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Mélodies » en sous-sol
La récente actualité
au Sénégal, en Côte d’Ivoire et en Guinée-Bissau
oblige à dire que certains pays du continent ont ou
tentent résolument de tourner le dos à la démocratie
qui est pourtant le gage premier du développement.
Abdoulaye
Wade du Sénégal
Ce qui se passe actuellement en Guinée-Bissau
ne peut surprendre que les observateurs les moins avertis.
Alors que le pays s’apprête à vivre le second
tour des élections présidentielles, des bruits
de bottes et de canon sont venus nous rappeler qu’il vit en
équilibre instable au plan politique. La faute à
des hommes politiques tous plus boulimiques les uns que les
autres et qui n’hésitent pas à instrumentaliser
l’armée pour atteindre leurs objectifs. A preuve, alors
même que les résultats du premier tour de l’élection
présidentielle n’étaient pas connus, Kumba YALLA,
ex-président « déflatté »
du pays a clamé qu’il remettrait lesdits résultats
en cause s’il n’était pas au second tour. Puis, de
façon sibylline, il avait laissé entendre qu’une
partie de l’armée était avec lui. Comme il n’est
pas au second tour et nonobstant l’alliance passée
avec son ennemi intime Joao Bernardo VIERA (c’est lui que
YALLA avait remplacé à la tête du pays)
pour vaincre son autre ennemi Mallam Bacaye SAGNA, on ne peut
que voir son ombre derrière ses bruits de bottes. Que
ce soit lui ou quelqu’un d’autre (Nino VIERA a aussi ses «
gars » dans l’armée) il reste entendu que la
Guinée-Bissau, pays pauvre parmi les plus pauvres d’Afrique
ne peut que pâtir de cette incurie de ses hommes politiques.
L’instabilité politique va devenir chronique et, d’une
« diarrhée éternelle », les Bissau-guinéens
vont plonger dans une « dysenterie chronique »,
selon le bon mot d’Ernest N. OUEDRAOGO à Kaya dimanche
dernier. Une dysenterie chronique que la Côte d’Ivoire
vit depuis le 19 septembre 2002. Une date à laquelle,
la crise socio-politique qui couvait depuis « l’ivoirisation
des cadres » décrétée à
la fin des années 1970 par Houphouët BOIGNY a
éclaté du fait d’un nombrilisme devenu insupportable.
Depuis, les diverses thérapies se sont révélées
vaines jusqu’à la « prise en main » du
dossier par le président sud-africain Thabo MBEKI.
Après Pretoria II en fin juin dernier, les différents
protagonistes dont le président GBAGBO principalement,
semblent être revenus à la raison. Un GBAGBO
qui a décidé de hâter l’adoption des lois
devant permettre la tenue dans les délais constitutionnels
de l’élection présidentielle.
WADE « l’infanticide »
?
Loin de traduire sa bonne foi, cet acte du
président ivoirien est une fuite en avant comme il
les affectionne, pour mieux rebondir en temps opportun. En
effet, GBAGBO sait mieux que quiconque que des élections
justes et transparentes sont impossibles en Côte d’Ivoire
dans le climat délétère actuel. Ivoirité
aigue, rupture de confiance entre protagonistes, division
du pays en deux, autant d’éléments qui incitent
à la réserve. Mais comme l’ONU est pressée
de «ficeler » l’affaire et qu’elle veille au grain
par le biais de la résolution 1603, autant l’accompagner
dans son désir, quitte à se présenter
par après comme l’homme de bonne foi, plein de bonne
volonté et rejeter la faute sur les autres. Une «
tartuferie » politique qu’un homme autrement plus cultivé
et jusque-là plus fréquentable que GBAGBO, le
président sénégalais Abdoulaye WADE,
semble dorénavant faire sienne. Comment comprendre
autrement la mise en garde à vue de son ex-Premier
ministre, Idrissa SECK pour « tentative d’atteinte à
la sûreté de l’Etat » doublée d’un
détournement présumé de deniers publics
? Un Idrissa SECK qui depuis, clame son innocence et qui est
soutenu par la quasi-totalité de la classe politique
de son pays ainsi que de la société civile sénégalaise.
En fait, WADE qui n’a pas abdiqué toute ambition de
se succéder à lui-même, voit d’un mauvais
œil et ce depuis 2004, « l’agitation » politique
dont fait montre son ex-dauphin présumé. SECK
qui s’est constitué un solide réseau au sein
du PDS, apparaît désormais comme le plus sérieux
rival de WADE dans la perspective de la présidentielle
de 2007. Ce surtout que le PS, l’ex-parti au pouvoir est traversé
par des courants contraires depuis le départ du chef
historique, Abdou DIOUF. L’avocat-président, franchira-t-il
néanmoins la ligne rouge, en « assassinant »
politiquement un rival qui était il n’y a guère
longtemps son fils ? Ce serait, nonobstant la vérification
des griefs faits à SECK, un recul de la démocratie
sénégalaise, considérée jusque-là
comme un modèle en Afrique. Tristes tropiques.
Par Alpha YAYA
Côte d’Ivoire
GBAGBO face à la pression internationale
Face
au calendrier marathon que le Médiateur Sud-Africain
Thabo MBEKI a soumis aux protagonistes de la crise ivoirienne
dans lequel chaque jour compte et après que le premier
acte de cette feuille de route ait été respecté
par les FAFN (Forces Armées des Forces Nouvelles),
l’ex rébellion et les FANCI (Forces Armées Nationales
de Côte d’Ivoire), l’armée régulière
ivoirienne, ont convenu d’un chronogramme précis pour
le DDR (Désarmement démobilisation réinsertion).
La balle se trouve désormais dans le camp des politiques
et surtout dans le camp présidentiel qui doit adopter
par le biais de l’Assemblée nationale les lois relatives
au processus électoral du 30 octobre prochain.
L’homme aura fait durer le suspense jusqu’au
bout. En effet, c’était le 15 juillet dernier au plus
tard, délai de rigueur, que le président Laurent
Koudou GBAGBO devrait faire adopter par l’Assemblée
nationale toutes les lois relatives à l’organisation
et à la tenue des élections libres, transparentes
et ouvertes à tous en octobre prochain dans son pays.
Mais face au refus des députés FPI de faire
passer ces lois avec à leur tête Mamadou COULIBALY,
président de l’Assemblé nationale considéré
comme l’un des plus durs du régime et Simone Ehivet
GBAGBO épouse du chef de l’Etat ivoirien, connue pour
être la marraine des escadrons de la mort qui ont endeuillé
plus d’une famille en Côte d’Ivoire, Koudou a donc décidé
de contourner ses députés en usant des prérogatives
que lui confère l’article 48 de la Constitution ivoirienne,
et cela non sans pression de la part de la communauté
internationale quelque peu lassée du comportement ô
combien versatile du woody(1) de Mama.
La veille d’ailleurs, l’ONU avait interpellé chacun
des protagonistes de la crise à respecter ses engagements
et conformément aux accords de Prétoriat au
risque de mettre cette fois-ci en application les sanctions
à l’encontre de tous ceux qui bloquent le processus
de paix. Il faut ajouter aussi que bien avant, le président
Sud-Africain avait adressé une correspondance à
son homologue ivoirien dans laquelle il l’exhortait à
prendre ses responsabilités en usant des pouvoirs spéciaux
que lui confère l’article 48 de la Constitution de
la Côte d’Ivoire si l’Assemblée nationale refuse
de faire passer les lois. GBAGBO avait-il le choix alors,
lorsqu’il annonçait lors de son speech radio-télévisé
à la nation ivoirienne le vendredi 15 juillet 2005
en prenant soin au préalable de rendre un vibrant hommage
aux députés de l’Assemblée nationale
(sacré GBAGBO !), qu’il promulguait par ordonnance
et ce conformément aux dispositions de l’article 48
de la Constitution, toutes les lois sur l’organisation et
la tenue des élections du 30 octobre 2005. Pas si sûr
au regard de la pression qui s’exerçait sur l’homme.
Les lois en question concernent :
- le financement sur fonds publics des partis et groupements
politiques et des candidats à l’élection présidentielle
du 30 octobre 2005 ;
- l’identification des personnes et le séjour des étrangers
en Côte d’Ivoire ;
- la Commission nationale des droits de l’Homme de Côte
d’Ivoire (CNDHCI) ;
- la composition, l’organisation, les attributions et le fonctionnement
de la Commission électorale indépendante (CEI)
;
- les dispositions spéciales en matière de naturalisation
;
- le code de la nationalité.
Par cet acte, le président ivoirien vient ainsi de
donner un coup d’accélérateur au processus de
paix et de normalisation en cours actuellement dans son pays
ravagé par une guerre civile depuis septembre 2002.
Mais ne nous réjouissons pas trop vite, car pour qui
connaît le président «boulanger»
qui a l’art de rouler ses interlocuteurs dans la farine, il
faut d’abord attendre de prendre connaissance du contenu des
textes en question. C’est pourquoi l’opposition non-armée
ivoirienne regroupée au sein du G7 se félicite
de cette décision du chef de l’Etat mais dans le même
temps elle s’accorde la possibilité de reconsidérer
sa position après avoir pris connaissance des détails
des textes promulgués. Pour Alphonse Djédjé
MADI, porte parole du G7 qui se prononçait sur les
ondes de RFI : «Il est prudent et il faut donc attendre
d’avoir le contenu des textes puisque à l’exception
des deux textes sur les six auxquels il fait allusion, les
quatre autres ne sont pas passés en conseil de gouvernement
ou de ministres (…) personne ne sait quel sera exactement
le contenu de ce qu’il va signer ou de ce qu’il a signé.
C’est pourquoi (…) nous attendons de savoir le contenu des
textes avant de réagir quant au fond». C’est
donc dire qu’il serait trop tôt de dire «ouf»
!
(1) Woody : homme en langue bété
ethnie du président ivoirien
Par Claude ROMBA
(stagiaire)
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