L'opinion N°386
du 23 février au 1er mars 2005

Editorial

Les vraies révélations de L’Indépendant

Point par point et en se fondant sur les faits, il a réfuté toutes les accusations portées contre lui avec une franchise et une évidence dans les propos qui ont convaincu plus d’un observateur. Du coup tous les pêcheurs en eaux troubles sont montés au créneau comme saisis de frayeur avec la perspective d’un retour de pédale qui va certainement être très douloureux pour eux.

Pour un pavé dans la mare, le n° spécial de L’Indépendant sur l’Affaire Norbert ZONGO en est vraiment un ! Il l’est tant et si bien qu’il semble avoir largement débordé des espérances de ses acteurs et puisqu’en toute chose l’excès nuit, ceux-ci se mordent actuellement les doigts jusqu’au sang pour avoir comme ouvert une boîte de pandore dont ils ne peuvent plus maîtriser les conséquences. En effet, plus de deux mois après être tombé, il continue de faire des vagues qui ne sont pas prêtes de s’estomper. Bien au contraire !
Si pour de nombreux observateurs, l’intérêt que ce numéro porte à la tentative d’empoisonnement à laquelle Norbert ZONGO a échappé le 8 novembre 1998 est digne de retenir l’attention, ses «révélations» et les conclusions qu’il en tire sont par trop tirées par les cheveux et soulèvent bien d’interrogations. Pour autant il ne vient à l’esprit de personne de jeter le bébé avec l’eau du bain mais plutôt d’approfondir l’enquête avec l’espoir de découvrir des faits susceptibles de faire avancer le dossier. C’est certainement cette logique qui a motivé le juge d’instruction à entendre notre collègue de L’Indépendant, car même si sans aucun doute il avait déjà fait le tour sur le sujet, il est si complexe que rien ne peut être considéré de trop pour aider à l’élucider. De cet interrogatoire a-t-il tiré quelque chose de bon ? Rien n’est moins sûr ; car à suivre le compte-rendu fait de cette audition dans les colonnes du journal et les arguments utilisés jusque-là pour soutenir les accusations, on ne devrait pas être très loin de la chansonnette entendue de confrères du même pool qui font rimer rumeurs, protection des sources d’information, tracts et excuses aussi plates qu’hypocrites puisque dès le seuil franchi ils retombent dans les mêmes ritournelles.
S’il est un fait que dans cette affaire l’opinion de L’Indépendant et celles de ces journaux ne font pas autorité, on ne peut pas manquer de noter qu’ils se font depuis peu plus perspicaces que la Commission d’Enquête Indépendante (CEI) du juge Kassoum KAMBOU, qui avait balayé cette piste d’un revers de la main l’assimilant à un simple «incident». C’est dire aujourd’hui que le mythe de la CEI omnipotente et omnisciente est tombé et qu’il n’est plus une hérésie de discuter ses décisions voire même de prendre leur contre-pied. C’est déjà cela de gagné et personne ne devrait plus raisonnablement s’en prendre à qui que ce soit parce qu’il aurait un avis différent de celui de la CEI sur l’un quelconque des aspects de cette affaire. Que ceux qui récitent avec ferveur des passages entiers du rapport de la CEI comme des cantiques se réveillent donc et se donnent dorénavant la peine de réfléchir par eux-mêmes. C’est vrai que son président avait déjà laissé entendre qu’elle n’était pas infaillible, mais certains ne voulaient rien entendre à rien d’autant qu’elle pointait ostensiblement le doigt dans la direction qu’ils voulaient. Jugement prémonitoire ou aveu avant l’heure de ce qu’il savait que le travail accompli était tout sauf une investigation criminelle sérieuse ? Toujours est-il que les faits aujourd’hui lui donnent raison. En réalité, avec la composition qui était la sienne et l’atmosphère du moment on ne pouvait pas raisonnablement en attendre plus.
Continuant sur sa lancée et dans la foulée, le n° spécial a définitivement tiré un trait sur une quelconque implication du Président du Faso dans cette douloureuse affaire. En effet, il le dit en termes ouverts, Blaise COMPAORE n’est en aucune façon mêlé dans cette histoire, puisque si ce sont des membres de sa garde rapprochée qui en sont les auteurs ils le lui ont bien caché. Même que malgré les «évidences», ses «interrogatoires» et ses «menaces» ceux-ci ont formellement refusé d’endosser le crime. Son frère cadet que l’on dit commanditaire aurait lui aussi tout nié et n’aurait pu avoir de nouveau des relations quelque peu normales avec lui qu’à la faveur d’un match de football (! ?!). Donc Blaise COMPAORE est étranger au meurtre de notre confrère et aurait même tout mis en œuvre pour démasquer les auteurs et commanditaires qu’on lui assurait être dans son entourage. Mais peine perdue. Ce sont-là des faits particulièrement importants qui marquent une rupture nette avec le discours des «moments chauds» où on décrivait avec minutie la «réunion» tenue dans une arrière cour, au fond d’une cuisine pour «décider» du sort de notre confrère. Plus qu’une évolution c’est bien-là un point d’inflexion qui a toute son importance. Tous ceux-là donc qui prennent prétexte de cette affaire pour le vilipender et s’attaquer au pouvoir sont par conséquent ni plus, ni moins que de vulgaires imposteurs. Le collectif de Halidou OUEDRAOGO, le G14 et autres sont bien servis et devraient se le tenir pour dit. Même si L’Indépendant est toujours de la partie, on peut espérer qu’il finira par avoir le courage de ses opinions et à s’assumer pleinement.
Un autre élément de l’onde de choc de ce spécial est sans nul doute l’interview que François COMPAORE a accordée à L’Observateur Paalga, principalement sur l’affaire Norbert ZONGO, après 6 années de silence. Point par point et en se fondant sur les faits, il a réfuté toutes les accusations portées contre lui avec une franchise et une évidence dans les propos qui ont convaincu plus d’un observateur. Du coup tous les pêcheurs en eaux troubles sont montés au créneau comme saisis de frayeur avec la perspective d’un retour de pédale qui va certainement être très douloureux pour eux. Ceux qui doutaient encore de leur mauvaise foi en auront pour leurs frais, car, incapables, de maîtriser leurs pulsions «animales», ils se lanceront tous, sans exception, avec la subtilité que permet à chacun d’eux son intelligence, dans des attaques en règle contre le journal pour avoir permis à François COMPAORE de donner sa version des faits mettant ainsi à nue les manipulations dont l’affaire est sujette.
N’est-ce pas que ces messieurs se reprochent quelque chose et qu’ils savent que leurs accusations ne reposent sur rien de solide ? Pour eux le simple fait que François COMPAORE parle est comme un crime ! Il devrait se taire, ne rien dire si ce n’est d’accepter ce qui se dit contre lui ! Par ailleurs toute personne qui ne pense pas comme cela est forcément en sa faveur et fait son jeu. Drôles de démocrates que ces oiseaux ! Derrière cette intolérance crasse il se cache sans nul doute quelque chose de particulièrement ignoble.
En vérité, tout ce beau monde et leurs «amis sûrs» ont peur de cette question qui inévitablement se pose maintenant : «A qui profite le crime ?» Posez-vous cette question et faites en toute bonne logique la liste des bénéficiaires du crime monstrueux de Sapouy et vous verrez !

Cheick AHMED

 
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