L'opinion N°410
du 17 au 23 Août 2005

ACTUALITE

Insécurité

Une opération « coup de poing » à Sya

Ces temps-ci, le banditisme a pris une envolée spectaculaire dans notre pays. Au niveau de la ville de Sya, les Forces de l’ordre se sentant interpellées au plus profond d’elles-mêmes, ont entrepris une opération d’envergure pour donner une réplique à cette situation d’insécurité.

L’opération en question a été savamment menée par les hommes du chef d’escadron Alain Serge OUEDRAOGO, commandant du groupement départemental de la gendarmerie de Bobo-Dioulasso, dans la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 août dernier. Elle a été envisagée dans le souci de rassurer les populations quant à la volonté des Forces de sécurité de les accompagner toujours dans leur désir de quiétude. Cette opération visait la satisfaction de trois objectifs à savoir la recherche de ceux qui sont considérés comme des criminels potentiels (évadés de prison, repris de justice, recherchés pour crime et meurtre…), le ratissage au niveau des zones dites criminogènes et un contrôle de routine d’identité.
Au niveau du dernier objectif, l’opération a permis de mettre la main sur 86 personnes qui n’avaient pas de pièces d’identité sur elles dont 39 femmes parmi lesquelles se trouvaient des racoleuses. Il y avait aussi 18 mineurs dans ce genre. 80 engins de toutes natures ont également été pris sans documents.
Au niveau des zones dites criminogènes (l’abattoir, la gare routière du secteur n° 21, le canal du marigot Houet, les alentours du siège de la Semaine nationale de la culture, le Lycée Ouézzin COULIBALY, les vergers de Sakabi, les zones sombres des secteurs n° 10, 11 et 12, etc.), l’opération a permis d’interpeller 45 délinquants. Ces zones ont ainsi été fortement déconseillées aux honnêtes citoyens à partir d’une certaine heure.
L’accent a été surtout mis au niveau du premier axe d’effort où 12 personnes considérées comme partie prenante d’un gang ont été interpellées. Les membres de ce gang qui opéraient sur l’axe routier Bobo-Banfora étaient recherchés au niveau de la police et de la gendarmerie où ils étaient fichés. Le présumé chef de ce gang est un ancien militaire dont l’identité exacte est à déterminer. Barry, Sambo et Ali seraient des noms qui désignent le même personnage.

Au moment de leur interpellation, ces 12 bandits de grands chemins portaient sur eux deux pistolets automatiques calibre 12, deux pistolets artisanaux, deux couteaux et 5 cartouches.

Ce sont les mêmes bandits qui tournent

Au total, ce sont 143 personnes et 80 engins de toutes natures qui ont été arrêtés au cours de cette vaste opération.
Cela peut être interprété un tant soit peu comme une source de quiétude pour la population de Bobo. Mais du côté de la gendarmerie, on estime qu’il ne faut pas se voiler la face, puisqu’il n’y a pas longtemps, des opérations similaires avaient permis de mettre la main sur des bandes comme celle de « Serpent » et de « Bad-Jo » qui écumaient la ville sur les routes de Banfora et de Banankédaga, mais très vite, l’insécurité a repris de plus belle sur ces voies. Ce qui fait dire au chef d’escadron commandant du groupement d’épartemental de Bobo-Dioulasso que les réseaux se reconstituent aussi rapidement que le temps. « Chaque fois que certains tombent d’autres se réveillent », a-t-il ajouté.
Il faudra pour cela un travail de longue haleine, impliquant tout le monde. Il faut surtout songer à augmenter les peines des bandits parce qu’on se rend compte que ce sont presque les mêmes qui tournent.
La police de proximité que le gouvernement présente comme la solution face à cette situation d’insécurité, n’a pas encore pris corps. Elle est présentement à une phase d’expérimentation dans les zones jugées les plus touchées par l’insécurité. C’est le cas des zones comme Koupéla et Fada. C’est donc en fonction de l’évolution de l’approche des résultats qu’on va progressivement étendre cette police de proximité aux autres zones du pays. A Bobo-Dioulasso, les Forces de sécurité se préparent en attendant que « les choses se dégagent » pour un démarrage effectif de la police de proximité.

Aux grands maux, les grands remèdes

Face à cette situation, on doit se rendre à l’évidence que le seuil de tolérance est largement dépassé en ce qui concerne l’insécurité dans notre pays. Aujourd’hui, c’est elle qui constitue la première des priorités d’où la nécessité de dégager de grands moyens pour son éradication.
La solution la plus appropriée dans une telle situation, c’est de mettre les moyens qu’il faut avec le soutien d’une volonté politique sans faille.
Et l’espoir est permis d’autant que l’orsqu’il y a péril en la demeure face à des situations pénibles comme le Sida, les criquets pèlerins, le faible taux de scolarisation … le gouvernement ne lésine pas sur les moyens. Aujourd’hui les résultats sont là : le taux de prévalence du Sida qui tournait autour de 7,17% est vite redescendu à peine 1%, un véritable plan de bataille a été mis au point pour contrer désormais les criquets ravageurs, le taux de scolarisation du Burkina Faso qui était parmi les plus faibles de l’Afrique atteindra les 70 % à l’orée de l’année 2010
L’insécurité a atteint un stade tel qu’elle ne peut plus être seulement l’affaire des seules Forces de sécurité. Pour ramener le Burkina Faso à un niveau normal en matière de sécurité des personnes et des biens, il faut une loi de programmation impliquant non seulement plusieurs départements ministériels (Finances, Justice, Défense, Affaires étrangères…) mais aussi une réelle volonté au plus haut niveau.
Le 10 août dernier lors de son discours de candidature à Ziniaré, le Président Blaise COMPAORE a affirmé que cette insécurité restait sans contexte un défi important à relever dans les mois à venir. C’est donc dire que le problème est pris au sérieux au plus haut niveau et on espère que comme les autres défis importants qui ont été surmontés, le défi de l'éradication du grand banditisme sera une réalité dans « les mois à venir ».
En attendant, les bandits font la loi et s’attaquent à tout va aux forces de l’ordre même et aux hommes de Dieu.
Dans la région des Hauts-Bassins qui est une région relativement riche du fait d’une meilleure production agricole, le gouvernement doit veiller à mettre les moyens nécessaires pour protéger cette richesse agricole.
Faisons confiance à nos Forces de sécurité, mettons à leur disposition les grands moyens d’intervention et une motivation exemplaire et attendons les résultats.
Par Drissa KONE de BOBO

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