| Pour
tout dire pour le moment, marcher, c’est bien, mais s’inscrire
c’est encore mieux. Cela n’est pas valable pour la seule opposition,
la majorité est aussi concernée tout comme tous
ceux qui se mobilisent pour réclamer la candidature
de Blaise COMPAORE. Il semble qu’on ait compris. Le temps
est compté et est très précieux d’autant
qu’il n’y aura pas de prolongation pour les inscriptions et
que ce qui se passe au niveau de la CENI n’est pas pour rassurer.
En observant soigneusement le contexte socio-politique
national actuel, on a quelque part l’impression que les acteurs
ne savent pas que faire de la pré-campagne électorale
et ont de sérieuses difficultés à hiérarchiser
leurs actions pour les faire correspondre aux exigences du
moment. Entre marches, grands fora (du moins aux dimensions
de chacun), virées dans le Burkina «profond»,
déclarations plus ou moins au vitriol dans les journaux…
c’est comme si on avait du mal à trouver le bon tempo
pour se faire entendre et comprendre des populations. Car
si pour ce qui est du tam-tam, celles-ci semblent avoir l’oreille
fine, pour le reste, en fait l’essentiel, tout laisse croire
qu’il faudra plus que des canons. Ce n’est pas peu dire car
à regarder les recenseurs de la CENI se tourner les
pouces lorsqu’ils ont le courage de rester sur place, ce qui
est loin d’être évident, parce que las d’attendre
des électeurs qui n’arrivent pas, on est bien obligé
de reconnaître que quelque chose cloche quelque part.
Si le cours des événements ne change pas rapidement
ce ne serait pas joué aux oiseaux de mauvais augure
que de présager qu’au moment de la moisson il y aura
plus de larmes que de sourires. Il est même à
craindre que les rares sourires ne se transforment en rictus.
On avait pensé que les investitures de candidats qui
avaient foisonné allaient secouer tout ce beau monde
et amener les uns et les autres à se mettre au boulot
pour transformer l’essai. On avait pensé que l’entrée
dans la phase combien importante de la révision des
listes électorales allait comme donner un coup de pied
dans la fourmilière. On avait espéré
voir les hommes politiques sortir de leur hibernation pour
donner un sens à leur engagement politique. On avait,
on avait et on avait…. Pourtant le spectacle qui nous est
offert est bien en dessous de nos espérances. Du côté
du parti au pouvoir, à tout seigneur tout honneur,
on a semblé prendre conscience du problème mais
un peu sur le tard au point de confondre vitesse et précipitation.
Et la conséquence, on la connaît : une volée
de gourdins et de pierres qui ont mis à nu la frilosité
de responsables qui, craignant de se faire doubler sur leur
propre terrain politique, n’ont pas trouvé mieux que
de laisser libre cours à leurs ressentiments. Là
où il eut fallu accompagner le mouvement populaire,
en tout cas il s’y apparentait, on s’est mis au bord du chemin.
Piqués dans leur amour propre, comme s’il s’agissait
plus de cela que de l’aboubement de leur champion, il y en
a eu qui tenteront de se mettre en travers, d’autres allant
jusqu’à faire donner du gourdin nous octroyant un spectacle
inacceptable, d’un autre âge. Un fait particulièrement
grave sur lequel personne ne devrait se donner le droit de
se taire. On peut le dire, si entre militants de partis opposés
on peut tolérer des incidents de campagnes électorales
(on en voit partout) qui débouchent sur des échauffourées
plus ou moins musclées, entre militants d’un même
parti, cela fait plus que désordre et traduit l’échec
de dirigeants qui n’ont pas su ou pu anticiper sur les évènements.
Il ne faut pas se tromper, c’est à ce niveau qu’il
faut situer les responsabilités et non à celui
des acteurs de terrain dont on sait que la seule fidélité
à leur candidat virtuel suffit à calmer même
les plus vindicatifs dès lors que leurs antagonismes
tendent à déborder le vase.
Au-delà de ce cas du Zondoma qui est d’actualité,
l’honnêteté impose, en jetant un coup d’œil dans
le rétroviseur et en osant un autre dans l’avenir,
de tirer vivement sur la sonnette d’alarme car si la chienlit
s’installe dans le CDP et ses alliés, c’est le Burkina
Faso tout entier qui trinquera. C’est un risque réel
qui l’est d’autant qu’on ne donne pas l’impression d’en prendre
toute la mesure, comme cet homme qui s’applique à ronger
méthodiquement avec ses dents et un franc succès,
la branche sur laquelle il est assis. L’image n’est pas que
de rhétorique parce que de plus en plus certains donnent
l’impression de vouloir s’affranchir par tous les moyens de
l’emprise donc du parti comme s’ils se préparaient
à quitter le navire. Ce qui se pose donc ce n’est pas
une question de leadership ou encore moins pour les uns d’en
imposer aux autres mais c’est comme si le ver était
dans le fruit. Il ne sera leur faire injure que de leur dire
de savoir raison garder et de ne pas devancer l’iguane dans
l’eau.
Pour ce qui est des autres acteurs, on ne peut qu’être
surpris devant leur apathie pour ne pas dire leur démission.
Les marches du CODECO de Me Hermann YAMEOGO n’y changent rien.
Bien plus elles donnent à l’action de l’opposition
un air surréaliste parce qu’entièrement en décalage
avec les préoccupations du moment. En effet, non seulement
le sujet objet de leurs actions ne se resoud pas dans la rue
et encore moins pas par ceux qui battent le pavé, mais
en plus il est plus qu’aléatoire de miser sur celles-ci
pour engranger des voix. On se demande bien ce qui a bien
pu prendre Me Hermann YAMEOGO d’engager ses troupes dans un
combat perdu d’avance. A tout le moins c’est une grave erreur
stratégique qu’il risque de payer cher car lorsque
cette défaite sera consommée il lui sera bien
difficile de les remotiver pour le vrai combat. A tous points
de vue, ces marches sont parfaitement improductives et participent
à détourner les citoyens qui peuvent être
favorables à l’opposition de leur devoir de l’heure
: s’inscrire sur les listes électorales pour lui apporter
ses voix au moment opportun.
Pour tout dire pour le moment, marcher, c’est bien, mais s’inscrire
c’est encore mieux. Cela n’est pas valable pour la seule opposition,
la majorité est aussi concernée tout comme tous
ceux qui se mobilisent pour réclamer la candidature
de Blaise COMPAORE. Il semble qu’on ait compris. Le temps
est compté et est très précieux d’autant
qu’il n’y aura pas de prolongation pour les inscriptions et
que ce qui se passe au niveau de la CENI n’est pas pour rassurer.
En effet, il semble que la sérénité ne
règne pas au niveau de l’organe suprême et indépendant
d’organisation des élections et de ses démembrements.
De certains avis c’est la croix et la bannière pour
s’inscrire ou vérifier qu’on est sur les listes électorales.
Bureaux de vote supprimés ou déplacés,
recenseurs absents des lieux, listes non disponibles… ne sont
pas pour faciliter les choses. A cela s’ajoute une campagne
médiatique totalement décalée qui ne
répond ni aux questions, ni aux préoccupations
des populations. Au total on est loin et même très
loin de l’effervescence à laquelle nous étions
en droit de nous attendre. A ce rythme la prochaine campagne
risque fort de n’être qu’une foire d’empoignes. Parce
qu’on n’aura pas su s’intéresser aux questions qu’il
fallait aux moments où il fallait et que certains auraient
passé leur temps à s’écouter parler plutôt
que de parler aux citoyens.
Cheick AHMED
Retour au sommaire
|