L'opinion N°386
du 23 février au 1er mars 2005

Etranger

Togo

La quadrature du cercle

Après l’adresse à la Nation togolaise du président auto-investi, Faure EYADEMA, et les réactions qui l’ont suivie, force est de reconnaître que l’équation togolaise demeure plus complexe que jamais.

Ainsi donc, la CEDEAO a décidé de mettre le Togo au ban de la communauté après le discours de Faure EYADEMA, et l’U.A. qui a déjà rué dans les brancards par l’intermédiaire d’Alpha O. KONARE et Olusegun OBASANJO, s’apprête à le faire demain. Quant à la France, après, ses multiples atermoiements, elle a décidé de suivre la voie des légalistes en demandant à l’enfant de son «ami personnel» (CHIRAC c’est la France) de retourner à l’ordre constitutionnel, entendez de se démettre purement et simplement. Isolé au plan régional et sous-régional, vilipendé par ses alliés extérieurs, (l’Oncle SAM commence à donner de la voix) Faure GNASSINGBE apparaît tel un poisson, pris dans la nasse.
Ce d’autant que la contestation sociale est de plus en plus grandissante dans le pays, l’Opposition ayant promis un «bal» de manifestations tant que «l’usurpateur» demeurera au pouvoir.
Dans cette occurrence, Faure ne peut que se démettre, sauf qu’il ne le peut pas (à moins d’un compromis acceptable) et que son clan tout entier avec lui ne le veut pas. Ce n’est pas que Faure et ses gars soient des anti-démocrates primaires (quoique) mais bien parce qu’ils sont obligés de défendre tout simplement leur peau. Légataire du régime sanguinaire d’EYADEMA –père qu’ils ont contribué à asseoir et à pérenniser, ils ne peuvent en cas de départ qu’être comptables de ses errements.

Faure joue la montre

Une loi d’amnistie serait-elle votée au Togo que cela ne les rassureraient pas, les inimitiés à l’encontre du clan EYADEMA, frisant tout simplement la haine. Il faut avoir vu la rage et la colère dans les gestes et les yeux des manifestants pour comprendre qu’en sus de la «peau» du régime, certains veulent la peau de ses dirigeants tout court. On pourrait arguer qu’une immixtion de la communauté internationale dans le jeu politique togolais permettrait d’éviter les dérapages post-électoraux. Mais, la défaite programmée du clan EYADEMA en cas d’élections transparentes, ouvrirait la voie à des règlements de comptes aussi minimes soient-ils. Faure est un dictateur en herbe, mais il n’est pas bête, pas plus que les généraux et les civils qui l’entourent et le conseillent. Alors, comme leur mentor de l’ombre, Laurent GBAGBO devenu une voix autorisée de la CEDEAO après avoir subi les foudres de la communauté, il joue avec le temps et l’amnésie qu’il pourrait entraîner. Bien sûr, le clan a tancé ceux de ses sympathisants qui voulaient marcher sur Bê, le fief de l’Opposition, mais GBAGBO lui aussi, a toujours joué au modéré chaque fois que les feux des projecteurs, avant de lâcher ses «chiens méchants» sur ses ennemis quand les censeurs regardaient ailleurs.
Entre le charnier de Yopougon en octobre 2000 et les massacres des 24 et 25 mars 2004, combien de sommets (sans résultats) y a-t-il eu sur la Côte d’Ivoire ? Aujourd’hui malgré ses mains sales, GBAGBO est redevenu une voix qui compte au sein de la CEDEAO Pendant ce temps, la crise est rampante en Côte d’Ivoire et des «purges» sporadiques sont opérées dans certains quartiers et dans l’armée. A ce propos, on ne sait toujours pas ce qu’est devenu l’ancien chef d’Etat-major des FANCI, le général Mathias DOUE «décagnoté» en novembre 2004 et porté disparu depuis. A moins donc d’un compromis ( ?) acceptable pour lui, Faure usera de la même tactique, pour peut-être dans deux ans un «sage» africain comme BOZIZE ou GBAGBO. Celui qui a dit que la démocratie était un luxe pour l’Afrique, ne se trompait pas, car la liberté ne fleurit pas sur la misère. Le Togo est donc plus que jamais en zone trouble.

Alpha YAYA


 

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