L'opinion N°406
du 20 au 26 juillet 2005

Editorial

A qui la faute ?

La fonction présidentielle est-elle si banalisée que n’importe quel tartempion peut y prétendre, où le jeu est-il si ouvert que chacun croit avoir sa chance ? Rien n’est moins sûr. N’est-ce pas plutôt le signe d’un échec patent de la classe politique qui n’a pas su élever les débats ce qui aurait pu décourager les tireurs aux flancs et autres petits calculateurs ?

Et de 13 ! Après Ernest Nongma OUEDRAOGO qui a ouvert le bal, Ram, OUEDRAOGO, Philippe OUEDRAOGO, Hermann YAMEOGO, Stanislas B. SANKARA, Emile PARE, Laurent K. BADO, Ali LANKOANDE, Norbert Michel TIENDREBEO,HAROUNA LANKOANDE,CLEMENT DAKUYO,HAROUNA DICKO et avant que Blaise COMPAORE ne se prononce sur son choix par une foultitude de milieux et de partis, voici le 13e prétendant à la magistrature suprême, Harouna DICKO, qu’il s’appelle. Son ambition déclarée ? Remplacer Blaise COMPAORE et battre à plate couture tous les 12 ou 13 autres pour nous « sauver », en sortant le pays du sous-développement et des affres de la pauvreté. Belle et louable ambition s’il en est mais qui ne manque pas de poser quelques problèmes et questions pour la simple raison que ses 12 autres camarades nous donnent les mêmes assurances.
S’il est vrai que le microcosme politique national nous a habitué à des extravagances pour ne pas dire à la démesure, force est de reconnaître que là on y va tout de même un peu trop fort. 13 et bientôt 14 candidats voire plus à la présidence du Faso, avouons que c’est un peu trop, même s’il est vrai qu’un tel engouement pour la fonction est quelque part flatteur pour la démocratie burkinabè dont il est une des preuves de vitalité. Aussi, paradoxal que cela puisse paraître ce sont les mêmes qui sont les premiers à nier le fait et à crier sur tous les toits qu’ils sont dans une monarchie s’ils ne se décrivent pas dans la pire des dictatures. On l’aura compris, ils sont en campagne avant l’heure, alors même que nombre d’entre eux n’auront pas leurs bulletins dans les bureaux de vote.
En attendant de savoir qui ira jusqu’au bout de ses intentions et de pouvoir séparer le bon grain de l’ivraie en faisant la part entre les petits plaisantins d’un dimanche (ils ont été généralement tous investis des dimanches) et ceux qui ont véritablement de la caisse, la polémique va bon train sur la corruption dans le monde politique avec l’affaire des millions de l’OBU et la constance dans l’engagement politique avec la décision de l’ADF/RDA de se décharger de sa calotte de chef de file de l’opposition pour soutenir le candidat de la majorité. Des sujets certes intéressants mais qui sont venus éluder celui autrement plus important de la recherche du sens à donner à autant de candidatures.
La rage avec laquelle certains ont choisi de spéculer sur ces sujets, comme des morts de faim, est fort suspecte et devrait inciter ceux des observateurs qui refusent de sacrifier aux artifices à s’interroge au fond sur tant de candidatures au niveau de l’opposition et de celle pour le moins incongrue d’un illustre inconnu. On a comme l’impression que des acteurs politiques utilisent des hommes liges pour fourguer plein d’articles aux journaux afin de détourner l’attention de leurs responsabilités pour ne pas dire de leurs échecs. En effet, certains candidats et leurs officines s’intéressent un peu trop aux problèmes de l’OBU et au jet d’éponge de l’ADF/RDA pour qu’on ne les soupçonne pas de vouloir en tirer profit pour cacher leurs propres turpitudes. Ils sont en effet nombreux qui ont des choses pas très catholiques à se reprocher et qui font actuellement feu de tous bois sur ces sujets pour se donner bonne conscience.
A « Alternance 2005 », l’occasion était trop belle de régler de vieux comptes avec les deux, surtout que par la même on tait ses propres contradictions et on couvre son placard de cadavres d’une chape de plomb (accusations tenaces et de plus en plus avérées d’apatridie, passé ombrageux fait de retournements de veste, affaires d’argent mal partagé, détournements crapuleux, incapacité à gérer ses problèmes internes etc.). Les histoires de « trahison » ou d’argent illicite qui font les choux gras des journaux actuellement ne datent pas d’aujourd’hui ; elles sont aussi vieilles que la classe politique et on se rappelle encore cette affaire d’argent qui a divisé les sankaristes. Chacun devrait donc se préoccuper de sa propre image au lieu de continuer à taper sur les autres.
En attendant qu’il en soit ainsi, ce qui est loin d’être donné, on peut difficilement s’expliquer cette floraison de candidats. La fonction présidentielle est-elle si banalisée que n’importe quel tartempion peut y prétendre, ou le jeu est-il si ouvert que chacun croit avoir sa chance ? Rien n’est moins sûr. N’est-ce pas plutôt le signe d’un échec patent de la classe politique qui n’a pas su élever les débats ce qui aurait pu décourager les tireurs aux flancs et autres petits calculateurs ? Ne peut-on pas aussi mettre cela sur le compte de la pauvreté du personnel politique au niveau de l’opposition au sein de laquelle aucune personnalité ne peut véritablement fédérer les ambitions des uns et des autres ? N’est-ce pas aussi le fait de la pagaille instaurée au sein de l’opposition par la mauvaise gestion de l’affaire Norbert ZONGO, cette plantation de café qui a engraissé nombre d’entre eux et cultivé les antagonismes ? Que le G14 ait entre temps explosé au moment où il aurait dû porter les espoirs de tous les croisés de la belle époque est un fait d’importance, qui pourrait largement expliquer ce qui se passe. La société civile n’est pas en reste puisqu’elle n’a pas été en mesure de contenir les ambitions, de les discipliner et de les canaliser. Qu’un illustre inconnu tel que Harouna DICKO sorte du buisson est symptomatique de cet échec.
Beaucoup de questions et peu de réponses. Ce n’est pas l’actuel débat futile qui fera évoluer les choses dans le bon sens. On a beau crier haro sur les baudets, rôle que jouent parfaitement l’OBU et l’ADF/RDA, rien n’y fera. Nombreux sont ceux qui pavoisent aujourd’hui et qui se mordront les doigts jusqu’au sang demain. En vérité on devrait avoir honte à l’opposition d’être candidat. Mais voilà, le ridicule n’a jamais tué ; surtout dans notre microcosme politique.

Cheick AHMED

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