L'opinion N°396
du 04 au 10 mai 2005

ACTUALITE

Forum SOFITEX

Malgré tout, l’optimisme demeure

Du 25 au 03 mai 2005, la SOFITEX est allée à la rencontre de ses producteurs à la faveur du forum de préparation de la campagne agricole 2005-2006. Initiés voilà maintenant dix ans, ces forums qui se tiennent deux fois par an, permettent de faire l’état des lieux de l’activité écoulée et de jeter un regard sur la nouvelle saison qui commence.

Célestin TIENDREBEOGO, DG de la Sofitex

La campagne cotonnière 2004-2005 s’est déroulée dans des conditions pluviométriques particulièrement précaires et difficiles dans la plupart des zones de production, même si par ailleurs le parasitisme aura été modéré. Toutefois, grâce au professionnalisme et au savoir-faire des producteurs, les résultats physiques de cette campagne qui se précisent sont largement satisfaisants et au-dessus des premières attentes de la SOFITEX. En rappel, ce sont près de 460 000 hectares qui ont été mis en culture cette année pour le coton dans les zones SOFITEX, contre 388 000 hectares l’an passé ; cela correspond à une progression de 18% avec un rendement moyen au champ de l’ordre de 1098 kg à l’hectare. La production a nettement augmenté de 21% dans des proportions plus importantes que celle des superficies, engendrant une amélioration des rendements au champ de l’ordre de 3 %. Ces résultats qui se confirment, vont inéluctablement hisser le Burkina Faso à la première place des pays producteurs de coton en Afrique, selon les informations que la SOFITEX a pu disposer de la situation des autres pays producteurs de coton.

Une campagne de collecte un peu difficile

A Solenzo où le chef d’équipe était M. Aboudramane THIOMBIANO (chef du service semence), les préoccupations des producteurs ont tourné autour de l’enlèvement du coton qui a connu un retard. Malgré les efforts consentis, ce problème a été soulevé dans la plupart des localités. Pourtant selon la SOFITEX, à la date du 25 avril 2005, ce sont environ 490 000 tonnes de coton graine qui ont été évacuées et égrenées dans l’ensemble des régions cotonnières, soit environ 97 % des prévisions de collecte. A la même période de la campagne dernière, environ 420 000 tonnes de coton graine étaient évacuées et égrenées pour l’ensemble du Burkina. Les quelques difficultés rencontrées dans la collecte du coton sont dues à la faiblesse des pesées précoces. En effet, suite à l’alerte de possibles invasions des criquets pèlerins, la plupart des producteurs se sont prioritairement tournés vers la récolte précoce des céréales. Cette situation a entraîné un approvisionnement insuffisant des usines au démarrage. Le démarrage de la campagne d’égrenage qui était prévu pour le 15 octobre, n’a finalement commencé qu’en novembre. Au nombre des autres facteurs qui ont entraîné des difficultés, on peut citer l’ouverture anarchique des marchés pendant les achats normaux par certains GPC disposant de leurs propres bascules qui a entraîné des stocks très importants et une mauvaise organisation des évacuations.
Face à cette situation, la SOFITEX préconise la construction de silos au niveau des GPC pour mieux conserver la qualité du coton.

Les conditionneurs de Banfora pris à parti par les producteurs

Parlant de la qualité du coton, ce problème a été beaucoup débattu dans la Comoé, aux étapes de Tiéfora et de Diarabakoko notamment. Pour cause, on note une amélioration de la qualité du coton graine pour l’ensemble des régions cotonnières sauf celles de Banfora et de N’dorola. On pourrait expliquer cette mauvaise qualité du coton par les quelques pluies tombées sur ces régions pendant la commercialisation, mais au niveau de la SOFITEX, on pense que ces pluies ne sauraient expliquer à elles seules cette situation due plutôt en grande partie au laxisme de certains conditionneurs et aux pratiques peu recommandables de certains producteurs. Face à cette situation qui n’honore pas leur région, les producteurs de la Comoé accusent les conditionneurs des deux usines de Banfora. C’est en tout cas le point de vue du représentant de l’UPPCB (l’Union provinciale des producteurs de coton de Banfora) qui dit ceci : « Quand vous arrivez à l’usine de Banfora, il faut obligatoirement verser de l’argent aux conditionneurs de Banfora, faute de quoi votre coton est classé au 2e choix quelle que soit sa qualité. Puisque c’est ainsi, les producteurs ne se soucient plus de prendre soins de leur coton ; ils se soucient plutôt de trouver l’argent à remettre au conditionneur. Nous leur avons beau expliquer l’existence d’un Comité de litige mais ils continuent de verser de l’argent aux conditionneurs. C’est ça qui explique en partie la mauvaise qualité du coton à Banfora». Quant au chef de la zone cotonnière de Banfora, il refuse de polémiquer en affirmant que les producteurs ne doivent pas attendre les forums pour poser ce genre de problème. « Il y a un Comité de litige pour s’occuper de cette situation » déclare M. DIALLO avant de conclure qu’il ne peut pas exister de corruption sans corrupteur.

Les « anti-cotons » ne peuvent nullement ébranler les producteurs de Houndé

La région cotonnière de Houndé est l’une des plus importantes du Burkina. C’est une zone traditionnellement tournée vers le coton, qui a bénéficié d’une usine d’égrenage depuis 1977. Pour cette campagne qui vient de s’achever, les producteurs de la région cotonnière de Houndé se sont partagé la somme de 2, 5 milliards de F CFA. A la faveur du concours du meilleur producteur initié par la SOFITEX pour encourager les cotonculteurs du Burkina, les producteurs de Houndé ont démontré leur savoir-faire à travers des chiffres exemplaires à l’image de M. BAMBIO Gilbert, qui, avec ses 22 hectares cultivés, a réalisé un rendement acceptable de 2, 45 tonnes par hectare. Au total la région de Houndé a produit 83 000 tonnes de coton cette année. Pour maintenir cette tendance, les producteurs de Houndé ont réclamé une radio pour leur localité. Le vice-président de l’UNPCB M. François TANI a rassuré ses collègues sur ce point en affirmant que le dossier est avancé. Face à cette situation envieuse de la région cotonnière de Houndé, les détracteurs ne manquent pas. Le 28 avril dernier, au foyer de la SOFITEX de Houndé, un vieux producteur qu’on avait présenté comme un membre du Syndicat des travailleurs agropastorales (SYNTRAP), est venu porter un démenti formel. Il a, au contraire fait l’éloge du coton avant de conclure en ces termes « ceux qui vous disent que j’ai délaissé la culture du coton, il ne faut pas les écouter. Le mieux serait de faire un tour dans mon champ en ce début de saison pour constater vous-mêmes ce que je cultiv».
Pour mieux s’imprégner de la réalité des choses concernant l’existence des anti-cotons à Houndé, nous avons approché le chef de la région cotonnière de Houndé M. SOMDA qui s’est expliqué « Nous avons appris comme tout le monde, l’existence d’un syndicat des travailleurs agropastorales. C’est un syndicat qui fait du tout, malgré la volonté des autorités du pays d’organiser les organisations paysannes en filière. La filière coton est organisée autour des GPC et de leur organisation faîtière qui est l’UNPCB. La création d’un tel syndicat s’apparente donc à un recul pour ma part. Si le SYNTRAP défend vraiment l’intérêt des producteurs comme il le prétend, pourquoi ne pas chercher à rencontrer les responsables au niveau de la SOFITEX pour poser le problème avec eux et si possible trouver des solutions ? Ce syndicat affirme que la SOFITEX spolie les producteurs mais quel travail fait-il pour remédier à cela pour le bonheur de ses membres ? Nous pensons que le but réel du SYNTRAP c’est de lutter contre le coton. Mais cela n’entrave nullement l’action de la SOFITEX sur le terrain. Nos producteurs sont mieux encadrés et assez professionnels pour se laisser distraire au sujet du coton. Depuis 6 ans que je suis à Houndé, la production ne fait qu’augmenter. Même la campagne à venir connaîtra une augmentation de la production malgré la baisse du prix du coton et l’augmentation du prix des intrants »
En ce qui concerne la baisse du prix d’achat du coton graine aux producteurs, il faut se rappeler que lors des 19e forum tenu en octobre dernier, la SOFITEX émettait déjà les inquiétudes sur la possibilité que la filière puisse dégager des bénéfices, a fortiori d’octroyer des ristournes additionnelles compte tenu de la situation difficile qui se profilait. Pour mémoire, il convient de signaler que le mécanisme de fixation des prix d’achat du coton en vigueur prévoit que le prix d’achat effectif du coton graine, pour une campagne donnée, est constitué par le prix d’achat de base statutaire auquel s’ajoute une ristourne additionnelle en cas de bénéfice réalisé par la filière lors de la campagne précédente.
Le Comité de gestion de la filière réuni le 15 avril dernier a examiné en profondeur la situation particulièrement très difficile que connaissent les trois sociétés cotonnières du Burkina (SOFITEX, SOCOMA et FASO COTON) et a constaté effectivement l’impossibilité d’ajouter une ristourne additionnelle au prix d’achat de base. Ainsi les prix d’achats effectifs du coton au producteur de la campagne 2005-2006, se confondront au prix d’achat de base qui sont fixés comme suit : 175 F CFA pour le 1er choix, 140 F CFA pour le 2e et 120 F CFA pour le 3e choix.
Ces prix, malgré l’absence de ristourne, resteront certainement les meilleurs dans la sous-région, étant donné les échos de situation particulièrement difficile qui parviennent des autres pays et pour lesquels le niveau de déficit est beaucoup plus élevé.
En ce qui concerne les prix de cession des intrants, là aussi, par rapport à l’an passé, la hausse des coûts s’élève à 8,8 milliards de F CFA ; sur cette base, le sac d’engrains NPK et urée revenait à 18 000 F CFA par sac contre 12 500 F CFA la campagne écoulée. Une hausse qui s’avère insupportable et constitue un grave danger pour la filière coton. Face à cette situation préoccupante, tous les acteurs de la filière avec la SOFITEX en tête, ont entrepris plusieurs démarches auprès de l’Etat notamment qui a accepté de supporter trois milliards de F CFA de surcroît à travers une subvention. Les nombreuses démarches ont finalement abouti à une réduction du surcoût de 7 milliards environ, permettant ainsi une réduction du prix des engrais de 18 000 F CFA le sac à 12 950 F CFA, soit une baise de 5 050 F CFA ramenant le surcoût à seulement 450 F de plus par rapport à l’an passé. Malgré cette situation difficile, les producteurs de coton ont promis à toutes les étapes que nous avons sillonnées, qu’ils ne vont pas baisser les bras. « Toutes les années ne peuvent pas être pareilles » soutiennent-ils. Pour la campagne 2005-2006, ils sont prêts à maintenir, sinon à améliorer davantage la production du Burkina qui oscille maintenant vers le cap de 700 000 tonnes (dont 600 000 t pour la SOFITEX seule). « A cœur vaillant, rien d’impossible ».
Bonne campagne agricole à tous les producteurs du Burkina.

par Drissa
KONE de Bobo

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