L'opinion N°391
du 30 mars au 05 avril 2005

ACTUALITE

Célestin Tiendrébéogo, DG de la SOFITEX, lauréat 2005 du prix de la Francophonie économique

"Un passeport qui va nous ouvrir de nouvelles portes"

Au premier plan les trois lauréats du prix de la francophonie économique 2005. De G à D M. Laurent GOUTARD, Chandareth PHETSIRISENG et Célestin TIENDREBEOGO

Quel sentiment vous anime après avoir reçu cette distinction ?
Tiendrébéogo Tiraogo Célestin (TTC) :
C'est un sentiment de joie et de fierté qui m'anime, pour le Burkina d'abord, qui, au-delà de la SOFITEX, est ainsi distingué parmi les 66 pays et organisations de l'espace francophone. C'est un honneur légitime que nous éprouvons et cela nous incite à aller toujours vers l'excellence, pour gagner le combat contre la pauvreté et le sous-développement.
C'est un prix que je dédie au président du Faso qui, vous vous rappelez, alors que notre pays se classait au 13e rang africain dans le domaine, a pris son bâton de pèlerin pour parcourir tout le Burkina, particulièrement la zone cotonnière, pour inviter les paysans à produire davantage. C'est à la suite de cela que le plan de relance de notre filière cotonnière a été mis en œuvre dès 1996, et de 13e pays producteur, nous sommes devenu le 2e pays africain, avec 600 000 tonnes attendues pour cette campagne. Ce prix récompense donc, pour reprendre l'expression utilisée, les performances exemplaires d'une entreprise.
Nous ne pouvons également qu'avoir une pensée pour la paysannerie du Burkina, principalement les producteurs de coton et leurs structures, qui doivent se sentir honorés par cette distinction, ainsi que pour tous les travailleurs de la SOFITEX. C'est un encouragement à aller de l'avant.

M. Bony YAYI, DG de la BOAD félicitant M. C. TIENDREBEOGO

Cette distinction intervient au moment où les nouvelles du marché mondial ne sont pas bonnes. Comment la SOFITEX traverse-t-elle cette mauvaise passe ?
TTC :
Effectivement , nous recevons ce prix à un moment de crise sur le marché international et ici et là s'élèvent des voix pour dire que le coton ne vaut plus rien et qu'il ne faut plus produire. Pourtant, lors des dernières assises de l'Association cotonnière africaine (ACA) tenues à Ouagadougou, il a été question d'une remontée du cours pour la campagne à venir. Ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est le comité consultatif du coton.
La vérité est que le coton, à l'image de toutes les autres matières, connaît des fluctuations. Il en est ainsi du café, du cacao, de l'or, du diamant... du pétrole qui, de 20 dollars le baril, est passé à 30 avant de caracoler aujourd'hui à 50 dollars et rien ne dit qu'il ne va pas redescendre à 20 dollars, voire en dessous. Quelle est cette matière première, qu'elle soit agricole ou non-agricole, qui ne connaît pas ces fluctuations ? Même le sorgho ou le maïs, à un échelon local, n'y échappent pas. L'année passée par exemple, le prix d'achat au producteur tournait autour de 3 000 FCFA ; cette année, ils arrivent à le vendre à 7 000 francs.
Il faut donc rester calme et ne pas, toutes les fois qu'il y a une crise du marché cotonnier, paniquer et tenir des discours démobilisateurs. Il ne faut donc pas paniquer, cela d'autant plus qu'au Burkina nous maîtriserons mieux la crise ; et ce n'est pas parce qu'on a dit que les filières cotonnières africaines enregistrent un déficit de 200 milliards qu'il faut baisser les bras. Nous aussi à la SOFITEX, nous allons connaître un déficit de l'ordre d'une vingtaine de milliards, mais nous avons un fonds de soutien et nos réserves, de sorte que si la situation est critique, nous sommes loin de déposer le bilan.

Quel impact le prix que vous venez de recevoir va-t-il avoir sur vos activités?
TTC :
Il y a d'abord que cette récompense va inspirer à nos partenaires une plus grande confiance à la SOFITEX et elle peut amener certains à s'engager davantage. C'est comme un passeport qui va nous ouvrir de nouvelles portes et nous faciliter l'accès de beaucoup d'autres. Avec ce prix, le logo de la SOFITEX sera dans les différents forums et instances et il sera de ce fait plus connu sur le marché du coton. Nous avons un produit de qualité qui va donc s'affirmer encore plus et tout cela est la résultante de la gestion qui a été faite.
Je crois que nous devons nous débarrasser de notre complexe, car nous avons beaucoup d'idées, beaucoup d'initiatives au niveau des cadres de notre nation, et si nous nous départissons de ce complexe qui nous colle à la peau, d'ici une décennie, le Burkina sera un pays envié et respecté.

Ce prix aura-t-il une incidence quelconque sur le petit producteur ?
TTC :
Comme je vous le disais tantôt, au-delà de la SOFITEX, c'est le petit producteur, pour reprendre votre terme, qui a été honoré et ça devrait être un vecteur de galvanisation pour lui. Il doit savoir que le travail qu'il abat tous les jours est reconnu et apprécié comme tel.
( OI, in L’Obs n° 6359 du 25 au 28 mars 2005)




 



 

 

 

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