L'opinion N°396
du 04 au 10 mai 2005

ACTUALITE

Journée de la liberté de la presse

Déclaration du 3 Mai 2005

En ce jour 3 mai 2005, le monde entier commémore la journée mondiale de la liberté de la presse. Instituée par l’UNESCO, la journée mondiale de la liberté de la presse est l’occasion de réaffirmer ce principe cardinal souvent relégué aux oubliettes à savoir que l’information fait partie des droits fondamentaux des peuples.

C’est aussi un moment d’invite à une meilleure perception de l’importance de l’information dans la vie sociale. Si l’on reconnaît que le monde aujourd’hui est un « village planétaire », c’est grâce au développement prodigieux des moyens de communication et des capacités prodigieuses de circulation de l’information d’un point du globe à un autre.

Enfin la journée du 3 mai est une opportunité inouïe pour rappeler à l’opinion internationale les conditions périlleuses des hommes de médias.

En effet, « tout le monde s’accorde pour reconnaître que la liberté de la presse fait partie des droits fondamentaux des hommes, son exercice et son application sont les choses les moins partagées ».

Cette année l’UNESCO a placé la célébration de la journée du 3 mai sous le thème : « Médias et bonne gouvernance ». La pertinence de ce thème est d’une évidence criarde. Aujourd’hui en Afrique, le renforcement de la démocratie et de l’Etat de droit est un sujet d’actualité parce qu’elle recouvre les préoccupations majeures des populations.

La réalisation de cette aspiration légitime des populations n’est pas possible sans la transparence dans la gestion de la chose publique, ni sans une lutte conséquente contre la corruption. Les médias y jouent un grand rôle ; ils se sentent donc interpellés par le thème de cette année.

Malheureusement, les réalités que vivent les hommes de médias sur le terrain dans la recherche et la collecte de l’information sont toutes autres.

L’un des premiers obstacles au libre exercice de leur métier est la difficulté d’accès aux sources d’information. Nombreux sont les journalistes qui ont été menacés, tabassés, séquestrés ou jetés en prison dans l’exercice de leur métier. Nous avons encore en mémoire ces quelques faits non exhaustifs qui ont marqué la presse burkinabè dans son souci de satisfaire le droit du public à une information juste et fiable.
- Le 12 février 2004, une assemblée générale des commerçants de Rood-Wooko a été dispersée à coups de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre. Les journalistes qui couvraient la manifestation reçurent, et sans ménagement des volées de coups de matraques, le matériel de certains d’entre eux fut confisqué par les forces de l’ordre.

- En février 2004, un journaliste du journal « Le Pays » qui couvrait la saisie de biens d’un citoyen par un huissier a été incarcéré au commissariat central de police de Ouagadougou sur ordre de l’huissier en question.
- Toujours en 2004, le directeur de publication du journal L’Indépendant a été séquestré toute une nuit dans les locaux du journal par un inconnu

- le 06 novembre 2004, le directeur général de l’hebdomadaire « San Finna » de retour d’un reportage en Côte d’Ivoire a été interpellé

- Courant février 2005, le journaliste du quotidien Sidwaya à Bobo Dioulasso a été molesté par six policiers à l’aéroport de Bobo-Dioulasso alors qu’il s’y trouvait pour couvrir le retour des pèlerins de La Mecque.

Ces faits loin d’être exhaustifs illustrent les difficultés que rencontrent les journalistes dans la collecte des informations.

Plus que tout autre métier civil, les journalistes paient de leur vie la recherche et la diffusion de l’information. L’assassinat de notre confrère Norbert Zongo à ce jour non encore élucidé témoigne de ce lourd prix à payer, surtout quand les informations cherchées sont dites « sensibles ».

En Côte d’Ivoire, le journaliste Jean HELENE correspondant de RFI a été assassiné en 2004 ; un autre confrère Guy André KIEFFER est porté disparu jusqu’à nos jours. Il enquêtait sur la filière cacao dans ce pays.

En Irak, les enlèvements de journalistes se succèdent, parfois suivis de liquidation physique. Aujourd’hui ce sont trois journalistes roumains et un Français qui sont détenus par les preneurs d’otages.

En ce jour mémorable de la liberté de la presse nos pensées de solidarité et de confraternité vont d’abord à ces derniers ainsi qu’à tous les confrères qui sont privés de leur liberté ou qui vivent des conditions de répressions diverses.

Nous exprimons notre solidarité envers leur famille et exigeons leur mise en liberté. Que justice soit faite aux confrères assassinés et singulièrement à notre confrère Norbert Zongo.

Que la liberté d’expression et de presse ne soit plus un vain mot pour tous !


Fait à Ouagadougou, le 3 mai 2005

Ont signé :


L’AJB
Jean-Claude MEDA

La SEP
Chérif SY

Le SYNATIC
Justin COULIBALY


 



 

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