L'opinion N°391
du 30 mars au 05 avril 2005

ACTUALITE

UE / réforme du pacte de stabilité

L’Europe à deux vitesses

La réforme du pacte de stabilité que l’Europe s’apprête à effectuer (si ce n’est déjà fait) confirme le sentiment d’une Europe à double vitesse où le trident Grande-Bretagne – France – Allemagne finit par imposer sa loi.

Le président Français Jacques Chirac

Il faut le dire cette limitation du déficit budgétaire à 3% que le pacte de stabilité préconisait, mettait à l’étroit les grands de l’espace européen. La France par exemple, qui ne peut que par le biais de la dépense publique financer une sécurité sociale la plus coûteuse du monde, est en butte à des conflits sociaux récurrents ayant pour cause «la préservation des acquis». Essoufflé, voire à l’agonie du fait du vieillissement de plus en plus prononcé de la population, le système de retraites français, n’arrive plus à s’auto-financer. Les passifs pèsent plus lourds que les actifs, et il faut trouver l’argent ailleurs pour faire face au paiement des pensions.
Raffarin, tout en faisant de la résistance, doit cependant «lâcher du lest» pour ne pas trop perturber le mandat du boss. Lequel boss avait du reste promis lors de la campagne présidentielle qu’il ne toucherait pas à la «Sécu», faisant plus social que Jospin, avec le résultat qu’on sait. Il faut donc «creuser le déficit» selon la bonne vieille formule de KEYNES qui n’a jamais autant été usitée que de nos jours par les Occidentaux, qui ont par ailleurs l’outrecuidance de demander à nos Etats de cesser tout interventionnisme.
C’est ce besoin d’interventionnisme pour fouetter certains secteurs vitaux qui a poussé Français, Anglais et Allemand à susciter cette réforme. Parmi ces secteurs, la recherche, l’Europe se trouvant de nos jours «larguée» par l’Amérique dans ce domaine sensible.

Vers une «déstabilisation» de l’UE
Il faut ici combler le déficit toujours par le biais de la dépense publique, les entreprises européennes ayant montré leurs limites en matière de promotion de la recherche. A contrario aux «States» ce sont des privés comme Bill GATES qui tirent la recherche. Avec les salaires attractifs, pratiqués outre Atlantique, la fuite des cerveaux européens est devenue frénétique. Et la fronde observée dans le monde de la recherche française, il y a un semestre, traduit le mal-être des chercheurs qui «mégotent». Le besoin de puissance des trois grands (leur «survie» aussi) va donc plonger l’Europe dans une zone de haute turbulence financière, car c’est la Banque centrale européenne qui va «casquer» en dernier ressort. Principale source de financement de l’Union, c’est chez elle que les trois plus grands contributeurs viendront retirer leur «pognon».
On comprend pourquoi le gouverneur Jean-Paul TRICHET a commencé à grogner dès l’annonce de la nouvelle. On comprend aussi pourquoi les autorités autrichiennes ont manifesté leur désapprobation, indiquant que cette réforme n’était pas celle «attendue» par l’Autriche. Car, elle créée une brèche dans la solidarité, les «petits pays» disposant désormais de peu de ressources pour financer leur développement. Il y aura donc toujours des citoyens à deux vitesses, malgré les beaux discours ainsi trahis par les actes. Dans ce registre, les trois grands avaient déjà montré leur «mauvaise» disposition d’esprit en soutenant l’idée des délocalisations sauvages. Leurs entreprises trouveraient par ce biais la possibilité de faire plus de «fric» dans des pays où la main-d’œuvre et les autres coûts de production sont bon marché. Un marché de dupes en somme où les grands ne rêvent que d’espaces économiques à conquérir alors que les petits ne pensent que bien-être social.
On comprend pourquoi certains pays prêtent une oreille attentive aux sirènes américaines, l’oncle Sam étant réputé pour son pragmatisme. La raison du plus fort sera toujours la meilleure.

Par Alpha YAYA

 


 

Par Ben Alex Béogo


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