| Ça
n’a pas été du tout facile
Du vendredi
12 au dimanche 14 août 2005 s’est déroulée
à Bobo-Dioulasso la fête des «Chitoumous».
Organisée par l’Association pour l’épanouissement
de la commune de Bobo (AECB), cette première édition
a connu des fortunes diverses.
Le
député Alfred SANOU, dégustant un bon
plat de chitoumou
C’est la place de la mairie centrale de la
ville de Sya qui a été choisie pour accueillir
la mini foire aux chenilles, point focal de cette fête.
Là-bas, c’est l’exposition et l’art culinaire qui étaient
à l’honneur durant 72 heures. Mais bien avant cette
fête proprement dite, les organisateurs ont convié
le public à une conférence le jeudi 11 août
pour lui permettre d’avoir une idée sur les origines
et la valeur nutritionnelle des «Chitoumous».
La conférence qui a eu lieu à la Chambre de
commerce a été co-animée par le docteur
Bruno Doti SANOU, historien de son état et par le nutritionniste
Léon SANOU. Selon les enquêtes orales menées
par le docteur Bruno SANOU, les Bobos Mandarê auraient
connu les chenilles grâce à un marabout venu
de la zone sahélienne, notamment de la boucle du Niger.
Son introduction chez les Bobos serait donc le fait de la
migration. Les chenilles ne sont donc pas propres à
la zone linguistique des Bobos Mandarê. On les retrouve
en milieu Sénoufo (qui les consomment), en milieu Gourounsi,
Bwaba, Marka, au Mali, en Guinée et même en Afrique
du Sud où elles sont consommées. C’est un produit
de la zone des savanes.
Une autre hypothèse explique la connaissance des chenilles
par les Bobos à une période de grande famine.
C’est au cours d’une grande famine que les populations affamées
auraient commencé à consommer les chenilles.
D’autres anciens pensent qu’au départ, les chenilles
étaient utilisées pour guérir certaines
maladies. Face à cette multitude d’hypothèses,
l’histoire des chenilles reste encore à explorer puisque
la plupart des vieux affirment sans autre forme de procès
qu’ils sont nés trouver. Il n’y a donc pas de référence
historique fiable concernant les chenilles. Ce qu’on sait,
c’est que les Bobos consomment les chenilles et ils l’ont
intégrées dans leur culture. Mais les chenilles
n’ont aucun rite sacré chez les Bobos Mandarê.
Mais il y a très longtemps de cela, l’histoire raconte
qu’un vieux du nom de Sogodoro aurait demandé à
l’esprit de la brousse de faire disparaître les chenilles
dans la région de Bobo afin de préserver les
champs des nombreux consommateurs qui n’hésitaient
pas à piétiner les semis de fonio, à
la recherche des chenilles. Pour éviter de détruire
les récoltes, le vieux Sogodoro demanda et obtint du
génie de la brousse qu’il fasse disparaître les
chenilles. Bizzarement son vœu a été exhaussé
et pendant plusieurs années les chenilles ont disparu
de la région de Bobo. Même de nos jours il n’en
existe pas comme dans les autres localités comme Logôfourousso,
Kiri et Kôrô.
Dans la tradition bobo, il existe donc une sorte de rite appelée
«Sougou» qui permet de faire disparaître
les chenilles. On dit en ce moment qu’on retourne la marmite
pour couvrir les chenilles. Dans les mentalités des
Bobo, les chenilles ont des propriétés thérapeutiques
aussi bien chez les hommes que chez les animaux. Chez les
hommes on dit que les chenilles donnent beaucoup de sang quand
on les consomme et aussi qu’ils peuvent guérir des
maux de ventre et que ça prémunit contre la
folie. Chez les animaux, c’est un bon déparasitant
qui peut aussi soigner le hoquet des chiens et même
la rage. Toutes les qualités sont dans les esprits
et il faudra des recherches poussées pour les confirmer.
Après l’historien Bruno SANOU, le nutritionniste Léon
SANOU s’est attelé à présenter le côté
nutritionnel de ces chenilles. Pour lui, chaque individu qui
veut maintenir un bon état sanitaire et nutritionnel
doit manger une quantité suffisante d’aliments. Il
doit aussi s’assurer de la qualité des aliments tout
en variant son alimentation. Ainsi les nutriments dont l’organisme
a besoin sont fournis par les aliments qui sont soit d’origine
animale, soit d’origine végétale.
Les chitoumous plus riches en protéines
que le poulet rôti
Coupure
de ruban par les autorités locales à l'ouverture
de la fête
Les chitoumous qui sont les chenilles de
karité sont des prédateurs spécifiques
de l’arbre de karité. Ils sont issus d’un papillon
qui pond des milliers d’œufs qui évoluent successivement
pour devenir des larves. C’est de l’étape larvaire
qu’ils évoluent pour devenir des chenilles. Les larves
ne doivent pas être consommées parce qu’il faut
protéger l’espèce. C’est lorsqu’ils évoluent
en tant qu’insectes chenilles qu’on peut les consommer. Les
chenilles se nourrissent exclusivement de feuille de karité
et apparaissent chaque année à la même
saison, (en hivernage sur l’arbre de karité). La spécificité
c’est quand le fruit du karité est fini sur l’arbre
que les chenilles apparaissent. Le cycle est bien régulé.
Vers le mois d’août-septembre, les chenilles commencent
à descendre de l’arbre pour s’enfouir sous terre où
ils vont continuer leur cycle, c’est-à-dire, se transformer
en crystalite puis en papillon et c’est ce papillon qui va
encore pondre les œufs à une période indiquée
tout juste pendant la saison des pluies et ça éclot
et le cycle se poursuit. Pendant la période d’enfouissement
dans le sol, elles contiennent une quantité non négligeable
de liquides qui renferment des substances dissoutes comme
les vitamines liposolubles (vitamines A, D, E et K). Parlant
de la valeur nutritionnelle proprement dite des chenilles,
si l’on prend 100 grammes de parties comestibles, pour ce
qui est de la couverture énergétique, elle fournit
430 kilocalories à l’organisme. La teneur en protéïne
varie de 53,9 à 63 grammes. C’est donc dire que sa
teneur dépasse celle en protéïne du poulet
rôti et même de certains autres aliments qu’on
consomme. Ce qui les devance, c’est surtout le poisson séché
pilé avec les arrêtes qui a une teneur en protéïne
plus élevé que les chenilles.
Les chitoumous renferment d’autres nutriments tels que la
vitamine A dont la teneur est d’environ 20 microgrammes de
rétinole. Cette vitamine intervient dans la croissance,
la vision pour ce qui concerne l’intégrité de
l’œil et aide à lutter contre les infections et intervient
dans la protection de la peau et de l’épythélium.
Il y a aussi le calcium dont la teneur est de 185 milligrammes
et le fer (2,3 milligrammes). Le principal nutriment dont
il est question, les protéïnes, sont ceux qui
participent à tous les aspects de la vie de l’homme
: l’aspect structurale, biochimique et énergétique.
Compte tenu de cette richesse des chenilles en protéïnes,
elles sont à proscrire chez un sujet souffrant chroniquement
de la goutte. On sait que la carence en protéïnes
alimentaire provoque des troubles de croissance, réduit
l’appétit et provoque le kwashiorkor, d’où l’importance
de la consommation des chenilles.
Une agence de communication aux méthodes
peu catholiques
Pour l’organisation de cette première
édition de la fête du chitoumou, l’AECB avait
besoin de soutien. Elle a rencontré dans ce cadre une
agence de communication qui s’est investie pour trouver un
sponsor pour l’événement. Le sponsor en question
devrait débourser la somme de 2 millions de francs
CFA pour l’organisation de la fête. L’AECB qui croyait
bien s’en sortir avec une somme pareille se retrouvera par
la suite sans le moindre sou. En effet l’agence de communication
qui a traité directement avec le sponsor voulait retrancher
la somme de 800 mille francs pour elle. L’AECB à travers
son président Lacina SANOU a refusé. L’affaire
a donc foiré et le sponsor a gardé son argent.
Mais tant bien que mal, les organisateurs ont tenu à
aller jusqu’au bout de leur effort. La première édition
a eu lieu même si les conditions étaient difficiles.
Les autorités régionales (le secrétaire
général de la région, le 1er adjoint
au maire, les députés CDP (Salia SANOU et Alfred
SANOU) ont tenu à soutenir l’initiative en procédant
à l’ouverture officielle de la première édition
de la fête des chitoumous. La cérémonie
de clôture est intervenue le dimanche dernier avec la
proclamation des résultats dans les catégories,
les participants ont reçu des chitoumous d’or, d’argent
et de bronze. La 1re édition est terminée, vivement
que les organisateurs songent dès maintenant à
la 2e édition qui doit connaître une évolution
notable.
Les différents prix
Catégorie art culinaire
Chitoumou d’or : Mme Marie Thérèse SANOU
Chitoumou d’argent : Mme Mariam Romaric SANOU
Chitoumou de bronze : Mme Abi SANOU
Catégorie exposition
Chitoumou d’or : Mme Sali SANOU
Chitoumou d’argent : Mme Sita KOUMARE
Chitoumou de bronze : Mme Aminata BAKAYOGO
Par Drissa KONE à
Bobo-Dioulasso
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