L'opinion N°390
du 23 au 29 mars 2005

IMAGES DE LA SEMAINE

 

Le médiateur du Faso, Jean-Baptiste KAFANDO décédé le 12 mars dernier en France a été inhumé le lundi dernier au cimetière de Gounghin. C’est le président du Faso, Blaise COMPAORE qui a prononcé l’oraison funèbre devant les locaux du médiateur du Faso.
Emouvant, pathétique, difficile et pénible, était cette étape :

Madame et Messieurs les Présidents d’Institutions ;
Mesdames et Messieurs les Représentants des corps constitués ;
Honorables membres des délégations étrangères ;
Parents et amis de Jean-Baptiste KAFANDO ;

Mesdames, Messieurs,
La République vous remercie d’être venus nombreux honorer la mémoire de Jean-Baptiste, Médiateur du Faso.
La mort est une source de larmes et de chagrin. Elle arrache l’homme à son foyer et le citoyen à la République.
C’est pourquoi, prononcer une oraison funèbre constitue toujours un moment pénible et lourd d’émotions surtout quand on le fait pour accompagner définitivement un collaborateur et un grand homme d’Etat.

Mesdames et Messieurs,

Jean-Baptiste KAFANDO a servi avec dévouement et générosité le Burkina Faso depuis plus de 50 ans. Il a tissé des liens avec chacun de nous, par la parenté, l’amitié, la fraternité et le travail.

Né le 04 mai 1931 à Ouagadougou, il a été engagé dès l’âge de 21 ans dans les services de l’administration des Postes, Télégraphe et Téléphone de Haute-Volta.
Forgé dans sa foi par l’enseignement catholique qui guidera résolument sa vie, l’itinéraire de Jean-Baptiste KAFANDO le montre comme un grand défenseur des causes communautaires et sociales :

- Juge d’instruction au Tribunal de première instance de Ouagadougou de 1965 à 1971
- Vice-président du Tribunal de première instance de Ouagadougou et Président du Tribunal de travail de Ouagadougou de 1971 à 1975 ;
- Conseiller à la Cour suprême de 1975 à 1976;
- Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Haute-Volta auprès de la Côte d’Ivoire, du Libéria et de la Sierra Léone, de 1976 à 1981 ;
- Vice-président de la Cour d’Appel de Ouagadougou et Président de la Chambre d’Accusation de 1981 à 1983 ;
- Rapporteur général de la Chambre des Représentants de 1995 à 1998.

Et depuis octobre 2000, il assumait les fonctions de Médiateur du Faso.
Cette longue et riche carrière de l’illustre homme s’est construite autour des valeurs de don de soi et de sacrifice pour notre pays.
Dans l’exercice de sa fonction de Médiateur du Faso, il ressentait une réelle fierté de continuer à servir le Burkina à un si haut niveau.
Ses initiatives, sa disponibilité, sa capacité d’adaptation et son intelligence alerte ont fait de lui un serviteur crédible et apprécié de l’Etat et du Citoyen.
Au fond, la confiance qu’il inspirait naturellement, son aptitude à répondre aux sollicitations des requérants et son humilité présageaient un succès prolongé de sa mission.

Pourtant, le 12 mars 2005, malgré des soins intensifs à l’Hôpital du Val de Grâce, la mort comme pour assouvir sa cruauté, semer la tristesse et le deuil s’est emparée du Médiateur Jean-Baptiste KAFANDO.

Cet irrationnel invisible qui ignore les compromis et la conciliation et qui grignote l’humanité petit à petit, a vocation à détruire les mémoires collectives.

La consternation fut grande au Burkina Faso à la nouvelle du rappel à Dieu de cet homme sage, travailleur et vertueux.
La Nation venait alors de perdre un de ses dignes fils qui, tout en ayant vécu humblement, s’était distingué par son sens du devoir.
Cette abnégation lui a valu d’être fait Commandeur de l’Ordre National.

Lamartine dans son poème l’Isolement affirmait qu’un seul être vous manque et tout est dépeuplé.
La disparition du Médiateur du Faso est ressentie par la Nation comme une grande perte car Jean-Baptiste KAFANDO fait partie de ces hommes qui, dans la discrétion, maintiennent et transmettent en héritage les valeurs d’une communauté solidaire.
Pour Socrate les citoyens de la République devraient être classés d’après leur mérite en trois catégories, à savoir les dirigeants, les auxiliaires et le s artisans.
Jean-Baptiste KAFANDO figurait incontestablement dans la catégorie des dirigeants pour lesquels la paix sociale dans l’Etat républicain repose avant tout sur le respect d’autrui, l’effort concerté et la conciliation.

Le 29 décembre dernier, à l’occasion de la remise de son Rapport annuel je lui renouvelais encore ma confiance et l’assurais de mon soutien total dans l’accomplissement de sa mission de Médiateur et de Président de l’Association des Ombudsmans et Médiateurs africains.

Jean-Baptiste KAFANDO,
Pour une dernière fois, la Nation vous salue ;

La République et ses Institutions vous honorent ;
L ‘Administration et l’administré vous remercient.
Votre itinéraire et votre vie resteront à jamais un modèle et une source inépuisable d’inspiration pour les générations futures.

A votre famille, à votre épouse, à vos enfants, à vos frères et à vos proches, je réitère les condoléances attristées du peuple burkinabè.

Jean-Baptiste KAFANDO, la terre du Burkina Faso sur laquelle vous avez tant contribué à la paix sociale, va vous accueillir.
Puissiez-vous y reposer en paix.

 

 

 


 
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