|
Sauver le coton africain
Du 10 au 11 mars 2005, Ouagadougou
a abrité les troisièmes journées de l’Association
cotonnière Africain (ACA). Cette réunion annuelle
a connu la participation des sociétés cotonnières,
des organisations de cotonculteurs et de tous les professionnels
de la filière. L’occasion faisant le larron, les ministres
du commerce et de l’agriculture du Bénin, du Burkina,
du Mali et du Tchad ont profité, pour lancer un cri
de cœur pour une solution aux problèmes que rencontre
le coton africain. Un fonds de sauvetage s’avère incontournable.
Ibrahim MALLOUM
(Tchad) président de l'ACA
«Aux
âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre
des années», dit-on.
L’Association cotonnière Africain (ACA), juste deux
ans et demi après sa création, se positionne
comme le «cadre idéal»
de protection et de défense du coton africain. C’est
donc avec juste raison que son président M. Ibrahim
MALLOUM du Tchad soutient que : «la
création de l’ACA comble un vide au niveau continental
car il manquait à l’Afrique une association représentative
ouverte sur le monde et dont le but est la défense,
le soutien, d’un secteur cotonnier africain compétitif
dynamique de manière efficiente et durable au développement
de notre contient. L’ACA offre aux filières cotonnières
africaines un cadre de concertation et de dialogue où
sont traitées toutes les questions relatives au coton»
Le ministre Burkinabè du commerce, M. Benoît
OUATTARA, ne dit d’ailleurs pas autre chose en affirmant :
«il me paraît logique
de louer ce cadre formel de concertation et d’action de l’ACA
pour permettre aux pays africains producteurs de coton de
concentrer et d’unifier leurs efforts pour la sécurisation,
la préservation et le développement durable
de leurs productions».
Celestin TIENDREBEOGO, Dg de
la sofitex
Le
coton africain en danger de mort
Dire que le coton africain est en péril, c’est enfoncer
une porte ouverte. Cependant il ne serait pas inutile de rappeler
quelques problèmes qui risquent à terme d’anéantir
les efforts des gouvernants et surtout des producteurs de
coton. Pourtant «le tissu
économique de la plupart des Etats africains est fondé
sur un secteur agricole peu moderne où les cultures
de rente comme le coton constituent un véritable levier
stratégique pour lutter contre la pauvreté».
En sus de cette donne implacable, la filière coton
procure d’importants emplois et revenus à plusieurs
millions de personnes des pays de l’Afrique de l’Ouest et
du centre et représente pour cette partie du monde
entre 40 et 60% des recettes d’exportations.
D’où l’importance qu’occupe le coton dans les politiques
de développement et programmes de lutte contre la pauvreté
dans les pays concernés.
Fort de ce constat et au regard des nombreuses difficultés
que traverse la filière, le président de l’ACA
pour attirer l’attention des uns et des autres sur la nécessité
d’agir urgemment, a dressé un tableau sombre de la
situation : «ACA voudrait
attirer votre aimable attention et celle de l’ensemble des
pays de l’Afrique de l’ouest et du centre sur les graves difficultés
auxquelles la filière coton est confrontée aujourd’hui
: La chute des cours du coton et la chute du dollar. La résultante
de ces deux baisses fait craindre une implosion de toutes
les filières si les cours nombreux restent à
leurs niveaux actuels. En un an les prix du coton, sous le
poids d’une production mondiale battant tous ses records historiques,
ont chuté de 40 %… De même le dollar américain
qui est la monnaie dans laquelle s’effectuent les transactions
cotonnières a baissé de 15 %… ».
Le coton produit dans la zone CFA perd alors toute sa compétitivité
par rapport à celui produit dans les zones Euro. La
surévaluation du FCFA par rapport au dollar américain
pénalise les exportations des pays Africains (pétrole,
coton, café, cacao…) et favorise les importations au
grand dam des industries naissantes. De ce fait si les cours
mondiaux restent à leurs niveaux actuels, on estime
à plus de 200 milliards de FCFA les déficits
attendus des sociétés cotonnières d’Afrique
de l’ouest et du centre pour la seule compagne 2004-2005.
On le comprend aisément, avec un tel déficit,
la plupart des sociétés cotonnières africaines
risquent le dépôt de bilan.
Un tel scénario n’est pas souhaitable quand on pense
aux conséquences sur le plan politique, économique
et sociale pour la sous-région. C’est pourquoi, l’ACA
au cours de la rencontre de Ouagadougou a lancé un
appel aux Etats concernés pour qu’ils organisent une
rencontre au plus haut niveau afin de se concerter et de prendre
des mesures urgentes pour sauver le coton africain de la «catastrophe».
Il est aussi urgent de relancer l’initiative sectorielle en
faveur du coton soumise à l’OMC par le Bénin,
le Burkina, le Mali et le Tchad. Une vaste compagne internationale
en faveur du coton doit être menée avec le soutien
des pays comme le Brésil, cela afin de mobiliser la
sympathie et le soutien d’une large majorité de la
communauté internationale. Le coton est donc devenu
un sujet incontournable dans les négociations commerciales
multilatérales.
Les acteurs de la filière coton au cours de leur réunion
ont mené des réflexions et des échanges
sur les thèmes :
- la problématique du coton transgénitique pour
l’Afrique ;
- comment réduire le coût des intrants tout en
améliorant le rendement agricole ;
- le marché international du coton et les indices Cot
look ;
- le point sur les subventions cotonnières des pays
du Nord et la plainte du Brésil contre les USA ;
- la problématique de la détermination de la
qualité de la filière de coton au moyen d’instruments
électroniques.
A l’issue de leurs travaux, les ministres du commerce et de
l’agriculture du Bénin, du Burkina, du Mali et du Tchad
se sont rencontrés et ont fait une déclaration,
dite déclaration de Ouagadougou sur le coton, où
ils proposent un fonds de sauvetage pour le coton africaine
(lire déclaration…)o
par Ben Alex Béogo
DECLARATION DE OUAGADOUGOU
SUR LE DOSSIER COTON DEPUIS L’ADOPTION DU PAQUET DE JUILLET
2004
Nous, Ministres du Commerce et de l’Agriculture
du Bénin, du Burkina Faso, du Mali et du Tchad, réunis
en marge des 3es journées annuelles de l’Association
Cotonnière Africaine (ACA) tenues à Ouagadougou
du 10 au 12 mars 2005, avons examiné la situation de
la filière coton et fait le point des négociations
sur l’initiative sectorielle en faveur du coton depuis l’adoption
par le Conseil Général de l’OMC de l’accord
cadre de juillet 2004.
Bénoît
Ouattara, ministre du Commerce de la Promotion de l'Entreprise
et de l'artisanat
Deux
ans après la soumission de la requête, force
est de constater que, malgré le choix stratégique
en faveur du dialogue avec les pays industrialisés
responsables des subventions massives en faveur de leur secteur
coton et la flexibilité des pays co-auteurs et de leurs
alliés qui ont accepté, dans un souci de compromis
que le dossier soit examiné dans le cadre des négociations
sur l’agriculture, rien n’a changé pour les producteurs
africains de coton.
On assiste plutôt à une prolifération
de conférences sur les aspects «développement»
sans résultats concrets en dehors, pour l’instant,
de celle organisée par l’Union Européenne dans
le cadre de son partenariat avec les pays Africains producteurs
et exportateurs de coton. Ces conférences donnent l’impression
de détourner les pays africains producteurs de coton
de leurs préoccupations en parlant de compétitivité,
de recherche alors que les réformes entreprises dans
ces pays ont fait de la filière cotonnière l’une
des plus compétitives au monde avec des coûts
de production les plus bas et une fibre de qualité
avérée.
Pendant que ces conférences font des
diagnostics, élaborent des stratégies et des
plans d’action, des millions de producteurs africains de coton
continuent d’attendre, dans la pauvreté extrême
avec moins d’un dollar par jour, des actions concrètes
en leur faveur.
Au regard de l’état de négociation
à l’OMC, nous nous félicitons de la création
du sous-comité coton et du mandat clair qui lui a été
assigné à savoir examiner «toutes les
politiques ayant des effets de distorsion des échanges
affectant le secteur du coton en ce qui concerne les trois
piliers» et «faire rapport périodiquement
à la session extraordinaire du comité de l’agriculture»
(WT/L/579).
La récente condamnation des subventions
américaines qui violent leurs engagements à
l’OMC vient confirmer, s’il en était besoin, la légitimité
et la justesse de notre combat contre les subventions.
Cependant, nous assistons à des tentatives
de vider le sous-comité coton de sa substance en voulant
lui dénier sa compétence de négociation.
Profondément préoccupés
par l’aggravation de la situation des producteurs de coton
et surtout de la menace réelle de la disparition de
la filière coton en Afrique, nous réaffirmons
notre volonté de maintenir notre choix stratégique
en faveur du dialogue et de la négociation multilatérale,
en exigeant des résultats conformes au mandat de juillet,
à savoir un traitement ambitieux, rapide et spécifique
pour les trois (3) piliers qui sont l’accès aux marchés,
le soutien interne, les subventions à l’exportation.
Cette option résolue pour le dialogue
ne devrait guère être interprétée
comme un infléchissement de la détermination
des pays signataires de l’initiative sectorielle, qui bénéficient
de l’appui de l’Union Africaine, des PMA, des ACP et du G
90. Nous réaffirmons ici notre esprit de solidarité
et notre volonté d’agir ensemble, avec détermination
et persévérance, pour la recherche de solutions
à la crise que connaît la filière cotonnière
africaine. Nous réaffirmons également notre
volonté de parvenir à une solution prenant en
compte :
- l’urgence à trouver une solution
à la crise des filières cotonnières africaines
;
- la fixation d’un délai pour la réduction et
la suppression totale des subventions ;
- la mise en place urgente d’un Fonds de sauvetage en faveur
des producteurs de coton, en vue d’éviter la disparition
du secteur cotonnier, laquelle entraînerait une catastrophe
humaine d’une ampleur sans précédent, pour les
millions de personnes, tirant leur subsistance de ce secteur
;
- le traitement ambitieux, rapide et spécifique du
dossier coton.
En outre, nous réaffirmons notre engagement
à poursuivre les réformes entreprises pour renforcer
davantage la compétitivité du secteur cotonnier.
Nous souhaitons poursuivre la stratégie
de négociation entamée et espérons ne
pas nous retrouver devant un blocage des mécanismes
préconisés.
Nous réaffirmons notre détermination
à œuvrer pour que la résolution de la question
du coton soit un facteur de réussite de la conférence
ministérielle de Hong Kong, afin que le cycle de négociation
en cours puisse réellement être qualifié
de «cycle de développement».
En tout état de cause, une inertie ou un blocage sur
le dossier coton de la part des pays développés
constituerait un mauvais présage lourd de conséquences
pour Hong Kong et dont nous ne serons pas responsables.
Fait à Ouagadougou, le 11 mars
2005
Bénin
Mme Massiyatou LATOUNDJI-LAURIANO
Ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Promotion de
l’Emploi
Burkina Faso
Benoît OUATTARA
Ministre du Commerce, de la Promotion de l’Entreprise et de
l’Artisanat
Mali
CHOGUEL KOKALLA MAÏGA
Ministre de l’Industrie et du Commerce
Tchad
Le Général de Brigade
ROUTOUANG YOMA GOLOM
Ministre de l’Industrie et du Commerce et de l’Artisanat
|