant ses «invités», on peut dire que l’idée des rencontres avec les corps constitués a été bien mûrie. Elle vient comme pour combler un vide ; un gouffre pourrait-on dire car on ne peut le nier, le déficit de communication entre le peuple et ses dirigeants est réel. Les privilégiés qui se disent dans le secret des dieux et qui sont censés faire le relais de la transmission des informations, les tronquent souvent, s’ils ne disent pas des contre-vérités voire des mensonges quand la réalité ne fait pas leur affaire à eux ! De même le retour de l’information à qui de droit pêche souvent par manque de sincérité : C’est en général, «naaba yel kayé» ou «il n’y a rien au village» comme dirait l’autre, et pourtant ! Alors, quand l’occasion d’un dialogue direct et franc se présente, il faut d’abord la saisir et la saluer à sa juste valeur.
Il serait fastidieux d’énumérer ici des situations bien dommages qui auraient pu être évitées, s’il y avait la communication, le dialogue. Dans les entreprises publiques ou privées, dans les ministères ou dans certaines institutions, les problèmes seraient moindres si certains responsables prenaient la peine de créer au sein de leur entité des cadres de concertations, de dialogues ou discussions où les employés sans exception peuvent s’exprimer, faire des suggestions. Comme pour dire, qu’il est difficile voire impossible pour ceux qui sont en haut de connaître tous les problèmes de ceux qui sont en bas, s’il n’y a pas de dialogue direct et franc, s’il n’y a pas de cadre de concertation.
Fort donc de ce qui précède, on peut affirmer que les rencontres entre le président du Faso et les corps constitués, pour ne pas dire le peuple, est une «option politique» soutenue par une volonté d’être à son écoute et de partager avec lui ses préoccupations et cela de manière directe.
Ce sont des occasions qui ont l’avantage de donner la mesure des problèmes que rencontrent les uns et les autres et cela sans risque de distorsions ou de rétention de l’information.
Les contacts directs, le dialogue et la communication ont l’avantage de stimuler et de créer la confiance entre les acteurs. C’est une option politique majeure pour quelqu’un qui a en charge «la ressource humaine, une denrée précieuse» comme le reconnaît le président du Faso. Or tout ce qui est précieux a besoin d’un traitement «particulier». Ce traitement particulier ne peut prendre corps que dans un contexte qui favorise le dialogue, la communication.
En général, les problèmes, les tensions sociales et même politiques naissent faute de dialogue, ou quand, investi d’un pouvoir quelconque, on se prend pour un zeus, un dieu. Conséquence, on ne sait que donner des ordres à la manière de Charles De GAULLE qui disait : «le gouvernement n’a pas de propositions à faire, mais des ordres à donner». Les temps ont changé.
Et on se rend tous compte que c’est dans la conjugaison des propositions, suggestions, fruits du dialogue que l’on peut réussir là où certains ont échoué !
Quand un chef d’Etat «se plie en quatre» pour écouter, un citoyen lambda, quand un ministre est obligé d’intervenir plusieurs fois pour répondre à une doléance d’un citoyen lambda, on ne peut que se réjouir et souhaiter que cela soit un exemple au niveau de toutes les sphères de décisions.
En tous les cas, si on est d’accord avec Ernest RENAN (1823-1892) qui disait : «celui qui obéit est presque toujours meilleur à celui qui commande», on ne peut que privilégier le dialogue et demander à certains responsables de descendre, souvent de leur «piédestal» pour écouter et dialoguer afin de pouvoir trouver les solutions aux problèmes qui se posent.
En définitive, en acceptant de rencontrer le peuple, les corps constitués, Blaise COMPAORE a tracé la voie en restant convaincu que le dialogue, contrairement à ce que peuvent penser certains, est l’arme des plus forts. C’est pourquoi, il est temps que tous ceux et toutes celles qui sont investis d’un pouvoir, qui ont en charge la gestion de la «ressource humaine» empruntent cette voix tracée par le président du Faso.
D’ailleurs, c’est ainsi que nous construirons une grande nation pour laquelle chacun aura apporté sa pierre, petite soit-elle.

 

A l’écoute du peuple

Armand Jean-Cardinal de Richelieu disait : «Il faut écouter beaucoup et parler peu pour bien agir au gouvernement d’un Etat ». Le président du Faso en acceptant écouter, discuter avec les corps constitués de notre pays a, en tous cas opté pour le dialogue. Cela ne surprend guère quand on sait que l’homme, de nature, parle peu. C’est de «naissance» diront certains. Le 18 février dernier ceux qui étaient à Ouaga 2000, ont assisté à des «scènes» vraiment «extraordinaires». De SY Chérif, l’un des représentants des journalistes à Tolé SAGNON patron de la CGTB en passant par Moustapha Laabli THIOMBIANO, le «gourou» des chaînes Horizon FM,… personne ne s’en est laissé conter. On était à une «causerie débat» entre un chef d’Etat, qui veut vraiment comprendre, et ses compatriotes. Si ce n’est Tolé SAGNON et ses «amis» syndicalistes qui veulent une augmentation des salaires à 25 % et souhaitent qu’on voie le cas de la Bourse du travail, c’est Moustapha Laabli THIOMBIANO qui demande à son «petit frère», Blaise COMPAORE de l’aider pour que sa télévision TVZ voie enfin le jour pendant qu’un autre citoyen «amoureux» du cheval, veut comprendre pourquoi on a pris «son» hippodrome à Nonsin, le détournant alors de son objet. Que dire des artistes et des sportifs qui veulent plus de moyens financiers et des locaux pour leurs activités… Dans un «langage du peuple» empreint d’humour et de vérité, Blaise COMPAORE a donné des réponses aux préoccupations de tous les intervenants. Il faisait même intervenir chaque ministre concerné quand cela s’avérait nécessaire. En tous les cas, toutes les préoccupations ont tourné autour du nerf de la guerre, l’argent. Ce n’est donc pas étonnant que le ministre en charge des Finances et du Budget ait été plusieurs fois appelé à «la barre» par le président du Faso, soit pour des compléments de réponses, soit pour expliquer pourquoi telle ou telle préoccupation ne pouvait pas trouver de solutions dans l’immédiat.
Pour ce qui concerne certaines préoccupations «spécifiques», et revendications des syndicats, le président du Faso tout en souhaitant la poursuite du dialogue a donné rendez-vous à Tolé SAGNON et ses amis le 24 février prochain pour la rencontre gouvernement/syndicats.
Au-delà des préoccupations et autres doléances soulevées, on peut dire que l’idée d’établir ce « pont » de dialogue, est lumineuse et mérite une perpétuation à tous les niveaux. Dans les familles, dans les services étatiques et privés, s’il y avait de telles occasions de dialogue, certains problèmes, certains conflits et autres frustrations trouveraient leurs solutions.
Il est donc à souhaiter que l’idée du chef de l’Etat de rencontrer les corps constitués fasse tache d’huile. Le succès des entreprises, la paix sociale et même le développement en dépendent.
par Ben Alex BEOGO

Les doléances des corps constitués

Le moins que l’on puisse dire, les corps constitués n’ont pas tari de doléances pendant leur rencontre avec le chef de l’Etat. Ils ont saisi cette opportunité de dialogue direct et franc avec le président du Faso pour dire toutes leurs préoccupations dans leur domaine d’intervention.

Les organisations syndicales étaient fortement représentées sont revenues sur l'augmentation des salaires de 25%

Premier du genre, le dialogue entre les corps constitués et le président du Faso est un plus à l’édification de la démocratie au Burkina. Cette initiative a donné de l’occasion aux forces vives de la nation de faire part au chef de l’Etat toutes leurs préoccupations. Des syndicats au monde rural, des ONG aux associations diverses, des coutumiers aux religieux, tous ont exprimé leurs besoins.
Les organisations de la société civile et d’autres ONG ont interpellé le président du Faso sur la consolidation des acquis démocratiques, le renforcement de la liberté d’expression et celui de la défense des droits de l’homme. Les ONG, elles ont demandé la subvention de l’Etat, le soutien aux personnes marginalisées, aux associations et mouvements de jeunesse. Elles ont également souhaité que le chef de l’Etat poursuive son engagement personnel dans la lutte contre le SIDA. Par ailleurs, les organisations de la société civile ont exprimé le besoin d’un forum annuel société civile/gouvernement à l’image de la rencontre syndicats/gouvernement. Les personnes âgées à travers leur association ont demandé de meilleures conditions pour passer «leurs vieux jours». Ainsi elles ont souhaité la construction d’un centre gériatrique, la création d’un fonds d’appui aux activités productrices de revenus par la CNSS et la CARFO au profit des retraités et des personnes âgées. L’association nationale des retraités du Burkina Faso a également exprimé la nécessité d’une structure rattaché à la présidence ou au Premier ministère pour les personnes âgées. Pour elle, il faut aussi régulariser la situation des fonctionnaires et agents de l’Etat mis à la retraite à 53 ans entre le 1er janvier 1985 et le 31 décembre 1995 tout en revalorisant des pensions de reversions en général et particulièrement en faveur des veuves et orphelins. Elle a souhaité également s’étendre au sein des institutions de l’Etat. Une de ses doléances encore, l’acquisition d’un véhicule tout terrain à grande capacité.
Les autorités morales, religieuses et coutumières après s’être exprimées sur la paix durable en Côte d’Ivoire, ont demandé des mesures fermes pour mettre fin au bafouement de l’homme et de la dignité des Burkinabè qui y vivent tout en souhaitant des solutions à leur situation précaire. En s’inquiétant de l’ampleur de l’insécurité, elles ont souhaité que de nouvelles initiatives soient prises en matière de lutte contre le banditisme. Par ailleurs, les autorités coutumières ont voulu que le président du Faso soit garant de la diversité culturelle et des croyances de la société. Elles ont souhaité également le maintien de la chefferie en tant qu’institution traditionnelle. Les préoccupations des autorités morales ont été faites également autour de la sécurité alimentaire en 2005, l’autosuffisance alimentaire à travers une politique en faveur du monde rural, le renforcement des actions d’information et de lutte contre le Sida, la fixation des jeunes dans leurs terroirs, l’offre éducative. Entre autres doléances encore, la réduction des disparités géographiques, des sanctions effectives des agents fautifs tant sur le plan administratif que judiciaire, la résolution des problèmes causés par la mise en œuvre du projet ZACA, la construction d’infrastructures routières et inter-urbaines et la promotion du sport.
Quant aux associations et organisations féminines, leurs doléances étaient le renforcement en personnel, l’équipement, la relecture du 2e plan d’action de la promotion de la femme 2003-2007, la prise en compte du genre dans les programmes et projets sectoriels de développement, le meilleur positionnement des femmes sur les listes pour les élections à venir.
Le monde rural représenté par la Confédération paysanne du Faso a souhaité l’application effective de la reforme agraire et foncière, la cohabitation peaufinée entre agriculteurs et éleveurs, l’octroi de facilités par les institutions de financement pour l’acquisition de machines agricoles, et le désenclavement des zones rurales(pistes, téléphone, couverture médiatique).
Les doléances et les préoccupations des organisations syndicales ont été faites autour de la transparence et de la visibilité de l’action gouvernementale, du développement d’un partenariat actif et des débats ouverts de manière directe avec les syndicats sur les questions sociales sensibles comme la corruption, l’impunité, la santé.
Les communicateurs ont eux, souhaité le maintien du soutien de l’Etat à la presse privée, la finalisation de la convention collective des journalistes et des techniciens de l’information, la carte de presse et le cahier de charges et missions des médias privés au Burkina.
Ils ont également voulu l’intensification et la diversification de la coopération avec les bailleurs de fonds.
Le monde sportif, s’est essentiellement préoccupé de la promotion du sport, de l’accès aux infrastructures sportives et de la prise en compte du genre.
Enfin, le GERDES Burkina et le réseau burkinabè de défense des droits humains se sont exprimés sur l’approfondissement de l’état de droit, la sécurité des personnes et des biens, le dénouement rapide des dossiers pendants de crimes économiques et de sang, l’informatisation des listes électorales et la mise en place des communes rurales.

Par Drissa TRAORE

Les réponses du gouvernement

Le développement du Burkina Faso passe par un dialogue franc entre gouvernants et gouvernés. Une vision qui a toujours été celle du gouvernement dans sa recherche de solutions consensuelles aux difficultés que vivent les Burkinabè. Les rencontres du 17 et 18 février 2005 entre le président Blaise COMPAORE et les corps constitués s’inscrit dans cette logique.

«Dans les bureaux, dans les entreprises, sur les chantiers, vous jouez un rôle majeur dans la production des biens et services. En votre qualité de producteurs de la richesse nationale par l’investissement quotidien de votre force de travail, vous contribuez à assurer la prospérité économique de notre pays» C’est en ces termes pour le moins laudateurs que le président du Faso, Blaise COMPAORE, marque l’importance qu’il accorde à ses vis-à-vis de 17 et 18 février qui ouvrent la série de rencontres qu’il aura avec les Burkinabè. Pour lui donc, les corps constitués sont un maillon essentiel dans le développement du Burkina Faso. De la part du premier magistrat de l’Etat, cette reconnaissance est pour signifier tous les égards portés à ces corps par le gouvernement qui ne saurait occulter leurs préoccupations. C’est pourquoi en réponse à leurs doléances, la garantie leur a été donnée qu’ils seront accompagnés et fermement soutenus dans la mesure des possibilités de l’Etat dans leur entreprise d’édification d’un Burkina toujours plus paisible et prospère.
Aux ONG et associations de la société civile, le gouvernement apporte assurance : des efforts notables seront faits dans le renforcement des acquis en matière de libertés (expression, politiques) et de défense des droits humains. S’agissant de l’extension de la subvention de l’Etat aux ONG, le gouvernement pense que des efforts importants sont déjà faits pour soutenir les activités humanitaires et les investissements de celles-ci à travers les facilités fiscales qui leurs sont accordées. Les ONG œuvrant dans le domaine de la promotion des droits humains bénéficient d’une allocation du budget de l’Etat. Quant à l’organisation d’un forum annuel gouvernement/ONG, cette doléance trouve réponse dans les efforts de construction de partenariats efficaces avec les ONG qui se résument dans certaines actions comme la création d’une Commission nationale des droits humains (CNDH). L’organisation de Journée de programmation stratégique des activités des ONG etc.
Pour les associations nationales des retraités, l’avis du gouvernement sur certaines de leurs doléances est porteur d’espoir. Il s’agit par exemple de la construction d’un centre gériatrique qui, bien qu’étant une récente sollicitation, est une préoccupation du gouvernement. Il en est de même de la doléance relative à l’acquisition d’un véhicule tout terrain qui est aujourd’hui à l’étude. Pour ce qui est de la reconsidération de la situation des fonctionnaires et agents de l’Etat dont la mise à la retraite a été observée entre 51 et 54 ans avant l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions, le gouvernement pense que la question n’est plus à débattre, puisque ce sont des textes réglementaires qui ont été appliqués conformément à une loi de l’Etat.
Outre ces corps constitués dont nous faisons ici état, les autres présents à cette rencontre avec le président du Faso qu’entourait les membres du gouvernement, ont pu de vive voix poser leurs problèmes et même apprécier des actions gouvernementales. Même des questions crypto personnelles ont pu, l’occasion faisant le larron, être portées à la connaissance de Blaise COMPAORE et certains mettent déjà leurs doigts au feu qu’elles trouveront solution. Ce n’est pas Mustapha Laabli THIOMBIANO, le fondateur de la première radio libre de l’Afrique, qui dira le contraire, lui qui a révélé à l’auditoire avoir été aidé dans cette entreprise par le même Blaise COMPAORE, son «petit frère».
Si sur tous les fronts, le gouvernement bataille, c’est pour offrir aux Burkinabè la joie de vivre dans un pays où il fait bon vivre. C’est donc sur un gigantesque chantier que l’on est, qui a besoin d’une synergie d’actions dont celles des corps constitués dont l’organisation est un atout de premier ordre. Aussi les organisations syndicales, regroupements de forces vives de la nation, sont-elles interpellées. Avec elles, l’ouverture de débats directs sur les questions sensibles est déjà effective dans le cadre du dialogue social instauré par le gouvernement. D’ailleurs la Journée du 24 février est encore une occasion où les deux parties vont se retrouver pour des débats ouverts où sans doute seront prises en compte par le gouvernement les différentes préoccupations qui n’ont pu être discutées avec le chef de l’Etat. Que ce soient les associations et organisations féminines, la confédération paysanne du Faso, les réseaux burkinabè de défense des droits humains etc…aucune entité socio professionnelle n’a été oubliée par le gouvernement. De toute évidence, c’est dans la complémentarité des actions des uns et des autres que le Burkina Faso ira encore plus de l’avant. Alors que chacun, gouvernants comme gouvernés, prenne ses responsabilités à bras le corps pour un Burkina encore plus prospère.

Par Frédéric ILBOUDO

La démocratie directe en marche

Convaincu avec l’adage que «le peuple est le souverain premier», le président du Faso a décidé de s’adresser directement (de manière périodique) à celui-ci pour mieux comprendre ses occupations et s’atteler à les résoudre dans la mesure des moyens de l’Etat. La «démocratie directe» est en marche au Burkina Faso, ce qui oblige le président du Faso à produire des résultats alors que le peuple lui, est appelé à plus de responsabilité.

«Mon souhait est que cette nouvelle école que nous venons d’ouvrir puisse grandir», a dit en substance le président du Faso lors de la clôture de sa première rencontre avec le corpus social. Un souhait que tous les démocrates épris de paix, de justice et de progrès ne peuvent que partager, l’objectif de ces rencontres étant de prospecter les voies et moyens pour un mieux-être social et économique du pays. Ce n’est pas que les institutions existantes ne jouent pas leur rôle, mais il est de notoriété publique qu’il «vaut mieux avoir affaire à Dieu qu’à ses saints». Et si «dieu» montre des dispositions d’esprit favorable pour le débat constructif quoi de plus normal de saisir l’occasion non pas pour «djafoul», mais pour exposer les problèmes avec responsabilité et sans démagogie. Car faut-il le rappeler, notre «dieu» n’est pas pourvu de la science infuse et ne dispose pas non plus d’une baguette magique pour régler tous les problèmes. A ce propos, l’échange épique et savoureux entre Blaise COMPAORE et Tolé SAGNON sur la question de l’augmentation des salaires (jugée «dérisoire» par les syndicats) est illustrative de cette assertion. Sans démagogie aucune, Blaise COMPAORE a expliqué aux uns et autres que l’augmentation demandée par les syndicats (25 %) couplée à la diminution des impôts qu’ils réclament par ailleurs exposerait le Faso à des lendemains difficiles.

Transformer la croissance en développement

Le ministre des finances et du Budget
C’est qu’en effet, la croissance économique que l’on magnifie tant (à raison) n’est pas assez «lourde» pour permettre au gouvernement YONLI de faire «n’importe quoi». Au risque de blesser certaines bonnes âmes, disons qu’une augmentation aussi «faramineuse» des salaires dans le public et le privé exposeraient certains secteurs tout aussi importants de la vie nationale. Corsetés par les mesures drastiques de la Banque mondiale et du FMI, obligés de la «jouer libérale» alors qu’ils n’ont pas encore épuisé leur rôle historique de «développement», les Etats africains ne peuvent pas se permettre de «gaspiller» les maigres ressources qu’on leur alloue, pour du reste les retirer de la main gauche par le biais du remboursement de leurs dettes. Comme dirait l’autre, «le fric est rare» et il faut l’utiliser pour résoudre les urgences. Or, dans le cas de nos pays, et nonobstant les difficultés de la vie en ville, la «question paysanne» est la plus importante, celle de l’emploi et de la lutte contre la pauvreté étant ses frères jumeaux.
Promouvoir le monde paysan n’est pas loin d’être une gageure, avec l’injonction susmentionnée de lui «faire laisse-guidon» d’une part et de notre fait de l’autre. L’africain des villes qui ne cesse de fustiger la «mal gouvernance» des dirigeants est souvent, par son comportement, le créateur de ses propres problèmes.

Les responsables des associations féminines étaient fortement mobilisées
Sachant pertinemment que le développement de nos sociétés ne viendra que par le biais d’une économie auto-centrée, nos «petits-bourgeois» ont adopté un mode de vie qui contribue à pervertir nos économies et à les rendre moins performantes. Si nos agriculteurs restent avec leurs productions sous les bras au point de donner des migraines à leur ministre de tutelle, Salif DIALO, c’est aussi parce que «les gens des villes» dédaignent leurs produits au profil de ceux «made in Europe» ou d’ailleurs. «L’africain a vendu son âme aux autres» comme l’a dit Franz FANON et depuis lors il ne peut qu’être à la remorque de autres. Tous les beaux discours et les politiques commerciales les plus pointues en matière d’agriculture n’y pourront rien : il faut produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons pour prétendre au développement. Celui-ci passant par le travail, une autre «révolution des mentalités» devra être opérée dans ce secteur. Le secteur informel que nombre de diplômés dédaignent semble dans nos pays, la voie du salut au regard des nombreuses opportunités qu’il offre.
Il faudra donc le revaloriser et, Blaise COMPAORE qui l’a compris, s’y attellera sûrement, lui qui a prévu un «cadre d’échanges spécifique» avec la jeunesse, principale concernée par les questions d’emploi. Sur la question paysanne aussi, le gouvernement a initié une politique foncière rurale qui va aider à «pacifier» les relations agriculteurs – éleveurs. D’autre part, il s’attèle à «ouvrir au monde» nos paysans en les désenclavant par les constructions d’infrastructures routières et la mise à sa disposition des moyens d’information.

Plusieurs membres du Gouvernement ont été appelés à la "barre" par le président du Faso pour des compléments de reponses
Il a été aussi demandé aux paysans une «meilleure organisation» afin d’avoir accès facilement au crédit. Plus qu’un cadre d’échanges et de dialogue constructif, ce forum ainsi initié est donc une tribune de liberté et de responsabilité citoyenne. Faut-il le rappeler, nous sommes tous (gouvernants et gouvernés) des acteurs du développement, et l’occasion nous est donnée de prouver que la préservation et la prospérité de notre maison commune est l’objectif de tous. Allons-y donc à cœur joie sans démagogie, Blaise COMPAORE nous ayant donné l’occasion de l’obliger sans le contraindre.
par Alpha YAYA


 






 

 

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