| Blaise
COMPAORE en pôle position
Le CGD a publié les conclusions
des travaux d’un sondage effectué par ses soins sur
les intentions de vote pour la présidentielle 2005
dans la ville de Ouagadougou. Dans son rapport, outre les
intentions de vote, le CGD la perception des quelque 1200
personnes enquêtées sur le bilan du septennat
de Blaise COMPAORE, la notoriété spontanée
ou suggérée de 16 personnalités politiques,
la confiance accordée aux personnalités politiques
et leur capacité à diriger le pays et bien d’autres
appréciations des sondés sur la vie politique
du Faso. C’est là une fois de plus la manifestation
de l’engagement de l’institution que dirige le professeur
LOADA à renforcer la culture démocratique des
Burkina.
Pour une première, c’est vraiment
la première fois que la chose a lieu au Faso : un sondage
des citoyens sur des appréciations politiques en rapport
avec une élection présidentielle. L’opération,
réalisée uniquement à Ouagadougou la
capitale, n’en est pas moins intéressante dans ses
résultats qui donnent de tendances à ne pas
sousestimer même si le CGD, le maître d’œuvre
avertit qu’ils ne «sauraient être extrapolés
à l’ensemble du territoire national, compte tenu du
fait que les personnes enquêtées ne sont pas
représentatives de l’ensemble du corps électoral
burkinabè». En effet, les enquêteurs ont
sillonné la commune de Ouagadougou mais ont pris soins
d’interroger des personnes originaires des 13 régions
que compte notre pays. Ainsi, 1200 individus se sont prêtés
au sondage et se répartissent en pourcentage selon
la région ainsi qu’il suit : Région du Centre
(Ouagadougou) 19,17% ; le Nord (Ouahigouya) ; 12,08% ; le
Centre Ouest (Koudougou) 10,17% ; le Centre-Sud (Manga) 08,92%;
les Hauts-Bassins (Bobo) 08% ; le Centre-Est (Tenkodogo) 07,25%;
la boucle du Mouhoun (Dédougou) 07,17% ; le Sahel (Dori)
06,42%; les Cascades (Banfora) 03,42% ; l’Est (Fada) 03,33%
et le Sud-Ouest (Gaoua) 03%. Ils appartiennent tous aux groupes
ethniques suivants : Mossi et apparentés 66,58% ; Bobo
et apparentés, 6% ; Gourounsi et apparentés
5% ; Peulh et apparentés 4,58%, Samo et apparentés
4,33% ; Senoufo, 3,58% ; Lobi et apparentés 2,83%,
Gourmantché et apparentés 2,75% ; autres ethnies
4,33%. C’est donc dire que l’éventail des personnes
sollicitées par les enquêteurs du CGD est assez
large dans la mesure où les origines socioculturelles
ont été au maximum diversifiées de façon
à intéresser tous les Burkinabè à
travers cet échantillon de la population. Epulchant
le rapport, quelques éléments en cette période
de précampagne électorale méritent attention.
Du septennat de Blaise COMPAORE
Le rapport nous apprend que du bilan du septennat en cours
du président COMPAORE obtient des personnes interrogées
une appréciation quelque peu mitigée. En effet
plus de la moitié des personnes interrogées
estime que les conditions d’accès à l’électricité
(+50%) et à l’eau potable (75%) se sont nettement améliorées
au cours de cette période. Un autre point positif pour
l’actuel président, c’est le bon entretien des infrastructures
surtout en ce qui concerne les routes. Cependant l’arbre ne
doit pas cacher la forêt, puisque plus de 30% des enquêtés
estiment que l’accès aux centres de santé s’est
nettement aggravé. Pour ce qui est de l’activité
économique, le bilan est largement en deçà
des attentes de la population dit le rapport. En effet plus
de la moitié des personnes interviewées trouvent
qu’il y a une dégradation au niveau de la production
agricole et ce malgré les efforts du gouvernement.
Aussi, plus de trois personnes sur quatre disent que la situation
de l’emploi s’est nettement aggravée. En outre, plus
de 50% des enquêtés sont inquiets de l’état
de la sécurité dans notre pays durant ce septennat.
Le bilan au niveau de la pauvreté non plus n’est pas
reluisant, car 86,5% des interrogés estiment que la
paupérisation s’est accentuée dans le pays.
D’une manière générale, les conditions
de vie de la population semblent s’être nettement dégradées
sous le septennat, accentuant ainsi le fossé social.
Si le président COMPAORE engrange donc des points au
niveau de l’entretien des infrastructures, de l’accès
à l’eau potable, à l’électricité
et de la qualité de l’environnement des activités
rémunératrices, il en perd notamment au niveau
de la sécurité des personnes et de l’aggravation
de la pauvreté au niveau de la population.
Les personnalités politiques
les plus connues du pays.
Une liste de personnalités politiques en vue a été
dressée par le CGD en fonction de l’appréciation
des enquêtés. Deux concepts essentiels ont guidé
l’institution dans sa démarche ; il s’agit d’une part
de celui de la notoriété spontannée et
d’autre part de celui de la notoriété suggérée.
Pour ce qui est du premier concept, il s’est agi de demander
aux enquêtés de citer des noms de personnalités
politiques qu’ils connaissent sans aucune précision
sur l’identité des 16 personnalités retenues
à priori par le CGD. En notoriété spontannée
donc, Blaise COMPAORE occupe le 1er rang avec 77,4% des personnes
interrogées qui le connaissent soit un gain de connaissance
spontanée de 54,8%. Ensuite vient Simon COMPAORE, le
maire de la capitale, qui lui est cité par 51,7% de
la population, soit un gain de 3,4%. En ce qui concerne les
autres personnalités relève le rapport, «elles
réalisent des déficits de connaissance spontanée,
en étant moins citées que plus citées».
Parmi ces personnalités moins bien connues, on a Salif
DIALLO, le ministre de l’Agriculture de l’Hydraulique et des
Ressources halieutiques, le Premier ministre Ernest Paramanga
YONLI. Après ces personnalités gouvernementales,
on retrouve l’un des ténors de l’opposition radicale,
Maître Hermann YAMEOGO de l’UNDD et candidat d’Alternance
2005. La 4ème place est tenue par Roch Marc Christian
KABORE, président de l’Assemblée nationale,
suivent ensuite respectivement à la 5e et 6e place
Laurent BADO du PAREN et Maître Benewendé Stanislas
SANKARA de l’UNIR/MS candidat de Alternance 2005. Gilbert
Noël OUEDRAOGO de l’ADF/RDA alors chef de file de l’opposition
au moment de l’enquête, occupe le 7ème rang avec
un déficit de 71,6%. Après lui viennent Ram
OUEDRAOGO du RDEB et le chat du Nayala, Emile PARE du MPF/PS.
Les autres personnalités politiques ont été
citées par moins de 10% de la population ; il s’agit
d’Ernest Nongma OUEDRAOGO de la CPS, de Philippe OUEDRAOGO
du PAI, Norbert TIENDREBEOGO des FFS. Deux personnes occupent
le bas du tableau car étant citées seulement
par 5% de la population, ce sont Ali LANKOANDE du PDP/PS et
Soumane TOURE du PAI.
Quant à ce qui concerne le concept de notoriété
suggérée, il a consisté pour les enquêteurs,
à partir d’une liste de 16 personnalités arrêtée
par le CGD, d’en citer un à un les noms et de demander
à l’enquêté si oui ou non il connaît
chacun des intéressés. Dans cet exercice, on
note que les scores se sont nettement améliorés
et seulement 6 personnes accusent un déficit de connaissance.
En tête du classement, on retrouve toujours Blaise COMPAORE
qui enregistre pratiquement l’unanimité avec 99,5%
de la population et Simon COMPAORE qui obtient 97,8% de la
population. En queue de peloton toujours Soumane TOURE qui
devance Ali LANKOANDE. Maître Hermann fait un bond ici
et occupe la 3e place. Ram OUEDRAOGO et Maître SANKARA
sont à égalité, ils sont à la
7e place devant respectivement Laurent BADO et Gilbert OUEDRAOGO.
Ernest Nongma OUEDRAOGO quant à lui passe devant Philippe
OUEDRAOGO. Pour le reste, les positions restent stationnaires.
Les personnalités politiques
les plus crédibles du pays
Dans cette catégorie le chef de l’Etat, Blaise COMPAORE,
obtient les suffrages d’une grande majorité des personnes
interrogées qui à 80,7% lui accordent leur confiance.
Ensuite on a Salif DIALLO, Roch Marc Christian KABORE, Paramanga
Ernest YONLI et Simon COMPAORE. Après ces personnalités
du pouvoir, Maître Bénéwendé SANKARA
se présente comme la 1ère personnalité
de l’opposition à qui la population accorde sa confiance
dans le classement général il est à la
6e position. Trois personnalités politiques ont des
déficits de confiance très prononcés
soit plus du tiers de la population : ce sont Ernest Nongma
OUEDRAOGO, Hermann YAMEOGO et Ram OUEDRAOGO. L’infortuné
de ces trois personnalités qui sont toutes candidates
à la présidentielle de novembre prochain s’expliquerait
pour le premier (NEG) par «l’effritement de son parti
en de multiples partis d’obédience Sankariste»
réduisant ainsi sa côte de popularité.
Quant à Hermann YAMEOGO, il est desservi par sa «prise
de position tranchée contre l’orientation de la politique
étrangère du chef de l’Etat lors de la crise
ivoirienne, ses incessants va et vient entre le camp de l’opposition
et le camp de la mouvance présidentielle».. Laurent
BADO et Emile PARE ne bénéficient pas aussi
de la confiance de la population ; sûrement que l’affaire
des 30 millions y est pour quelque chose. A noter que Gilbert
Noël OUEDRAOGO est la personnalité selon le rapport
ayant le déficit de confiance le plus bas.
Les personnalités capables de diriger
le pays
A ce niveau, 9 personnes sur 10 pensent que Blaise COMPAORE
dispose d’une capacité suffisante pour diriger le pays.
Il est talonné de très loin par Salif DIALLO
qui ne réalise que le tiers de son score. Après
on a le Premier ministre, Paramanga Ernest YONLI qui devance
de très près le président de l’Assemblée
nationale Roch Marc Christian KABORE. Maître SANKARA
même s’il bénéficie d’un bon crédit
de confiance, les gens doutent quant à sa capacité
à diriger le pays. Il faut dire que dans cette appréciation,
tous les autres leaders de l’opposition enregistrent un déficit
dans le capital de capacité.
Les intentions de vote
A en croire le rapport du CGD, si les élections ont
lieu dans les tous prochains jours, c’est le président
Blaise COMPAORE qui l’emporterait avec 64,4 des voix, il serait
suivi de loin par le candidat de l’UNIR/MS Maître Bénéwendé
SANKARA avec 05,1% des suffrages exprimés. Laurent
BADO quant à lui serait à la 3ème place
avec 02,2%. Maître Gilbert OUEDRAOGO du parti de l’éléphant
s’il prenait part au scrutin aurait occupé le 4ème
rang avec 02% des voix juste devant le leader de l’UNDD Maître
Hermann YAMEOGO qui enregistrerait 01,4% des voix. Selon toujours
le rapport, dans le cadre de confrontation directe, c’est-à-dire
des face à face, c’est encore le président Blaise
COMPAORE qui damerait le pion à tous ces challengers.
Ainsi, en cas de duel entre le patron du CDP et Ali LANKOANDE
du PDP/PS, Blaise aurait eu 77% des voix contre 2,66 pour
Ali LANKOANDE. Quant au face à face Blaise COMPAORE
– Hermann YAMEOGO, on aurait respectivement : 76,3% contre
04,8%. Maintenant la confrontation entre Blaise COMPAORE et
Gilbert OUEDRAOGO si celui-ci avait été candidat
donnerait le score suivant 73, 9% pour le candidat du CDP
et 05,9% pour le candidat de l’ADF/RDA.
L’homme peut-être qui «titillerait» un peu
Blaise aurait été Maître SANKARA de l’UNIR/MS
parce que lui au moins aurait dépassé la barre
des 10% des suffrages car il aurait eu 11,5% contre 71,5%
pour le président sortant. Mais comme le dit le CGD,
ce ne sont là que des intentions de vote, et pour cette
première, elle ne concerne que la commune de Ouagadougou
qui ne saurait être représentative de tout le
Burkina. Selon le directeur du CGD un autre sondage aura lieu
dans le mois de septembre mais cette fois au niveau national.
Nul doute que ces résultats seront utilement exploités
par les candidats à la présidentielle.o
Par Claude ROMBA
Extraits du rapport
La notoriété suggérée
des 16 personnalités politiques
En citant les noms des 16 personnalités, les scores
s'améliorent nettement en ce sens que cette fois, seulement
six (6) personnalités accusent un déficit de
connaissance : elles sont moins retenues parmi les personnalités
politiques citées.
Les deux phénomènes extrêmes
demeurent. A l'extrémité supérieure,
on retrouve Blaise COMPAORE qui enregistre pratiquement l'unanimité
avec 99,5% de la population qui le retiennent comme connu
parmi les personnalités citées, et Simon COMPAORE
qui obtient 97,8% de la population. Signalons d'ailleurs que
les enquêtés qui n'ont pas reconnu le Président
Blaise COMPAORE, n'ont reconnu aucune personnalité
politique. A l'extrémité inférieure,
on retrouve les deux grands syndicalistes : Soumane TOURE
qui devance cette fois-ci Ali LANKOANDE.
L'ordre est bouleversé pour les autres
personnalités politiques, sauf pour Rock Marc Christian
KABORE, Emile PARE et Norbert TIENDREBEOGO, qui occupent respectivement
toujours 6ème, la 11ème et la 12ème place.
Cette fois-ci, le Président de l'Assemblée nationale
n'enregistre pas un déficit dans le score.
Il est à noter qu'en suscitant le
nom des personnalités, Maître Hermann YAMEOGO
quitte la 5ème place pour la 3ème, en devançant
ainsi Salif DIALLO et Ernest Paramanga YONLI.
Ram OUEDRAOGO et Maître Bénéwendé
SANKARA, qui sont à égalité, occupent
la 7ème place et passent devant Laurent BADO. Ce dernier
maintient toujours son avance sur Gilbert OUEDRAOGO.
Enfin, avec la suggestion des noms, c'est
Ernest Nongma OUEDRAOGO qui passe devant Philippe OUEDRAOGO.
Plusieurs de ces personnalités politiques
gagneraient à développer des stratégies
de communication pour améliorer leur degré de
notoriété auprès de la population, en
particulier envers les électeurs très jeunes
(entre 18 et 24 ans) qui représentent plus de 25% de
la population en âge de voter. Dans cette tranche d'âge,
au moins 92% d'entre eux n'ont pu citer les personnalités
ci-après : Emile PARE, Norbert TIENDREBEOGO, Ernest
Nongma OUEDRAOGO, Philippe OUEDRAOGO, Soumane TOURE et Ali
LANKOANDE.
L’ex Chef de file de l’opposition au moment
de l'enquête devrait en faire autant car étant
à la limite de l'excédent de notoriété
suggérée. Paradoxalement, les très jeunes
(57,5%) ont très peu fait référence à
Gilbert OUEDRAOGO qui est pourtant une personnalité
politique relativement jeune en âge, contrairement aux
adultes (59,2%). Les anciens se démarquent des autres
catégories d’âge avec 56,6% d’entre eux qui ne
semblent pas connaître l’ancien Chef de file de l’opposition.
A la suite de la notoriété,
il a été demandé aux enquêtés
qui connaissent une personnalité politique de se prononcer
quant à la confiance qu'ils accordent à cette
personnalité et également sa capacité
à mener à bien le mandat pour lequel ladite
personnalité les sollicite. Si un enquêté
ne connaît pas une personnalité politique, même
suggérée, on ne lui demande pas de se prononcer
sur la confiance (ou sur la capacité) en (de) cette
personnalité.
Confiance accordée aux personnalités
politiques
Afin de pouvoir mieux interpréter
les opinions des enquêtés, nous avons calculé
un bilan de confiance pour chaque personnalité politique,
en faisant la différence entre ceux qui lui font confiance
et ceux qui ne lui font pas. On exclut donc du champ d'analyse,
les indécis et ceux qui ne connaissent pas la personnalité.
Les personnalités qui auront le même solde seront
départagées par la marque de confiance la plus
élevée (si les bilans sont positifs) ou le manque
de confiance le plus faible (si le bilan est négatif).
Le solde de la confiance permet d'identifier
une typologie, presque naturelle, en deux groupes. Le premier
groupe est composé des personnalités politiques
appartenant au parti majoritaire à l'Assemblée
nationale, à l'exception d'un seul opposant : Maître
Bénéwendé Stanislas SANKARA. Le deuxième
groupe ne comprend aucune personnalité politique du
parti majoritaire.
Au sein des personnalités politiques
créditées de la confiance des populations, on
retrouve en tête le Chef de l'Etat, avec près
de deux tiers de la population au niveau du bilan. On peut
remarquer que 80,7% des personnes interviewées lui
font confiance contre 16,1% qui ne lui accordent aucune confiance.
Son score est presque le double de celui qui le suit immédiatement,
Salif DIALLO, ce dernier étant au coude à coude
avec respectivement le Président de l'Assemblée
nationale, le Premier Ministre et le Maire de la Commune de
Ouagadougou. Ces quatre personnalités recueillent plus
ou moins le tiers de ceux qui les connaissent, en terme de
bilan. Mais, c'est Simon COMPAORE qui a la cote de confiance
la plus élevée et Rock Marc Christian KABORE,
a la cote de méfiance la moins élevée.
Même si son bilan de confiance est
de moins de la moitié de la dernière personnalité
du groupe du parti majoritaire, B. Stanislas SANKARA apparaît
comme un « outsider ». En plus, si on s'intéresse
à ceux qui n'accordent pas de confiance aux personnalités
politiques, il est mieux côté que la dernière
personnalité du parti majoritaire: il bat donc Simon
COMPAORE.
Au sein du deuxième groupe, trois
personnalités politiques ont des déficits de
confiance très prononcés, soit plus du tiers
de la population. Il s'agit d'abord de Ernest Nongma OUEDRAOGO,
Hermann YAMEOGO et de Ram OUEDRAOGO. Le premier, appartenant
à la famille des partis sankaristes. L’effritement
de son parti en de multiples partis d’obédience Sankariste
réduit ainsi sa côte de popularité. La
prise de position tranchée de la deuxième personnalité
contre l'orientation de la politique étrangère
du Chef de l'Etat lors de la crise ivoirienne, ses incessants
va et vient entre le camp de l'opposition et le camp de la
mouvance présidentielle pourraient expliquer le déficit
de confiance de la population envers Hermann YAMEOGO. De même,
Ram OUEDRAOGO souffre également d’un déficit
de confiance.
Laurent BADO et Emile PARE ne se retrouvent
pas dans la même situation relativement confortable
que B. Stanislas SANKARA. Cela pourrait s'expliquer par les
rumeurs qui circulaient au cours de la période de collecte
sur la fameuse « affaire des 30 millions de FCFA »
qu’il aurait reçu du président Compaoré,
même si au moment de l’enquête cette affaire n’avait
pas encore éclaté au grand jour. Cependant,
la crise de confiance n’a pas eu le même effet sur ces
deux hommes politiques. En effet, Laurent BADO semble avoir
été affecté par cette affaire d’autant
plus que beaucoup de ses électeurs se retrouvent dans
la tranche d'âge de 18 à 40 ans. C’est justement
les électeurs de ce groupe d’age qui ont sanctionné
leur candidat car 58,1% d’entre eux ne font pas confiance
(contre 33,1% qui maintiennent leur confiance). Dans ce groupe
d’âge, ils sont 39,3% à avoir confiance en Emile
PARE et 47,7% à ne pas lui faire confiance. On aurait
pu penser a priori que les électeurs instruits de Laurent
BADO, déçus, choisiraient de le sanctionner.
C’est plutôt les analphabètes qui ne lui font
pas confiance à 57,8% des cas, contre 24,1% qui lui
accordent toujours leur confiance. Chez les « instruits
», ces proportions sont, respectivement, de 58,8% contre
32,0% : on peut donc supposer que les enquêtés
« instruits » ne semblent pas avoir été
troublés par la rumeur de l’affaire des 30 millions.
De même, on pourrait s’interroger sur
l’impact de la position ambiguë de Gilbert Ouédraogo
quant à sa candidature aux prochaines élections
présidentielles (avant la tenue du congrès)
sur sa crédibilité. Quoiqu’il en soit, on notera
que parmi les personnalités ayant un déficit
de confiance, Gilbert OUEDRAOGO est la personnalité
ayant le déficit le plus bas, à la différence
de Ram OUEDRAOGO et d’Hermann YAMEOGO qui ont les déficits
de confiance les plus élevés.
Capacité des personnalités
politiques à diriger le pays
Le même profil dégagé
au niveau de la confiance se retrouve dans l’évaluation
de la capacité des hommes politiques. Ainsi, les responsables
du parti au pouvoir bénéficient d'un bon score
de capacité. Il en va de même de l’opposant B.
Stanislas SANKARA. En revanche, tous les autres leaders de
l'opposition enregistrent un déficit dans le capital
de capacité. Le bilan est toutefois dilaté car
il y a moins de personnes indécises dans l'appréciation
de la capacité : le bilan s'est conforté pour
le Chef de l'Etat, seul parmi ceux qui ont un crédit
de capacité et s'est accentué pour les autres.
En terme de capacité, le Chef de l'Etat
bénéficie d'une appréciation plus haute
que la confiance, en ce sens que c'est seulement une personne
sur 10 qui pense qu'il ne dispose pas d'une capacité
suffisante pour diriger le pays, contre 16,1% pour le manque
de confiance. Ce sentiment est surtout marqué au niveau
des intellectuels ayant un niveau supérieur (22,0%)
qu’au niveau des analphabètes (7,4%). Il faut également
noter qu'en matière de capacité, le Président
du Faso devance largement ses poursuivants : celui qui le
talonne de plus près, Salif DIALLO, ne réalise
que le tiers de son score de capacité. Toujours au
niveau de ce groupe de capacité suffisante, le Premier
Ministre devance le Président de l'Assemblée
Nationale d'une très courte tête.
Quant à B. Stanislas SANKARA, des doutes subsistent
quant à sa capacité à diriger le pays,
son bilan étant presque nul (0,34%), alors qu’il bénéficie
d'un bon crédit de confiance.
Au niveau des personnalités qui ne
sont pas bien créditées au niveau de la capacité,
l'ordre est également maintenu sauf que Ali LANKOANDE
devance Philippe OUEDRAOGO ; les autres gardent toujours le
même rang. Mais le fait que le déficit s'accentue
lorsque l'on passe de la confiance à la capacité
suscite des interrogations.
Opinions sur le Président
Compaoré
Dans la plupart des sujets traités,
le Président du Faso jouit d'une opinion très
favorable au niveau de la population, qu’il s’agisse de la
politique étrangère du Président du Faso,
de son « patriotisme » et de son engagement dans
la promotion de la femme constituent.
En matière de politique étrangère
et de « patriotisme » du Chef de l'Etat, on peut
supposer que sa fermeté envers le régime ivoirien
accusé d’exercer des exactions envers la communauté
burkinabé installée en Côte d’Ivoire ainsi
que la tenue régulière de grandes rencontres
internationales au Burkina sont autant de facteurs explicatifs
du plébiscite dont bénéficie le Président
du Faso dans ces domaines.
Des actions efficaces ont été
menées sur le plan de l'amélioration des conditions
de la femme et qui peuvent expliquer la côte de popularité
du Président du Faso à ce sujet. D'ailleurs,
un Ministère spécifique, distinct de celui chargé
de l'action sociale, a été créé
pour s'occuper, prioritairement des actions particulières
à entreprendre pour la promotion de la femme.
Il existe cependant des domaines où
les actions du Chef de l'Etat n'ont pas suscité autant
d’échos favorables. Ce sont ceux pour lesquels les
impacts sont davantage ressentis au niveau individuel. En
effet, les opinions de la population sont partagées
sur le plan sécuritaire, le respect des droits de l'homme,
le plein exercice de la démocratie et la pauvreté.
Les actions effectuées par le Chef de l'Etat dans la
politique sécuritaire des personnes sont remises en
cause par la recrudescence du grand banditisme, nonobstant
les efforts consentis par le gouvernement.
Malgré les engagements sans cesse renouvelés
dans les discours du Chef de l'Etat en matière de droits
de l'Homme, malgré la création d’un ministère
et d’une commission des droits humains, une personne sur trois
estime que le Chef de l'Etat n’est pas respectueux des droits
de l'homme. Ce qui est encore trop élevé.
A la question de savoir si le Président COMPAORE est
« un vrai démocrate », une personne sur
quatre n'a pas pu se prononcer. Ces personnes indécises
représentent 20,9% des instruits et 34,7% des analphabètes.
Le pays s'est pourtant engagé dans le processus de
démocratisation depuis 1990, une constitution a été
adoptée et plusieurs consultations électorales
ont été tenues. Malgré cela, il existe
encore de nombreux enquêtés restent encore dubitatives
sur son engagement envers la démocratie.
Par ailleurs, près d’un tiers des
enquêtés semble considérer qu’il ne tient
pas ses promesses.
C'est bien connu, en économie, toutes
les actions visant à améliorer les revenus,
et donc les conditions de vie de la population, sont des actions
qui s'inscrivent dans la durée et dont l'impact n'est
pas certain. Depuis la signature du premier accord avec les
institutions de Bretton Woods en 1991, différentes
réformes de politique économique ont été
menées jusqu'au bout. Le Burkina a d'ailleurs été
qualifié de bon élève du FMI et a atteint
le point d'achèvement de l'Initiative des Pays Pauvres
Très Endettés en 2002. Dans le cadre des différents
Programmes d'Ajustement Structurel et maintenant de Facilité
pour la Réduction de la Pauvreté et pour la
Croissance (FRPC), des actions ont été engagées
pour lutter contre la pauvreté. D'autres actions complémentaires
ont été entreprises dans le cadre des Objectifs
du Millénaire pour le Développement (OMD). Malgré
toutes ces actions, la pauvreté se maintient, et a
même tendance à progresser. C’est ainsi que la
majorité de la population ne perçoit pas encore
les efforts déployés en vue de réduire
la pauvreté.
Le seul point d'ombre dans l'appréciation du Chef de
l'Etat est la lutte contre la corruption. Même si c'est
d'une courte tête, la population estime que le Président
du Faso ne lutte pas suffisamment contre la corruption.
C'est surtout les personnes du groupe d'âge
moyen (entre 25 et 40 ans) qui sont sévères
dans l'appréciation des actions de lutte contre la
corruption du Chef de l'Etat. Pour ces catégories de
la population, plus de la moitié pense qu'aucune action
vigoureuse n'est véritablement entreprise pour lutter
efficacement contre la corruption. Les très jeunes
et les anciens soutiennent le contraire.
L’appréciation varie en fonction du niveau d’instruction.
Ceux qui ont bénéficié d'une instruction
(primaire, secondaire et supérieur) ne sont pas encore
satisfaits de la stratégie de lutte contre la corruption,
cependant que les analphabètes, de leur côté,
estiment que le Chef de l'Etat se préoccupe très
bien de la lutte contre cette corruption.
Sondage du CGD
“Le sondage permet à ceux
qui gouvernent tout comme à ceux qui aspirent à
gouverner de savoir l’état de l’opinion.”
Pr. Luc Marius IBRIGA,
Pour
une première au Burkina Faso, la publication de l’enquête
par sondage sur l’image, la notoriété et les
intentions de vote en faveur des candidats à l’élection
présidentielle de 2005 réalisée à
Ouagadougou par le CGD, va à coup sûr donner
lieu à beaucoup d’interprétations surtout au
niveau des hommes politiques. Quelle peut être la crédibilité
d’un tel rapport et quelles sont ses répercussions
sur la vie politique nationale ? Autant de questions auxquelles
répond à travers cette interview, le professeur
Luc Marius IBRIGA, enseignant de droit public à l’Université
de Ouagadougou.
Quel commentaire faites-vous du rapport d’enquête
par sondage du CGD qui est une première dans notre
pays ?
Luc Marius IBRIGA (LMI) : Je crois que c’est vraiment intéressant
d’avoir ce premier sondage. Il y avait eu une première
tentative qui n’avait pas réussi mais là, c’est
la marque d’une évolution de notre processus démocratique.
Il montre surtout l’intérêt qu’il y a à
voir avec le recul que la perception négative de la
science politique qu’avaient les dirigeants d’antan était
erronée. Ce sondage révèle que la connaissance
de la science politique avec certains de ses éléments,
en occurrence le sondage, peut être un élément
pour parfaire le système politique en place. C’est
de cette façon que je vois la contribution. D’ailleurs,
je crois que c’est la vision que les auteurs ont puisque c’est
pour permettre véritablement de faire avancer notre
processus démocratique et pour institutionnaliser le
débat, la tolérance et l’acceptation de l’autre
dans notre système de compétition politique.
Quelle était cette première
tentative à laquelle vous faites allusion ?
L.M.I : Il y a eu une première tentative qui a été
faite par une association de politistes au Burkina Faso mais
qui n’a pas pu se réaliser compte tenu des moyens financiers
qu’exige le sondage. Il faut reconnaître que les sondages
coûtent chers. Je crois que cette première tentative
avait simplement donné quelques esquisses dans le cadre
des élections municipales mais ce n’était pas
véritablement un travail tel que celui que l’on a dans
le rapport du CGD.
Pensez-vous que la méthodologie
utilisée est pertinente ?
L.M.I : En terme de sondage, ce sont ces techniques
qu’il faut utiliser. Maintenant, le problème, comme
les auteurs eux-mêmes le disent, c’est que la base de
données qu’ils ont est ancienne. Il aurait fallu peut-être
avoir des données récentes. C’est le lieu de
dire que les instituts de sondage ne peuvent véritablement
fonctionner que si l’on a des statistiques viables. C’est
un des problèmes auxquels ils ont été
confrontés et ils ont été obligés
de travailler sur le recensement de 1996 alors qu’il y a eu
quand même une certaine évolution d’autant que
bientôt, il y aura un nouveau recensement. Il faut donc
beaucoup de corrections par rapport à cette réalité.
Mais comme tout sondage, c’est une photographie à un
moment donné. Comme anecdote et pour illustrer, je
dirai que si vous et moi nous prenons une photo aujourd’hui
et qu’après nous faisons un accident qui nous défigure,
la photo ne représentera plus véritablement
nos personnes. Il faut donc considérer que c’est une
photographie instantanée du moment avec toute la relativité
possible. C’est pour cela d’ailleurs qu’en Europe, il faut
chaque fois donner la période du sondage et indiquer
le nombre d’échantillons pour éviter que l’on
considère le sondage comme étant une projection
de résultats alors qu’il doit exprimer les tendances,
les intentions à un moment donné.
Quelle influence ce sondage peut-il
avoir sur l’électorat burkinabè ?
L.M.I : Je ne pense pas que cela aura une grande
influence sur l’électorat burkinabè d’autant
que l’électorat susceptible de prendre en compte le
sondage n’est pas très grand. C’est beaucoup plus intéressant
pour le microcosme politique mais pour la grande majorité
des électeurs, il n’aura pas une influence importante
sur leur décision car ce sont des personnes qui ne
sont pas censées suivre pas à pas l’évolution
politique du pays. Elles sont confrontées peut-être
à d’autres problèmes qui ne leur permettent
pas d’accorder beaucoup d’importance au sondage.
D’ailleurs, le sondage lui-même fait savoir que la plupart
des personnes qui ont été interviewées
par rapport à leurs intentions de vote sont déjà
déterminées. La marge des indécis n’est
pas très grande. Elle est seulement de 20%. L’intérêt
de ce sondage tel que je vois, c’est surtout pour la classe
politique.
Comment peut-il servir aux hommes
politiques ?
L.M.I : Premièrement, les hommes politiques
doivent savoir qu’ils ont des comptes à rendre. Et
le sondage permet à ceux qui gouvernent tout comme
à ceux qui aspirent à gouverner de savoir l’état
de l’opinion. Par rapport à ceux qui gouvernent, ils
peuvent corriger leurs actions en fonction du satisfecit ou
du désagrément des populations. C’est comme
un tableau de bord qui leur permet de corriger. Pour ceux
qui aspirent à gouverner, ce sondage leur donne la
possibilité de prendre en compte les aspirations des
populations pour les traduire soit en revendications politiques
soit en programme politique en vue de conquérir le
pouvoir d’Etat.
Ensuite ce sondage va être important dans les stratégies
politiques dans la mesure où il révèle
un certain nombre de choses qui, pour des politiques, amènent
à reconsidérer un certain nombre d’actions.
Pour moi, c’est là tout l’intérêt de ce
sondage dont l’intérêt va être plus pour
la classe politique que pour la masse des Burkinabè.
Il y a qu’en Occident les sondages
d’opinions sur les intentions de vote sont plus ou moins proches
de la réalité. Cela ne peut-il être le
cas au Burkina Faso ?
L.M.I : Même ceux qui ont fait le sondage
ont pris le soin de relativiser les résultats en montrant
bien que ce sont des tendances. Les sondages demandent beaucoup
de moyens financiers et techniques.
Même en Europe, les instituts de sondage ont souvent
été déniés par les résultats
des votes. Quand on prend les sondages de la dernière
élection française, personne ne s’attendait
à voir Jean-Marie LEPEN au second tour.
On tablait sur un deuxième tour CHIRAC-JOSPIN. Les
sondages ont donc été surpris. De la même
manière, par rapport à la constitution européenne,
au départ, les sondages sont partis avec un «Oui»
très fort. On a vu qu’il y a eu des changements au
fur et à mesure. Au dernier moment même, il n’y
avait pas mal de sondages qui donnaient le «Oui»
gagnant avec une petite longueur d’avance mais c’est le «Non»
qui est arrivé. Cela veut dire que les sondages sont
des estimations et dans ce sens, il y a des variables qui
peuvent manquer. Cela peut conduire à une erreur. Voilà
pourquoi dans les sondages, on mentionne les pourcentages
de marge d’erreurs. Or dans ce sondage, comme les auteurs
eux-mêmes l’ont dit, il y a une marge d’erreur qui est
assez grande par rapport à la base de données
à savoir les opinions émises par les uns et
les autres. Mais il faut prendre le sondage comme étant
une tendance à un moment donné. Alors, il faut
que les hommes politiques le comprennent pour ne pas dormir
sur leurs lauriers en disant que le sondage leur est favorable
ou se décourager parce qu’ils ne sont pas bien représentés
dans les sondages. Je crois plutôt qu’il faudra déployer
beaucoup plus de moyens et puis beaucoup plus de formations
pour véritablement affiner les analyses. Mais c’est
un bon début.
Ne peut-on pas craindre des sondages
partisans ?
L.M.I : Il peut y avoir des sondages partisans.
Voilà pourquoi en Europe, notamment en France, à
une certaine période de l’échéance électorale,
on refuse la publication des sondages. Parce qu’on peut les
truquer et essayer d’influencer l’opinion. Mais les Etats-majors
ont toujours les sondages en sous mains. Si les instituts
de sondage doivent se développer au Burkina Faso, il
va falloir veiller à leur crédibilité
surtout sur le plan technique. Parce que le commentaire par
la suite est un autre élément dans lequel l’objectivité
intellectuelle doit résider.
Mais il est certain que dans les commentaires, le même
sondage peut être interprété de manière
différente par des personnes différentes.
Pensez-vous que cette réglementation
du sondage en Europe est judicieuse ?
L.M.I : Je peux prendre le cas de la France
où cette réglementation est de plus en plus
affinée et qui oblige les instituts de sondage à
donner les précisions sur les périodes, le nombre
de personnes interviewées, et sur les marges d’erreurs
qui peuvent exister.
En France, en matière politique, il est prévu
qu’on ne doit plus publier les résultats de sondage
à la fin de la campagne électorale pour ne pas
influencer l’opinion. Cela veut dire que les sondages par
la tendance peuvent amener soit à l’apathie des électeurs
soit à une situation où ceux-ci considèrent
que ce n’est plus la peine d’aller voter. Mais dans d’autres
pays, comme aux Etats-Unis, les sondages peuvent être
faits jusque même le jour des élections. Etant
entendu que c’est une culture politique qui permet de comprendre
que le sondage est une réalité de la vie politique.
Ce sont des pays dans lesquels la science politique a un rôle
très important contrairement à la situation
dans les pays latins comme la France où elle ne semble
pas la bienvenue. En effet, dans les pays anglo-saxons, la
science politique joue un rôle très important.
Les analystes politiques ont également un rôle
important et le sondage est l’un des instruments qu’ils utilisent
afin de chaque fois prendre le poule de la nation.
Votre avis sur les principaux
résultats du sondage du CGD sur la notoriété
des hommes politiques.
L.M.I : Quand je regarde ce sondage, cela me
donne une impression de mi-figue mi-raison parce qu’on se
rend compte que le personnel politique au Burkina Faso ne
semble pas être des plus connus de la population.
Hormis ceux qui occupent les postes publics, toute la classe
politique notamment l’opposition ne semble pas du tout connue
par la population. Ce qui montre bien que dans une ville comme
Ouagadougou, il y a véritablement quelque chose à
faire pour aller vers une communication politique plus intense
comme on le dit dans le document. On constate que nos hommes
politiques ne travaillent ou n’agissent qu’en fonction de
ceux qui savent lire et écrire. Ceux qui ont été
sondés ne sont pas seulement les lectorats de journaux.
Ce qui pose la nécessité d’une valorisation
de notre expertise politique parce qu’il n’est pas normal
que le chef de file de l’opposition ne soit pas connu ou que
le patron du troisième parti du pays (Ndlr : El hadj
Ali LANKOANDE du PDP/PS) ne soit pas du tout connu. Cela suppose
qu’il y a des actions à faire pour mieux rendre visible
le jeu politique. Cette situation peut traduire deux choses.
Soit qu’il y a un vide de communication de la part des hommes
politiques, soit que le jeu politique est monopolisé
et que de ce point de vue, cela ne laisse pas apparaître
les hommes politiques de l’opposition. Quand on lit le sondage,
on voit bien que même parmi les ténors du parti
au pouvoir ceux qui apparaissent après le président
du Faso, c’est d’abord le maire de Ouagadougou. Cela est beaucoup
révélateur. Ensuite c’est le ministre de l’Agriculture
et des ressources halieutiques, compte tenu certainement de
sa présence médiatique sur les petits écrans
à cause des actions qu’il mène à travers
le pays. On voit également que le président
de l’Assemblée nationale vient bien en retrait par
rapport à ces personnalités. Ce qui montre que
certaines institutions du pays telle que l’Assemblée
nationale ne sont pas suffisamment connues voilà pourquoi
son président vient en retrait alors qu’elle apparaît
du point de vue institutionnel comme le deuxième pouvoir.
Et votre avis sur le bilan de
Blaise COMPAORE ?
L.M.I : En lisant le sondage ,j’ai été
frappé par une sorte de paradoxe. Par rapport à
l’appréciation des populations en ce qui concerne leurs
conditions de vie, on voit que la politique sociale a conduit
à des résultats qui sont assez négatifs
puisque dans le sondage on voit un déficit au niveau
du coût de la vie, l’état de la pauvreté,
le problème de l’emploi. Par contre quand on pose la
question à la population concernant la personnalité
du président lui-même, on voit que les résultats
sont à l’opposé puisque beaucoup de gens considèrent
que son action actuelle est positive et dans le futur on attend
de lui encore des actions plus importantes. Il y a là
donc comme une sorte de contradiction que j’explique par le
fait qu’il y a dans notre société beaucoup de
légalisme qui veut qu’on explique les échecs
de celui qui gouverne par d’autres difficultés que
celles liées à la gestion. Sinon on ne peut
pas comprendre que la pauvreté s’aggrave et que l’on
considère positive l’action qui a été
faite. La tendance des hommes c’est à se remettre à
la direction d’un homme alors que la démocratie c’est
d’éviter cette passivité de s’en remettre à
un homme.
De ce point de vue, je dirai qu’il y a un bilan mitigé
pour des résultats par rapport à la notoriété
et à l’attente des populations qui apparaît très
importante. Ce qui veut dire que si le président Blaise
COMPAORE devrait gouverner demain, il doit tenir compte de
cela.
Certes on lui fait confiance mais il y a un passif à
apurer et c’est celui de la pauvreté et les problèmes
des conditions de vie.
Que dites-vous des intentions
de vote ?
L.M.I : Je pense que pour l’heure et en fonction
de la situation telle qu’elle se présente aujourd’hui,
les sondages reflètent véritablement les intentions
de vote. Parce que l’image que donne l’opposition aujourd’hui
n’est pas pour donner confiance aux gens et même de
dire qu’il peut y avoir une opposition soudée qui puisse
réellement apporter l’alternance. C’est vrai que jusqu'à
présent aucun des partis n’a dévoilé
son programme.
Il serait intéressant d’avoir un autre sondage à
la lisière de la campagne électorale pour voir
s’il y a une évolution de l’opinion. Selon le sondage,
à peu près 20% des gens considèrent que
les jeux sont déjà faits et que ce n’est plus
la peine d’aller voter compte tenu de la situation où
il n’y a pas véritablement de leader au niveau de l’opposition
qui émerge comme une figure qui pourrait s’opposer
au président COMPAORE.
Voilà pourquoi je disais au début que ce sondage
est très édifiant pour les opposants. On voit
maintenant que la stratégie adoptée par l’opposition
risque d’être une stratégie suicidaire parce
que le fossé tel qu’il est présenté est
si grand que ça demande une remobilisation des troupes
pour porter une alternative crédible. Or l’impression
au niveau de la population est que l’élection présidentielle
est devenue une course soit à l’enrichissement soit
une pêche aux royalties qui seront versées. En
ce moment l’opinion ne peut que considérer qu’il y
a quelqu’un qui a déjà gouverné, en qui
il faut faire confiance plutôt qu’aux autres qu’on ne
connaît pas.
En sortant des résultats
favorables au président COMPAORE, le CGD ne prend-il
pas le risque de soulever le courroux de l’opposition ?
L.M.I : Au contraire, l’opposition devrait être
contente d’avoir cette photographie à un moment donné.
Ce qui lui permettra de corriger au besoin sa stratégie
en vue de la conquête du fauteuil présidentiel.
S’il n’y avait pas eu ce sondage, on verrait vite se développer
cette tendance, qui existe dans l’opposition et dans la classe
politique burkinabè en général, qui est
de croire que tout le monde peut diriger le Burkina Faso.
Ce qui est faux. Cette perception est due à notre histoire
politique où on a vu après la phase des régimes
d’exception, des gens qui n’étaient rien et qui sont
devenus tout. Ce qui fait que dans l’esprit des gens, on se
dit qu’il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas devenir
président. Le fait de connaître une succession
de coups d’Etat a permis à des gens qui n’auraient
peut-être jamais pu approcher le pouvoir d’Etat de devenir
des personnalités. Aujourd’hui, des gens qui n’ont
même pas une assise sociale au niveau de leur parti,
pensent qu’individuellement ils peuvent être quelque
chose. De même quand on regarde la constitution des
partis, la plupart des leaders et les militants n’ont pas
véritablement une assise sociale. Les partis politiques
sont généralement construits au niveau du haut
et non pas par le bas. Ceux qui sont à la tête
des partis ou qui occupent des postes ne le doivent pas à
leur travail sur le terrain et à leur assise politique
mais le doivent dans la plupart du temps à leurs relations
au sein du parti et à leurs relations avec la hiérarchie.
L’expérience qui a été très bonne
c’est celle des primaires au niveau du CDP. Cette expérience
aurait vraiment permis d’asseoir des hommes politiques qui
ont une assise sociale. Mais c’est une expérience qui
va tout de même à l’encontre des principes de
la hiérarchie parce que certains peuvent avoir une
obédience au niveau supérieur sans véritablement
avoir une assise sociale. Alors que, quand un homme politique
n’a pas d’assise sociale, il ne peut pas normalement espérer
gouverner demain. Il faut donc que les gens qui ont une assise
sociale gouvernent au niveau local et ceux qui ont une assise
nationale espèrent gouverner demain. Ce sondage va
permettre de prendre conscience de cette réalité
afin qu’on ne pense pas que c’est parce qu’on est à
Ouagadougou avec la possibilité d’intervenir dans les
journaux qu’on est à même de diriger le Burkina
Faso.
Pour certains les sondages peuvent
participer à amoindrir les fraudes. Votre avis ?
L.M.I : Les sondages peuvent permettre d’amoindrir
les fraudes dans la mesure où ils montrent que le résultat
est très serré. Ils contribuent ainsi à
plus de vigilance pour ceux qui sont un peu en retard par
rapport à ceux qui vont gagner. Et pour ceux qui vont
gagner aussi de pouvoir suivre les résultats pour ne
pas être évincés. Mais il faut que l’on
instruise la population par rapport à la lecture des
sondages parcequ’ils peuvent participer aussi à baisser
la participation électorale. Comme on le voit dans
ce sondage il y a un écart manifeste entre le président
Blaise COMPAORE et les leaders de l’opposition ; on peut donc
se dire que les jeux sont déjà faits. Voilà
pourquoi, les initiateurs du sondage, à savoir le CGD,
ont pris le soin de bien souligner que, ce sondage n’est qu’une
photographie à un moment donné et qui exprime
une tendance et non véritablement les résultats.
Ne serait-il pas plus crédible
qu’il y ait plusieurs instituts de sondage, afin que les citoyens
puissent comparer les résultats ?
L.M.I : L’idéal serait qu’il y ait plusieurs
instituts de sondage. Mais comme il fallait bien un jour commencer,
l’initiative du CGD me semble une très bonne chose
et ça nous instruit sur une réalité qui
est de prendre conscience après ce sondage que l’accès
des différentes forces politiques aux médias
notamment la visibilité de la classe politique doit
être nette. Ce serait une bonne chose si d’autres personnes
ont la possibilité d’utiliser des moyens techniques
objectifs et scientifiques pour faire des sondages qui permettraient
d’éclairer les populations. On aurait différents
types de sondages qui donneraient des points de vue peut être
différents. Mais je pense que si ce sont des techniciens,
la différence se ferait seulement au niveau du moment
où le sondage a été fait ou dépendra
des variables qui auront été privilégiées
pour pouvoir comprendre et interpréter les résultats.
Retour au sommaire
|