L'opinion N°390
du 23 au 29 mars 2005

Dossier

Journée Nationale de Pardon


Les fruits du pardon

La Journée nationale de Pardon (JNP) constitue la toute première manifestation publique et décisive du processus de réconciliation nationale. Quatre ans après sa tenue on peut dire sans risque de se tromper que les espoirs du dialogue social et de la réfondation politique qui sous-tendaient l’organisation de cette Journée ont abouti.

Le président du faso entouré des anciens chefs d'Etats le 30 mars 2001 au stade du 4 Août

La Journée nationale de Pardon (JNP), idée lumineuse comme l’ont reconnue à l’époque certains de ses contempleurs, a permis au Burkina Faso d’exorciser les démons de la violence, de la chienlit…et d’instaurer un climat de paix propice à tout développement. Le Président COMPAORE, bien inspiré, a donc évité au pays les misères connues ailleurs surtout sur le continent africain où des conflits fratricides essentiellement dus à l’intolérance et au déficit de communication endeuillent des nations. La JNP fut un moment solennel qui a permis de s’accorder sur nos différends et de chercher les voies et moyens pour les aplanir. Pour le pays, elle a ouvert le chemin de la réconciliation de ses fils que des « errements » politiques ont mis dos à dos.

La culture du pardon exaltée
Il faut dire que ce processus de réconciliation nationale a été enclenché suite aux recommandations du Collège de Sages. Ces recommandations ont été à leur temps saluées par tous. Et en exécution des instructions que le chef de l’Etat a données au gouvernement, il a été mis en place « la Commission pour la réconciliation nationale ». Cette commission et le Collège de Sages ont inscrit leurs actions dans la longue et profonde quête de réconciliation nationale. C’est pour prendre l’élan décisif de ce long processus et prenant en compte la suggestion du Collège de Sages, reprise par la commission de la réconciliation nationale, que le gouvernement a décidé de l’organisation de la Journée nationale de Pardon. A cet égard, on peut dire que la JNP n’est donc pas une imposition mais le fruit d’un cheminement consensuel. Son organisation n’était pas non plus une fin en soi, mais le point de départ d’un long processus : celui de la réconciliation nationale. La JNP s’est toujours voulue être un catalyseur, non un coup d’arrêt à la recherche de la vérité et de la Justice.
Par ailleurs, la JNP a pu donner un déclic symbolique mais très significatif d’une aspiration nationale : celle de la vérité, de la Justice et de la réconciliation nationale pour une paix durable, propice au développement économique et social. Dans ce sens, la JNP est arrivée à renouer les fils d’une rupture à la fois longue et douloureuse entre consensus politique et consensus social.
La JNP, on ne le dira jamais assez, joue pleinement sa partition dans le long processus qui vise à réconcilier le corps social meurtri par des fautes, des manquements, des faiblesses et des lacunes constatés depuis plus de 40 ans et dont les conséquences entravent l’examen serein de l’avenir à tous.
Il faut reconnaître que l’un des acquis majeurs de la JNP est de la consacrer désormais comme « une Journée de souvenir, de promotion des droits humains et de la démocratie au Burkina Faso ». Parmi les sept mesures « décrétées » par le président du Faso, dans son discours prononcé le 30 mars 2001, la sixième était la consolidation du dialogue avec tous les acteurs politiques et sociaux aux fins de résorber le déficit de dialogue et de communication, facteurs de négation d’une réconciliation nationale durable. Aujourd’hui, ce dialogue social est une réalité. En témoigne la rencontre périodique gouvernement-syndicats. Et tout récemment le chef de l’Etat a lui-même initié une rencontre avec tous les corps constitués du Faso.
Le pari de Blaise COMPAORE en prenant en 2001 sept engagements à même de restaurer la paix véritable dans l’intérêt de tous les Burkinabè et d’apaiser tous les cœurs meurtris, est aujourd’hui tenu. Son engagement de faire en sorte que les crimes économiques et de sang reçoivent le traitement judiciaire qui sied n’est pas resté vain mot. Ce que le procès David OUEDRAOGO et la mise à disposition des moyens conséquents pour l’accélération de l’instruction du dossier Norbert ZONGO sont venus mettre en pratique sans oublier les assises judiciaires qui se tiennent périodiquement sur divers crimes.

La réfondation politique, une réalité
Les réformes politiques enclenchées à la faveur de la Journée nationale du Pardon ont pu renforcer le processus démocratique au Burkina Faso. Elles ont abouti à la relecture du code électoral avec l’introduction du mode de scrutin à la proportionnelle pour les législatives. Ensuite elles ont conduit à l’adoption d’un certain nombre de textes tels que le statut de l’opposition, le financement des activités des partis politiques et des campagnes électorales, la mise en place d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui a eu, pour la première fois, l’adhésion de toute la classe politique burkinabè.
L’introduction du mode de scrutin à la proportionnelle a été, à n’en pas douter, un gros avantage pour l’opposition qui aux élections législatives de 2002 a obtenu 54 sièges sur les 111. Par ailleurs le code électoral comporte maintenant une disposition qui le met en avance sur la plupart de ceux des autres pays africains, le dépouillement dès la fermeture du scrutin dans les bureaux de vote par ses membres. C’est du reste ce qui permet aux Burkinabè, de disposer des premiers résultats dès la nuit du scrutin. L’application du bulletin unique est venue contenter des acteurs politiques qui l’ont réclamée.
A tout le moins, la Journée nationale du Pardon a été une opportunité pour répondre à cet impératif que les Burkinabè doivent se demander pardon, pour tous les manquements graves qui ont eu lieu pendant les quarante années d’existence du pays. Les résultats de cette Journée ont été le renforcement de la paix, de la Justice, de la concorde et la consolidation de notre jeune démocratie. Ainsi doit-on avouer que la JNP a exploré une nouvelle voie originale du fait des activités du Comité, des familles de victimes qui n’arrivaient pas à effectuer certains rites coutumiers, simplement parce qu’elles n’étaient pas fixées sur le sort de leurs fils, ont eu satisfaction par l’indication des tombes. La stabilité actuelle de la situation socio-politique atteste bien que le chef de l’Etat n’aura pas simplement sacrifié à un rituel mais que de la tribune de la JNP le 30 mars 2001, tout ce qu’il disait venait du cœur et que ce qui était à faire serait fait.o

par Drissa TRAORE

La réalité du Terrain

Le fondement de la JNP trouve son accomplissement dans le traitement qui est fait des engagements du président du Faso. Quatre ans après la journée du souvenir et de la promotion des droits humains dans notre pays, beaucoup de difficultés inhérentes au fonctionnement des différents comités mis en place existent du fait des affres des réalités du terrain.

Halidou OUEDRAOGO

«Le pardon est la base des plus grandes religions du monde comme le Bouddhisme. Il est la base et la charpente de l’enseignement des plus grands prophètes de nos religions révélées : Le Christ et Mohamet. Lorsque nous examinons une société comme la nôtre, les maux les plus graves qu’elle vit découlent du manque de pardon. Non seulement il n’est pas donné, mais aussi, il n’est pas accordé…», disait Norbert ZONGO. Le 30 mars 2001 le président du Faso a demandé pardon au nom de l’Etat pour toutes les exactions commises dès les indépendances à nos jours. Cette demande a été assortie d’engagements pris par l’intéressé pour que la demande de pardon puisse s’accomplir et pour que chaque burkinabè soit en paix. La réconciliation doit être un fait et non un mot. Depuis plusieurs comités ont été mis sur pied pour traduire dans les faits les engagements du président du Faso. Ces comités outre les difficultés quotidiennes de fonctionnement rencontrent d’autres qui, quoique externes à leurs actions, ont des incidences dans la conduite de leurs missions. Sont de ces difficultés, les problèmes familiaux que les victimes, les ayants droit ou ayants cause vivent. En effet, l’indemnisation et la demande de pardon divisent certaines familles malgré la diligence des responsables des comités. Et pour cause, si ce n’est pas la famille élargie (oncles, autres parents, village, etc.) qui refuse les indemnités pendant que les ayants droit ou les ayants cause les réclament, ce sont des ayants cause et ayants droit qui se querellent pour cela. La preuve, pendant que l’héritier (fils aîné) de feu Oumarou Clément OUEDRAOGO déposait son dossier au niveau du fonds d’indemnisation pour entrer dans ses droits, ses oncles du village refusaient l’idée même du pardon et sont allés jusqu’aux menaces pour dissuader tout contrevenant de percevoir quoi que ce soit de cette indemnisation. Malgré les menaces et les intimidations familiales, l’héritier d’Oumarou Clément OUEDRAOGO a en tout cas été indemnisé avant même que le procès de son père n’ait eu lieu. Des exemples de ce genre, le comité du fonds d’indemnisation en a rencontrés à la pelle. Si ce n’est pas la famille qui ne s’accorde pas sur l’attitude à adopter se pourfend, ce sont les adversaires politiques du pouvoir en place qui font des pieds et des mains pour rendre caduque la recherche de la paix et de la réconciliation nationale. Le cas d’espèce est celui des élèves de Garango. Pendant que les membres du comité d’appui du gouvernement travaillaient à expliquer aux parents du jeune ZIDANI les fondements du pardon, de la réconciliation nationale et le but de l’indemnisation, des militants du collectif faisaient pression sur la famille au prétexte que l’affaire est en justice et que l’avocat de la famille qui n’est autre que Me SANKARA aurait demandé 900 millions à l’Etat. Résultat, après le procès, le gendarme reconnu coupable a été condamné à payer à la famille ZIDANI la somme de 5 000 000. De 900 à 5 millions, reconnaissons que le fossé est grand. La famille ZIDANI se rendant compte que le collectif a abusé d’elle a fait appel quelques jours après le verdict au fonds d’indemnisation pour solliciter ce qu’elle refusait jusqu’alors. Des exemples concrets qui montrent que le pardon, la réconciliation ne viendront pas seulement de ces comités qui ont été mis en place pour faciliter la paix dans notre pays. Le pardon, la réconciliation sont l’affaire de chaque burkinabè pris individuellement. C’est parcequ’il y a la paix, la stabilité que l’on parle d’indemnisation, d’élections, de partis politiques, etc. Le chaos, ne laisse aucune place à ce que d’aucuns appelleraient «faiblesse» car à la guerre comme à la guerre, seule la victoire de son camp importe. Alors chaque burkinabè doit travailler à consolidez cette paix, cette stabilité. Ce qui passe par l’acceptation du pardon et le don de ce pardon pour que nous débarrassions à jamais notre pays des maux, les plus graves dont a parlé Norbert ZONGO.

par Frédéric ILBOUDO

4 ans après

Le 20 mars 2001, Blaise COMPAORE prenait sur lui, la charge de reconnaître toutes les exactions commises au nom de l’Etat, depuis les années d’indépendance à nos jours. Au-delà de sa demande de pardon, il a aussi pris des engagements pour que plus jamais, pareille situation n’arrive encore dans notre pays. Quatre ans après, nous avons rencontré deux responsables de la mise en œuvre de ces engagements. Il s’agit de M. Didace DOUAMBA, président du Comité de suivi des engagements, et de Mme Haby DJIGA, Directrice du Fonds d’indemnisation des victimes de violences en politique.

Haby Djiga, directrice du fonds d'indemnisation

Quatre ans après, combien de personnes ont pu bénéficier des indemnités du Fonds.
Mme Haby DJIGA (H.D) :
Quatre ans après la mise en place de la direction du Fonds, le conseil des ministres a liquidé les indemnités relatives à 412 dossiers qui correspondent à 632 victimes. On peut dire que c’est 632 victimes qui ont pu bénéficier des indemnités pour un montant de 3 680 000 000 environ.

Pensez-vous que cet engagement pris par le chef de l’Etat a contribué un tant soit peu à apaiser le climat social dans notre pays ?
H.D :
Pour notre part, nous pensons que oui. Pourquoi ? Parce que, lorsque les victimes, les ayants droit, ou les ayants cause viennent récupérer leurs indemnités à notre niveau, il y en a qui nous manifestent sur place, leur satisfaction. Ils disent qu’ils adhèrent entièrement au pardon. Au moment où nous instruisons les dossiers, nous nous entretenons avec certaines victimes. Elles nous disent qu’elles sont satisfaites et qu’il y a longtemps de cela qu’elles attendent une oreille attentive pour les écouter. A travers nous elles ont pu obtenir cette écoute et le fait d’avoir étudié leur dossier les réconforte et les satisfait. Je peux dire que l’instauration du Fonds d’indemnisation a même soulagé, un tant soit peu certaines personnes et de façon plus générale quand je peux dire que le Fonds a contribué à apaiser les cœurs et à faire en sorte que le Burkina puisse, en tout cas, rester dans un climat de paix et de stabilité.

Quelles sont les difficultés pratiques que vous avez pu rencontrer pendant ces 4 années ?
H.D :
Nous avons rencontré énormément de difficultés. D’abord, c’était une structure qu’il fallait mettre en place et le personnel qui a été mis à sa disposition n’était pas suffisant. On a alors été obligé d’avoir recours à des compétences extérieures pour nous aider à étudier les dossiers. Puis un second problème s’est posé quand il s’est agi de procéder à la rédaction des textes portant modalités des indemnisations et à leur application. Des difficultés d’interprétation et de compréhension se sont présentées lorsqu’il a fallu faire comprendre certaines choses à certaines personnes, ce n’était donc pas aisé. Enfin, il y a également les difficultés inhérentes à toute profession, à tout service de l’Etat que nous rencontrons au quotidien.

Etes-vous d’avis avec ceux qui pensent que si la JNP n’avait pas existé il aurait fallu la créer?
H.D :
Je pense que oui, et j’adhère entièrement à cette idée-là.

Quelles sont les conclusions auxquelles vous êtes parvenues ?
M. Didace ROUAMBA (D.R ) :
Vous savez qu’il y a un ensemble de textes qui ont été pris pour régir le fonctionnement des différents comités. Mais dans leur application et à l’expérience, on s’est rendu compte que sur certaines de leurs dispositions il y avait des insuffisances et tout le monde en est conscient. Le principe de les relire pour les rendre plus fonctionnels a été retenu. Pour moi, le plus important, c’est que les comités ont pris conscience que, tous, ils travaillent pour un même objectif et qu’alors doit régner entre eux un esprit d’équipe, un esprit de solidarité, de compagnonnage. Ce qui n’a pas toujours été le cas. Ce nouveau réflexe je pense, provoquera davantage de synergie dans nos actions.
Le rapport de l’atelier va nous servir de document de dialogue avec les plus hautes autorités de notre pays, avec le gouvernement. Tout ce qui a été relevé comme problème devrait pouvoir faire, en principe, objet de discussion et de décision de la part du gouvernement. De ce côté-là, il y a déjà un accord de principe du gouvernement de réserver la plus grande attention à ce qui va ressortir comme conclusion de cet atelier.

Pensez-vous que les engagements pris par le président du Faso ont contribué à la consolidation de la paix dans notre pays 4 ans après ?
D.R :
Bon, vous voyez un peu dans quel climat nous avons célébré la journée nationale de pardon. Je crois que la tension était encore très vive à l’époque. Depuis lors, on a quand même fait du chemin. Je ne dis pas que tout est rose, c’est un processus de longue haleine, et les blessures que les uns et les autres ont subies dans leur cœur et dans leur chair, ça ne s’oublie pas facilement. Mais d’une manière générale on sent que l’apaisement vient petit à petit et que la réconciliation fait son petit bonhomme de chemin. Comme disait l’un des participants à notre atelier, je crois qu’en la matière, il faut donner le temps au temps. Mais le plus important, c’est de veiller à ce que la bonne direction qu’on a prise soit maintenue. Il ne faut pas précipiter les choses. Je vous assure que nos camarades qui sont au niveau du Comité de gestion du Fonds et qui ont eu à rencontrer des victimes ont souvent pleuré avec celles-ci à l’audition de ce qu’elles ont subi comme souffrance. On ne peut donc pas se substituer à ces gens-là, et dire : Ecoutez, il faut oublier ce qui s’est passé. Non, il faut que ces gens-là qui ont souffert, puissent cicatriser leurs blessures, et chacun à son rythme. Il y en a qui vont plus vite retrouver l’équilibre, la cohérence, et pour d’autres, cela va demander du temps. Il faut en être pleinement conscient et leur reconnaître ce droit.
Mais pour revenir vraiment à votre question, je crois tout de même que nous avons connu depuis lors une certaine accalmie, tous les efforts tendent aujourd’hui à transformer cette accalmie-là vraiment en paix véritable.

Didace ROUAMBA, président du comité suivi

Quelles sont les perspectives par rapport aux activités qui ont été menées jusque-là ?
D.R :
C’était effectivement l’un des thèmes de notre atelier, il fallait faire le point pour voir où est-ce que nous en sommes avec l’exécution des engagements du chef de l’Etat. Encore une fois, il y a des acquis incontestables, et en matière d’acquis, nous allons soumettre un certain nombre de résolutions et de recommandations au gouvernement qui prendra des décisions éclairées pour orienter les choses. Je ne peux donc pas anticiper pour dire quoi que ce soit. Mais ce que je peux d’ores et déjà affirmer, c’est qu’il y a une orientation forte de se donner les moyens de faire la paix. Tout le monde est bien disposé, tout le monde est pleinement conscient de cela et par conséquent, c’est une prédisposition favorable qui nous permettra, si cela est acquis, de trouver véritablement la paix. Le reste est une question de modalité pratique pour faire ceci ou cela, mais on y parviendra comme je l’ai dit plus haut, nous prendrons le temps qu’il faudra. Dans la vie d’une nation, le temps est précieux ; 3 ans, 5 ans, 10 ans, ça compte bien, mais l’important est qu’on ne perde jamais pied à un moment ou à un autre.
Même si l’on doit avancer lentement, il faut s’assurer qu’on va dans le bon sens et qu’on n’aura pas à faire des recommencements inutiles et préjudiciables.

Des victimes ont-elles été associées aux comités ?
M. D.R :
Nous avons en particulier deux comités, dans lesquels siègent des membres représentant les familles des victimes. Dans le comité de suivi que je préside, nous sommes quinze dont deux représentants des familles des victimes. Les autres étant les représentants des autorités coutumières et religieuses, des mouvements et associations des droits humains, l’administration. Si vous prenez aussi le comité de gestion du Fonds, il y a également deux représentants des familles des victimes.

par Ben Alex Béogo

El Hadj Mahama SANOU,(Vice-président national de la Communauté musulmane du Burkina Faso, président régional de BoboDioulasso et membre du Collège des Sages)
“Ceux qui réclament unilatéralement la vérité avant de pardonner ne constituent nullement la majorité”

30 mars 2001- 30 mars 2005, cela fait exactement quatre ans que la Journée nationale du Pardon a été instaurée dans notre pays à la demande du Collège des Sages. A l’approche de la célébration de cette Journée, nous avons rencontré l’un des membres du Collège des Sages avec qui nous nous sommes intéressés au sens et au concept du pardon selon la religion musulmane. Il s’agit de El Hadj Mahama SANOU, le président régional de la Communauté musulmane de Bobo-Dioula.

Quelle appréciation faites-vous de la Journée nationale du Pardon depuis son instauration le 30 mars 2001 en tant que religieux et membre du Collège des Sages :
Mahama SANOU (MS) :
Le fondement de toutes les religions se repose sur le pardon. En Islam, quand on veut se saluer, on demande la paix (que la paix de Dieu soit sur vous) or on ne peut pas avoir la paix sans le pardon. C’est donc le pardon qui est recommandé obligatoirement par le Seigneur. En tant que représentant religieux, nous apprécions la Journée nationale du Pardon (JNP) à sa juste valeur. Nos responsables ont courageusement reconnu publiquement leurs erreurs du passé et ont décidé de se repentir en demandant pardon. Nous demandons aussi aux familles de ceux qui ont été victimes d’exactions de faire un effort pour accepter ce pardon à cause de Dieu qui nous le recommande. Si l’Etat n’avait pas demandé ce pardon, les familles des victimes ne pouvaient rien changer, mais si l’Etat l’a fait, c’est pour mettre un terme aux exactions dans notre pays et mieux parfaire ainsi notre processus de construction d’un Etat de droit. La construction d’un Etat de droit est une œuvre de longue haleine. Pour mieux le consolider, il faut que les acteurs se pardonnent mutuellement. Le pardon arrange bien le gouvernement qui a besoin d’un environnement favorable pour travailler. Les citoyens qui aiment vraiment leur patrie doivent tendre la main pour accepter le pardon qui est très important dans la construction d’une société exemplaire.
Ce que nous disons en tant que religieux, sera à coup sûr interprété par certains politiciens qui ne manqueront pas de nous accuser d’être de connivence avec le gouvernement. Ils diront que nous avons été corrompus. Nous sommes conscients de tout cela mais l’essentiel pour nous, c’est de rester en phase avec nous-mêmes et d’agir selon les recommandations de Dieu. Par rapport à cela, nous réaffirmons très fort que le pardon est une recommandation obligatoire pour celui qui veut la grâce et la faveur de Dieu. Nous demandons par conséquent à tout le peuple burkinabè sans exception d’accepter le pardon.
Il faut se défaire des considérations politiciennes sans fondement pour prendre le chemin du pardon qui mène à la paix sociale et au bonheur. Ce que le pardon n’arrive pas à résoudre, ce n’est pas la vengeance qui pourra le faire.

Par rapport à la JNP, il y a des personnes qui pensent qu’il faut d’abord connaître la vérité avant d’accepter le pardon. Qu’en dites-vous ?
MS :
Nous restons toujours dans le cadre religieux pour demander aux uns et aux autres de ne pas être trop rancuniers en compliquant d’avantage les choses.
D’ailleurs qu’est ce que la vérité ? Du fait qu’elle soit relative, elle contribue le plus souvent à diviser qu’à rassembler.
«Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire», qui n’a jamais entendu cette phrase populaire » ?
Dans la religion musulmane par exemple, pour accuser quelqu’un de meurtre, c’est très délicat parce qu’il faut réunir plusieurs éléments de témoignages pour l’affirmer. Que celui qui a commis un crime le reconnaisse où pas, on demande à la famille du défunt de pardonner. En le faisant, Dieu aussi récompense cette famille de ses largesses. L’instauration de la Journée du Pardon répond à ces soucis. C’est d’ailleurs le Collège des Sages dont je suis un membre qui a recommandé la Journée Nationale de Pardon au gouvernement et au président du Faso en particulier. C’est le Collège des Sages qui a proposé que les dirigeants s’excusent publiquement de toutes les exactions commises dans notre pays. L’Etat après réflexion dans ce sens, a accepté cette JNP. Depuis, la paix sociale ne fait que se consolider dans notre pays. Que se soient ceux qui ont accepté le pardon où ceux qui l’ont refusé, tous reconnaissent au moins que cette JNP contribue fortement à donner un crédit à notre pays à l’extérieur. A cause de la stabilité et de la paix qui prévalent au Burkina Faso, nous sommes beaucoup enviés par les autres pays. Ceux qui pensent qu’ils faut connaître la vérité avant d’accepter le pardon, je leur demande de nous rejoindre sur la voie de Dieu. Que nous soyons musulmans ou chrétiens, donnons-nous la main. Pardonnons-nous, les uns et les autres.
Quelle vérité attendez-vous de quelqu’un qui a été victime d’exaction ? Que son bourreau se présente devant sa famille pour expliquer comment il a fait pour le tuer ? Non, nous refusons cette méthode qui assurément ne fera que rouvrir des plaies. Nous devons faire évoluer les mentalités et se tourner résolument vers l’avenir. L’avenir pour nos enfants qui sont appelés à nous remplacer demain. Nous n’avons pas le droit d’oublier même si nous acceptons le pardon ; c’est pourquoi la JNP est là pour permettre à la génération future de se rappeler ce qui s’est passé un certain 30 mars 2001 au Burkina Faso. Au niveau du Collège des Sages, nous avons étudié déjà toutes les vérités avant de demander à l’Etat de faire la JNP. Nous avons rencontré chacune des familles des victimes, sauf celles qui ne sont pas venues. En tout cas, toutes celles qui sont venues à nous, ont vu leurs dossiers traités. Nous avons parlé avec ces familles des victimes, nous avons d’abord su où se trouvait la vérité avant de faire notre proposition de pardon. Tous les dossiers traités ont été mis à la disposition de l’Etat. C’est après consultation de tous ces documents que la JNP a été lancée.
D’ailleurs même ceux qui veulent coûte que coûte la vérité avant de pardonner ne constituent pas la majorité. C’est la majorité qui compte dans toute chose et grâce à cette majorité, le pardon va s’imposer progressivement et gagner tous les cœurs même les plus durs. A ceux qui refusent catégoriquement le pardon, nous prions Dieu afin qu’il puisse affermir leur cœur et nous rejoindre sur le chemin de la paix.

Il y a une autre catégorie de personnes qui a accepté le pardon mais qui refuse de se faire indemniser par l’Etat. Elle trouve que cela est immoral et contraire à la religion. Que pensez-vous de cette catégorie de personnes ?
MS :
Ceux qui disent cela également ne maîtrisent pas bien les contours de leur religion. Je les invite à approcher leur représentant religieux pour mieux comprendre les choses. Sinon dès qu’on accepte le pardon, c’est un droit d’accepter d’être indemnisé.
Cet argent qu’on donne aux familles des victimes ne signifie pas qu’on rembourse ainsi la vie de l’être perdu ; mais c’est quand même un réconfort qui peut soulager un temps soit peu. C’est même une recommandation coranique qui veut que si quelqu’un tue un de vos parents et qu’il vous demande de le pardonner, une fois que vous acceptez le pardon, il faut aussi accepter symboliquement qu’on vous verse de l’argent. Normalement si vous tuez un homme, on doit vous tuer à sa place. Mais convenez avec mois que si cette loi restait ainsi, cela allait être difficile à gérer. Voilà pourquoi on a trouvé cette solution de rechange qui consiste à dédommager les parents de la victime. Au temps du prophète, il fallait 100 chameaux pour dédommager une vie. Nous devons donc évaluer de nos jours l’argent de 100 chameaux pour le remettre aux ayants droit des victimes. En acceptant le pardon, c’est un pas qu’on a franchi et pour franchir l’autre pas, il faut accepter l’argent qu’on verse. Cela n’a rien d’immoral. C’est un droit. L’essentiel c’est de pardonner sincèrement.
Il y a un verset coranique qui dit que si quelqu’un a demandé pardon et qu’il est pardonné et qu’à son tour il donne quelque chose qui représente un symbole pour te soulager un peu, il faut l’accepter pour montrer que ton pardon est sincère.
En refusant cet argent, ce sont les épouses et les enfants des victimes que vous pénalisez.

Comment se présente la situation à Bobo-Dioulasso ? Est-ce qu’il y a un suivi du processus d’indemnisation des ayants droit des victimes de la part du Collège des Sages ?
MS :
Personnellement je ne connais pas de familles de victimes. Lorsque l’Etat a envoyé les gens pour venir visiter les différents ayants droit des victimes à Bobo-Dioulasso, ils ont passé par le chef de canton et les associations religieuses. Nous étions seulement au courant de leur passage. Au niveau du Collège des Sages notre président est l’archevêque de Bobo-Dioulasso. C’est lui qui suit normalement le processus et c’est donc lui qui doit avoir des informations sur l’évolution de la situation à Bobo. Ce qui est sûr, il nous fera le point pour nous expliquer comment les choses avancent. Pour le moment je ne peux rien vous dire d’avantage.

Quel message pouvez-vous adresser au peuple burkinabè à l’occasion de cette JNP ?
MS :
Je demande simplement au peuple burkinabè de voir comment est notre pays par rapport à d’autres pays africains qui sont en guerre. Je vous donne un exemple palpable ; tout dernièrement j’étais en Arabie Saoudite où en m’entretenant avec un Arabe, il m’a dit très franchement, qu’actuellement dans toute l’Afrique noire, le Burkina Faso est le premier pays qu’il peut conseiller à quelqu’un qui veut investir à cause de sa stabilité pour notre pays même s’il est pauvre. Tout le monde sait que notre pays est calme et hospitalier. Je demande donc au peuple de ne pas se laisser distraire par les politiciens qui ne se battent que pour leur propre intérêt.
Ceux qui critiquent aujourd’hui que rien ne va dans notre pays.
Dieu seul le sait. Nous devons alors nous départir de toutes les considérations politiques et préserver la paix sociale qui prévaut chez nous. C’est ça le plus important.
Que Dieu nous accorde toujours la paix dans notre pays. Qu’on s’unisse ensemble pour entrer et sortir d’une même porte. Je demande aussi aux gouvernants de continuer toujours à maintenir ce climat de paix sociale en se rapprochant davantage du peuple. Qu’ils fassent tout pour éviter que d’autres exactions surviennent encore après la JNP. Que le premier responsable surveille bien le pays en restant vigilant, parce qu’en tant que premier responsable du pays, il doit répondre de tout ce qui arrive de bien comme de mal au pays. Il doit donc bien superviser de loin comme de près pour faire régner la Justice sociale selon les lois du pays. Pardonnons-nous d’abord avant de demander à Dieu de nous pardonner.o

Entretien réalisé à Bobo-Dioulassa
par Drissa KONE

Le Travail de sape du collectif

Selon plusieurs informations concordantes qui nous sont parvenues, certains responsables du Collectif de Halidou OUEDRAOGO et pas des moindres, auraient approché plusieurs familles pour qu’elles refusent le pardon dans le cadre de la JNP et de la réconciliation nationale. Un avocat, membre du Collectif est même allé voir une famille pour qu’elle rejette catégoriquement le pardon et les indemnisations sous prétexte qu’en tant qu’avocat de la famille, il suit le dossier en Justice et que si tout va bien, il allait faire gagner à cette famille près de 900 millions.
Malheureusement pour cet avocat, l’affaire fut jugée et la famille n’a reçu que 5 millions. Alors, celle-ci qui a fini par comprendre qu’elle a été dupée par l’avocat fait marche arrière et se présente aux responsables du Fonds d’indemnisation. Comme on le constate, et c’est malheureux, certains responsables du collectif font de la question du pardon et des indemnisations un « business » pour ne pas dire une parcelle de leur « champ de café » comme dirait l’autre. On mesure alors aisément jusqu’où peut aller la cruauté de certaines personnes, tapies dans certaines structures qui leur servent de couverture douillette pour leurs sales « magouilles » et qui, au grand jour jouent les intègres, parangons de vertus. Pourquoi convaincre une famille victime de violence en politique de rejeter le pardon et de refuser les indemnisations en lui promettant des sommes faramineuses, tout en sachant qu’on n’y arriverait pas ? C’est vrai que certains responsables du Collectif sont des opposants au régime, mais si pour des dividendes politiques, on est capable de jouer sur la conscience de personnes ayant perdu un parent, un proche, c’est à ne plus rien comprendre.
Aujourd’hui, certaines familles se sentent grugées par les responsables du Collectif qui les ont poussées à refuser le pardon, la réconciliation et les indemnisations, avec forte promesse de régler leur affaire en Justice où elles pourront avoir des sommes importantes. Chercher à tirer des dividendes politiques et même financières sur le dos de familles ayant perdu un parent, si ce n’est pas du cynisme ça y ressemble.
Ce qui est fort regrettable, c’est qu’aux yeux d’une certaine opinion, ces responsables du Collectif qui se livrent à de telles basses besognes sont vus comme des intègres défenseurs de la veuve et de l’orphelin. Et pourtant, ils sont loin de l’être au regard de ce qu’ils font dans l’ombre.

Ben Alex BEOGO

Dans la mouvance de la JNP

Le 30 mars 2005 marquera le 4e anniversaire de la Journée Nationale de Pardon (JNP) initiée par le président du Faso, Blaise COMPAORE. Une initiative historique dont l’effet est aujourd’hui visible dans tous les secteurs de la vie de notre pays. Comme si cela ne suffisait pas, le président du Faso, et toujours dans la dynamique du dialogue social et de la paix, a initié des rencontres avec tous les corps constitués du Burkina Faso. JNP, rencontres avec les corps constitués, le président du Faso a définitivement opté pour l’écoute, le dialogue et le pardon sources de stabilité, de progrès économique et social.

Blaise COMPAORE, président du faso

Lorsque face à la grande crise qui secouait le pays depuis décembre 1998, le président du Faso est sorti d’une période de réserve que certains ont dénoncée à cors et à cris pour proposer au peuple burkinabè l’organisation d’une journée nationale de pardon, un responsable du Collectif frondeur l’avait qualifié d’idée «lumineuse» et il n’avait pas tort. En effet, depuis le 30 mars 2001, date de l’organisation de cette journée, le Burkina vit une ère qu’on pourrait appeler de renaissance où les maîtres mots sont la stabilité, la démocratie et le développement. Ce qui d’ailleurs a amené un observateur à dire que «le Burkina Faso surprend et étonne toujours». Il avait certainement raison au regard de la situation et de l’allure que prenait le pays après le crime odieux de Sapouy. Marches, grèves, actes de vandalisme, appels à l’insurrection populaire… étaient du vécu quotidien des Burkinabè. On s’acheminait il faut le dire vers un chaos généralisé. De 1998 à 2000, le Burkina Faso a donc connu les moments les plus difficiles et pénibles de son histoire socio-politique. Mais, Dieu aidant, le pire a pu être évité et cela grâce à la JNP.

Quelques représentants des corps constitués

La sagesse comme guide
Si pour le philosophe, la sagesse est l’attribut des dieux, c’est dire que l’homme, ce mortel ne peut s’élever à une telle vertu. Alors comment qualifier l’idée de la JNP que l’on a trouvée «lumineuse» et qui, associée plus tard à d’autres idées non moins lumineuses comme l’initiative tant saluée du président du Faso de rencontrer tous les corps constitués, valent à notre pays cette paix tant recherchée ailleurs ? Si ce n’est de la sagesse qui anime le géniteur de ces «idées lumineuses», ça lui ressemble en tout cas et l’on peut affirmer avec force que le président COMPAORE fait de la sagesse un guide. La JNP et les rencontres avec les corps constitués ont incontestablement été saluées par tous. Même les opposants les plus «farouches» reconnaissent en celles-ci des initiatives louables. En tous les cas, l’évolution de la donne socio-politique et économique du Burkina Faso depuis le 30 mars 2001, marquée par la stabilité et le progrès économique, confirme bien, comme le disait Arthur De Gobi NEAR (1816-1882) qu’«un peuple a toujours besoin d’un homme qui comprenne sa volonté, la résume, l’explique et le mène où il doit aller».
Comment interpréter la JNP et les rencontres du chef de l’Etat avec les corps constitués ? C’est assurément la traduction ou la manifestation de la volonté d’un homme, d’un chef d’Etat qui comprend son peuple… et le mène où il doit aller, c’est-à-dire au progrès économique et social, le progrès pour tous et le bonheur pour chacun.
Fort donc de tout ce qui précède, on peut affirmer que les rencontres entre le président COMPAORE et tous les corps constitués, ne sont rien d’autres que les fruits de la JNP. Des fruits au goût de la stabilité, du dialogue, de la paix et du développement.

par Ben Alex Béogo

Burkina Faso
Terre bénie

Un ami béninois, à propos du Burkina Faso, lors d’un voyage d’étude à Cotonou, nous a fait cette remarque : «Je ne sais pas pourquoi j’aime le Burkina Faso. Mais je pense que c’est parce que les Burkinabè sont simples, travailleurs et toujours prêts à servir. C’est ça qui fait que vous êtes différents des autres. Votre pays est sec, vous n’avez pas la mer comme nous, mais vous vous en sortez tout de même… Il y a la paix, votre démocratie marche…». Ce descendant de Béhanzin exprimait là, des sentiments partagés par plus d’un. En effet, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, de tels propos sont souvent entendus qui montrent que le Burkina Faso, il faut le dire, est un pays «atypique».

Voilà un pays enclavé, sans ressources naturelles «extraordinaires», qui arrive tant bien que mal à s’en sortir et à même se faire envier de pays plus nantis.
C’est assurément un fait qui étonne, qui surprend et même qui fait des jaloux, si ce n’est des ennemis tout court. Le secret de cette réussite amorcée depuis une dizaine d’années, il faut aller certainement le chercher d’abord dans la manière dont le pays est gouverné.
En effet, plusieurs régimes politiques se sont succédé dans ce pays sans qu’on ne parle ou ne vante son progrès tant sur le plan économique, politique que social. Ayant définitivement opté pour la démocratie multipartite depuis 1991, le Burkina Faso n’avait d’autre choix que d’œuvrer pour l’enracinement de cette méthode de gouvernance tout en travaillant pour son progrès économique et social.
Il y a aussi que le Burkinabè parmi les peuples africains est un «homme atypique» par nature. Travailleur, intègre, il est prêt aux sacrifices qu’il faut pour sauver son honneur et préserver sa patrie du désordre et du chaos. La preuve, lorsque certains obnubilés par des desseins aux antipodes de l’humanitaire, sous le couvert d’une prétendue lutte contre l’impunité, avec l’affaire Norbert ZONGO, voulaient mettre le pays à feu et à sang, c’est comme par miracle que ces derniers qui avaient le vent en poupe et étaient décidés à atteindre leurs objectifs, ont subitement perdu le nord, rendant possible la création et le travail du Collège de sages et la tenue de la Journée Nationale de Pardon.
Depuis cette journée, une main invisible semble guider le pays et toute velléité déstabilisatrice est vite neutralisée avec la manière.
Capable du dépassement de soi-même, le Burkinabè est un homme de pardon. Le pardon, trait culturel fondamental de notre pays associé au dialogue social cultivé par les gouvernants font du Burkina, quoique terre aride et martyrisée par les aléas d’un climat rude, cet Eldorado atypique dont rêvent beaucoup d’Africains et d’habitants des autres continents.
Pour moins que la crise qu’a connue notre pays de 1998 à 2000, certains pays africains sont aujourd’hui «invivables».
Un autre atout, pour ne pas dire secret, est la parenté à plaisanterie, véritable ciment social qui unit plusieurs ethnies de notre pays. C’est là une «chance culturelle» inouïe qui évite que des différends ou autres inimitiés individuelles ne gangrènent le tissu social car trouvant par elle un éteignoir qui «désamorce» les passions.
L’élan de paix, de progrès économique et démocratique pris par notre pays depuis une décennie est la résultante donc de tout ce qui précède.
Atypique le Burkina l’est. Béni de Dieu, le Burkina l’est. Et fasse Dieu qu’il en soit éternellement ainsi.o

par Ben Alex Béogo

A propos du pardon

-«Le pardon a une triple fonction : politique, sociale et religieuse. Toutes les collectivités humaines se bâtissent sur le socle du pardon. Dans aucune religion, on ne trouve trace du rejet du pardon et tout homme qui veut prospérer dans la politique doit savoir cultiver l’esprit de tolérance qui appelle celui du pardon … L’expérience nous démontre que seuls les faibles ne sont pas accessibles au pardon…» (Hermann YAMEOGO in L’Opinion N°182 du 28 mars 2001).

-«Si les Burkinabè acceptent le pardon, ce sera des bases solides pour permettre d’aller de l’avant, de construire le pays. L’objectif du pardon n’est rien d’autre que cela…» (Alain Bedouma YODA in L’Opinion N°182 du 28 mars 2001).

-«Au risque de choquer, je soutiens que le pardon s’adresse plus à notre tête, capable d’intelligence, qu’à notre cœur ou à nos tripes où il pourra toujours rester - du moins pour certains - des fragments de haine et de fiel. Pour tout dire, ce pardon s’adresse à ce qui nous différencie de l’animal, puisque l’homme est doué de la grâce de pardonner…» (Edouard OUEDRAOGO. DP de L’Observateur in L’Opinion N°182 du 28 mars 2001).

-«La tenue de la JNP n’est ni un moyen d’arrêter les poursuites, encore moins d’économiser les réparations morales et financières vis-à-vis des victimes et des ayants droit. Où se trouve donc la volonté d’auto-absolution ou d’auto-amnistie dont certains se targuent pour rejeter le principe de la JNP ?" (Communiqué CDP à l’occasion de la JNP in L’Opinion N°182 du 28 mars 2001).

-«Nous sommes d’accord avec le pardon compris comme un temps d’arrêt et le début d’une quête spirituelle chez tous les Burkinabè pour se débarrasser de toute haine et toute idée de vengeance. Le pardon, au plan religieux, c’est cela et l’illustration la plus élevée est donnée par le Christ qui, sur la croix demande à Dieu de pardonner à ses bourreaux, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. … Le comportement du Christ est un idéal spirituel vers lequel chacun doit tendre de tous ses efforts …» (Soumane TOURE in L’Opinion N°182 du 28 mars 2001).

-«Le pardon suppose qu’on prend l’engagement à partir de ce pardon-là, de faire de sorte que ce qui s’est passé hier ne se reproduise plus jamais. Cela veut dire qu’on se donne un nouveau moment, qu’on s’engage sur une nouvelle voie. C’est pour cela que le pardon doit être sincère.
S’il ne l’est pas, alors cela aura été de la comédie …
» (Dominique SISSO président du comité de sensibilisation du CNO./JNP 2001 in L’Opinion N°182).


1- «La grandeur d’un homme se mesure en sa capacité à prononcer et à vivre ce mot pardon…» (Hamadou Hampate BA).
-«Certains l’ont dit, «le pardon ne se décrète pas» : ils auraient pu ajouter, «il ne se commande pas non plus». Ce n’est pas parce que l’autre se dit disposé qu’on demande pardon. On le demande pour sa propre paix intérieure. Et on est prêt à le renouveler jusqu’à ce que celui à qui on le demande finisse par l’accepter.
… Il ne saurait en être autrement et seules les personnes animées de mauvaise intention peuvent s’autoriser à épiloguer sur la manière et les conditions de le donner ou de le recevoir…»
(W.E. BADINI, in L’Opinion N°182).

2- «Quand vous êtes étrangers dans une communauté, et que vous devez y séjourner, apprenez d’abord deux mots de la langue de vos hôtes : Pardon et merci …» (Larlé Naaba ABGA).

3- «Le pardon est la base des plus grandes religions du monde comme le bouddhisme. Il est la base et la charpente de l’enseignement des plus grands prophètes de nos religions révélées : Le Christ et Mahomet … Lorsque nous examinons une société comme la nôtre, les maux les plus graves qu’elle vit découlent du manque de pardon. Non seulement il n’est pas demandé, mais aussi, il n’est pas accordé. Logique. (…) Feu Norbert ZONGO, in L’indépendant N° 243 du 21 avril 1998 – P.12).

«En cet instant solennel, en notre qualité de président du Faso assurant la continuité de l’état, nous demandons pardon et exprimons nos profonds regrets pour les tortures crimes, les injustices, les brimades et tous les autres torts commis sur des Burkinabé par d’autres Burkinabé, agissant au nom et sous le couvert de l’Etat, de 1960 à nos jours » (Blaise COMPAORE 30 mars 2001).

-«Chacun a besoin de la paix de tous et nous avons besoin de la paix de chacun» (Mgr Aselme SANOU Table ronde 20/ 03/ 04.

Ajouter le pardon demandé par le président du Faso
-«Il est souhaité que toute la nation comprenne que le chemin qui bâtit l’avenir, c’est le pardon, c’est la réconciliation, c’est la miséricorde. Nous demandons aux familles des victimes, à toutes les personnes blessées de prendre avec courage et aussi magnanimité ce qui a été dit, d’en faire une lecture positive, en vue de l’avenir…» (Mgr Anselme Tatianma SANON . 30 mars 2001).

-«Pardonner, c’est vivre… tous les 365 jours de l’année doivent être des journées de pardon… Le Seigneur Jésus enseigne à son apôtre Pierre à pardonner 70x7 fois par jour…»(In La Bible) .

A propos de l’amnistie

En 2001, Hermann YAMEOGO, alors président de l’ADF/RDA proposait lancer une pétition en vue d’une loi d’amnistie générale après la Journée nationale de Pardon. A l’époque, dans un entretien qu’il a bien voulu nous accorder, nous lui avons posé trois questions relatives à l’amnistie générale qu’il souhaite.

Hermann YAMEOGO, président de l'UNDD

Votre parti se propose de lancer une pétition en vue d’une loi d’amnistie générale. Qu’est-ce qui vous motive à cela ?
Hermann YAMEOGO (H.Y) :
Nous avons pensé à la pétition pour plusieurs raisons. Si nous adhérons ainsi que je l’ai dit plus tôt à la JNP, nous trouvons qu’elle n’est que la traduction du droit de transaction reconnu par le Code civil au plan national. En effet, à travers la JNP, c’est l’Etat qui lance une offre pour un contrat de réconciliation nationale et qui appelle dans la mise en œuvre de cette convention à une transaction. Ceux qui acceptent le pardon, qui participent à cette Journée et qui acceptent les réparations qui seront allouées par l’Etat auront définitivement mis fin selon la logique de la transaction aux conflits qui les opposent à l’Etat. C’est ce qui se passe en matière de droit du travail lorsque le travailleur et son patron concluent un procès-verbal de conciliation ; c’est ce qui se passe en matière d’accident lorsqu’un règlement amiable est passé avec la compagnie d’assurance, c’est ce qui se passe en matière économique, en matière d’infractions fiscales ou douanières…lorsque les citoyens préfèrent régler à l’amiable les amendes au lieu d’être cités devant le tribunal. Mais nous avons pensé qu’en plus de cette possibilité de transaction, il fallait reconnaître aux victimes, à leurs ayants droit comme aux tiers la possibilité de se pourvoir devant les juridictions compétentes (lorsqu’ils ont pardonné et qu’ils écartent par conséquent une sanction pénale) pour avoir réparation et connaître la vérité. Dans notre esprit en effet, la JNP est essentiellement axée sur le pardon mais ne fait pas suffisamment de place à la vérité. L’amnistie est la technique qui permet de prendre acte de la disposition de tout le monde pour le pardon en effaçant les poursuites pénales mais c’est aussi la technique qui permet de mettre un accent sur la recherche de la vérité en permettant que les dossiers pénaux pendants devant les juridictions répressives puissent être versés aux débats des procédures civiles en réparation, soit devant les mêmes juridictions pénales déjà saisies, soit éventuellement devant d’autres juridictions.

Certains vous disent plus royaliste que le roi et que derrière tout cela se cache des dividendes personnels. Que répondez-vous ?
H.Y :
C’est vrai qu’on dit beaucoup de choses sur cette initiative, mais les gens de bien vous diront aussi que si l’on détachait de ma lutte politique mon attachement à la réconciliation nationale, au dialogue, à la paix, on la dénaturerait. Je n’ai pas attendu le CDP ou Blaise COMPAORE pour parler d’amnistie et de réconciliation nationale dans les années 75 pas plus que dans les années 90.
Malheureusement au Burkina Faso, rien ne se fait plus sans rien. Les convictions s’émoussent de plus en plus à mesure que la corruption gangrène les relations politiques. S’agissant des dividendes personnels, après tout, pourquoi pas. Il serait temps que j’y pense et que je revendique avec beaucoup plus de fermeté pour moi-même et pour mon parti le bénéfice d’actions que j’engage et qui profitent à la nation. Combien sont-ils les jeunes à savoir que c’est grâce à notre action que ceux qui étaient détenus au Conseil de l’Entente à l’avènement du Front Populaire ont été libérés ? Combien sont-ils à savoir comment nous avons lutté pour qu’on reprenne les dégagés, les licenciés, qu’on mette en chantier la réhabilitation administrative ? Vraiment, il serait grand temps, comme du reste beaucoup me le disent de plus en plus, de penser aux dividendes. Et après tout pourquoi est-ce qu’on fait de la politique ? Ce n’est certainement pas pour le roi de Prusse mais pour gagner pour soi-même et son parti.

Après la JNP et la loi d’amnistie (si elle est adoptée) que voyez-vous comme mesures et actions à développer pour un Burkina Faso nouveau ?
H.Y :
Après la JNP et l’amnistie, ce qu’il faudrait avant tout, c’est joindre l’acte à la parole et ce n’est malheureusement pas la chose la plus courante dans notre pays. Quand les choses sont difficiles, on ne recule devant aucune promesse mais une fois le danger passé, c’est à la revoyure. Voilà pourquoi je dis que l’après JNP est aussi important sinon plus que la JNP elle-même. C’est comme ça qu’au Burkina, on est toujours revenu à la case départ, il n’y a pas de prévisions, pas de suivi, il n’y a que la politique de l’instant, du court terme. On pare au plus pressé et on attend de voir venir.
Je crois que l’une des causes majeures de la crise que nous traversons réside dans la falsification de la volonté populaire à travers les fraudes répétitives. C’est cela qui a créé les distances entre les gouvernants et les gouvernés. C’est cela qui a entaché la confiance dans les institutions et dans les hommes qui les incarnent, c’est cela enfin qui a ouvert la porte aux exacerbations qui ont conduit à cette situation. Il faudrait promouvoir une refondation des institutions mais encourager aussi un changement des mœurs politiques pour amener à une recomposition de la classe politique.
C’est dire que l’un des soucis majeurs devra être de mener à bien le processus de refondation institutionnelle et politique en cours. Il faudra aussi faciliter la mise en œuvre de procédures judiciaires dans les affaires pénales qui auront été amnistiées pour que la vérité éclate à travers le jugement sur les intérêts civils. Comme nous n’arrêtons pas de le dire, le pardon dont le peuple a besoin, n’est pas seulement relatif aux crimes économiques et de sang. Il est aussi lié aux erreurs de gestion politique, économique et sociale qui sont cause de frustrations parce qu’elles marginalisent des catégories sociales et politiques comme des régions.
De ce point de vue un accent particulier doit être mis sur l’atténuation de cette politique de sur-centralisation qui anémie beaucoup de régions du Burkina Faso dont l’Ouest. Des mesures particulières doivent être imaginées pour déployer un peu de solidarité vis-à-vis de certains travailleurs qui ont justement été victimes de privatisations incontrôlées et anarchiques et la mise en œuvre d’une politique aveugle de libéralisation.
Au plan international, le Burkina doit faire peau neuve en évitant certaines relations qui on manqué de ternir irrémédiablement notre image de marque.
Il faut donner une suite à la réforme de la Justice en pourvoyant les nouvelles Cours créées (suite à l’éclatement de la Cour suprême) en hommes, et en moyens. L’indépendance de la Justice doit être renforcée à travers l’allègement, voire la déconnexion entre le Conseil Supérieur de la Magistrature et l’Exécutif. Il faut laisser le soin aux magistrats de gérer la carrière de ses membres et que les pressions de l’Exécutif n’arrivent pas à orienter les décisions de Justice.

Interview réalisée par Cheick AHMED

 

 

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