L'opinion N°391
du 30 mars au 05 avril 2005

ACTUALITE

Processus démocratique

Le rôle des médias à la loupe

Augustin LOADA, président du CGD
Le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), dans le cadre de son «dialogue démocratique», a organisé le 26 mars dernier à son siège un débat portant sur le thème : «Le rôle des médias dans le processus démocratique». La communication était assurée par M. Serge Théophile BALIMA professeur à l’Université de Ouagadougou.

Dans son introduction, le professeur BALIMA fera remarquer qu’au départ en Europe, la presse a été une presse d’opinion jusqu’au XIXe siècle. Par la suite, les journaux ont abandonné l’expression des opinions au profit de la «presse d’information» en se vouant à la seule vérité des faits. Pour le conférencier, KAYSER avait perçu cette mutation comme «la mort d’une liberté».
Dans tous les cas, cette mutation que certains considèrent comme une évolution, selon le Pr BALIMA est encore peu symptomatique en Afrique où les publics ont encore tendance à préférer les journaux d’opinion.
Ce n’est donc pas un fait du hasard si le contexte de liberté relative retrouvée dans nombre d’Etats africains place les journaux africains dans une position d’influence ou plutôt au carrefour des intérêts sociaux et politiques.
Les journaux sont donc devenus «des catalyseurs de grands mouvements des processus de démocratisation politique».
Le rôle des médias
Selon le Pr BALIMA, Daniel CORNU parlant des journaux a pu écrire : «Un journal peut envoyer plus d’âmes au ciel et en sauver davantage de l’enfer que toutes les églises et les temples de New York et, en outre, gagner, de l’argent».
C’est pourquoi, il pense que dans notre processus démocratique en cours, les médias ont un rôle important à jouer tant pour l’équilibre des pouvoirs que pour le contrôle de ceux-ci.
Selon lui les médias sont avant tout, des biens civils quel que soit leur statut publics ou privés, ils sont des services publics de l’information.
De ce fait, ils peuvent permettre de relever plusieurs défis à savoir réduire les inégalités horizontales en matière d’accès à l’information, lutter contre le démon de l’exercice solitaire du pouvoir pour éviter les dérives démocratiques et créer un espace public neutre pour que la société civile puisse exercer ses pressions à travers des interpellations démocratiques.
C’est pourquoi la mise en œuvre d’un véritable service public d’information est impératif. L’information dont il est question, selon le conférencier doit prendre en compte l’éducation, le culturel, le divertissement. Cette approche a des exigences sur le rôle, les missions et les responsabilités des médias publics et privés. Les médias doivent donc respecter certains principes et valeurs qui fondent la «démocratie intégratrice».
Ces principes et valeurs sont entre autres, la cohésion nationale, le renforcement de la compréhension mutuelle et la tolérance, la défense d’une production originale burkinabè et africaine, l’obligation de desservir tout le territoire, l’obligation de fournir un contenu et programme de qualité pour toutes les couches de la population.
«le journaliste reste tout de même maître de sa façon d’aborder les sujets, de choisir son angle d’attaque, la manière d’agencer les éléments significatifs qu’il retient, de choisir le vocabulaire», reconnaît le Pr BALIMA tout en ajoutant qu’il y a donc un espace de liberté pour le journaliste selon la force de sa personnalité, et la hauteur de ses convictions professionnelles. Le Pr pense d’ailleurs que les faits et les opinions ne sont pas réellement opposés. Pour cela il cite ARENT : «Les faits sont la matière des opinions…». ARENT ajoute d’ailleurs que : «les opinions inspirées par les différents intérêts et différentes passions peuvent différer largement et demeurer légitimes aussi longtemps qu’elles respectent la liberté de fait».
C’est pourquoi, le Pr BALIMA note que l’observation et l’interprétation sont étroitement imbriquées parce que les faits n’ont jamais l’exactitude et la pureté des formules mathématiques. En tout état de cause, le rôle des médias dans la formation de l’opinion est déterminant et justifie qu’ils prennent mesure de leurs responsabilités sociales dans le débat démocratique.
«La complexité du journalisme réside dans le fait qu’il évolue dans l’anti-chambre du pouvoir politique et bien souvent dans l’anti-chambre de la vocation politique», soutient Serge Théophile BALIMA comme pour dire que la presse a une grande responsabilité dans la mise en œuvre de la démocratie dans notre pays.
En définitive pour le Pr, «il faut que la concurrence commerciale offre aussi le contenu afin qu’il y ait une variation sensible d’un journal à un autre. Il faut aussi que certains journaux ne soient entre les mains seulement de ceux qui les possèdent. Il faut qu’ils soient aussi des journaux de ceux pour qui ils sont faits».
Le respect de l’éthique et de la déontologie, la conscience de sa responsabilité sociale, seuls, peuvent amener le journaliste à jouer pleinement son rôle dans le processus démocratique.
Les questions au conférencier ont concerné entre autres les conditions de travail du journaliste burkinabè, la convention collective, la clause de conscience, la dépénalisation du délit de presse… Parlant de la dépénalisation, le Pr BALIMA pense qu’il ne faut pas aller à la dépénalisation comme un effet de mode. Il en est de même pour la convention collective. Pour lui, il faut au préalable résoudre un certain nombre de problèmes.
Pour conclure, le Pr Augustin LOADA, Directeur exécutif du CGD dira : «Si les journalistes sont conscients de la force de frappe qu’ils représentent, ils peuvent jouer franchement leur rôle dans le processus démocratique».

Par Ben Alex Béogo

 

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