| La
fonction présidentielle est-elle si banalisée
que n’importe quel tartempion peut y prétendre, où
le jeu est-il si ouvert que chacun croit avoir sa chance ?
Rien n’est moins sûr. N’est-ce pas plutôt le signe
d’un échec patent de la classe politique qui n’a pas
su élever les débats ce qui aurait pu décourager
les tireurs aux flancs et autres petits calculateurs ?
Et de 13 ! Après Ernest Nongma OUEDRAOGO
qui a ouvert le bal, Ram, OUEDRAOGO, Philippe OUEDRAOGO, Hermann
YAMEOGO, Stanislas B. SANKARA, Emile PARE, Laurent K. BADO,
Ali LANKOANDE, Norbert Michel TIENDREBEO,HAROUNA LANKOANDE,CLEMENT
DAKUYO,HAROUNA DICKO et avant que Blaise COMPAORE ne se prononce
sur son choix par une foultitude de milieux et de partis,
voici le 13e prétendant à la magistrature suprême,
Harouna DICKO, qu’il s’appelle. Son ambition déclarée
? Remplacer Blaise COMPAORE et battre à plate couture
tous les 12 ou 13 autres pour nous « sauver »,
en sortant le pays du sous-développement et des affres
de la pauvreté. Belle et louable ambition s’il en est
mais qui ne manque pas de poser quelques problèmes
et questions pour la simple raison que ses 12 autres camarades
nous donnent les mêmes assurances.
S’il est vrai que le microcosme politique national nous a
habitué à des extravagances pour ne pas dire
à la démesure, force est de reconnaître
que là on y va tout de même un peu trop fort.
13 et bientôt 14 candidats voire plus à la présidence
du Faso, avouons que c’est un peu trop, même s’il est
vrai qu’un tel engouement pour la fonction est quelque part
flatteur pour la démocratie burkinabè dont il
est une des preuves de vitalité. Aussi, paradoxal que
cela puisse paraître ce sont les mêmes qui sont
les premiers à nier le fait et à crier sur tous
les toits qu’ils sont dans une monarchie s’ils ne se décrivent
pas dans la pire des dictatures. On l’aura compris, ils sont
en campagne avant l’heure, alors même que nombre d’entre
eux n’auront pas leurs bulletins dans les bureaux de vote.
En attendant de savoir qui ira jusqu’au bout de ses intentions
et de pouvoir séparer le bon grain de l’ivraie en faisant
la part entre les petits plaisantins d’un dimanche (ils ont
été généralement tous investis
des dimanches) et ceux qui ont véritablement de la
caisse, la polémique va bon train sur la corruption
dans le monde politique avec l’affaire des millions de l’OBU
et la constance dans l’engagement politique avec la décision
de l’ADF/RDA de se décharger de sa calotte de chef
de file de l’opposition pour soutenir le candidat de la majorité.
Des sujets certes intéressants mais qui sont venus
éluder celui autrement plus important de la recherche
du sens à donner à autant de candidatures.
La rage avec laquelle certains ont choisi de spéculer
sur ces sujets, comme des morts de faim, est fort suspecte
et devrait inciter ceux des observateurs qui refusent de sacrifier
aux artifices à s’interroge au fond sur tant de candidatures
au niveau de l’opposition et de celle pour le moins incongrue
d’un illustre inconnu. On a comme l’impression que des acteurs
politiques utilisent des hommes liges pour fourguer plein
d’articles aux journaux afin de détourner l’attention
de leurs responsabilités pour ne pas dire de leurs
échecs. En effet, certains candidats et leurs officines
s’intéressent un peu trop aux problèmes de l’OBU
et au jet d’éponge de l’ADF/RDA pour qu’on ne les soupçonne
pas de vouloir en tirer profit pour cacher leurs propres turpitudes.
Ils sont en effet nombreux qui ont des choses pas très
catholiques à se reprocher et qui font actuellement
feu de tous bois sur ces sujets pour se donner bonne conscience.
A « Alternance 2005 », l’occasion était
trop belle de régler de vieux comptes avec les deux,
surtout que par la même on tait ses propres contradictions
et on couvre son placard de cadavres d’une chape de plomb
(accusations tenaces et de plus en plus avérées
d’apatridie, passé ombrageux fait de retournements
de veste, affaires d’argent mal partagé, détournements
crapuleux, incapacité à gérer ses problèmes
internes etc.). Les histoires de « trahison »
ou d’argent illicite qui font les choux gras des journaux
actuellement ne datent pas d’aujourd’hui ; elles sont aussi
vieilles que la classe politique et on se rappelle encore
cette affaire d’argent qui a divisé les sankaristes.
Chacun devrait donc se préoccuper de sa propre image
au lieu de continuer à taper sur les autres.
En attendant qu’il en soit ainsi, ce qui est loin d’être
donné, on peut difficilement s’expliquer cette floraison
de candidats. La fonction présidentielle est-elle si
banalisée que n’importe quel tartempion peut y prétendre,
ou le jeu est-il si ouvert que chacun croit avoir sa chance
? Rien n’est moins sûr. N’est-ce pas plutôt le
signe d’un échec patent de la classe politique qui
n’a pas su élever les débats ce qui aurait pu
décourager les tireurs aux flancs et autres petits
calculateurs ? Ne peut-on pas aussi mettre cela sur le compte
de la pauvreté du personnel politique au niveau de
l’opposition au sein de laquelle aucune personnalité
ne peut véritablement fédérer les ambitions
des uns et des autres ? N’est-ce pas aussi le fait de la pagaille
instaurée au sein de l’opposition par la mauvaise gestion
de l’affaire Norbert ZONGO, cette plantation de café
qui a engraissé nombre d’entre eux et cultivé
les antagonismes ? Que le G14 ait entre temps explosé
au moment où il aurait dû porter les espoirs
de tous les croisés de la belle époque est un
fait d’importance, qui pourrait largement expliquer ce qui
se passe. La société civile n’est pas en reste
puisqu’elle n’a pas été en mesure de contenir
les ambitions, de les discipliner et de les canaliser. Qu’un
illustre inconnu tel que Harouna DICKO sorte du buisson est
symptomatique de cet échec.
Beaucoup de questions et peu de réponses. Ce n’est
pas l’actuel débat futile qui fera évoluer les
choses dans le bon sens. On a beau crier haro sur les baudets,
rôle que jouent parfaitement l’OBU et l’ADF/RDA, rien
n’y fera. Nombreux sont ceux qui pavoisent aujourd’hui et
qui se mordront les doigts jusqu’au sang demain. En vérité
on devrait avoir honte à l’opposition d’être
candidat. Mais voilà, le ridicule n’a jamais tué
; surtout dans notre microcosme politique.
Cheick AHMED
Retour au sommaire
|