L'opinion N°390
du 23 au 29 mars 2005

Dossier

Réunion annuelle de l’ACA


Sauver le coton africain

Du 10 au 11 mars 2005, Ouagadougou a abrité les troisièmes journées de l’Association cotonnière Africain (ACA). Cette réunion annuelle a connu la participation des sociétés cotonnières, des organisations de cotonculteurs et de tous les professionnels de la filière. L’occasion faisant le larron, les ministres du commerce et de l’agriculture du Bénin, du Burkina, du Mali et du Tchad ont profité, pour lancer un cri de cœur pour une solution aux problèmes que rencontre le coton africain. Un fonds de sauvetage s’avère incontournable.

Ibrahim MALLOUM (Tchad) président de l'ACA

«Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années», dit-on.
L’Association cotonnière Africain (ACA), juste deux ans et demi après sa création, se positionne comme le «cadre idéal» de protection et de défense du coton africain. C’est donc avec juste raison que son président M. Ibrahim MALLOUM du Tchad soutient que : «la création de l’ACA comble un vide au niveau continental car il manquait à l’Afrique une association représentative ouverte sur le monde et dont le but est la défense, le soutien, d’un secteur cotonnier africain compétitif dynamique de manière efficiente et durable au développement de notre contient. L’ACA offre aux filières cotonnières africaines un cadre de concertation et de dialogue où sont traitées toutes les questions relatives au coton» Le ministre Burkinabè du commerce, M. Benoît OUATTARA, ne dit d’ailleurs pas autre chose en affirmant : «il me paraît logique de louer ce cadre formel de concertation et d’action de l’ACA pour permettre aux pays africains producteurs de coton de concentrer et d’unifier leurs efforts pour la sécurisation, la préservation et le développement durable de leurs productions».

Celestin TIENDREBEOGO, Dg de la sofitex

Le coton africain en danger de mort
Dire que le coton africain est en péril, c’est enfoncer une porte ouverte. Cependant il ne serait pas inutile de rappeler quelques problèmes qui risquent à terme d’anéantir les efforts des gouvernants et surtout des producteurs de coton. Pourtant «le tissu économique de la plupart des Etats africains est fondé sur un secteur agricole peu moderne où les cultures de rente comme le coton constituent un véritable levier stratégique pour lutter contre la pauvreté».
En sus de cette donne implacable, la filière coton procure d’importants emplois et revenus à plusieurs millions de personnes des pays de l’Afrique de l’Ouest et du centre et représente pour cette partie du monde entre 40 et 60% des recettes d’exportations.
D’où l’importance qu’occupe le coton dans les politiques de développement et programmes de lutte contre la pauvreté dans les pays concernés.
Fort de ce constat et au regard des nombreuses difficultés que traverse la filière, le président de l’ACA pour attirer l’attention des uns et des autres sur la nécessité d’agir urgemment, a dressé un tableau sombre de la situation : «ACA voudrait attirer votre aimable attention et celle de l’ensemble des pays de l’Afrique de l’ouest et du centre sur les graves difficultés auxquelles la filière coton est confrontée aujourd’hui : La chute des cours du coton et la chute du dollar. La résultante de ces deux baisses fait craindre une implosion de toutes les filières si les cours nombreux restent à leurs niveaux actuels. En un an les prix du coton, sous le poids d’une production mondiale battant tous ses records historiques, ont chuté de 40 %… De même le dollar américain qui est la monnaie dans laquelle s’effectuent les transactions cotonnières a baissé de 15 %… ». Le coton produit dans la zone CFA perd alors toute sa compétitivité par rapport à celui produit dans les zones Euro. La surévaluation du FCFA par rapport au dollar américain pénalise les exportations des pays Africains (pétrole, coton, café, cacao…) et favorise les importations au grand dam des industries naissantes. De ce fait si les cours mondiaux restent à leurs niveaux actuels, on estime à plus de 200 milliards de FCFA les déficits attendus des sociétés cotonnières d’Afrique de l’ouest et du centre pour la seule compagne 2004-2005. On le comprend aisément, avec un tel déficit, la plupart des sociétés cotonnières africaines risquent le dépôt de bilan.
Un tel scénario n’est pas souhaitable quand on pense aux conséquences sur le plan politique, économique et sociale pour la sous-région. C’est pourquoi, l’ACA au cours de la rencontre de Ouagadougou a lancé un appel aux Etats concernés pour qu’ils organisent une rencontre au plus haut niveau afin de se concerter et de prendre des mesures urgentes pour sauver le coton africain de la «catastrophe».
Il est aussi urgent de relancer l’initiative sectorielle en faveur du coton soumise à l’OMC par le Bénin, le Burkina, le Mali et le Tchad. Une vaste compagne internationale en faveur du coton doit être menée avec le soutien des pays comme le Brésil, cela afin de mobiliser la sympathie et le soutien d’une large majorité de la communauté internationale. Le coton est donc devenu un sujet incontournable dans les négociations commerciales multilatérales.
Les acteurs de la filière coton au cours de leur réunion ont mené des réflexions et des échanges sur les thèmes :
- la problématique du coton transgénitique pour l’Afrique ;
- comment réduire le coût des intrants tout en améliorant le rendement agricole ;
- le marché international du coton et les indices Cot look ;
- le point sur les subventions cotonnières des pays du Nord et la plainte du Brésil contre les USA ;
- la problématique de la détermination de la qualité de la filière de coton au moyen d’instruments électroniques.
A l’issue de leurs travaux, les ministres du commerce et de l’agriculture du Bénin, du Burkina, du Mali et du Tchad se sont rencontrés et ont fait une déclaration, dite déclaration de Ouagadougou sur le coton, où ils proposent un fonds de sauvetage pour le coton africaine (lire déclaration…)o
par Ben Alex Béogo

DECLARATION DE OUAGADOUGOU SUR LE DOSSIER COTON DEPUIS L’ADOPTION DU PAQUET DE JUILLET 2004

Nous, Ministres du Commerce et de l’Agriculture du Bénin, du Burkina Faso, du Mali et du Tchad, réunis en marge des 3es journées annuelles de l’Association Cotonnière Africaine (ACA) tenues à Ouagadougou du 10 au 12 mars 2005, avons examiné la situation de la filière coton et fait le point des négociations sur l’initiative sectorielle en faveur du coton depuis l’adoption par le Conseil Général de l’OMC de l’accord cadre de juillet 2004.

Bénoît Ouattara, ministre du Commerce de la Promotion de l'Entreprise et de l'artisanat

Deux ans après la soumission de la requête, force est de constater que, malgré le choix stratégique en faveur du dialogue avec les pays industrialisés responsables des subventions massives en faveur de leur secteur coton et la flexibilité des pays co-auteurs et de leurs alliés qui ont accepté, dans un souci de compromis que le dossier soit examiné dans le cadre des négociations sur l’agriculture, rien n’a changé pour les producteurs africains de coton.

On assiste plutôt à une prolifération de conférences sur les aspects «développement» sans résultats concrets en dehors, pour l’instant, de celle organisée par l’Union Européenne dans le cadre de son partenariat avec les pays Africains producteurs et exportateurs de coton. Ces conférences donnent l’impression de détourner les pays africains producteurs de coton de leurs préoccupations en parlant de compétitivité, de recherche alors que les réformes entreprises dans ces pays ont fait de la filière cotonnière l’une des plus compétitives au monde avec des coûts de production les plus bas et une fibre de qualité avérée.

Pendant que ces conférences font des diagnostics, élaborent des stratégies et des plans d’action, des millions de producteurs africains de coton continuent d’attendre, dans la pauvreté extrême avec moins d’un dollar par jour, des actions concrètes en leur faveur.

Au regard de l’état de négociation à l’OMC, nous nous félicitons de la création du sous-comité coton et du mandat clair qui lui a été assigné à savoir examiner «toutes les politiques ayant des effets de distorsion des échanges affectant le secteur du coton en ce qui concerne les trois piliers» et «faire rapport périodiquement à la session extraordinaire du comité de l’agriculture» (WT/L/579).

La récente condamnation des subventions américaines qui violent leurs engagements à l’OMC vient confirmer, s’il en était besoin, la légitimité et la justesse de notre combat contre les subventions.

Cependant, nous assistons à des tentatives de vider le sous-comité coton de sa substance en voulant lui dénier sa compétence de négociation.

Profondément préoccupés par l’aggravation de la situation des producteurs de coton et surtout de la menace réelle de la disparition de la filière coton en Afrique, nous réaffirmons notre volonté de maintenir notre choix stratégique en faveur du dialogue et de la négociation multilatérale, en exigeant des résultats conformes au mandat de juillet, à savoir un traitement ambitieux, rapide et spécifique pour les trois (3) piliers qui sont l’accès aux marchés, le soutien interne, les subventions à l’exportation.

Cette option résolue pour le dialogue ne devrait guère être interprétée comme un infléchissement de la détermination des pays signataires de l’initiative sectorielle, qui bénéficient de l’appui de l’Union Africaine, des PMA, des ACP et du G 90. Nous réaffirmons ici notre esprit de solidarité et notre volonté d’agir ensemble, avec détermination et persévérance, pour la recherche de solutions à la crise que connaît la filière cotonnière africaine. Nous réaffirmons également notre volonté de parvenir à une solution prenant en compte :

- l’urgence à trouver une solution à la crise des filières cotonnières africaines ;
- la fixation d’un délai pour la réduction et la suppression totale des subventions ;
- la mise en place urgente d’un Fonds de sauvetage en faveur des producteurs de coton, en vue d’éviter la disparition du secteur cotonnier, laquelle entraînerait une catastrophe humaine d’une ampleur sans précédent, pour les millions de personnes, tirant leur subsistance de ce secteur ;
- le traitement ambitieux, rapide et spécifique du dossier coton.

En outre, nous réaffirmons notre engagement à poursuivre les réformes entreprises pour renforcer davantage la compétitivité du secteur cotonnier.

Nous souhaitons poursuivre la stratégie de négociation entamée et espérons ne pas nous retrouver devant un blocage des mécanismes préconisés.

Nous réaffirmons notre détermination à œuvrer pour que la résolution de la question du coton soit un facteur de réussite de la conférence ministérielle de Hong Kong, afin que le cycle de négociation en cours puisse réellement être qualifié de «cycle de développement». En tout état de cause, une inertie ou un blocage sur le dossier coton de la part des pays développés constituerait un mauvais présage lourd de conséquences pour Hong Kong et dont nous ne serons pas responsables.

Fait à Ouagadougou, le 11 mars 2005

Bénin
Mme Massiyatou LATOUNDJI-LAURIANO
Ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion de l’Emploi

Burkina Faso
Benoît OUATTARA
Ministre du Commerce, de la Promotion de l’Entreprise et de l’Artisanat

Mali
CHOGUEL KOKALLA MAÏGA
Ministre de l’Industrie et du Commerce

Tchad
Le Général de Brigade
ROUTOUANG YOMA GOLOM
Ministre de l’Industrie et du Commerce et de l’Artisanat



 






 

 

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