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Marcoussis l’avait dépouillé de la réalité
de ses pouvoirs constitutionnels, Pretoria au contraire aura
comme donné à Laurent GBAGBO tout comme une
arme de destruction massive pour en finir avec ses opposants
et imposer ses vues. En tout cas l’interprétation qu’il
en fait et l’utilisation de l’article 48 qu’il envisage va
inéluctablement conduire à une dictature qui
ne dit pas son nom.
Hugh ! Le grand Chef Laurent Koudou GBAGBO
a parlé ! Et bien plus tôt qu’il ne l’avait laissé
entendre. Dorénavant les Ivoiriens et la communauté
internationale savent sur quel air sera jouée la prochaine
partie. Ce sera à coups d’article 48 sous la dictée
d’un GBAGBO rayonnant et spartiate.
Après avoir écouté les «Forces
vives de la Nation», plus exactement du morceau du pays
sous son contrôle, pour ne dire ses partisans, il a
tranché dans le vif et comme à son habitude,
décidé d’en faire à sa tête, dusse-t-il
pour cela renier des engagements qu’il avait pris. On sentait
bien qu’il préparait quelque chose comme un coup fourré
car le contraire aurait été trop beau pour lui
ressembler. En fait, la question était de savoir, pourquoi
GBAGBO accepterait-il aujourd’hui ce qu’il avait refusé
pratiquement trois années durant ? On a voulu nous
faire croire qu’il était d’un nationalisme si sourcilleux
qu’il ne voulait rien céder du fait de l’implication
de l’ex-puissance colonisatrice accusée d’être
derrière la rébellion et l’opposition. Et puisque
le nouvel accord était signé en Afrique, de
surcroît dans un pays particulièrement sensible
à une telle question, l’Afrique du Sud, il s’y plierait
de bon cœur. Trop court pour convaincre quand on sait que
ce qui est en jeu est bien plus sérieux que quelques
caprices intellectualistes à flatter. Pour d’autres
il était plus qu’au pied du mur et n’avait pas d’autre
choix pour sauver la face que d’accepter la solution proposée,
d’autant qu’elle s’appuyait sur la constitution et lui accordait
un rôle prépondérant même si par
ailleurs on lui a flanqué un surveillant général,en
l’occurrence l’ONU.
Dès lors qu’il avait annoncé sa décision
de consulter le «peuple» ivoirien, il était
clairement apparu que GBAGBO se préparait à
torpiller les accords de Pretoria ou, à tout le moins,
à ne pas les accepter tels que conclus de commun accord
avec les autres protagonistes de la crise. Si on avait craint
le pire en écoutant ses «patriotes» à
la sortie de ces rencontres, il coupera la poire en deux avec
un oui tonitruant sur la question principale,
celle de l’acceptation de la candidature à la présidentielle
de Allassane Dramane OUATTARA, mais dans le même temps
il opposera un niet sec et dit-il définitif sur un
point tout aussi important, celui du recensement des électeurs
et de l’établissement des cartes électorales
en les arrachant à la Commission électorale
indépendante pour les confier à une structure
dont il a le contrôle, l’Institut national de statistiques.
En fait, il donne d’une main et reprend prestement et fermement
de l’autre.
En effet, il est connu de tous que les élections se
perdent ou se gagnent au moment de l’établissement
et de la distribution des cartes d’électeurs. Dans
nos contrées qui contrôle ces processus détermine
en grande partie l’issue du scrutin. On comprend dès
lors pourquoi, partout en Afrique et partout ailleurs, dans
les démocraties naissantes les déférents
protagonistes des scènes politiques font tout pour
être présents et fortement impliqués dès
ces moments. Même les sociétés civiles
exigent d’être de la partie, se refusant à n’être
plus que de simples observateurs de scrutins. C’est dire toute
leur importance, ce qui justifie amplement les efforts déployés
ici et là pour leur gestion consensuelle. Dans le cas
précis de la Côte d’Ivoire, l’établissement
des cartes électorales est autrement plus sensible,
d’autant qu’il pose le problème de la nationalité,
un des points cruciaux à la base de la crise que vit
le pays.
Pour être électeur, il faut d’abord être
Ivoirien ; une lapalissade. Est-il seulement concevable dans
la situation actuelle de la Côte d’Ivoire, d’accorder
à un simple institut le droit de décider de
la nationalité des uns et des autres. Il nous semble
que quelque part on veut jouer avec le feu si on ne prépare
pas tout simplement à dessein un clash qui va emporter
tout le processus démocratique, ce qui permettrait
la mise en œuvre en toute légalité de l’autre
annonce forte du discours présidentiel ; celle d’user
désormais de la force de l’article 48 pour régler
les problèmes majeurs qui surviendraient. C’est là
la preuve du génie de GBAGBO : savoir se servir de
ses propres faiblesses pour vaincre les autres. Autant dire
qu’on n’est pas sorti de l’auberge et que contrairement à
ce que d’aucuns pensent, Pretoria n’est pas la suite de Marcoussis,
encore moins des multiples Accra qui lui ont succédé.
C’est en réalité un nouveau commencement (le
n nième). Dieu seul sait où cela nous mènera.
Ainsi, si Marcoussis l’avait dépouillé de la
réalité de ses pouvoirs constitutionnels, Pretoria
au contraire aura comme donné à Laurent GBAGBO
tout comme une arme de destruction massive pour en finir avec
ses opposants et imposer ses vues. En tout cas l’interprétation
qu’il en fait et l’utilisation de l’article 48 qu’il envisage
va inéluctablement conduire à une dictature
qui ne dit pas son nom. Une autre différence de fond
entre Marcoussis et Pretoria, c’est que pendant que le premier
faisait du Premier ministre de transition l’acteur principal
du processus de sortie de crise, Pretoria l’ignore royalement.
Il ne faudrait donc pas être surpris si GBAGBO décidait
de le remercier au profit d’un de ses proches pour verrouiller
davantage le processus devant conduire à l’élection
du 30 octobre 2005. Tout cela relève non seulement
du possible mais on voit mal comment la communauté
internationale, particulièrement le négociateur
Sud-africain pourrait s’y opposer. Autant dire que GBAGBO
a maintenant carte blanche et la voie libre pour se succéder
à lui-même. Quand on sait que la manière
calamiteuse de parvenir au pouvoir ne l’émeut point,
on peut être certain qu’il faudra bien plus que de bonnes
intentions pour l’obliger à se soumettre à des
élections justes, équitables et libres.
MBEKI a-t-il les moyens de contrôler l’usage de l’article
48 ? Rien n’est moins sûr. Alors, la porte est largement
ouverte à tous les excès et il faudra s’attendre
à ce que GBAGBO en profite en toute logique. Et comme
tous ceux qui l’ont devancé dans le bourbier ivoirien,
MBEKI sera lui aussi roulé dans la farine. Cela, sans
aucun état d’âme pour le boulanger de service
qui a montré plus d’une fois qu’il n’en avait que faire.
Le Burkina Faso qui l’a sauvé des griffes du régime
Houphouet qui cherchait à lui régler ses comptes
est bien placé pour en parler, lui qui est aujourd’hui
accusé d’être derrière les rebelles et
dont les ressortissants sont pris comme puching ball. Tout
comme la France accusée elle aussi de tous les maux
alors que n’eût été sa ferme intervention
contre les rebelles dès les premiers jours de la crise,
ceux-ci auraient pris la capitale et défait le régime.
Plus que jamais il faut avoir Gbagbo à l’œil !
Cheick AHMED
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