| Malgré
tout, l’optimisme demeure
Du 25 au 03 mai 2005, la SOFITEX
est allée à la rencontre de ses producteurs
à la faveur du forum de préparation de la campagne
agricole 2005-2006. Initiés voilà maintenant
dix ans, ces forums qui se tiennent deux fois par an, permettent
de faire l’état des lieux de l’activité écoulée
et de jeter un regard sur la nouvelle saison qui commence.
Célestin
TIENDREBEOGO, DG de la Sofitex
La campagne cotonnière 2004-2005 s’est
déroulée dans des conditions pluviométriques
particulièrement précaires et difficiles dans
la plupart des zones de production, même si par ailleurs
le parasitisme aura été modéré.
Toutefois, grâce au professionnalisme et au savoir-faire
des producteurs, les résultats physiques de cette campagne
qui se précisent sont largement satisfaisants et au-dessus
des premières attentes de la SOFITEX. En rappel, ce
sont près de 460 000 hectares qui ont été
mis en culture cette année pour le coton dans les zones
SOFITEX, contre 388 000 hectares l’an passé ; cela
correspond à une progression de 18% avec un rendement
moyen au champ de l’ordre de 1098 kg à l’hectare. La
production a nettement augmenté de 21% dans des proportions
plus importantes que celle des superficies, engendrant une
amélioration des rendements au champ de l’ordre de
3 %. Ces résultats qui se confirment, vont inéluctablement
hisser le Burkina Faso à la première place des
pays producteurs de coton en Afrique, selon les informations
que la SOFITEX a pu disposer de la situation des autres pays
producteurs de coton.
Une campagne de collecte un peu difficile
A Solenzo où le chef d’équipe
était M. Aboudramane THIOMBIANO (chef du service semence),
les préoccupations des producteurs ont tourné
autour de l’enlèvement du coton qui a connu un retard.
Malgré les efforts consentis, ce problème a
été soulevé dans la plupart des localités.
Pourtant selon la SOFITEX, à la date du 25 avril 2005,
ce sont environ 490 000 tonnes de coton graine qui ont été
évacuées et égrenées dans l’ensemble
des régions cotonnières, soit environ 97 % des
prévisions de collecte. A la même période
de la campagne dernière, environ 420 000 tonnes de
coton graine étaient évacuées et égrenées
pour l’ensemble du Burkina. Les quelques difficultés
rencontrées dans la collecte du coton sont dues à
la faiblesse des pesées précoces. En effet,
suite à l’alerte de possibles invasions des criquets
pèlerins, la plupart des producteurs se sont prioritairement
tournés vers la récolte précoce des céréales.
Cette situation a entraîné un approvisionnement
insuffisant des usines au démarrage. Le démarrage
de la campagne d’égrenage qui était prévu
pour le 15 octobre, n’a finalement commencé qu’en novembre.
Au nombre des autres facteurs qui ont entraîné
des difficultés, on peut citer l’ouverture anarchique
des marchés pendant les achats normaux par certains
GPC disposant de leurs propres bascules qui a entraîné
des stocks très importants et une mauvaise organisation
des évacuations.
Face à cette situation, la SOFITEX préconise
la construction de silos au niveau des GPC pour mieux conserver
la qualité du coton.
Les conditionneurs de Banfora pris
à parti par les producteurs
Parlant de la qualité du coton, ce
problème a été beaucoup débattu
dans la Comoé, aux étapes de Tiéfora
et de Diarabakoko notamment. Pour cause, on note une amélioration
de la qualité du coton graine pour l’ensemble des régions
cotonnières sauf celles de Banfora et de N’dorola.
On pourrait expliquer cette mauvaise qualité du coton
par les quelques pluies tombées sur ces régions
pendant la commercialisation, mais au niveau de la SOFITEX,
on pense que ces pluies ne sauraient expliquer à elles
seules cette situation due plutôt en grande partie au
laxisme de certains conditionneurs et aux pratiques peu recommandables
de certains producteurs. Face à cette situation qui
n’honore pas leur région, les producteurs de la Comoé
accusent les conditionneurs des deux usines de Banfora. C’est
en tout cas le point de vue du représentant de l’UPPCB
(l’Union provinciale des producteurs de coton de Banfora)
qui dit ceci : « Quand vous arrivez à l’usine
de Banfora, il faut obligatoirement verser de l’argent aux
conditionneurs de Banfora, faute de quoi votre coton est classé
au 2e choix quelle que soit sa qualité. Puisque c’est
ainsi, les producteurs ne se soucient plus de prendre soins
de leur coton ; ils se soucient plutôt de trouver l’argent
à remettre au conditionneur. Nous leur avons beau expliquer
l’existence d’un Comité de litige mais ils continuent
de verser de l’argent aux conditionneurs. C’est ça
qui explique en partie la mauvaise qualité du coton
à Banfora». Quant au chef de la zone cotonnière
de Banfora, il refuse de polémiquer en affirmant que
les producteurs ne doivent pas attendre les forums pour poser
ce genre de problème. «
Il y a un Comité de litige pour s’occuper de cette
situation » déclare M. DIALLO avant
de conclure qu’il ne peut pas exister de corruption sans corrupteur.
Les «
anti-cotons » ne peuvent nullement ébranler
les producteurs de Houndé
La région cotonnière de Houndé
est l’une des plus importantes du Burkina. C’est une zone
traditionnellement tournée vers le coton, qui a bénéficié
d’une usine d’égrenage depuis 1977. Pour cette campagne
qui vient de s’achever, les producteurs de la région
cotonnière de Houndé se sont partagé
la somme de 2, 5 milliards de F CFA. A la faveur du concours
du meilleur producteur initié par la SOFITEX pour encourager
les cotonculteurs du Burkina, les producteurs de Houndé
ont démontré leur savoir-faire à travers
des chiffres exemplaires à l’image de M. BAMBIO Gilbert,
qui, avec ses 22 hectares cultivés, a réalisé
un rendement acceptable de 2, 45 tonnes par hectare. Au total
la région de Houndé a produit 83 000 tonnes
de coton cette année. Pour maintenir cette tendance,
les producteurs de Houndé ont réclamé
une radio pour leur localité. Le vice-président
de l’UNPCB M. François TANI a rassuré ses collègues
sur ce point en affirmant que le dossier est avancé.
Face à cette situation envieuse de la région
cotonnière de Houndé, les détracteurs
ne manquent pas. Le 28 avril dernier, au foyer de la SOFITEX
de Houndé, un vieux producteur qu’on avait présenté
comme un membre du Syndicat des travailleurs agropastorales
(SYNTRAP), est venu porter un démenti formel. Il a,
au contraire fait l’éloge du coton avant de conclure
en ces termes « ceux qui vous
disent que j’ai délaissé la culture du coton,
il ne faut pas les écouter. Le mieux serait de faire
un tour dans mon champ en ce début de saison pour constater
vous-mêmes ce que je cultiv».
Pour mieux s’imprégner de la réalité
des choses concernant l’existence des anti-cotons à
Houndé, nous avons approché le chef de la région
cotonnière de Houndé M. SOMDA qui s’est expliqué
« Nous avons appris comme
tout le monde, l’existence d’un syndicat des travailleurs
agropastorales. C’est un syndicat qui fait du tout, malgré
la volonté des autorités du pays d’organiser
les organisations paysannes en filière. La filière
coton est organisée autour des GPC et de leur organisation
faîtière qui est l’UNPCB. La création
d’un tel syndicat s’apparente donc à un recul pour
ma part. Si le SYNTRAP défend vraiment l’intérêt
des producteurs comme il le prétend, pourquoi ne pas
chercher à rencontrer les responsables au niveau de
la SOFITEX pour poser le problème avec eux et si possible
trouver des solutions ? Ce syndicat affirme que la SOFITEX
spolie les producteurs mais quel travail fait-il pour remédier
à cela pour le bonheur de ses membres ? Nous pensons
que le but réel du SYNTRAP c’est de lutter contre le
coton. Mais cela n’entrave nullement l’action de la SOFITEX
sur le terrain. Nos producteurs sont mieux encadrés
et assez professionnels pour se laisser distraire au sujet
du coton. Depuis 6 ans que je suis à Houndé,
la production ne fait qu’augmenter. Même la campagne
à venir connaîtra une augmentation de la production
malgré la baisse du prix du coton et l’augmentation
du prix des intrants »
En ce qui concerne la baisse du prix d’achat du coton graine
aux producteurs, il faut se rappeler que lors des 19e forum
tenu en octobre dernier, la SOFITEX émettait déjà
les inquiétudes sur la possibilité que la filière
puisse dégager des bénéfices, a fortiori
d’octroyer des ristournes additionnelles compte tenu de la
situation difficile qui se profilait. Pour mémoire,
il convient de signaler que le mécanisme de fixation
des prix d’achat du coton en vigueur prévoit que le
prix d’achat effectif du coton graine, pour une campagne donnée,
est constitué par le prix d’achat de base statutaire
auquel s’ajoute une ristourne additionnelle en cas de bénéfice
réalisé par la filière lors de la campagne
précédente.
Le Comité de gestion de la filière réuni
le 15 avril dernier a examiné en profondeur la situation
particulièrement très difficile que connaissent
les trois sociétés cotonnières du Burkina
(SOFITEX, SOCOMA et FASO COTON) et a constaté effectivement
l’impossibilité d’ajouter une ristourne additionnelle
au prix d’achat de base. Ainsi les prix d’achats effectifs
du coton au producteur de la campagne 2005-2006, se confondront
au prix d’achat de base qui sont fixés comme suit :
175 F CFA pour le 1er choix, 140 F CFA pour le 2e et 120 F
CFA pour le 3e choix.
Ces prix, malgré l’absence de ristourne, resteront
certainement les meilleurs dans la sous-région, étant
donné les échos de situation particulièrement
difficile qui parviennent des autres pays et pour lesquels
le niveau de déficit est beaucoup plus élevé.
En ce qui concerne les prix de cession des intrants, là
aussi, par rapport à l’an passé, la hausse des
coûts s’élève à 8,8 milliards de
F CFA ; sur cette base, le sac d’engrains NPK et urée
revenait à 18 000 F CFA par sac contre 12 500 F CFA
la campagne écoulée. Une hausse qui s’avère
insupportable et constitue un grave danger pour la filière
coton. Face à cette situation préoccupante,
tous les acteurs de la filière avec la SOFITEX en tête,
ont entrepris plusieurs démarches auprès de
l’Etat notamment qui a accepté de supporter trois milliards
de F CFA de surcroît à travers une subvention.
Les nombreuses démarches ont finalement abouti à
une réduction du surcoût de 7 milliards environ,
permettant ainsi une réduction du prix des engrais
de 18 000 F CFA le sac à 12 950 F CFA, soit une baise
de 5 050 F CFA ramenant le surcoût à seulement
450 F de plus par rapport à l’an passé. Malgré
cette situation difficile, les producteurs de coton ont promis
à toutes les étapes que nous avons sillonnées,
qu’ils ne vont pas baisser les bras. «
Toutes les années ne peuvent pas être pareilles
» soutiennent-ils. Pour la campagne 2005-2006,
ils sont prêts à maintenir, sinon à améliorer
davantage la production du Burkina qui oscille maintenant
vers le cap de 700 000 tonnes (dont 600 000 t pour la SOFITEX
seule). « A cœur vaillant,
rien d’impossible ».
Bonne campagne agricole à tous les producteurs du Burkina.
par Drissa
KONE de Bobo
Retour au sommaire
|