| "Un
passeport qui va nous ouvrir de nouvelles portes"
Au
premier plan les trois lauréats du prix de la francophonie
économique 2005. De G à D M. Laurent GOUTARD,
Chandareth PHETSIRISENG et Célestin TIENDREBEOGO
Quel
sentiment vous anime après avoir reçu cette
distinction ?
Tiendrébéogo Tiraogo Célestin (TTC) :
C'est un sentiment de joie et de fierté qui m'anime,
pour le Burkina d'abord, qui, au-delà de la SOFITEX,
est ainsi distingué parmi les 66 pays et organisations
de l'espace francophone. C'est un honneur légitime
que nous éprouvons et cela nous incite à aller
toujours vers l'excellence, pour gagner le combat contre la
pauvreté et le sous-développement.
C'est un prix que je dédie au président du Faso
qui, vous vous rappelez, alors que notre pays se classait
au 13e rang africain dans le domaine, a pris son bâton
de pèlerin pour parcourir tout le Burkina, particulièrement
la zone cotonnière, pour inviter les paysans à
produire davantage. C'est à la suite de cela que le
plan de relance de notre filière cotonnière
a été mis en œuvre dès 1996, et de 13e
pays producteur, nous sommes devenu le 2e pays africain, avec
600 000 tonnes attendues pour cette campagne. Ce prix récompense
donc, pour reprendre l'expression utilisée, les performances
exemplaires d'une entreprise.
Nous ne pouvons également qu'avoir une pensée
pour la paysannerie du Burkina, principalement les producteurs
de coton et leurs structures, qui doivent se sentir honorés
par cette distinction, ainsi que pour tous les travailleurs
de la SOFITEX. C'est un encouragement à aller de l'avant.
M. Bony YAYI,
DG de la BOAD félicitant M. C. TIENDREBEOGO
Cette
distinction intervient au moment où les nouvelles du
marché mondial ne sont pas bonnes. Comment la SOFITEX
traverse-t-elle cette mauvaise passe ?
TTC : Effectivement , nous recevons ce
prix à un moment de crise sur le marché international
et ici et là s'élèvent des voix pour
dire que le coton ne vaut plus rien et qu'il ne faut plus
produire. Pourtant, lors des dernières assises de l'Association
cotonnière africaine (ACA) tenues à Ouagadougou,
il a été question d'une remontée du cours
pour la campagne à venir. Ce n'est pas moi qui l'ai
dit, c'est le comité consultatif du coton.
La vérité est que le coton, à l'image
de toutes les autres matières, connaît des fluctuations.
Il en est ainsi du café, du cacao, de l'or, du diamant...
du pétrole qui, de 20 dollars le baril, est passé
à 30 avant de caracoler aujourd'hui à 50 dollars
et rien ne dit qu'il ne va pas redescendre à 20 dollars,
voire en dessous. Quelle est cette matière première,
qu'elle soit agricole ou non-agricole, qui ne connaît
pas ces fluctuations ? Même le sorgho ou le maïs,
à un échelon local, n'y échappent pas.
L'année passée par exemple, le prix d'achat
au producteur tournait autour de 3 000 FCFA ; cette année,
ils arrivent à le vendre à 7 000 francs.
Il faut donc rester calme et ne pas, toutes les fois qu'il
y a une crise du marché cotonnier, paniquer et tenir
des discours démobilisateurs. Il ne faut donc pas paniquer,
cela d'autant plus qu'au Burkina nous maîtriserons mieux
la crise ; et ce n'est pas parce qu'on a dit que les filières
cotonnières africaines enregistrent un déficit
de 200 milliards qu'il faut baisser les bras. Nous aussi à
la SOFITEX, nous allons connaître un déficit
de l'ordre d'une vingtaine de milliards, mais nous avons un
fonds de soutien et nos réserves, de sorte que si la
situation est critique, nous sommes loin de déposer
le bilan.
Quel impact
le prix que vous venez de recevoir va-t-il avoir sur vos activités?
TTC : Il y a d'abord que cette récompense
va inspirer à nos partenaires une plus grande confiance
à la SOFITEX et elle peut amener certains à
s'engager davantage. C'est comme un passeport qui va nous
ouvrir de nouvelles portes et nous faciliter l'accès
de beaucoup d'autres. Avec ce prix, le logo de la SOFITEX
sera dans les différents forums et instances et il
sera de ce fait plus connu sur le marché du coton.
Nous avons un produit de qualité qui va donc s'affirmer
encore plus et tout cela est la résultante de la gestion
qui a été faite.
Je crois que nous devons nous débarrasser de notre
complexe, car nous avons beaucoup d'idées, beaucoup
d'initiatives au niveau des cadres de notre nation, et si
nous nous départissons de ce complexe qui nous colle
à la peau, d'ici une décennie, le Burkina sera
un pays envié et respecté.
Ce prix aura-t-il une incidence
quelconque sur le petit producteur ?
TTC : Comme je vous le disais tantôt,
au-delà de la SOFITEX, c'est le petit producteur, pour
reprendre votre terme, qui a été honoré
et ça devrait être un vecteur de galvanisation
pour lui. Il doit savoir que le travail qu'il abat tous les
jours est reconnu et apprécié comme tel.
( OI, in L’Obs n° 6359 du 25 au
28 mars 2005)
|