L'opinion N°387
du 02 au 08 mars 2005

Editorial

Les “Amis sûrs” sur la sellette

Norbert ZONGO a indiqué clairement qu’il pensait avoir échappé à une tentative de meurtre dans un cercle où devait régner une confiance absolue puisque composé d’amis «sûrs». Sa conviction venait surtout du fait que, selon certains de ces «amis sûrs» et donc de «source sûre», les rumeurs sur sa mort circulaient déjà à Kaya avant même qu’il ne sente les douleurs !
Il y a quelques éditions de cela, nous vous promettions suite aux «révélations croustillantes» de notre confrère L’Indépendant, de revenir en profondeur sur cette affaire dans l’Affaire Norbert ZONGO : l’empoissonnement du nommé le 8 novembre 1998 à Kaya, un peu plus d’un mois avant son assassinat le 13 décembre 1998 à Sapouy. Simple intoxication alimentaire ou tentative de meurtre ? Une question qui a longuement alimenté les conversations et qui, du vivant de l’intéressé lui-même, n’a pas eu de réponse définitive chacun y allant de ses convictions mais aussi de la fertilité de son imagination.
En effet, lorsque le 17 novembre 1998, les lecteurs de L’Indépendant ont fini par se résoudre à admettre que leur numéro de la semaine n’était pas paru, les rumeurs les plus folles ont parcouru la ville de Ouagadougou, les unes plus fantaisistes que les autres comme si cette absence dans les kiosques était obligatoirement synonyme de malheur pour le Directeur de Publication du journal. C’est vrai que le contexte national était particulièrement volatil et que Norbert ZONGO s’était fait un tel nom que la non parution de son canard ne devait rien annoncer de bon !
C’est donc comme des morts de faim que les lecteurs du journal et bien d’autres se jetteront sur le numéro du mardi suivant (24 novembre 1998) avec l’espoir d’y découvrir le pourquoi de ce silence. Et ils seront servis et bien servis. D’abord, il a poursuivi avec la même virulence ses articles sur l’affaire David OUEDRAOGO sur laquelle il écrivait depuis déjà des semaines : donc il était «normal». Ensuite, dans un article titré «Raison d’une absence» il informait les lecteurs du violent malaise qu’il avait eu après un repas pris avec des «amis sûrs» et faisait état de ses questionnements sur son origine. Les rumeurs se sont tues sans se taire puisque le doute ainsi émis persistera et il en fera encore cas quelques deux semaines plus tard au cours d’une conférence syndicale similaire à celle de Kaya. Une semaine après il était retrouvé assassiné et calciné à une centaine de km de Ouagadougou sur la route de son ranch.
En réalité, à cette occasion, Norbert ZONGO a indiqué clairement qu’il pensait avoir échappé à une tentative de meurtre dans un cercle où devait régner une confiance absolue puisque composé d’amis «sûrs». Sa conviction venait surtout du fait que, selon certains de ces «amis sûrs» et donc de «source sûre», les rumeurs sur sa mort circulaient déjà à Kaya avant même qu’il ne sente les douleurs !
Fait curieux, la Commission d’Enquête Indépendante commise pour investiguer sur l’assassinat de Norbert ZONGO a classé cette affaire comme un simple «incident» «faute d’examens approfondis» au moment des faits qui auraient permis de se fixer sans équivoque ! Manifestement, elle a refusé d’explorer cette piste. Pourquoi ? Mystère et boule de gomme ou plutôt une lapalissade que nous avons dénoncée depuis 1999 : la CEI n’a enquêté qu’à charge contre le pouvoir, se gardant soigneusement de tout acte pouvant la conduire à aller dans toute autre direction. En effet, accorder un quelconque intérêt à cette piste l’obligeait à entendre ne serait-ce qu’à titre de témoin le Vice-président du Collectif, Secrétaire Général de la CGTB, organisateur des conférences au cours desquelles «l’incident» a eu lieu, mais surtout, commanditaire d’une enquête sur le fait au lieu de s’adresser aux services compétents. Quand on sait que dans le même temps, François COMPAORE, le petit frère du président du Faso était au banc des accusés et était le principal sujet de L’Indépendant parce qu’il aurait alerté la Sécurité présidentielle au lieu des services de gendarmerie compétents dans le cadre du vol qui a conduit à l’Affaire David OUEDRAOGO, cela faisait trop désordre. On a donc opté de tordre le cou aux faits. Tant pis pour la recherche de la vérité sur le drame de Sapouy. Quand six années plus tard L’Indépendant revient sur le fait, cela ne peut pas ne pas attirer l’attention même si, encore une fois, notre confrère préfère faire foi aux rumeurs et aux témoignages anonymes plutôt que de faire confiance à Norbert ZONGO lui-même. Voilà pourquoi il nous a semblé important d’opérer un retour à Kaya. Et pour faciliter la compréhension et rafraîchir les mémoires, parce que «avec le temps les souvenirs s’étiolent», nous resituons les faits dans leur contexte pour terminer par leurs derniers développements.
Comme vous ne manquerez pas de le constater les analyses et les mots sont parfois durs et dépouillés de circonlocutions. Cela tenait au contexte de «bagarre généralisée» du moment. Si on occulte ce fait, on risque de passer totalement à côté de la plaque. Néanmoins nous nous sommes vus obligés dans certains cas de «redresser» certains passages des textes sélectionnés pour les adapter aux réalités du moment en nous gardant toutefois de les travestir.
Bonne lecture !

Par Cheick AHMED


Cheick AHMED

 
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