L'opinion N°390
du 23 au 29 mars 2005

Editorial

Grâce à L’Indépendant…

S’il y a bien dans ce pays des hommes et des femmes qui «trinquent» et qui plus est, mangent à satiété et sont ce qu’ils sont aujourd’hui, c’est-à-dire beaucoup plus que les illustres inconnus qu’ils auraient été sans l’assassinat, et particulièrement dans les conditions inhumaines que l’on sait, de Norbert ZONGO, c’est à L’Indépendant d’aujourd’hui qu’il faut les chercher. Pas chez nous !.

Rarement papier m’a autant bouleversé que celui publié en page 7 de L’Indépendant n°601 de la semaine dernière. Provoquant en moi une «foultitude» de sentiments bigarrés, il me laisse jusqu’au moment où je trace ces lignes sans jugement définitif.
Pas seulement parce qu’il est par endroits de lecture mal aisée, du fait qu’on y passe sans discontinuer du coq à l’âne et d’une syntaxe par trop cavalière, mais surtout à cause de la trop grande liberté prise avec l’éthique de notre profession si ce n’est la morale tout court. Alors de peur d’avoir un jugement excessif, voire irrationnel, je m’en suis ouvert au hasard des conversations à deux observateurs très avisés de la scène sociopolitique dont je ne peux m’empêcher de partager le propos.
L’un m’a dit ceci en substance : entre vous de L’Opinion et ceux de L’Indépendant s’est devenu comme une parenté à plaisanterie ! Pour l’autre, si notre contradicteur est allé jusqu’à écrire que nous avons «trinqué à la mort de Norbert ZONGO» c’est forcément que nous l’avons atteint au plus profond de lui-même au point qu’à court d’arguments, il nous renvoie comme pour exorciser l’ignominie du crime inavouable, ce qu’il vit honteusement dans son subconscient. Dans l’un et l’autre cas il y a de quoi faire gamberger ferme tant les images sont fortes et traduisent des réalités insoupçonnées. En attendant de revenir point par point sur les accusations gratuites, les affabulations et les insinuations malveillantes de notre confrère nous avons décidé d’explorer avec vous la pertinence et les enseignements de ces deux avis qui témoignent de cette réalité largement partagée. Les chemins qui mènent aux assassins du 13 décembre 1998 sont ondoyants et divers.
Avant tout autre propos, il n’est pas inutile de marteler à la face de nos «amis» de L’Indépendant et de leurs semblables qu’à L’Opinion nous sommes sereins et que rien, absolument rien ne nous fera dévier un seul instant de notre objectif : aider de toutes nos forces à débusquer les sicaires du 13 décembre 1998. Nous sommes d’autant invariables que nous sommes convaincus qu’on ne peut rien nous faire de plus que ce qui a été fait à Norbert ZONGO et à ses camarades d’infortune. Alors pour les injures, allez-y à fond la caisse et faites valoir votre nature dans toute sa plénitude.
Cela dit, s’il y a bien dans ce pays des hommes et des femmes qui «trinquent» et qui plus est, mangent à satiété et sont ce qu’ils sont aujourd’hui, c’est-à-dire beaucoup plus que les illustres inconnus qu’ils auraient été sans l’assassinat, et particulièrement dans les conditions inhumaines que l’on sait, de Norbert ZONGO, c’est à L’Indépendant d’aujourd’hui qu’il faut les chercher. Pas chez nous ! Car, comme vous le dites si bien, nous sommes nés avant cet assassinat, tandis que les écrivains qui officient tous aujourd’hui au journal de feu notre confrère, ne le faisaient pas de son vivant. C’est donc parce que Norbert ZONGO a été assassiné que vous êtes aujourd’hui, qui Directeur de publication, qui journaliste, etc. Alors pour ce qui est de «trinquer»… Personne ne vous envie à L’Opinion pour ce que vous êtes devenus. Bien au contraire ! Si par contre vous avez des remords et avez la conviction que vous ne méritez pas ce que vous êtes devenus, alors vous savez ce qu’il vous reste à faire : respecter la devise posthume que Norbert ZONGO a donné à son journal quelques trois semaines avant son assassinat : «L’Indépendant sera indépendant ou ne sera pas». Affranchissez-vous des «amis sûrs» qui vous obligent à vous dédire et à mentir à vos lecteurs. Faites plutôt comme Norbert ZONGO ; parlez de ses «amis sûrs» ! Posez leur des questions sur la piste de Kaya, celle de la main étrangère et bien d’autres. Ne serait-ce que pour avoir la conviction que toutes ces pistes sont fausses. Au moins vous serez assurés de ne pas faire fausse route. Si vous tentez cette «révolution», alors vous n’aurez plus honte de manger parce que vous tirez votre pitance quotidienne de L’Indépendant de Norbert ZONGO. Méritez donc de lui au lieu de courir le risque d’être la couverture qui protège ses assassins. Pour le reste, vous pouvez continuer dans votre sport favori. Personne ne vous en voudra ; d’autant que vous ne trompez plus que peu de personnes.
Pour ce qui est de nos relations, elles nous plaisent telles qu’elles sont : empreintes de franchise et de professionnalisme pour ce qui nous concerne et de tout autre chose de votre côté. Cela ne nous fait ni chaud ni froid, sans acrimonie, mais sans faiblesse aucune nous continuerons à défendre nos opinions. Ne vous en déplaise ! La vérité dit-on rougit les yeux, elle ne les casse pas. A preuve, lorsqu’à la suite de votre spécial du 14 décembre 2004 nous écrivions que c’était une vaste arnaque vous aviez hurlé à l’attaque gratuite contre nous pour peu après reconnaître que vos seules sources étaient les rumeurs et les tracts et enfin vous dites à vos lecteurs que «même le juge Wens a écarté la piste de Kaya». Alors votre spécial était du bide et vous le saviez ! A moins que vos réactions actuelles ne vous soient imposées, parce qu’en demandant au juge de repartir enquêter à Kaya, vous mettez sur la liste des «suspects sérieux» des «amis sûrs» de Norbert ZONGO dont les attitudes au moment des faits sont pour le moins condamnables. N’est-ce pas pourquoi vous vous dédisez aujourd’hui ? Comme c’est triste !
Au minimum on peut vous accuser d’escroquerie.
Malheureusement c’est bien plus. Pauvre Norbert ZONGO !

Cheick AHMED

 
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