L'opinion N°412
du 31 Août au 06 septembre 2005

ACTUALITE

Rapport 2004 du REN-LAC

La corruption gagne du terrain

Et de 5 pour le REN-LAC, le Réseau national de lutte anti-corruption a publié son rapport 2004. Rapport dans lequel le réseau a dressé l’état de la corruption dans plusieurs secteurs économiques du pays. Le constat est amer, malgré la lutte, la sensibilisation et autres sanctions, la gangrène est tenace. Pire, elle gagne du terrain dans notre pays.

Moctar Zonou, S exécutif

C’est dans la salle de conférences de l’ABMAQ que Moctar ZONOU et ses camarades ont convoqué les hommes de médias pour le lancement du rapport 2004. C’était le mercredi 24 août 2005 lors d’un déjeuner de presse. Cette année encore, les douanes, la police et la gendarmerie occupent le premier rang du classement des secteurs les plus corrompus de notre pays. Le rapport 2004 qui fait une analyse globale des résultats du sondage 2004 dans sa première partie, traite en deuxième partie, du visage de la corruption dans certains secteurs. La troisième et dernière partie du rapport sont réservées aux actions de lutte contre la corruption en 2004 au Burkina Faso. De la première partie du rapport, l’on retient que le sondage s’est effectué dans 5 villes du pays notamment Koudougou, Ouahigouya, Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Banfora et intéressé plus d’un millier de personnes.
Ces villes de l’avis du REN-LAC ont été retenues sur la base de leur importance démographique. C’est ainsi que les enquêteurs ont pu passer en revue tous les secteurs concernés par l’enquête. De l’analyse globale de la situation l’on retient que 83 % des sondés estiment que la corruption est en progression au Burkina, tandisque ceux qui pensent qu’elle est repandue et grave représentent également 83 %. Pour l’année 2004. la petite corruption a été encore « jaugée » par Moctar ZONOU et son équipe. Il ressort que la Police et la gendarmerie restent toujours les championnes de la catégorie avec 37 % des avis accusateurs des sondés contre 28 % en 2003. Elles sont suivies de près par l’administration publique 15 %, l’enseignement 11 % de la santé 10,7%, des mairies 7,3 % des douanes 6,3 % des impôts 3% des marchés publics et des médias respectivement de 2,2 % et de 1, 7 %. La grande corruption quant à elle n’a pas dérogé non plus à la tradition puisqu’on y trouve en pôle position les Douanes et les Marchés publics avec des avis accusateurs de 45 % et 27, 7 % des sondés. La deuxième partie du rapport, consacrée à la revue des secteurs pris individuellement, les enquêtes du REN-LAC ont révélé que la gangrène de la corruption s’est installée dans les mines d’or, dans l’enseignement privé, dans les mairies à travers la gestion des parcelles surtout à Bobo-Dioulasso etc.
Les projecteurs du REN-LAC se sont braqués en 2004 sur le fleuron de l’économie nationale : la SOFITEX à travers la rubrique gros plan. Sur ce point, Moctar ZONOU et son équipe ne sont pas allés du dos de la cuillère pour dénoncer les pratiques corruptrices que connaît la filière de l’or blanc. « Tout est pourri dans cette maison » soutiennent les sondés. Aucun circuit de la chaîne de production encore moins les responsables des différentes structures n’ont été épargnés.
Chacun en a eu pour son compte. Ce qui n’a pas manqué de susciter des interrogations de la part des « gratte-papiers » qui trouvaient quelque peu exagérées certaines parties du rapport. En effet, pour ceux des journalistes qui parcourent les contrées du pays avec la maison de l’or blanc pour les couvertures médiatiques et autres activités, les conclusions du rapport du REN-LAC sont des plus étonnantes.
Etonnantes parce que lors des forums et autres consultations avec les producteurs rien de tout ce qui ressemble aux faits soulevés par le rapport n’a été signalé. Mieux rien de ce qui est mis en exergue ne transparaît dans les débats pour laisser planer un quelconque doute chez les « journalistes cotonniers ».
En ce qui concerne la dernière partie du rapport, c’est un « réquisitoire » fait à l’endroit des décideurs à travers le constat des engagements non tenus. En effet, le rapport note qu’entre le discours politique et les actions concrètes contre la corruption il y a un fossé. Et comme il est de coutume depuis maintenant cinq ans le rapport a fait le classement des dix secteurs intéressés par les enquêtes qui est en fait l’état de la corruption au niveau national. C’est sans surprise que les Douanes, la Police et la gendarmerie occupent royalement la première place ex æquo. Elles sont suivies de l’Administration publique, et les Marchés publics occupent le 4e rang. Les mairies occupent la cinquième place, la santé vient en 6e position suivie des impôts, l’enseignement vient au 8e rang de la classe. C’est la justice et les médias qui bouclent le classement avec respectivement 9e et 10e rang.
Par Frédéric ILBOUDO

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