L'opinion N°397
du 11 au 17 mai 2005

Editorial

Marcher c’est bien, s’inscrire c’est mieux !

Pour tout dire pour le moment, marcher, c’est bien, mais s’inscrire c’est encore mieux. Cela n’est pas valable pour la seule opposition, la majorité est aussi concernée tout comme tous ceux qui se mobilisent pour réclamer la candidature de Blaise COMPAORE. Il semble qu’on ait compris. Le temps est compté et est très précieux d’autant qu’il n’y aura pas de prolongation pour les inscriptions et que ce qui se passe au niveau de la CENI n’est pas pour rassurer.

En observant soigneusement le contexte socio-politique national actuel, on a quelque part l’impression que les acteurs ne savent pas que faire de la pré-campagne électorale et ont de sérieuses difficultés à hiérarchiser leurs actions pour les faire correspondre aux exigences du moment. Entre marches, grands fora (du moins aux dimensions de chacun), virées dans le Burkina «profond», déclarations plus ou moins au vitriol dans les journaux… c’est comme si on avait du mal à trouver le bon tempo pour se faire entendre et comprendre des populations. Car si pour ce qui est du tam-tam, celles-ci semblent avoir l’oreille fine, pour le reste, en fait l’essentiel, tout laisse croire qu’il faudra plus que des canons. Ce n’est pas peu dire car à regarder les recenseurs de la CENI se tourner les pouces lorsqu’ils ont le courage de rester sur place, ce qui est loin d’être évident, parce que las d’attendre des électeurs qui n’arrivent pas, on est bien obligé de reconnaître que quelque chose cloche quelque part. Si le cours des événements ne change pas rapidement ce ne serait pas joué aux oiseaux de mauvais augure que de présager qu’au moment de la moisson il y aura plus de larmes que de sourires. Il est même à craindre que les rares sourires ne se transforment en rictus.
On avait pensé que les investitures de candidats qui avaient foisonné allaient secouer tout ce beau monde et amener les uns et les autres à se mettre au boulot pour transformer l’essai. On avait pensé que l’entrée dans la phase combien importante de la révision des listes électorales allait comme donner un coup de pied dans la fourmilière. On avait espéré voir les hommes politiques sortir de leur hibernation pour donner un sens à leur engagement politique. On avait, on avait et on avait…. Pourtant le spectacle qui nous est offert est bien en dessous de nos espérances. Du côté du parti au pouvoir, à tout seigneur tout honneur, on a semblé prendre conscience du problème mais un peu sur le tard au point de confondre vitesse et précipitation. Et la conséquence, on la connaît : une volée de gourdins et de pierres qui ont mis à nu la frilosité de responsables qui, craignant de se faire doubler sur leur propre terrain politique, n’ont pas trouvé mieux que de laisser libre cours à leurs ressentiments. Là où il eut fallu accompagner le mouvement populaire, en tout cas il s’y apparentait, on s’est mis au bord du chemin. Piqués dans leur amour propre, comme s’il s’agissait plus de cela que de l’aboubement de leur champion, il y en a eu qui tenteront de se mettre en travers, d’autres allant jusqu’à faire donner du gourdin nous octroyant un spectacle inacceptable, d’un autre âge. Un fait particulièrement grave sur lequel personne ne devrait se donner le droit de se taire. On peut le dire, si entre militants de partis opposés on peut tolérer des incidents de campagnes électorales (on en voit partout) qui débouchent sur des échauffourées plus ou moins musclées, entre militants d’un même parti, cela fait plus que désordre et traduit l’échec de dirigeants qui n’ont pas su ou pu anticiper sur les évènements. Il ne faut pas se tromper, c’est à ce niveau qu’il faut situer les responsabilités et non à celui des acteurs de terrain dont on sait que la seule fidélité à leur candidat virtuel suffit à calmer même les plus vindicatifs dès lors que leurs antagonismes tendent à déborder le vase.
Au-delà de ce cas du Zondoma qui est d’actualité, l’honnêteté impose, en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur et en osant un autre dans l’avenir, de tirer vivement sur la sonnette d’alarme car si la chienlit s’installe dans le CDP et ses alliés, c’est le Burkina Faso tout entier qui trinquera. C’est un risque réel qui l’est d’autant qu’on ne donne pas l’impression d’en prendre toute la mesure, comme cet homme qui s’applique à ronger méthodiquement avec ses dents et un franc succès, la branche sur laquelle il est assis. L’image n’est pas que de rhétorique parce que de plus en plus certains donnent l’impression de vouloir s’affranchir par tous les moyens de l’emprise donc du parti comme s’ils se préparaient à quitter le navire. Ce qui se pose donc ce n’est pas une question de leadership ou encore moins pour les uns d’en imposer aux autres mais c’est comme si le ver était dans le fruit. Il ne sera leur faire injure que de leur dire de savoir raison garder et de ne pas devancer l’iguane dans l’eau.
Pour ce qui est des autres acteurs, on ne peut qu’être surpris devant leur apathie pour ne pas dire leur démission. Les marches du CODECO de Me Hermann YAMEOGO n’y changent rien. Bien plus elles donnent à l’action de l’opposition un air surréaliste parce qu’entièrement en décalage avec les préoccupations du moment. En effet, non seulement le sujet objet de leurs actions ne se resoud pas dans la rue et encore moins pas par ceux qui battent le pavé, mais en plus il est plus qu’aléatoire de miser sur celles-ci pour engranger des voix. On se demande bien ce qui a bien pu prendre Me Hermann YAMEOGO d’engager ses troupes dans un combat perdu d’avance. A tout le moins c’est une grave erreur stratégique qu’il risque de payer cher car lorsque cette défaite sera consommée il lui sera bien difficile de les remotiver pour le vrai combat. A tous points de vue, ces marches sont parfaitement improductives et participent à détourner les citoyens qui peuvent être favorables à l’opposition de leur devoir de l’heure : s’inscrire sur les listes électorales pour lui apporter ses voix au moment opportun.
Pour tout dire pour le moment, marcher, c’est bien, mais s’inscrire c’est encore mieux. Cela n’est pas valable pour la seule opposition, la majorité est aussi concernée tout comme tous ceux qui se mobilisent pour réclamer la candidature de Blaise COMPAORE. Il semble qu’on ait compris. Le temps est compté et est très précieux d’autant qu’il n’y aura pas de prolongation pour les inscriptions et que ce qui se passe au niveau de la CENI n’est pas pour rassurer.
En effet, il semble que la sérénité ne règne pas au niveau de l’organe suprême et indépendant d’organisation des élections et de ses démembrements. De certains avis c’est la croix et la bannière pour s’inscrire ou vérifier qu’on est sur les listes électorales. Bureaux de vote supprimés ou déplacés, recenseurs absents des lieux, listes non disponibles… ne sont pas pour faciliter les choses. A cela s’ajoute une campagne médiatique totalement décalée qui ne répond ni aux questions, ni aux préoccupations des populations. Au total on est loin et même très loin de l’effervescence à laquelle nous étions en droit de nous attendre. A ce rythme la prochaine campagne risque fort de n’être qu’une foire d’empoignes. Parce qu’on n’aura pas su s’intéresser aux questions qu’il fallait aux moments où il fallait et que certains auraient passé leur temps à s’écouter parler plutôt que de parler aux citoyens.

Cheick AHMED

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