| Norbert
ZONGO a indiqué clairement qu’il pensait avoir échappé
à une tentative de meurtre dans un cercle où
devait régner une confiance absolue puisque composé
d’amis «sûrs». Sa conviction venait surtout
du fait que, selon certains de ces «amis sûrs»
et donc de «source sûre», les rumeurs sur
sa mort circulaient déjà à Kaya avant
même qu’il ne sente les douleurs !
Il y a quelques éditions de cela, nous vous promettions
suite aux «révélations
croustillantes» de notre confrère
L’Indépendant, de revenir en profondeur sur cette affaire
dans l’Affaire Norbert ZONGO : l’empoissonnement du nommé
le 8 novembre 1998 à Kaya, un peu plus d’un mois avant
son assassinat le 13 décembre 1998 à Sapouy.
Simple intoxication alimentaire ou tentative de meurtre ?
Une question qui a longuement alimenté les conversations
et qui, du vivant de l’intéressé lui-même,
n’a pas eu de réponse définitive chacun y allant
de ses convictions mais aussi de la fertilité de son
imagination.
En effet, lorsque le 17 novembre 1998, les lecteurs de L’Indépendant
ont fini par se résoudre à admettre que leur
numéro de la semaine n’était pas paru, les rumeurs
les plus folles ont parcouru la ville de Ouagadougou, les
unes plus fantaisistes que les autres comme si cette absence
dans les kiosques était obligatoirement synonyme de
malheur pour le Directeur de Publication du journal. C’est
vrai que le contexte national était particulièrement
volatil et que Norbert ZONGO s’était fait un tel nom
que la non parution de son canard ne devait rien annoncer
de bon !
C’est donc comme des morts de faim que les lecteurs du journal
et bien d’autres se jetteront sur le numéro du mardi
suivant (24 novembre 1998) avec l’espoir d’y découvrir
le pourquoi de ce silence. Et ils seront servis et bien servis.
D’abord, il a poursuivi avec la même virulence ses articles
sur l’affaire David OUEDRAOGO sur laquelle il écrivait
depuis déjà des semaines : donc il était
«normal». Ensuite,
dans un article titré «Raison
d’une absence» il informait les lecteurs
du violent malaise qu’il avait eu après un repas pris
avec des «amis sûrs»
et faisait état de ses questionnements sur son origine.
Les rumeurs se sont tues sans se taire puisque le doute ainsi
émis persistera et il en fera encore cas quelques deux
semaines plus tard au cours d’une conférence syndicale
similaire à celle de Kaya. Une semaine après
il était retrouvé assassiné et calciné
à une centaine de km de Ouagadougou sur la route de
son ranch.
En réalité, à cette occasion, Norbert
ZONGO a indiqué clairement qu’il pensait avoir échappé
à une tentative de meurtre dans un cercle où
devait régner une confiance absolue puisque composé
d’amis «sûrs».
Sa conviction venait surtout du fait que, selon certains de
ces «amis sûrs»
et donc de «source sûre»,
les rumeurs sur sa mort circulaient déjà à
Kaya avant même qu’il ne sente les douleurs !
Fait curieux, la Commission d’Enquête Indépendante
commise pour investiguer sur l’assassinat de Norbert ZONGO
a classé cette affaire comme un simple «incident»
«faute d’examens approfondis» au moment
des faits qui auraient permis de se fixer sans équivoque
! Manifestement, elle a refusé d’explorer cette piste.
Pourquoi ? Mystère et boule de gomme ou plutôt
une lapalissade que nous avons dénoncée depuis
1999 : la CEI n’a enquêté qu’à charge
contre le pouvoir, se gardant soigneusement de tout acte pouvant
la conduire à aller dans toute autre direction. En
effet, accorder un quelconque intérêt à
cette piste l’obligeait à entendre ne serait-ce qu’à
titre de témoin le Vice-président du Collectif,
Secrétaire Général de la CGTB, organisateur
des conférences au cours desquelles «l’incident»
a eu lieu, mais surtout, commanditaire d’une enquête
sur le fait au lieu de s’adresser aux services compétents.
Quand on sait que dans le même temps, François
COMPAORE, le petit frère du président du Faso
était au banc des accusés et était le
principal sujet de L’Indépendant parce qu’il aurait
alerté la Sécurité présidentielle
au lieu des services de gendarmerie compétents dans
le cadre du vol qui a conduit à l’Affaire David OUEDRAOGO,
cela faisait trop désordre. On a donc opté de
tordre le cou aux faits. Tant pis pour la recherche de la
vérité sur le drame de Sapouy. Quand six années
plus tard L’Indépendant revient sur le fait, cela ne
peut pas ne pas attirer l’attention même si, encore
une fois, notre confrère préfère faire
foi aux rumeurs et aux témoignages anonymes plutôt
que de faire confiance à Norbert ZONGO lui-même.
Voilà pourquoi il nous a semblé important d’opérer
un retour à Kaya. Et pour faciliter la compréhension
et rafraîchir les mémoires, parce que «avec
le temps les souvenirs s’étiolent», nous resituons
les faits dans leur contexte pour terminer par leurs derniers
développements.
Comme vous ne manquerez pas de le constater les analyses et
les mots sont parfois durs et dépouillés de
circonlocutions. Cela tenait au contexte de «bagarre
généralisée» du moment.
Si on occulte ce fait, on risque de passer totalement à
côté de la plaque. Néanmoins nous nous
sommes vus obligés dans certains cas de «redresser»
certains passages des textes sélectionnés pour
les adapter aux réalités du moment en nous gardant
toutefois de les travestir.
Bonne lecture !
Par Cheick AHMED
Cheick AHMED
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