| Le
rôle des médias à la loupe
Augustin LOADA,
président du CGD
Le
Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), dans
le cadre de son «dialogue
démocratique», a organisé
le 26 mars dernier à son siège un débat
portant sur le thème : «Le
rôle des médias dans le processus démocratique».
La communication était assurée par M. Serge
Théophile BALIMA professeur à l’Université
de Ouagadougou.
Dans son introduction, le professeur BALIMA
fera remarquer qu’au départ en Europe, la presse a
été une presse d’opinion jusqu’au XIXe siècle.
Par la suite, les journaux ont abandonné l’expression
des opinions au profit de la «presse
d’information» en se vouant à la
seule vérité des faits. Pour le conférencier,
KAYSER avait perçu cette mutation comme «la
mort d’une liberté».
Dans tous les cas, cette mutation que certains considèrent
comme une évolution, selon le Pr BALIMA est encore
peu symptomatique en Afrique où les publics ont encore
tendance à préférer les journaux d’opinion.
Ce n’est donc pas un fait du hasard si le contexte de liberté
relative retrouvée dans nombre d’Etats africains place
les journaux africains dans une position d’influence ou plutôt
au carrefour des intérêts sociaux et politiques.
Les journaux sont donc devenus «des
catalyseurs de grands mouvements des processus de démocratisation
politique».
Le rôle des médias
Selon le Pr BALIMA, Daniel CORNU parlant des journaux a pu
écrire : «Un journal
peut envoyer plus d’âmes au ciel et en sauver davantage
de l’enfer que toutes les églises et les temples de
New York et, en outre, gagner, de l’argent».
C’est pourquoi, il pense que dans notre processus démocratique
en cours, les médias ont un rôle important à
jouer tant pour l’équilibre des pouvoirs que pour le
contrôle de ceux-ci.
Selon lui les médias sont avant tout, des biens civils
quel que soit leur statut publics ou privés, ils sont
des services publics de l’information.
De ce fait, ils peuvent permettre de relever plusieurs défis
à savoir réduire les inégalités
horizontales en matière d’accès à l’information,
lutter contre le démon de l’exercice solitaire du pouvoir
pour éviter les dérives démocratiques
et créer un espace public neutre pour que la société
civile puisse exercer ses pressions à travers des interpellations
démocratiques.
C’est pourquoi la mise en œuvre d’un véritable service
public d’information est impératif. L’information dont
il est question, selon le conférencier doit prendre
en compte l’éducation, le culturel, le divertissement.
Cette approche a des exigences sur le rôle, les missions
et les responsabilités des médias publics et
privés. Les médias doivent donc respecter certains
principes et valeurs qui fondent la «démocratie
intégratrice».
Ces principes et valeurs sont entre autres, la cohésion
nationale, le renforcement de la compréhension mutuelle
et la tolérance, la défense d’une production
originale burkinabè et africaine, l’obligation de desservir
tout le territoire, l’obligation de fournir un contenu et
programme de qualité pour toutes les couches de la
population.
«le journaliste reste tout
de même maître de sa façon d’aborder les
sujets, de choisir son angle d’attaque, la manière
d’agencer les éléments significatifs qu’il retient,
de choisir le vocabulaire», reconnaît
le Pr BALIMA tout en ajoutant qu’il y a donc un espace de
liberté pour le journaliste selon la force de sa personnalité,
et la hauteur de ses convictions professionnelles. Le Pr pense
d’ailleurs que les faits et les opinions ne sont pas réellement
opposés. Pour cela il cite ARENT : «Les
faits sont la matière des opinions…».
ARENT ajoute d’ailleurs que : «les
opinions inspirées par les différents intérêts
et différentes passions peuvent différer largement
et demeurer légitimes aussi longtemps qu’elles respectent
la liberté de fait».
C’est pourquoi, le Pr BALIMA note que l’observation et l’interprétation
sont étroitement imbriquées parce que les faits
n’ont jamais l’exactitude et la pureté des formules
mathématiques. En tout état de cause, le rôle
des médias dans la formation de l’opinion est déterminant
et justifie qu’ils prennent mesure de leurs responsabilités
sociales dans le débat démocratique.
«La complexité du journalisme
réside dans le fait qu’il évolue dans l’anti-chambre
du pouvoir politique et bien souvent dans l’anti-chambre de
la vocation politique», soutient Serge Théophile
BALIMA comme pour dire que la presse a une grande responsabilité
dans la mise en œuvre de la démocratie dans notre pays.
En définitive pour le Pr, «il
faut que la concurrence commerciale offre aussi le contenu
afin qu’il y ait une variation sensible d’un journal à
un autre. Il faut aussi que certains journaux ne soient entre
les mains seulement de ceux qui les possèdent. Il faut
qu’ils soient aussi des journaux de ceux pour qui ils sont
faits».
Le respect de l’éthique et de la déontologie,
la conscience de sa responsabilité sociale, seuls,
peuvent amener le journaliste à jouer pleinement son
rôle dans le processus démocratique.
Les questions au conférencier ont concerné entre
autres les conditions de travail du journaliste burkinabè,
la convention collective, la clause de conscience, la dépénalisation
du délit de presse… Parlant de la dépénalisation,
le Pr BALIMA pense qu’il ne faut pas aller à la dépénalisation
comme un effet de mode. Il en est de même pour la convention
collective. Pour lui, il faut au préalable résoudre
un certain nombre de problèmes.
Pour conclure, le Pr Augustin LOADA, Directeur exécutif
du CGD dira : «Si les journalistes
sont conscients de la force de frappe qu’ils représentent,
ils peuvent jouer franchement leur rôle dans le processus
démocratique».
Par Ben Alex Béogo
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