L'opinion N°410
du 17 au 23 Août 2005

Culture

1re édition de la fête des «Chitoumous»

Ça n’a pas été du tout facile

Du vendredi 12 au dimanche 14 août 2005 s’est déroulée à Bobo-Dioulasso la fête des «Chitoumous». Organisée par l’Association pour l’épanouissement de la commune de Bobo (AECB), cette première édition a connu des fortunes diverses.

Le député Alfred SANOU, dégustant un bon plat de chitoumou

C’est la place de la mairie centrale de la ville de Sya qui a été choisie pour accueillir la mini foire aux chenilles, point focal de cette fête. Là-bas, c’est l’exposition et l’art culinaire qui étaient à l’honneur durant 72 heures. Mais bien avant cette fête proprement dite, les organisateurs ont convié le public à une conférence le jeudi 11 août pour lui permettre d’avoir une idée sur les origines et la valeur nutritionnelle des «Chitoumous». La conférence qui a eu lieu à la Chambre de commerce a été co-animée par le docteur Bruno Doti SANOU, historien de son état et par le nutritionniste Léon SANOU. Selon les enquêtes orales menées par le docteur Bruno SANOU, les Bobos Mandarê auraient connu les chenilles grâce à un marabout venu de la zone sahélienne, notamment de la boucle du Niger. Son introduction chez les Bobos serait donc le fait de la migration. Les chenilles ne sont donc pas propres à la zone linguistique des Bobos Mandarê. On les retrouve en milieu Sénoufo (qui les consomment), en milieu Gourounsi, Bwaba, Marka, au Mali, en Guinée et même en Afrique du Sud où elles sont consommées. C’est un produit de la zone des savanes.
Une autre hypothèse explique la connaissance des chenilles par les Bobos à une période de grande famine. C’est au cours d’une grande famine que les populations affamées auraient commencé à consommer les chenilles. D’autres anciens pensent qu’au départ, les chenilles étaient utilisées pour guérir certaines maladies. Face à cette multitude d’hypothèses, l’histoire des chenilles reste encore à explorer puisque la plupart des vieux affirment sans autre forme de procès qu’ils sont nés trouver. Il n’y a donc pas de référence historique fiable concernant les chenilles. Ce qu’on sait, c’est que les Bobos consomment les chenilles et ils l’ont intégrées dans leur culture. Mais les chenilles n’ont aucun rite sacré chez les Bobos Mandarê. Mais il y a très longtemps de cela, l’histoire raconte qu’un vieux du nom de Sogodoro aurait demandé à l’esprit de la brousse de faire disparaître les chenilles dans la région de Bobo afin de préserver les champs des nombreux consommateurs qui n’hésitaient pas à piétiner les semis de fonio, à la recherche des chenilles. Pour éviter de détruire les récoltes, le vieux Sogodoro demanda et obtint du génie de la brousse qu’il fasse disparaître les chenilles. Bizzarement son vœu a été exhaussé et pendant plusieurs années les chenilles ont disparu de la région de Bobo. Même de nos jours il n’en existe pas comme dans les autres localités comme Logôfourousso, Kiri et Kôrô.
Dans la tradition bobo, il existe donc une sorte de rite appelée «Sougou» qui permet de faire disparaître les chenilles. On dit en ce moment qu’on retourne la marmite pour couvrir les chenilles. Dans les mentalités des Bobo, les chenilles ont des propriétés thérapeutiques aussi bien chez les hommes que chez les animaux. Chez les hommes on dit que les chenilles donnent beaucoup de sang quand on les consomme et aussi qu’ils peuvent guérir des maux de ventre et que ça prémunit contre la folie. Chez les animaux, c’est un bon déparasitant qui peut aussi soigner le hoquet des chiens et même la rage. Toutes les qualités sont dans les esprits et il faudra des recherches poussées pour les confirmer. Après l’historien Bruno SANOU, le nutritionniste Léon SANOU s’est attelé à présenter le côté nutritionnel de ces chenilles. Pour lui, chaque individu qui veut maintenir un bon état sanitaire et nutritionnel doit manger une quantité suffisante d’aliments. Il doit aussi s’assurer de la qualité des aliments tout en variant son alimentation. Ainsi les nutriments dont l’organisme a besoin sont fournis par les aliments qui sont soit d’origine animale, soit d’origine végétale.

Les chitoumous plus riches en protéines que le poulet rôti

Coupure de ruban par les autorités locales à l'ouverture de la fête

Les chitoumous qui sont les chenilles de karité sont des prédateurs spécifiques de l’arbre de karité. Ils sont issus d’un papillon qui pond des milliers d’œufs qui évoluent successivement pour devenir des larves. C’est de l’étape larvaire qu’ils évoluent pour devenir des chenilles. Les larves ne doivent pas être consommées parce qu’il faut protéger l’espèce. C’est lorsqu’ils évoluent en tant qu’insectes chenilles qu’on peut les consommer. Les chenilles se nourrissent exclusivement de feuille de karité et apparaissent chaque année à la même saison, (en hivernage sur l’arbre de karité). La spécificité c’est quand le fruit du karité est fini sur l’arbre que les chenilles apparaissent. Le cycle est bien régulé. Vers le mois d’août-septembre, les chenilles commencent à descendre de l’arbre pour s’enfouir sous terre où ils vont continuer leur cycle, c’est-à-dire, se transformer en crystalite puis en papillon et c’est ce papillon qui va encore pondre les œufs à une période indiquée tout juste pendant la saison des pluies et ça éclot et le cycle se poursuit. Pendant la période d’enfouissement dans le sol, elles contiennent une quantité non négligeable de liquides qui renferment des substances dissoutes comme les vitamines liposolubles (vitamines A, D, E et K). Parlant de la valeur nutritionnelle proprement dite des chenilles, si l’on prend 100 grammes de parties comestibles, pour ce qui est de la couverture énergétique, elle fournit 430 kilocalories à l’organisme. La teneur en protéïne varie de 53,9 à 63 grammes. C’est donc dire que sa teneur dépasse celle en protéïne du poulet rôti et même de certains autres aliments qu’on consomme. Ce qui les devance, c’est surtout le poisson séché pilé avec les arrêtes qui a une teneur en protéïne plus élevé que les chenilles.
Les chitoumous renferment d’autres nutriments tels que la vitamine A dont la teneur est d’environ 20 microgrammes de rétinole. Cette vitamine intervient dans la croissance, la vision pour ce qui concerne l’intégrité de l’œil et aide à lutter contre les infections et intervient dans la protection de la peau et de l’épythélium. Il y a aussi le calcium dont la teneur est de 185 milligrammes et le fer (2,3 milligrammes). Le principal nutriment dont il est question, les protéïnes, sont ceux qui participent à tous les aspects de la vie de l’homme : l’aspect structurale, biochimique et énergétique. Compte tenu de cette richesse des chenilles en protéïnes, elles sont à proscrire chez un sujet souffrant chroniquement de la goutte. On sait que la carence en protéïnes alimentaire provoque des troubles de croissance, réduit l’appétit et provoque le kwashiorkor, d’où l’importance de la consommation des chenilles.

Une agence de communication aux méthodes peu catholiques

Pour l’organisation de cette première édition de la fête du chitoumou, l’AECB avait besoin de soutien. Elle a rencontré dans ce cadre une agence de communication qui s’est investie pour trouver un sponsor pour l’événement. Le sponsor en question devrait débourser la somme de 2 millions de francs CFA pour l’organisation de la fête. L’AECB qui croyait bien s’en sortir avec une somme pareille se retrouvera par la suite sans le moindre sou. En effet l’agence de communication qui a traité directement avec le sponsor voulait retrancher la somme de 800 mille francs pour elle. L’AECB à travers son président Lacina SANOU a refusé. L’affaire a donc foiré et le sponsor a gardé son argent. Mais tant bien que mal, les organisateurs ont tenu à aller jusqu’au bout de leur effort. La première édition a eu lieu même si les conditions étaient difficiles. Les autorités régionales (le secrétaire général de la région, le 1er adjoint au maire, les députés CDP (Salia SANOU et Alfred SANOU) ont tenu à soutenir l’initiative en procédant à l’ouverture officielle de la première édition de la fête des chitoumous. La cérémonie de clôture est intervenue le dimanche dernier avec la proclamation des résultats dans les catégories, les participants ont reçu des chitoumous d’or, d’argent et de bronze. La 1re édition est terminée, vivement que les organisateurs songent dès maintenant à la 2e édition qui doit connaître une évolution notable.

Les différents prix

Catégorie art culinaire
Chitoumou d’or : Mme Marie Thérèse SANOU
Chitoumou d’argent : Mme Mariam Romaric SANOU
Chitoumou de bronze : Mme Abi SANOU

Catégorie exposition
Chitoumou d’or : Mme Sali SANOU
Chitoumou d’argent : Mme Sita KOUMARE
Chitoumou de bronze : Mme Aminata BAKAYOGO


Par Drissa KONE à
Bobo-Dioulasso

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