| S’il
y a bien dans ce pays des hommes et des femmes qui «trinquent»
et qui plus est, mangent à satiété et
sont ce qu’ils sont aujourd’hui, c’est-à-dire beaucoup
plus que les illustres inconnus qu’ils auraient été
sans l’assassinat, et particulièrement dans les conditions
inhumaines que l’on sait, de Norbert ZONGO, c’est à
L’Indépendant d’aujourd’hui qu’il faut les chercher.
Pas chez nous !.
Rarement
papier m’a autant bouleversé que celui publié
en page 7 de L’Indépendant
n°601 de la semaine dernière. Provoquant en moi
une «foultitude»
de sentiments bigarrés, il me laisse jusqu’au moment
où je trace ces lignes sans jugement définitif.
Pas seulement parce qu’il est par endroits de lecture mal
aisée, du fait qu’on y passe sans discontinuer du coq
à l’âne et d’une syntaxe par trop cavalière,
mais surtout à cause de la trop grande liberté
prise avec l’éthique de notre profession si ce n’est
la morale tout court. Alors de peur d’avoir un jugement excessif,
voire irrationnel, je m’en suis ouvert au hasard des conversations
à deux observateurs très avisés de la
scène sociopolitique dont je ne peux m’empêcher
de partager le propos.
L’un m’a dit ceci en substance : entre vous de L’Opinion
et ceux de L’Indépendant
s’est devenu comme une parenté à plaisanterie
! Pour l’autre, si notre contradicteur est allé jusqu’à
écrire que nous avons «trinqué
à la mort de Norbert ZONGO» c’est
forcément que nous l’avons atteint au plus profond
de lui-même au point qu’à court d’arguments,
il nous renvoie comme pour exorciser l’ignominie du crime
inavouable, ce qu’il vit honteusement dans son subconscient.
Dans l’un et l’autre cas il y a de quoi faire gamberger ferme
tant les images sont fortes et traduisent des réalités
insoupçonnées. En attendant de revenir point
par point sur les accusations gratuites, les affabulations
et les insinuations malveillantes de notre confrère
nous avons décidé d’explorer avec vous la pertinence
et les enseignements de ces deux avis qui témoignent
de cette réalité largement partagée.
Les chemins qui mènent aux assassins du 13 décembre
1998 sont ondoyants et divers.
Avant tout autre propos, il n’est pas inutile de marteler
à la face de nos «amis»
de L’Indépendant et de leurs semblables qu’à
L’Opinion nous sommes sereins et que rien,
absolument rien ne nous fera dévier un seul instant
de notre objectif : aider de toutes nos forces à débusquer
les sicaires du 13 décembre 1998. Nous sommes d’autant
invariables que nous sommes convaincus qu’on ne peut rien
nous faire de plus que ce qui a été fait à
Norbert ZONGO et à ses camarades d’infortune. Alors
pour les injures, allez-y à fond la caisse et faites
valoir votre nature dans toute sa plénitude.
Cela dit, s’il y a bien dans ce pays des hommes et des femmes
qui «trinquent»
et qui plus est, mangent à satiété et
sont ce qu’ils sont aujourd’hui, c’est-à-dire beaucoup
plus que les illustres inconnus qu’ils auraient été
sans l’assassinat, et particulièrement dans les conditions
inhumaines que l’on sait, de Norbert ZONGO, c’est à
L’Indépendant d’aujourd’hui qu’il faut les chercher.
Pas chez nous ! Car, comme vous le dites si bien, nous sommes
nés avant cet assassinat, tandis que les écrivains
qui officient tous aujourd’hui au journal de feu notre confrère,
ne le faisaient pas de son vivant. C’est donc parce que Norbert
ZONGO a été assassiné que vous êtes
aujourd’hui, qui Directeur de publication, qui journaliste,
etc. Alors pour ce qui est de «trinquer»…
Personne ne vous envie à L’Opinion
pour ce que vous êtes devenus. Bien au contraire ! Si
par contre vous avez des remords et avez la conviction que
vous ne méritez pas ce que vous êtes devenus,
alors vous savez ce qu’il vous reste à faire : respecter
la devise posthume que Norbert ZONGO a donné à
son journal quelques trois semaines avant son assassinat :
«L’Indépendant
sera indépendant ou ne sera pas».
Affranchissez-vous des «amis
sûrs» qui vous obligent à vous
dédire et à mentir à vos lecteurs. Faites
plutôt comme Norbert ZONGO ; parlez de ses «amis
sûrs» ! Posez leur des questions sur
la piste de Kaya, celle de la main étrangère
et bien d’autres. Ne serait-ce que pour avoir la conviction
que toutes ces pistes sont fausses. Au moins vous serez assurés
de ne pas faire fausse route. Si vous tentez cette «révolution»,
alors vous n’aurez plus honte de manger parce que vous tirez
votre pitance quotidienne de L’Indépendant
de Norbert ZONGO. Méritez donc de lui
au lieu de courir le risque d’être la couverture qui
protège ses assassins. Pour le reste, vous pouvez continuer
dans votre sport favori. Personne ne vous en voudra ; d’autant
que vous ne trompez plus que peu de personnes.
Pour ce qui est de nos relations, elles nous plaisent telles
qu’elles sont : empreintes de franchise et de professionnalisme
pour ce qui nous concerne et de tout autre chose de votre
côté. Cela ne nous fait ni chaud ni froid, sans
acrimonie, mais sans faiblesse aucune nous continuerons à
défendre nos opinions. Ne vous en déplaise !
La vérité dit-on rougit les yeux, elle ne les
casse pas. A preuve, lorsqu’à la suite de votre spécial
du 14 décembre 2004 nous écrivions que c’était
une vaste arnaque vous aviez hurlé à l’attaque
gratuite contre nous pour peu après reconnaître
que vos seules sources étaient les rumeurs et les tracts
et enfin vous dites à vos lecteurs que «même
le juge Wens a écarté la piste de Kaya».
Alors votre spécial était du bide et vous le
saviez ! A moins que vos réactions actuelles ne vous
soient imposées, parce qu’en demandant au juge de repartir
enquêter à Kaya, vous mettez sur la liste des
«suspects sérieux» des «amis sûrs»
de Norbert ZONGO dont les attitudes au moment des faits sont
pour le moins condamnables. N’est-ce pas pourquoi vous vous
dédisez aujourd’hui ? Comme c’est triste !
Au minimum on peut vous accuser d’escroquerie.
Malheureusement c’est bien plus. Pauvre Norbert ZONGO !
Cheick AHMED
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