L'opinion N°386
du 23 février au 1er mars 2005

SUR LE VIF

 

Un mal pour un bien

Le moins que l’on puisse dire des maîtres de Lomé, c’est qu’ils sont d’une fébrilité à couper au couteau. Il faut avouer que pour moins que cela ils devraient l’être, tant la communauté internationale s’est montrée d’une fermeté rarement égalée face à leur coup de force et à leurs tripatouillages des textes.
En effet, pris à la gorge depuis les premiers instants, Faure EYADEMA et ses hommes n’ont en réalité connu aucun instant de répit, même si le temps que les chefs d’Etat de la CEDEAO se réunissent ils ont eu l’illusion que tout n’était pas encore perdu. Ni leurs tournées dans la sous-région, ni les coups de fil passés ici et là, encore moins les lectures, relectures et «re-relectures» des textes n’y ont rien fait. Bien au contraire, toutes ces gesticulations ont davantage convaincu qu’ils ne méritaient pas la moindre confiance et qu’il fallait sévir.
Pour certains observateurs, le cas ivoirien, avec le célèbre boulanger des bords de la lagune Ebrié qui fait et défait les accords au gré de ses calculs pouvoiristes expliquerait en partie la fermeté des pays de la sous-région.
C’est possible et même plus que probable d’autant que le grand ami de tous, le président français, Jacques CHIRAC, a encore fait des siennes mordant et soufflant dans le même temps. En choisissant de n’agir qu’en fonction de leur lecture des évènements, appuyée fermement en cela par l’Union africaine et l’Organisation Internationale de la Francophonie à travers leurs organes de direction, les pays membres de la CEDEAO opèrent une véritable «révolution» qui ne dit pas son nom. La France devrait s’en inquiéter très sérieusement, elle qui se retrouve à suivre plutôt qu’à inspirer comme à son habitude.
Voilà pourquoi on peut oser dire que le malheur du Togo est devenu un bien pour la sous-région et l’Afrique en général qui ont à l’occasion montré qu’elles pouvaient sécréter en elles-mêmes les solutions aux problèmes qu’elles rencontraient. Néanmoins il est trop tôt pour crier victoire car une chose est de trouver le remède, une autre est de l’administrer. Quand on sait que l’Afrique nous a justement habitués aux grands écarts, il ne serait pas trop prudent d’attendre pour voir. S’il y a néanmoins une garantie qu’elle ira jusqu’au bout de sa logique c’est le fait qu’elle est allée si loin dans la fermeté que le moindre signe de faiblesse soulèvera une telle réprobation des peuples que personne ne pourrait présager de ce qui adviendrait. Espérons que nos têtes couronnées le comprendront et en tiendront compte. Ensuite la tête de proue dans cette affaire, le Nigeria d’Olluségun OBASANJO, a largement fait ses preuves en la matière pour rassurer qu’il saura garder le cap. Du coup GBAGBO et sa bande devraient commencer à se faire du souci car si ça passe au Togo, ils peuvent être certains qu’ils tâteront eux aussi de la fermeté. Ce sera alors «bye bye» aux petits pas de M’BEKI pour la poigne d’acier d’OBASANJO.

Par Faèz

 
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