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Les fruits du pardon
La Journée
nationale de Pardon (JNP) constitue la toute première
manifestation publique et décisive du processus de
réconciliation nationale. Quatre ans après sa
tenue on peut dire sans risque de se tromper que les espoirs
du dialogue social et de la réfondation politique qui
sous-tendaient l’organisation de cette Journée ont
abouti.
Le président
du faso entouré des anciens chefs d'Etats le 30 mars
2001 au stade du 4 Août
La
Journée nationale de Pardon (JNP), idée lumineuse
comme l’ont reconnue à l’époque certains de
ses contempleurs, a permis au Burkina Faso d’exorciser les
démons de la violence, de la chienlit…et d’instaurer
un climat de paix propice à tout développement.
Le Président COMPAORE, bien inspiré, a donc
évité au pays les misères connues ailleurs
surtout sur le continent africain où des conflits fratricides
essentiellement dus à l’intolérance et au déficit
de communication endeuillent des nations. La JNP fut un moment
solennel qui a permis de s’accorder sur nos différends
et de chercher les voies et moyens pour les aplanir. Pour
le pays, elle a ouvert le chemin de la réconciliation
de ses fils que des « errements
» politiques ont mis dos à dos.
La culture
du pardon exaltée
Il faut dire que ce processus de réconciliation nationale
a été enclenché suite aux recommandations
du Collège de Sages. Ces recommandations ont été
à leur temps saluées par tous. Et en exécution
des instructions que le chef de l’Etat a données au
gouvernement, il a été mis en place «
la Commission pour la réconciliation nationale ».
Cette commission et le Collège de Sages ont inscrit
leurs actions dans la longue et profonde quête de réconciliation
nationale. C’est pour prendre l’élan décisif
de ce long processus et prenant en compte la suggestion du
Collège de Sages, reprise par la commission de la réconciliation
nationale, que le gouvernement a décidé de l’organisation
de la Journée nationale de Pardon. A cet égard,
on peut dire que la JNP n’est donc pas une imposition mais
le fruit d’un cheminement consensuel. Son organisation n’était
pas non plus une fin en soi, mais le point de départ
d’un long processus : celui de la réconciliation nationale.
La JNP s’est toujours voulue être un catalyseur, non
un coup d’arrêt à la recherche de la vérité
et de la Justice.
Par ailleurs, la JNP a pu donner un déclic symbolique
mais très significatif d’une aspiration nationale :
celle de la vérité, de la Justice et de la réconciliation
nationale pour une paix durable, propice au développement
économique et social. Dans ce sens, la JNP est arrivée
à renouer les fils d’une rupture à la fois longue
et douloureuse entre consensus politique et consensus social.
La JNP, on ne le dira jamais assez, joue pleinement sa partition
dans le long processus qui vise à réconcilier
le corps social meurtri par des fautes, des manquements, des
faiblesses et des lacunes constatés depuis plus de
40 ans et dont les conséquences entravent l’examen
serein de l’avenir à tous.
Il faut reconnaître que l’un des acquis majeurs de la
JNP est de la consacrer désormais comme « une
Journée de souvenir, de promotion des droits humains
et de la démocratie au Burkina Faso ». Parmi
les sept mesures « décrétées
» par le président du Faso, dans
son discours prononcé le 30 mars 2001, la sixième
était la consolidation du dialogue avec tous les acteurs
politiques et sociaux aux fins de résorber le déficit
de dialogue et de communication, facteurs de négation
d’une réconciliation nationale durable. Aujourd’hui,
ce dialogue social est une réalité. En témoigne
la rencontre périodique gouvernement-syndicats. Et
tout récemment le chef de l’Etat a lui-même initié
une rencontre avec tous les corps constitués du Faso.
Le pari de Blaise COMPAORE en prenant en 2001 sept engagements
à même de restaurer la paix véritable
dans l’intérêt de tous les Burkinabè et
d’apaiser tous les cœurs meurtris, est aujourd’hui tenu. Son
engagement de faire en sorte que les crimes économiques
et de sang reçoivent le traitement judiciaire qui sied
n’est pas resté vain mot. Ce que le procès David
OUEDRAOGO et la mise à disposition des moyens conséquents
pour l’accélération de l’instruction du dossier
Norbert ZONGO sont venus mettre en pratique sans oublier les
assises judiciaires qui se tiennent périodiquement
sur divers crimes.
La réfondation
politique, une réalité
Les réformes politiques enclenchées à
la faveur de la Journée nationale du Pardon ont pu
renforcer le processus démocratique au Burkina Faso.
Elles ont abouti à la relecture du code électoral
avec l’introduction du mode de scrutin à la proportionnelle
pour les législatives. Ensuite elles ont conduit à
l’adoption d’un certain nombre de textes tels que le statut
de l’opposition, le financement des activités des partis
politiques et des campagnes électorales, la mise en
place d’une Commission électorale nationale indépendante
(CENI) qui a eu, pour la première fois, l’adhésion
de toute la classe politique burkinabè.
L’introduction du mode de scrutin à la proportionnelle
a été, à n’en pas douter, un gros avantage
pour l’opposition qui aux élections législatives
de 2002 a obtenu 54 sièges sur les 111. Par ailleurs
le code électoral comporte maintenant une disposition
qui le met en avance sur la plupart de ceux des autres pays
africains, le dépouillement dès la fermeture
du scrutin dans les bureaux de vote par ses membres. C’est
du reste ce qui permet aux Burkinabè, de disposer des
premiers résultats dès la nuit du scrutin. L’application
du bulletin unique est venue contenter des acteurs politiques
qui l’ont réclamée.
A tout le moins, la Journée nationale du Pardon a été
une opportunité pour répondre à cet impératif
que les Burkinabè doivent se demander pardon, pour
tous les manquements graves qui ont eu lieu pendant les quarante
années d’existence du pays. Les résultats de
cette Journée ont été le renforcement
de la paix, de la Justice, de la concorde et la consolidation
de notre jeune démocratie. Ainsi doit-on avouer que
la JNP a exploré une nouvelle voie originale du fait
des activités du Comité, des familles de victimes
qui n’arrivaient pas à effectuer certains rites coutumiers,
simplement parce qu’elles n’étaient pas fixées
sur le sort de leurs fils, ont eu satisfaction par l’indication
des tombes. La stabilité actuelle de la situation socio-politique
atteste bien que le chef de l’Etat n’aura pas simplement sacrifié
à un rituel mais que de la tribune de la JNP le 30
mars 2001, tout ce qu’il disait venait du cœur et que ce qui
était à faire serait fait.o
par Drissa TRAORE
La réalité
du Terrain
Le fondement de la JNP trouve son
accomplissement dans le traitement qui est fait des engagements
du président du Faso. Quatre ans après la journée
du souvenir et de la promotion des droits humains dans notre
pays, beaucoup de difficultés inhérentes au
fonctionnement des différents comités mis en
place existent du fait des affres des réalités
du terrain.
Halidou OUEDRAOGO
«Le
pardon est la base des plus grandes religions du monde comme
le Bouddhisme. Il est la base et la charpente de l’enseignement
des plus grands prophètes de nos religions révélées
: Le Christ et Mohamet. Lorsque nous examinons une société
comme la nôtre, les maux les plus graves qu’elle vit
découlent du manque de pardon. Non seulement il n’est
pas donné, mais aussi, il n’est pas accordé…»,
disait Norbert ZONGO. Le 30 mars 2001 le président
du Faso a demandé pardon au nom de l’Etat pour toutes
les exactions commises dès les indépendances
à nos jours. Cette demande a été assortie
d’engagements pris par l’intéressé pour que
la demande de pardon puisse s’accomplir et pour que chaque
burkinabè soit en paix. La réconciliation doit
être un fait et non un mot. Depuis plusieurs comités
ont été mis sur pied pour traduire dans les
faits les engagements du président du Faso. Ces comités
outre les difficultés quotidiennes de fonctionnement
rencontrent d’autres qui, quoique externes à leurs
actions, ont des incidences dans la conduite de leurs missions.
Sont de ces difficultés, les problèmes familiaux
que les victimes, les ayants droit ou ayants cause vivent.
En effet, l’indemnisation et la demande de pardon divisent
certaines familles malgré la diligence des responsables
des comités. Et pour cause, si ce n’est pas la famille
élargie (oncles, autres parents, village, etc.) qui
refuse les indemnités pendant que les ayants droit
ou les ayants cause les réclament, ce sont des ayants
cause et ayants droit qui se querellent pour cela. La preuve,
pendant que l’héritier (fils aîné) de
feu Oumarou Clément OUEDRAOGO déposait son dossier
au niveau du fonds d’indemnisation pour entrer dans ses droits,
ses oncles du village refusaient l’idée même
du pardon et sont allés jusqu’aux menaces pour dissuader
tout contrevenant de percevoir quoi que ce soit de cette indemnisation.
Malgré les menaces et les intimidations familiales,
l’héritier d’Oumarou Clément OUEDRAOGO a en
tout cas été indemnisé avant même
que le procès de son père n’ait eu lieu. Des
exemples de ce genre, le comité du fonds d’indemnisation
en a rencontrés à la pelle. Si ce n’est pas
la famille qui ne s’accorde pas sur l’attitude à adopter
se pourfend, ce sont les adversaires politiques du pouvoir
en place qui font des pieds et des mains pour rendre caduque
la recherche de la paix et de la réconciliation nationale.
Le cas d’espèce est celui des élèves
de Garango. Pendant que les membres du comité d’appui
du gouvernement travaillaient à expliquer aux parents
du jeune ZIDANI les fondements du pardon, de la réconciliation
nationale et le but de l’indemnisation, des militants du collectif
faisaient pression sur la famille au prétexte que l’affaire
est en justice et que l’avocat de la famille qui n’est autre
que Me SANKARA aurait demandé 900 millions à
l’Etat. Résultat, après le procès, le
gendarme reconnu coupable a été condamné
à payer à la famille ZIDANI la somme de 5 000
000. De 900 à 5 millions, reconnaissons que le fossé
est grand. La famille ZIDANI se rendant compte que le collectif
a abusé d’elle a fait appel quelques jours après
le verdict au fonds d’indemnisation pour solliciter ce qu’elle
refusait jusqu’alors. Des exemples concrets qui montrent que
le pardon, la réconciliation ne viendront pas seulement
de ces comités qui ont été mis en place
pour faciliter la paix dans notre pays. Le pardon, la réconciliation
sont l’affaire de chaque burkinabè pris individuellement.
C’est parcequ’il y a la paix, la stabilité que l’on
parle d’indemnisation, d’élections, de partis politiques,
etc. Le chaos, ne laisse aucune place à ce que d’aucuns
appelleraient «faiblesse»
car à la guerre comme à la guerre, seule la
victoire de son camp importe. Alors chaque burkinabè
doit travailler à consolidez cette paix, cette stabilité.
Ce qui passe par l’acceptation du pardon et le don de ce pardon
pour que nous débarrassions à jamais notre pays
des maux, les plus graves dont a parlé Norbert ZONGO.
par Frédéric ILBOUDO
4 ans après
Le 20 mars 2001, Blaise COMPAORE
prenait sur lui, la charge de reconnaître toutes les
exactions commises au nom de l’Etat, depuis les années
d’indépendance à nos jours. Au-delà de
sa demande de pardon, il a aussi pris des engagements pour
que plus jamais, pareille situation n’arrive encore dans notre
pays. Quatre ans après, nous avons rencontré
deux responsables de la mise en œuvre de ces engagements.
Il s’agit de M. Didace DOUAMBA, président du Comité
de suivi des engagements, et de Mme Haby DJIGA, Directrice
du Fonds d’indemnisation des victimes de violences en politique.
Haby Djiga,
directrice du fonds d'indemnisation
Quatre
ans après, combien de personnes ont pu bénéficier
des indemnités du Fonds.
Mme Haby DJIGA (H.D) : Quatre ans après
la mise en place de la direction du Fonds, le conseil des
ministres a liquidé les indemnités relatives
à 412 dossiers qui correspondent à 632 victimes.
On peut dire que c’est 632 victimes qui ont pu bénéficier
des indemnités pour un montant de 3 680 000 000 environ.
Pensez-vous
que cet engagement pris par le chef de l’Etat a contribué
un tant soit peu à apaiser le climat social dans notre
pays ?
H.D : Pour notre part, nous pensons que
oui. Pourquoi ? Parce que, lorsque les victimes, les ayants
droit, ou les ayants cause viennent récupérer
leurs indemnités à notre niveau, il y en a qui
nous manifestent sur place, leur satisfaction. Ils disent
qu’ils adhèrent entièrement au pardon. Au moment
où nous instruisons les dossiers, nous nous entretenons
avec certaines victimes. Elles nous disent qu’elles sont satisfaites
et qu’il y a longtemps de cela qu’elles attendent une oreille
attentive pour les écouter. A travers nous elles ont
pu obtenir cette écoute et le fait d’avoir étudié
leur dossier les réconforte et les satisfait. Je peux
dire que l’instauration du Fonds d’indemnisation a même
soulagé, un tant soit peu certaines personnes et de
façon plus générale quand je peux dire
que le Fonds a contribué à apaiser les cœurs
et à faire en sorte que le Burkina puisse, en tout
cas, rester dans un climat de paix et de stabilité.
Quelles
sont les difficultés pratiques que vous avez pu rencontrer
pendant ces 4 années ?
H.D : Nous avons rencontré énormément
de difficultés. D’abord, c’était une structure
qu’il fallait mettre en place et le personnel qui a été
mis à sa disposition n’était pas suffisant.
On a alors été obligé d’avoir recours
à des compétences extérieures pour nous
aider à étudier les dossiers. Puis un second
problème s’est posé quand il s’est agi de procéder
à la rédaction des textes portant modalités
des indemnisations et à leur application. Des difficultés
d’interprétation et de compréhension se sont
présentées lorsqu’il a fallu faire comprendre
certaines choses à certaines personnes, ce n’était
donc pas aisé. Enfin, il y a également les difficultés
inhérentes à toute profession, à tout
service de l’Etat que nous rencontrons au quotidien.
Etes-vous
d’avis avec ceux qui pensent que si la JNP n’avait pas existé
il aurait fallu la créer?
H.D : Je pense que oui, et j’adhère
entièrement à cette idée-là.
Quelles
sont les conclusions auxquelles vous êtes parvenues
?
M. Didace ROUAMBA (D.R ) : Vous savez
qu’il y a un ensemble de textes qui ont été
pris pour régir le fonctionnement des différents
comités. Mais dans leur application et à l’expérience,
on s’est rendu compte que sur certaines de leurs dispositions
il y avait des insuffisances et tout le monde en est conscient.
Le principe de les relire pour les rendre plus fonctionnels
a été retenu. Pour moi, le plus important, c’est
que les comités ont pris conscience que, tous, ils
travaillent pour un même objectif et qu’alors doit régner
entre eux un esprit d’équipe, un esprit de solidarité,
de compagnonnage. Ce qui n’a pas toujours été
le cas. Ce nouveau réflexe je pense, provoquera davantage
de synergie dans nos actions.
Le rapport de l’atelier va nous servir de document de dialogue
avec les plus hautes autorités de notre pays, avec
le gouvernement. Tout ce qui a été relevé
comme problème devrait pouvoir faire, en principe,
objet de discussion et de décision de la part du gouvernement.
De ce côté-là, il y a déjà
un accord de principe du gouvernement de réserver la
plus grande attention à ce qui va ressortir comme conclusion
de cet atelier.
Pensez-vous
que les engagements pris par le président du Faso ont
contribué à la consolidation de la paix dans
notre pays 4 ans après ?
D.R : Bon, vous voyez un peu dans quel
climat nous avons célébré la journée
nationale de pardon. Je crois que la tension était
encore très vive à l’époque. Depuis lors,
on a quand même fait du chemin. Je ne dis pas que tout
est rose, c’est un processus de longue haleine, et les blessures
que les uns et les autres ont subies dans leur cœur et dans
leur chair, ça ne s’oublie pas facilement. Mais d’une
manière générale on sent que l’apaisement
vient petit à petit et que la réconciliation
fait son petit bonhomme de chemin. Comme disait l’un des participants
à notre atelier, je crois qu’en la matière,
il faut donner le temps au temps. Mais le plus important,
c’est de veiller à ce que la bonne direction qu’on
a prise soit maintenue. Il ne faut pas précipiter les
choses. Je vous assure que nos camarades qui sont au niveau
du Comité de gestion du Fonds et qui ont eu à
rencontrer des victimes ont souvent pleuré avec celles-ci
à l’audition de ce qu’elles ont subi comme souffrance.
On ne peut donc pas se substituer à ces gens-là,
et dire : Ecoutez, il faut oublier ce qui s’est passé.
Non, il faut que ces gens-là qui ont souffert, puissent
cicatriser leurs blessures, et chacun à son rythme.
Il y en a qui vont plus vite retrouver l’équilibre,
la cohérence, et pour d’autres, cela va demander du
temps. Il faut en être pleinement conscient et leur
reconnaître ce droit.
Mais pour revenir vraiment à votre question, je crois
tout de même que nous avons connu depuis lors une certaine
accalmie, tous les efforts tendent aujourd’hui à transformer
cette accalmie-là vraiment en paix véritable.
Didace ROUAMBA, président
du comité suivi
Quelles
sont les perspectives par rapport aux activités qui
ont été menées jusque-là ?
D.R : C’était effectivement l’un
des thèmes de notre atelier, il fallait faire le point
pour voir où est-ce que nous en sommes avec l’exécution
des engagements du chef de l’Etat. Encore une fois, il y a
des acquis incontestables, et en matière d’acquis,
nous allons soumettre un certain nombre de résolutions
et de recommandations au gouvernement qui prendra des décisions
éclairées pour orienter les choses. Je ne peux
donc pas anticiper pour dire quoi que ce soit. Mais ce que
je peux d’ores et déjà affirmer, c’est qu’il
y a une orientation forte de se donner les moyens de faire
la paix. Tout le monde est bien disposé, tout le monde
est pleinement conscient de cela et par conséquent,
c’est une prédisposition favorable qui nous permettra,
si cela est acquis, de trouver véritablement la paix.
Le reste est une question de modalité pratique pour
faire ceci ou cela, mais on y parviendra comme je l’ai dit
plus haut, nous prendrons le temps qu’il faudra. Dans la vie
d’une nation, le temps est précieux ; 3 ans, 5 ans,
10 ans, ça compte bien, mais l’important est qu’on
ne perde jamais pied à un moment ou à un autre.
Même si l’on doit avancer lentement, il faut s’assurer
qu’on va dans le bon sens et qu’on n’aura pas à faire
des recommencements inutiles et préjudiciables.
Des victimes
ont-elles été associées aux comités
?
M. D.R : Nous avons en particulier deux
comités, dans lesquels siègent des membres représentant
les familles des victimes. Dans le comité de suivi
que je préside, nous sommes quinze dont deux représentants
des familles des victimes. Les autres étant les représentants
des autorités coutumières et religieuses, des
mouvements et associations des droits humains, l’administration.
Si vous prenez aussi le comité de gestion du Fonds,
il y a également deux représentants des familles
des victimes.
par Ben Alex Béogo
El
Hadj Mahama SANOU,(Vice-président
national de la Communauté musulmane du Burkina Faso,
président régional de BoboDioulasso et membre
du Collège des Sages)
“Ceux qui réclament unilatéralement
la vérité avant de pardonner ne constituent
nullement la majorité”
30
mars 2001- 30 mars 2005, cela fait exactement quatre ans que
la Journée nationale du Pardon a été
instaurée dans notre pays à la demande du Collège
des Sages. A l’approche de la célébration de
cette Journée, nous avons rencontré l’un des
membres du Collège des Sages avec qui nous nous sommes
intéressés au sens et au concept du pardon selon
la religion musulmane. Il s’agit de El Hadj Mahama SANOU,
le président régional de la Communauté
musulmane de Bobo-Dioula.
Quelle appréciation
faites-vous de la Journée nationale du Pardon depuis
son instauration le 30 mars 2001 en tant que religieux et
membre du Collège des Sages :
Mahama SANOU (MS) : Le fondement de toutes
les religions se repose sur le pardon. En Islam, quand on
veut se saluer, on demande la paix (que la paix de Dieu soit
sur vous) or on ne peut pas avoir la paix sans le pardon.
C’est donc le pardon qui est recommandé obligatoirement
par le Seigneur. En tant que représentant religieux,
nous apprécions la Journée nationale du Pardon
(JNP) à sa juste valeur. Nos responsables ont courageusement
reconnu publiquement leurs erreurs du passé et ont
décidé de se repentir en demandant pardon. Nous
demandons aussi aux familles de ceux qui ont été
victimes d’exactions de faire un effort pour accepter ce pardon
à cause de Dieu qui nous le recommande. Si l’Etat n’avait
pas demandé ce pardon, les familles des victimes ne
pouvaient rien changer, mais si l’Etat l’a fait, c’est pour
mettre un terme aux exactions dans notre pays et mieux parfaire
ainsi notre processus de construction d’un Etat de droit.
La construction d’un Etat de droit est une œuvre de longue
haleine. Pour mieux le consolider, il faut que les acteurs
se pardonnent mutuellement. Le pardon arrange bien le gouvernement
qui a besoin d’un environnement favorable pour travailler.
Les citoyens qui aiment vraiment leur patrie doivent tendre
la main pour accepter le pardon qui est très important
dans la construction d’une société exemplaire.
Ce que nous disons en tant que religieux, sera à coup
sûr interprété par certains politiciens
qui ne manqueront pas de nous accuser d’être de connivence
avec le gouvernement. Ils diront que nous avons été
corrompus. Nous sommes conscients de tout cela mais l’essentiel
pour nous, c’est de rester en phase avec nous-mêmes
et d’agir selon les recommandations de Dieu. Par rapport à
cela, nous réaffirmons très fort que le pardon
est une recommandation obligatoire pour celui qui veut la
grâce et la faveur de Dieu. Nous demandons par conséquent
à tout le peuple burkinabè sans exception d’accepter
le pardon.
Il faut se défaire des considérations politiciennes
sans fondement pour prendre le chemin du pardon qui mène
à la paix sociale et au bonheur. Ce que le pardon n’arrive
pas à résoudre, ce n’est pas la vengeance qui
pourra le faire.
Par rapport à
la JNP, il y a des personnes qui pensent qu’il faut d’abord
connaître la vérité avant d’accepter le
pardon. Qu’en dites-vous ?
MS : Nous restons toujours dans le cadre religieux
pour demander aux uns et aux autres de ne pas être trop
rancuniers en compliquant d’avantage les choses.
D’ailleurs qu’est ce que la vérité ? Du fait
qu’elle soit relative, elle contribue le plus souvent à
diviser qu’à rassembler.
«Toutes les vérités ne sont pas bonnes
à dire», qui n’a jamais entendu cette phrase
populaire » ?
Dans la religion musulmane par exemple, pour accuser quelqu’un
de meurtre, c’est très délicat parce qu’il faut
réunir plusieurs éléments de témoignages
pour l’affirmer. Que celui qui a commis un crime le reconnaisse
où pas, on demande à la famille du défunt
de pardonner. En le faisant, Dieu aussi récompense
cette famille de ses largesses. L’instauration de la Journée
du Pardon répond à ces soucis. C’est d’ailleurs
le Collège des Sages dont je suis un membre qui a recommandé
la Journée Nationale de Pardon au gouvernement et au
président du Faso en particulier. C’est le Collège
des Sages qui a proposé que les dirigeants s’excusent
publiquement de toutes les exactions commises dans notre pays.
L’Etat après réflexion dans ce sens, a accepté
cette JNP. Depuis, la paix sociale ne fait que se consolider
dans notre pays. Que se soient ceux qui ont accepté
le pardon où ceux qui l’ont refusé, tous reconnaissent
au moins que cette JNP contribue fortement à donner
un crédit à notre pays à l’extérieur.
A cause de la stabilité et de la paix qui prévalent
au Burkina Faso, nous sommes beaucoup enviés par les
autres pays. Ceux qui pensent qu’ils faut connaître
la vérité avant d’accepter le pardon, je leur
demande de nous rejoindre sur la voie de Dieu. Que nous soyons
musulmans ou chrétiens, donnons-nous la main. Pardonnons-nous,
les uns et les autres.
Quelle vérité attendez-vous de quelqu’un qui
a été victime d’exaction ? Que son bourreau
se présente devant sa famille pour expliquer comment
il a fait pour le tuer ? Non, nous refusons cette méthode
qui assurément ne fera que rouvrir des plaies. Nous
devons faire évoluer les mentalités et se tourner
résolument vers l’avenir. L’avenir pour nos enfants
qui sont appelés à nous remplacer demain. Nous
n’avons pas le droit d’oublier même si nous acceptons
le pardon ; c’est pourquoi la JNP est là pour permettre
à la génération future de se rappeler
ce qui s’est passé un certain 30 mars 2001 au Burkina
Faso. Au niveau du Collège des Sages, nous avons étudié
déjà toutes les vérités avant
de demander à l’Etat de faire la JNP. Nous avons rencontré
chacune des familles des victimes, sauf celles qui ne sont
pas venues. En tout cas, toutes celles qui sont venues à
nous, ont vu leurs dossiers traités. Nous avons parlé
avec ces familles des victimes, nous avons d’abord su où
se trouvait la vérité avant de faire notre proposition
de pardon. Tous les dossiers traités ont été
mis à la disposition de l’Etat. C’est après
consultation de tous ces documents que la JNP a été
lancée.
D’ailleurs même ceux qui veulent coûte que coûte
la vérité avant de pardonner ne constituent
pas la majorité. C’est la majorité qui compte
dans toute chose et grâce à cette majorité,
le pardon va s’imposer progressivement et gagner tous les
cœurs même les plus durs. A ceux qui refusent catégoriquement
le pardon, nous prions Dieu afin qu’il puisse affermir leur
cœur et nous rejoindre sur le chemin de la paix.
Il y a
une autre catégorie de personnes qui a accepté
le pardon mais qui refuse de se faire indemniser par l’Etat.
Elle trouve que cela est immoral et contraire à la
religion. Que pensez-vous de cette catégorie de personnes
?
MS : Ceux qui disent cela également
ne maîtrisent pas bien les contours de leur religion.
Je les invite à approcher leur représentant
religieux pour mieux comprendre les choses. Sinon dès
qu’on accepte le pardon, c’est un droit d’accepter d’être
indemnisé.
Cet argent qu’on donne aux familles des victimes ne signifie
pas qu’on rembourse ainsi la vie de l’être perdu ; mais
c’est quand même un réconfort qui peut soulager
un temps soit peu. C’est même une recommandation coranique
qui veut que si quelqu’un tue un de vos parents et qu’il vous
demande de le pardonner, une fois que vous acceptez le pardon,
il faut aussi accepter symboliquement qu’on vous verse de
l’argent. Normalement si vous tuez un homme, on doit vous
tuer à sa place. Mais convenez avec mois que si cette
loi restait ainsi, cela allait être difficile à
gérer. Voilà pourquoi on a trouvé cette
solution de rechange qui consiste à dédommager
les parents de la victime. Au temps du prophète, il
fallait 100 chameaux pour dédommager une vie. Nous
devons donc évaluer de nos jours l’argent de 100 chameaux
pour le remettre aux ayants droit des victimes. En acceptant
le pardon, c’est un pas qu’on a franchi et pour franchir l’autre
pas, il faut accepter l’argent qu’on verse. Cela n’a rien
d’immoral. C’est un droit. L’essentiel c’est de pardonner
sincèrement.
Il y a un verset coranique qui dit que si quelqu’un a demandé
pardon et qu’il est pardonné et qu’à son tour
il donne quelque chose qui représente un symbole pour
te soulager un peu, il faut l’accepter pour montrer que ton
pardon est sincère.
En refusant cet argent, ce sont les épouses et les
enfants des victimes que vous pénalisez.
Comment
se présente la situation à Bobo-Dioulasso ?
Est-ce qu’il y a un suivi du processus d’indemnisation des
ayants droit des victimes de la part du Collège des
Sages ?
MS : Personnellement je ne connais pas
de familles de victimes. Lorsque l’Etat a envoyé les
gens pour venir visiter les différents ayants droit
des victimes à Bobo-Dioulasso, ils ont passé
par le chef de canton et les associations religieuses. Nous
étions seulement au courant de leur passage. Au niveau
du Collège des Sages notre président est l’archevêque
de Bobo-Dioulasso. C’est lui qui suit normalement le processus
et c’est donc lui qui doit avoir des informations sur l’évolution
de la situation à Bobo. Ce qui est sûr, il nous
fera le point pour nous expliquer comment les choses avancent.
Pour le moment je ne peux rien vous dire d’avantage.
Quel message
pouvez-vous adresser au peuple burkinabè à l’occasion
de cette JNP ?
MS : Je demande simplement au peuple
burkinabè de voir comment est notre pays par rapport
à d’autres pays africains qui sont en guerre. Je vous
donne un exemple palpable ; tout dernièrement j’étais
en Arabie Saoudite où en m’entretenant avec un Arabe,
il m’a dit très franchement, qu’actuellement dans toute
l’Afrique noire, le Burkina Faso est le premier pays qu’il
peut conseiller à quelqu’un qui veut investir à
cause de sa stabilité pour notre pays même s’il
est pauvre. Tout le monde sait que notre pays est calme et
hospitalier. Je demande donc au peuple de ne pas se laisser
distraire par les politiciens qui ne se battent que pour leur
propre intérêt.
Ceux qui critiquent aujourd’hui que rien ne va dans notre
pays.
Dieu seul le sait. Nous devons alors nous départir
de toutes les considérations politiques et préserver
la paix sociale qui prévaut chez nous. C’est ça
le plus important.
Que Dieu nous accorde toujours la paix dans notre pays. Qu’on
s’unisse ensemble pour entrer et sortir d’une même porte.
Je demande aussi aux gouvernants de continuer toujours à
maintenir ce climat de paix sociale en se rapprochant davantage
du peuple. Qu’ils fassent tout pour éviter que d’autres
exactions surviennent encore après la JNP. Que le premier
responsable surveille bien le pays en restant vigilant, parce
qu’en tant que premier responsable du pays, il doit répondre
de tout ce qui arrive de bien comme de mal au pays. Il doit
donc bien superviser de loin comme de près pour faire
régner la Justice sociale selon les lois du pays. Pardonnons-nous
d’abord avant de demander à Dieu de nous pardonner.o
Entretien réalisé à
Bobo-Dioulassa
par Drissa KONE
Le Travail de sape
du collectif
Selon
plusieurs informations concordantes qui nous sont parvenues,
certains responsables du Collectif de Halidou OUEDRAOGO et
pas des moindres, auraient approché plusieurs familles
pour qu’elles refusent le pardon dans le cadre de la JNP et
de la réconciliation nationale. Un avocat, membre du
Collectif est même allé voir une famille pour
qu’elle rejette catégoriquement le pardon et les indemnisations
sous prétexte qu’en tant qu’avocat de la famille, il
suit le dossier en Justice et que si tout va bien, il allait
faire gagner à cette famille près de 900 millions.
Malheureusement pour cet avocat, l’affaire fut jugée
et la famille n’a reçu que 5 millions. Alors, celle-ci
qui a fini par comprendre qu’elle a été dupée
par l’avocat fait marche arrière et se présente
aux responsables du Fonds d’indemnisation. Comme on le constate,
et c’est malheureux, certains responsables du collectif font
de la question du pardon et des indemnisations un «
business » pour ne pas dire une parcelle
de leur « champ de café
» comme dirait l’autre. On mesure alors
aisément jusqu’où peut aller la cruauté
de certaines personnes, tapies dans certaines structures qui
leur servent de couverture douillette pour leurs sales «
magouilles » et qui, au grand jour jouent
les intègres, parangons de vertus. Pourquoi convaincre
une famille victime de violence en politique de rejeter le
pardon et de refuser les indemnisations en lui promettant
des sommes faramineuses, tout en sachant qu’on n’y arriverait
pas ? C’est vrai que certains responsables du Collectif sont
des opposants au régime, mais si pour des dividendes
politiques, on est capable de jouer sur la conscience de personnes
ayant perdu un parent, un proche, c’est à ne plus rien
comprendre.
Aujourd’hui, certaines familles se sentent grugées
par les responsables du Collectif qui les ont poussées
à refuser le pardon, la réconciliation et les
indemnisations, avec forte promesse de régler leur
affaire en Justice où elles pourront avoir des sommes
importantes. Chercher à tirer des dividendes politiques
et même financières sur le dos de familles ayant
perdu un parent, si ce n’est pas du cynisme ça y ressemble.
Ce qui est fort regrettable, c’est qu’aux yeux d’une certaine
opinion, ces responsables du Collectif qui se livrent à
de telles basses besognes sont vus comme des intègres
défenseurs de la veuve et de l’orphelin. Et pourtant,
ils sont loin de l’être au regard de ce qu’ils font
dans l’ombre.
Ben Alex BEOGO
Dans la mouvance de
la JNP
Le 30 mars 2005 marquera le 4e anniversaire
de la Journée Nationale de Pardon (JNP) initiée
par le président du Faso, Blaise COMPAORE. Une initiative
historique dont l’effet est aujourd’hui visible dans tous
les secteurs de la vie de notre pays. Comme si cela ne suffisait
pas, le président du Faso, et toujours dans la dynamique
du dialogue social et de la paix, a initié des rencontres
avec tous les corps constitués du Burkina Faso. JNP,
rencontres avec les corps constitués, le président
du Faso a définitivement opté pour l’écoute,
le dialogue et le pardon sources de stabilité, de progrès
économique et social.
Blaise COMPAORE,
président du faso
Lorsque
face à la grande crise qui secouait le pays depuis
décembre 1998, le président du Faso est sorti
d’une période de réserve que certains ont dénoncée
à cors et à cris pour proposer au peuple burkinabè
l’organisation d’une journée nationale de pardon, un
responsable du Collectif frondeur l’avait qualifié
d’idée «lumineuse» et il n’avait pas tort.
En effet, depuis le 30 mars 2001, date de l’organisation de
cette journée, le Burkina vit une ère qu’on
pourrait appeler de renaissance où les maîtres
mots sont la stabilité, la démocratie et le
développement. Ce qui d’ailleurs a amené un
observateur à dire que «le
Burkina Faso surprend et étonne toujours».
Il avait certainement raison au regard de la situation et
de l’allure que prenait le pays après le crime odieux
de Sapouy. Marches, grèves, actes de vandalisme, appels
à l’insurrection populaire… étaient du vécu
quotidien des Burkinabè. On s’acheminait il faut le
dire vers un chaos généralisé. De 1998
à 2000, le Burkina Faso a donc connu les moments les
plus difficiles et pénibles de son histoire socio-politique.
Mais, Dieu aidant, le pire a pu être évité
et cela grâce à la JNP.
Quelques représentants
des corps constitués
La
sagesse comme guide
Si pour le philosophe, la sagesse est l’attribut des dieux,
c’est dire que l’homme, ce mortel ne peut s’élever
à une telle vertu. Alors comment qualifier l’idée
de la JNP que l’on a trouvée «lumineuse»
et qui, associée plus tard à d’autres idées
non moins lumineuses comme l’initiative tant saluée
du président du Faso de rencontrer tous les corps constitués,
valent à notre pays cette paix tant recherchée
ailleurs ? Si ce n’est de la sagesse qui anime le géniteur
de ces «idées lumineuses»,
ça lui ressemble en tout cas et l’on peut affirmer
avec force que le président COMPAORE fait de la sagesse
un guide. La JNP et les rencontres avec les corps constitués
ont incontestablement été saluées par
tous. Même les opposants les plus «farouches»
reconnaissent en celles-ci des initiatives louables. En tous
les cas, l’évolution de la donne socio-politique et
économique du Burkina Faso depuis le 30 mars 2001,
marquée par la stabilité et le progrès
économique, confirme bien, comme le disait Arthur De
Gobi NEAR (1816-1882) qu’«un
peuple a toujours besoin d’un homme qui comprenne sa volonté,
la résume, l’explique et le mène où il
doit aller».
Comment interpréter la JNP et les rencontres du chef
de l’Etat avec les corps constitués ? C’est assurément
la traduction ou la manifestation de la volonté d’un
homme, d’un chef d’Etat qui comprend son peuple… et le mène
où il doit aller, c’est-à-dire au progrès
économique et social, le progrès pour tous et
le bonheur pour chacun.
Fort donc de tout ce qui précède, on peut affirmer
que les rencontres entre le président COMPAORE et tous
les corps constitués, ne sont rien d’autres que les
fruits de la JNP. Des fruits au goût de la stabilité,
du dialogue, de la paix et du développement.
par Ben Alex Béogo
Burkina
Faso
Terre bénie
Un ami béninois, à
propos du Burkina Faso, lors d’un voyage d’étude à
Cotonou, nous a fait cette remarque : «Je
ne sais pas pourquoi j’aime le Burkina Faso. Mais je pense
que c’est parce que les Burkinabè sont simples, travailleurs
et toujours prêts à servir. C’est ça qui
fait que vous êtes différents des autres. Votre
pays est sec, vous n’avez pas la mer comme nous, mais vous
vous en sortez tout de même… Il y a la paix, votre démocratie
marche…». Ce descendant de Béhanzin
exprimait là, des sentiments partagés par plus
d’un. En effet, à l’intérieur comme à
l’extérieur du pays, de tels propos sont souvent entendus
qui montrent que le Burkina Faso, il faut le dire, est un
pays «atypique».
Voilà un pays enclavé, sans
ressources naturelles «extraordinaires»,
qui arrive tant bien que mal à s’en sortir et à
même se faire envier de pays plus nantis.
C’est assurément un fait qui étonne, qui surprend
et même qui fait des jaloux, si ce n’est des ennemis
tout court. Le secret de cette réussite amorcée
depuis une dizaine d’années, il faut aller certainement
le chercher d’abord dans la manière dont le pays est
gouverné.
En effet, plusieurs régimes politiques se sont succédé
dans ce pays sans qu’on ne parle ou ne vante son progrès
tant sur le plan économique, politique que social.
Ayant définitivement opté pour la démocratie
multipartite depuis 1991, le Burkina Faso n’avait d’autre
choix que d’œuvrer pour l’enracinement de cette méthode
de gouvernance tout en travaillant pour son progrès
économique et social.
Il y a aussi que le Burkinabè parmi les peuples africains
est un «homme atypique»
par nature. Travailleur, intègre, il est prêt
aux sacrifices qu’il faut pour sauver son honneur et préserver
sa patrie du désordre et du chaos. La preuve, lorsque
certains obnubilés par des desseins aux antipodes de
l’humanitaire, sous le couvert d’une prétendue lutte
contre l’impunité, avec l’affaire Norbert ZONGO, voulaient
mettre le pays à feu et à sang, c’est comme
par miracle que ces derniers qui avaient le vent en poupe
et étaient décidés à atteindre
leurs objectifs, ont subitement perdu le nord, rendant possible
la création et le travail du Collège de sages
et la tenue de la Journée Nationale de Pardon.
Depuis cette journée, une main invisible semble guider
le pays et toute velléité déstabilisatrice
est vite neutralisée avec la manière.
Capable du dépassement de soi-même, le Burkinabè
est un homme de pardon. Le pardon, trait culturel fondamental
de notre pays associé au dialogue social cultivé
par les gouvernants font du Burkina, quoique terre aride et
martyrisée par les aléas d’un climat rude, cet
Eldorado atypique dont rêvent beaucoup d’Africains et
d’habitants des autres continents.
Pour moins que la crise qu’a connue notre pays de 1998 à
2000, certains pays africains sont aujourd’hui «invivables».
Un autre atout, pour ne pas dire secret, est la parenté
à plaisanterie, véritable ciment social qui
unit plusieurs ethnies de notre pays. C’est là une
«chance culturelle»
inouïe qui évite que des différends ou
autres inimitiés individuelles ne gangrènent
le tissu social car trouvant par elle un éteignoir
qui «désamorce»
les passions.
L’élan de paix, de progrès économique
et démocratique pris par notre pays depuis une décennie
est la résultante donc de tout ce qui précède.
Atypique le Burkina l’est. Béni de Dieu, le Burkina
l’est. Et fasse Dieu qu’il en soit éternellement ainsi.o
par Ben Alex Béogo
A propos du pardon
-«Le pardon
a une triple fonction : politique, sociale et religieuse.
Toutes les collectivités humaines se bâtissent
sur le socle du pardon. Dans aucune religion, on ne trouve
trace du rejet du pardon et tout homme qui veut prospérer
dans la politique doit savoir cultiver l’esprit de tolérance
qui appelle celui du pardon … L’expérience nous démontre
que seuls les faibles ne sont pas accessibles au pardon…»
(Hermann YAMEOGO in
L’Opinion N°182 du 28 mars 2001).
-«Si les
Burkinabè acceptent le pardon, ce sera des bases solides
pour permettre d’aller de l’avant, de construire le pays.
L’objectif du pardon n’est rien d’autre que cela…»
(Alain Bedouma YODA
in L’Opinion N°182 du 28 mars 2001).
-«Au risque de choquer,
je soutiens que le pardon s’adresse plus à notre tête,
capable d’intelligence, qu’à notre cœur ou à
nos tripes où il pourra toujours rester - du moins
pour certains - des fragments de haine et de fiel. Pour tout
dire, ce pardon s’adresse à ce qui nous différencie
de l’animal, puisque l’homme est doué de la grâce
de pardonner…» (Edouard OUEDRAOGO.
DP de L’Observateur in L’Opinion N°182
du 28 mars 2001).
-«La tenue
de la JNP n’est ni un moyen d’arrêter les poursuites,
encore moins d’économiser les réparations morales
et financières vis-à-vis des victimes et des
ayants droit. Où se trouve donc la volonté d’auto-absolution
ou d’auto-amnistie dont certains se targuent pour rejeter
le principe de la JNP ?" (Communiqué
CDP à l’occasion de la JNP in L’Opinion N°182 du
28 mars 2001).
-«Nous sommes
d’accord avec le pardon compris comme un temps d’arrêt
et le début d’une quête spirituelle chez tous
les Burkinabè pour se débarrasser de toute haine
et toute idée de vengeance. Le pardon, au plan religieux,
c’est cela et l’illustration la plus élevée
est donnée par le Christ qui, sur la croix demande
à Dieu de pardonner à ses bourreaux, parce qu’ils
ne savent pas ce qu’ils font. … Le comportement du Christ
est un idéal spirituel vers lequel chacun doit tendre
de tous ses efforts …» (Soumane
TOURE in L’Opinion N°182 du 28 mars 2001).
-«Le pardon
suppose qu’on prend l’engagement à partir de ce pardon-là,
de faire de sorte que ce qui s’est passé hier ne se
reproduise plus jamais. Cela veut dire qu’on se donne un nouveau
moment, qu’on s’engage sur une nouvelle voie. C’est pour cela
que le pardon doit être sincère.
S’il ne l’est pas, alors cela aura été de la
comédie …»
(Dominique SISSO président
du comité de sensibilisation du CNO./JNP 2001 in L’Opinion
N°182).
1- «La grandeur d’un homme
se mesure en sa capacité à prononcer et à
vivre ce mot pardon…» (Hamadou
Hampate BA).
-«Certains l’ont dit, «le
pardon ne se décrète pas» : ils auraient
pu ajouter, «il ne se commande pas non plus».
Ce n’est pas parce que l’autre se dit disposé qu’on
demande pardon. On le demande pour sa propre paix intérieure.
Et on est prêt à le renouveler jusqu’à
ce que celui à qui on le demande finisse par l’accepter.
… Il ne saurait en être autrement et seules les personnes
animées de mauvaise intention peuvent s’autoriser à
épiloguer sur la manière et les conditions de
le donner ou de le recevoir…» (W.E.
BADINI, in L’Opinion N°182).
2- «Quand
vous êtes étrangers dans une communauté,
et que vous devez y séjourner, apprenez d’abord deux
mots de la langue de vos hôtes : Pardon et merci …»
(Larlé Naaba ABGA).
3- «Le pardon est la base des plus
grandes religions du monde comme le bouddhisme. Il est la
base et la charpente de l’enseignement des plus grands prophètes
de nos religions révélées : Le Christ
et Mahomet … Lorsque nous examinons une société
comme la nôtre, les maux les plus graves qu’elle vit
découlent du manque de pardon. Non seulement il n’est
pas demandé, mais aussi, il n’est pas accordé.
Logique. (…) Feu Norbert ZONGO, in
L’indépendant N° 243 du 21 avril 1998 – P.12).
«En cet instant
solennel, en notre qualité de président du Faso
assurant la continuité de l’état, nous demandons
pardon et exprimons nos profonds regrets pour les tortures
crimes, les injustices, les brimades et tous les autres torts
commis sur des Burkinabé par d’autres Burkinabé,
agissant au nom et sous le couvert de l’Etat, de 1960 à
nos jours » (Blaise COMPAORE
30 mars 2001).
-«Chacun a besoin de la paix de
tous et nous avons besoin de la paix de chacun»
(Mgr Aselme SANOU Table ronde 20/ 03/ 04.
Ajouter le pardon demandé par le président du
Faso
-«Il est souhaité que toute la nation comprenne
que le chemin qui bâtit l’avenir, c’est le pardon, c’est
la réconciliation, c’est la miséricorde. Nous
demandons aux familles des victimes, à toutes les personnes
blessées de prendre avec courage et aussi magnanimité
ce qui a été dit, d’en faire une lecture positive,
en vue de l’avenir…» (Mgr Anselme
Tatianma SANON . 30 mars 2001).
-«Pardonner, c’est vivre… tous
les 365 jours de l’année doivent être des journées
de pardon… Le Seigneur Jésus enseigne à son
apôtre Pierre à pardonner 70x7 fois par jour…»(In
La Bible) .
A propos de l’amnistie
En 2001, Hermann YAMEOGO, alors président
de l’ADF/RDA proposait lancer une pétition en vue d’une
loi d’amnistie générale après la Journée
nationale de Pardon. A l’époque, dans un entretien
qu’il a bien voulu nous accorder, nous lui avons posé
trois questions relatives à l’amnistie générale
qu’il souhaite.
Hermann YAMEOGO,
président de l'UNDD
Votre
parti se propose de lancer une pétition en vue d’une
loi d’amnistie générale. Qu’est-ce qui vous
motive à cela ?
Hermann YAMEOGO (H.Y) : Nous avons pensé
à la pétition pour plusieurs raisons. Si nous
adhérons ainsi que je l’ai dit plus tôt à
la JNP, nous trouvons qu’elle n’est que la traduction du droit
de transaction reconnu par le Code civil au plan national.
En effet, à travers la JNP, c’est l’Etat qui lance
une offre pour un contrat de réconciliation nationale
et qui appelle dans la mise en œuvre de cette convention à
une transaction. Ceux qui acceptent le pardon, qui participent
à cette Journée et qui acceptent les réparations
qui seront allouées par l’Etat auront définitivement
mis fin selon la logique de la transaction aux conflits qui
les opposent à l’Etat. C’est ce qui se passe en matière
de droit du travail lorsque le travailleur et son patron concluent
un procès-verbal de conciliation ; c’est ce qui se
passe en matière d’accident lorsqu’un règlement
amiable est passé avec la compagnie d’assurance, c’est
ce qui se passe en matière économique, en matière
d’infractions fiscales ou douanières…lorsque les citoyens
préfèrent régler à l’amiable les
amendes au lieu d’être cités devant le tribunal.
Mais nous avons pensé qu’en plus de cette possibilité
de transaction, il fallait reconnaître aux victimes,
à leurs ayants droit comme aux tiers la possibilité
de se pourvoir devant les juridictions compétentes
(lorsqu’ils ont pardonné et qu’ils écartent
par conséquent une sanction pénale) pour avoir
réparation et connaître la vérité.
Dans notre esprit en effet, la JNP est essentiellement axée
sur le pardon mais ne fait pas suffisamment de place à
la vérité. L’amnistie est la technique qui permet
de prendre acte de la disposition de tout le monde pour le
pardon en effaçant les poursuites pénales mais
c’est aussi la technique qui permet de mettre un accent sur
la recherche de la vérité en permettant que
les dossiers pénaux pendants devant les juridictions
répressives puissent être versés aux débats
des procédures civiles en réparation, soit devant
les mêmes juridictions pénales déjà
saisies, soit éventuellement devant d’autres juridictions.
Certains
vous disent plus royaliste que le roi et que derrière
tout cela se cache des dividendes personnels. Que répondez-vous
?
H.Y : C’est vrai qu’on dit beaucoup de
choses sur cette initiative, mais les gens de bien vous diront
aussi que si l’on détachait de ma lutte politique mon
attachement à la réconciliation nationale, au
dialogue, à la paix, on la dénaturerait. Je
n’ai pas attendu le CDP ou Blaise COMPAORE pour parler d’amnistie
et de réconciliation nationale dans les années
75 pas plus que dans les années 90.
Malheureusement au Burkina Faso, rien ne se fait plus sans
rien. Les convictions s’émoussent de plus en plus à
mesure que la corruption gangrène les relations politiques.
S’agissant des dividendes personnels, après tout, pourquoi
pas. Il serait temps que j’y pense et que je revendique avec
beaucoup plus de fermeté pour moi-même et pour
mon parti le bénéfice d’actions que j’engage
et qui profitent à la nation. Combien sont-ils les
jeunes à savoir que c’est grâce à notre
action que ceux qui étaient détenus au Conseil
de l’Entente à l’avènement du Front Populaire
ont été libérés ? Combien sont-ils
à savoir comment nous avons lutté pour qu’on
reprenne les dégagés, les licenciés,
qu’on mette en chantier la réhabilitation administrative
? Vraiment, il serait grand temps, comme du reste beaucoup
me le disent de plus en plus, de penser aux dividendes. Et
après tout pourquoi est-ce qu’on fait de la politique
? Ce n’est certainement pas pour le roi de Prusse mais pour
gagner pour soi-même et son parti.
Après
la JNP et la loi d’amnistie (si elle est adoptée) que
voyez-vous comme mesures et actions à développer
pour un Burkina Faso nouveau ?
H.Y : Après la JNP et l’amnistie,
ce qu’il faudrait avant tout, c’est joindre l’acte à
la parole et ce n’est malheureusement pas la chose la plus
courante dans notre pays. Quand les choses sont difficiles,
on ne recule devant aucune promesse mais une fois le danger
passé, c’est à la revoyure. Voilà pourquoi
je dis que l’après JNP est aussi important sinon plus
que la JNP elle-même. C’est comme ça qu’au Burkina,
on est toujours revenu à la case départ, il
n’y a pas de prévisions, pas de suivi, il n’y a que
la politique de l’instant, du court terme. On pare au plus
pressé et on attend de voir venir.
Je crois que l’une des causes majeures de la crise que nous
traversons réside dans la falsification de la volonté
populaire à travers les fraudes répétitives.
C’est cela qui a créé les distances entre les
gouvernants et les gouvernés. C’est cela qui a entaché
la confiance dans les institutions et dans les hommes qui
les incarnent, c’est cela enfin qui a ouvert la porte aux
exacerbations qui ont conduit à cette situation. Il
faudrait promouvoir une refondation des institutions mais
encourager aussi un changement des mœurs politiques pour amener
à une recomposition de la classe politique.
C’est dire que l’un des soucis majeurs devra être de
mener à bien le processus de refondation institutionnelle
et politique en cours. Il faudra aussi faciliter la mise en
œuvre de procédures judiciaires dans les affaires pénales
qui auront été amnistiées pour que la
vérité éclate à travers le jugement
sur les intérêts civils. Comme nous n’arrêtons
pas de le dire, le pardon dont le peuple a besoin, n’est pas
seulement relatif aux crimes économiques et de sang.
Il est aussi lié aux erreurs de gestion politique,
économique et sociale qui sont cause de frustrations
parce qu’elles marginalisent des catégories sociales
et politiques comme des régions.
De ce point de vue un accent particulier doit être mis
sur l’atténuation de cette politique de sur-centralisation
qui anémie beaucoup de régions du Burkina Faso
dont l’Ouest. Des mesures particulières doivent être
imaginées pour déployer un peu de solidarité
vis-à-vis de certains travailleurs qui ont justement
été victimes de privatisations incontrôlées
et anarchiques et la mise en œuvre d’une politique aveugle
de libéralisation.
Au plan international, le Burkina doit faire peau neuve en
évitant certaines relations qui on manqué de
ternir irrémédiablement notre image de marque.
Il faut donner une suite à la réforme de la
Justice en pourvoyant les nouvelles Cours créées
(suite à l’éclatement de la Cour suprême)
en hommes, et en moyens. L’indépendance de la Justice
doit être renforcée à travers l’allègement,
voire la déconnexion entre le Conseil Supérieur
de la Magistrature et l’Exécutif. Il faut laisser le
soin aux magistrats de gérer la carrière de
ses membres et que les pressions de l’Exécutif n’arrivent
pas à orienter les décisions de Justice.
Interview réalisée
par Cheick AHMED
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