L'opinion N°412
du 31 Août au 06 septembre 2005

Dossier

Sondage du CGD sur la présidentielle 2005

Blaise COMPAORE en pôle position

Le CGD a publié les conclusions des travaux d’un sondage effectué par ses soins sur les intentions de vote pour la présidentielle 2005 dans la ville de Ouagadougou. Dans son rapport, outre les intentions de vote, le CGD la perception des quelque 1200 personnes enquêtées sur le bilan du septennat de Blaise COMPAORE, la notoriété spontanée ou suggérée de 16 personnalités politiques, la confiance accordée aux personnalités politiques et leur capacité à diriger le pays et bien d’autres appréciations des sondés sur la vie politique du Faso. C’est là une fois de plus la manifestation de l’engagement de l’institution que dirige le professeur LOADA à renforcer la culture démocratique des Burkina.

Pour une première, c’est vraiment la première fois que la chose a lieu au Faso : un sondage des citoyens sur des appréciations politiques en rapport avec une élection présidentielle. L’opération, réalisée uniquement à Ouagadougou la capitale, n’en est pas moins intéressante dans ses résultats qui donnent de tendances à ne pas sousestimer même si le CGD, le maître d’œuvre avertit qu’ils ne «sauraient être extrapolés à l’ensemble du territoire national, compte tenu du fait que les personnes enquêtées ne sont pas représentatives de l’ensemble du corps électoral burkinabè». En effet, les enquêteurs ont sillonné la commune de Ouagadougou mais ont pris soins d’interroger des personnes originaires des 13 régions que compte notre pays. Ainsi, 1200 individus se sont prêtés au sondage et se répartissent en pourcentage selon la région ainsi qu’il suit : Région du Centre (Ouagadougou) 19,17% ; le Nord (Ouahigouya) ; 12,08% ; le Centre Ouest (Koudougou) 10,17% ; le Centre-Sud (Manga) 08,92%; les Hauts-Bassins (Bobo) 08% ; le Centre-Est (Tenkodogo) 07,25%; la boucle du Mouhoun (Dédougou) 07,17% ; le Sahel (Dori) 06,42%; les Cascades (Banfora) 03,42% ; l’Est (Fada) 03,33% et le Sud-Ouest (Gaoua) 03%. Ils appartiennent tous aux groupes ethniques suivants : Mossi et apparentés 66,58% ; Bobo et apparentés, 6% ; Gourounsi et apparentés 5% ; Peulh et apparentés 4,58%, Samo et apparentés 4,33% ; Senoufo, 3,58% ; Lobi et apparentés 2,83%, Gourmantché et apparentés 2,75% ; autres ethnies 4,33%. C’est donc dire que l’éventail des personnes sollicitées par les enquêteurs du CGD est assez large dans la mesure où les origines socioculturelles ont été au maximum diversifiées de façon à intéresser tous les Burkinabè à travers cet échantillon de la population. Epulchant le rapport, quelques éléments en cette période de précampagne électorale méritent attention.

Du septennat de Blaise COMPAORE
Le rapport nous apprend que du bilan du septennat en cours du président COMPAORE obtient des personnes interrogées une appréciation quelque peu mitigée. En effet plus de la moitié des personnes interrogées estime que les conditions d’accès à l’électricité (+50%) et à l’eau potable (75%) se sont nettement améliorées au cours de cette période. Un autre point positif pour l’actuel président, c’est le bon entretien des infrastructures surtout en ce qui concerne les routes. Cependant l’arbre ne doit pas cacher la forêt, puisque plus de 30% des enquêtés estiment que l’accès aux centres de santé s’est nettement aggravé. Pour ce qui est de l’activité économique, le bilan est largement en deçà des attentes de la population dit le rapport. En effet plus de la moitié des personnes interviewées trouvent qu’il y a une dégradation au niveau de la production agricole et ce malgré les efforts du gouvernement. Aussi, plus de trois personnes sur quatre disent que la situation de l’emploi s’est nettement aggravée. En outre, plus de 50% des enquêtés sont inquiets de l’état de la sécurité dans notre pays durant ce septennat. Le bilan au niveau de la pauvreté non plus n’est pas reluisant, car 86,5% des interrogés estiment que la paupérisation s’est accentuée dans le pays. D’une manière générale, les conditions de vie de la population semblent s’être nettement dégradées sous le septennat, accentuant ainsi le fossé social.
Si le président COMPAORE engrange donc des points au niveau de l’entretien des infrastructures, de l’accès à l’eau potable, à l’électricité et de la qualité de l’environnement des activités rémunératrices, il en perd notamment au niveau de la sécurité des personnes et de l’aggravation de la pauvreté au niveau de la population.

Les personnalités politiques les plus connues du pays.
Une liste de personnalités politiques en vue a été dressée par le CGD en fonction de l’appréciation des enquêtés. Deux concepts essentiels ont guidé l’institution dans sa démarche ; il s’agit d’une part de celui de la notoriété spontannée et d’autre part de celui de la notoriété suggérée. Pour ce qui est du premier concept, il s’est agi de demander aux enquêtés de citer des noms de personnalités politiques qu’ils connaissent sans aucune précision sur l’identité des 16 personnalités retenues à priori par le CGD. En notoriété spontannée donc, Blaise COMPAORE occupe le 1er rang avec 77,4% des personnes interrogées qui le connaissent soit un gain de connaissance spontanée de 54,8%. Ensuite vient Simon COMPAORE, le maire de la capitale, qui lui est cité par 51,7% de la population, soit un gain de 3,4%. En ce qui concerne les autres personnalités relève le rapport, «elles réalisent des déficits de connaissance spontanée, en étant moins citées que plus citées». Parmi ces personnalités moins bien connues, on a Salif DIALLO, le ministre de l’Agriculture de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques, le Premier ministre Ernest Paramanga YONLI. Après ces personnalités gouvernementales, on retrouve l’un des ténors de l’opposition radicale, Maître Hermann YAMEOGO de l’UNDD et candidat d’Alternance 2005. La 4ème place est tenue par Roch Marc Christian KABORE, président de l’Assemblée nationale, suivent ensuite respectivement à la 5e et 6e place Laurent BADO du PAREN et Maître Benewendé Stanislas SANKARA de l’UNIR/MS candidat de Alternance 2005. Gilbert Noël OUEDRAOGO de l’ADF/RDA alors chef de file de l’opposition au moment de l’enquête, occupe le 7ème rang avec un déficit de 71,6%. Après lui viennent Ram OUEDRAOGO du RDEB et le chat du Nayala, Emile PARE du MPF/PS. Les autres personnalités politiques ont été citées par moins de 10% de la population ; il s’agit d’Ernest Nongma OUEDRAOGO de la CPS, de Philippe OUEDRAOGO du PAI, Norbert TIENDREBEOGO des FFS. Deux personnes occupent le bas du tableau car étant citées seulement par 5% de la population, ce sont Ali LANKOANDE du PDP/PS et Soumane TOURE du PAI.
Quant à ce qui concerne le concept de notoriété suggérée, il a consisté pour les enquêteurs, à partir d’une liste de 16 personnalités arrêtée par le CGD, d’en citer un à un les noms et de demander à l’enquêté si oui ou non il connaît chacun des intéressés. Dans cet exercice, on note que les scores se sont nettement améliorés et seulement 6 personnes accusent un déficit de connaissance. En tête du classement, on retrouve toujours Blaise COMPAORE qui enregistre pratiquement l’unanimité avec 99,5% de la population et Simon COMPAORE qui obtient 97,8% de la population. En queue de peloton toujours Soumane TOURE qui devance Ali LANKOANDE. Maître Hermann fait un bond ici et occupe la 3e place. Ram OUEDRAOGO et Maître SANKARA sont à égalité, ils sont à la 7e place devant respectivement Laurent BADO et Gilbert OUEDRAOGO. Ernest Nongma OUEDRAOGO quant à lui passe devant Philippe OUEDRAOGO. Pour le reste, les positions restent stationnaires.

Les personnalités politiques les plus crédibles du pays
Dans cette catégorie le chef de l’Etat, Blaise COMPAORE, obtient les suffrages d’une grande majorité des personnes interrogées qui à 80,7% lui accordent leur confiance. Ensuite on a Salif DIALLO, Roch Marc Christian KABORE, Paramanga Ernest YONLI et Simon COMPAORE. Après ces personnalités du pouvoir, Maître Bénéwendé SANKARA se présente comme la 1ère personnalité de l’opposition à qui la population accorde sa confiance dans le classement général il est à la 6e position. Trois personnalités politiques ont des déficits de confiance très prononcés soit plus du tiers de la population : ce sont Ernest Nongma OUEDRAOGO, Hermann YAMEOGO et Ram OUEDRAOGO. L’infortuné de ces trois personnalités qui sont toutes candidates à la présidentielle de novembre prochain s’expliquerait pour le premier (NEG) par «l’effritement de son parti en de multiples partis d’obédience Sankariste» réduisant ainsi sa côte de popularité. Quant à Hermann YAMEOGO, il est desservi par sa «prise de position tranchée contre l’orientation de la politique étrangère du chef de l’Etat lors de la crise ivoirienne, ses incessants va et vient entre le camp de l’opposition et le camp de la mouvance présidentielle».. Laurent BADO et Emile PARE ne bénéficient pas aussi de la confiance de la population ; sûrement que l’affaire des 30 millions y est pour quelque chose. A noter que Gilbert Noël OUEDRAOGO est la personnalité selon le rapport ayant le déficit de confiance le plus bas.

Les personnalités capables de diriger le pays
A ce niveau, 9 personnes sur 10 pensent que Blaise COMPAORE dispose d’une capacité suffisante pour diriger le pays. Il est talonné de très loin par Salif DIALLO qui ne réalise que le tiers de son score. Après on a le Premier ministre, Paramanga Ernest YONLI qui devance de très près le président de l’Assemblée nationale Roch Marc Christian KABORE. Maître SANKARA même s’il bénéficie d’un bon crédit de confiance, les gens doutent quant à sa capacité à diriger le pays. Il faut dire que dans cette appréciation, tous les autres leaders de l’opposition enregistrent un déficit dans le capital de capacité.

Les intentions de vote
A en croire le rapport du CGD, si les élections ont lieu dans les tous prochains jours, c’est le président Blaise COMPAORE qui l’emporterait avec 64,4 des voix, il serait suivi de loin par le candidat de l’UNIR/MS Maître Bénéwendé SANKARA avec 05,1% des suffrages exprimés. Laurent BADO quant à lui serait à la 3ème place avec 02,2%. Maître Gilbert OUEDRAOGO du parti de l’éléphant s’il prenait part au scrutin aurait occupé le 4ème rang avec 02% des voix juste devant le leader de l’UNDD Maître Hermann YAMEOGO qui enregistrerait 01,4% des voix. Selon toujours le rapport, dans le cadre de confrontation directe, c’est-à-dire des face à face, c’est encore le président Blaise COMPAORE qui damerait le pion à tous ces challengers. Ainsi, en cas de duel entre le patron du CDP et Ali LANKOANDE du PDP/PS, Blaise aurait eu 77% des voix contre 2,66 pour Ali LANKOANDE. Quant au face à face Blaise COMPAORE – Hermann YAMEOGO, on aurait respectivement : 76,3% contre 04,8%. Maintenant la confrontation entre Blaise COMPAORE et Gilbert OUEDRAOGO si celui-ci avait été candidat donnerait le score suivant 73, 9% pour le candidat du CDP et 05,9% pour le candidat de l’ADF/RDA.
L’homme peut-être qui «titillerait» un peu Blaise aurait été Maître SANKARA de l’UNIR/MS parce que lui au moins aurait dépassé la barre des 10% des suffrages car il aurait eu 11,5% contre 71,5% pour le président sortant. Mais comme le dit le CGD, ce ne sont là que des intentions de vote, et pour cette première, elle ne concerne que la commune de Ouagadougou qui ne saurait être représentative de tout le Burkina. Selon le directeur du CGD un autre sondage aura lieu dans le mois de septembre mais cette fois au niveau national. Nul doute que ces résultats seront utilement exploités par les candidats à la présidentielle.o
Par Claude ROMBA

Extraits du rapport

La notoriété suggérée des 16 personnalités politiques
En citant les noms des 16 personnalités, les scores s'améliorent nettement en ce sens que cette fois, seulement six (6) personnalités accusent un déficit de connaissance : elles sont moins retenues parmi les personnalités politiques citées.

Les deux phénomènes extrêmes demeurent. A l'extrémité supérieure, on retrouve Blaise COMPAORE qui enregistre pratiquement l'unanimité avec 99,5% de la population qui le retiennent comme connu parmi les personnalités citées, et Simon COMPAORE qui obtient 97,8% de la population. Signalons d'ailleurs que les enquêtés qui n'ont pas reconnu le Président Blaise COMPAORE, n'ont reconnu aucune personnalité politique. A l'extrémité inférieure, on retrouve les deux grands syndicalistes : Soumane TOURE qui devance cette fois-ci Ali LANKOANDE.

L'ordre est bouleversé pour les autres personnalités politiques, sauf pour Rock Marc Christian KABORE, Emile PARE et Norbert TIENDREBEOGO, qui occupent respectivement toujours 6ème, la 11ème et la 12ème place. Cette fois-ci, le Président de l'Assemblée nationale n'enregistre pas un déficit dans le score.

Il est à noter qu'en suscitant le nom des personnalités, Maître Hermann YAMEOGO quitte la 5ème place pour la 3ème, en devançant ainsi Salif DIALLO et Ernest Paramanga YONLI.

Ram OUEDRAOGO et Maître Bénéwendé SANKARA, qui sont à égalité, occupent la 7ème place et passent devant Laurent BADO. Ce dernier maintient toujours son avance sur Gilbert OUEDRAOGO.

Enfin, avec la suggestion des noms, c'est Ernest Nongma OUEDRAOGO qui passe devant Philippe OUEDRAOGO.

Plusieurs de ces personnalités politiques gagneraient à développer des stratégies de communication pour améliorer leur degré de notoriété auprès de la population, en particulier envers les électeurs très jeunes (entre 18 et 24 ans) qui représentent plus de 25% de la population en âge de voter. Dans cette tranche d'âge, au moins 92% d'entre eux n'ont pu citer les personnalités ci-après : Emile PARE, Norbert TIENDREBEOGO, Ernest Nongma OUEDRAOGO, Philippe OUEDRAOGO, Soumane TOURE et Ali LANKOANDE.

L’ex Chef de file de l’opposition au moment de l'enquête devrait en faire autant car étant à la limite de l'excédent de notoriété suggérée. Paradoxalement, les très jeunes (57,5%) ont très peu fait référence à Gilbert OUEDRAOGO qui est pourtant une personnalité politique relativement jeune en âge, contrairement aux adultes (59,2%). Les anciens se démarquent des autres catégories d’âge avec 56,6% d’entre eux qui ne semblent pas connaître l’ancien Chef de file de l’opposition.

A la suite de la notoriété, il a été demandé aux enquêtés qui connaissent une personnalité politique de se prononcer quant à la confiance qu'ils accordent à cette personnalité et également sa capacité à mener à bien le mandat pour lequel ladite personnalité les sollicite. Si un enquêté ne connaît pas une personnalité politique, même suggérée, on ne lui demande pas de se prononcer sur la confiance (ou sur la capacité) en (de) cette personnalité.

Confiance accordée aux personnalités politiques

Afin de pouvoir mieux interpréter les opinions des enquêtés, nous avons calculé un bilan de confiance pour chaque personnalité politique, en faisant la différence entre ceux qui lui font confiance et ceux qui ne lui font pas. On exclut donc du champ d'analyse, les indécis et ceux qui ne connaissent pas la personnalité. Les personnalités qui auront le même solde seront départagées par la marque de confiance la plus élevée (si les bilans sont positifs) ou le manque de confiance le plus faible (si le bilan est négatif).

Le solde de la confiance permet d'identifier une typologie, presque naturelle, en deux groupes. Le premier groupe est composé des personnalités politiques appartenant au parti majoritaire à l'Assemblée nationale, à l'exception d'un seul opposant : Maître Bénéwendé Stanislas SANKARA. Le deuxième groupe ne comprend aucune personnalité politique du parti majoritaire.

Au sein des personnalités politiques créditées de la confiance des populations, on retrouve en tête le Chef de l'Etat, avec près de deux tiers de la population au niveau du bilan. On peut remarquer que 80,7% des personnes interviewées lui font confiance contre 16,1% qui ne lui accordent aucune confiance. Son score est presque le double de celui qui le suit immédiatement, Salif DIALLO, ce dernier étant au coude à coude avec respectivement le Président de l'Assemblée nationale, le Premier Ministre et le Maire de la Commune de Ouagadougou. Ces quatre personnalités recueillent plus ou moins le tiers de ceux qui les connaissent, en terme de bilan. Mais, c'est Simon COMPAORE qui a la cote de confiance la plus élevée et Rock Marc Christian KABORE, a la cote de méfiance la moins élevée.

Même si son bilan de confiance est de moins de la moitié de la dernière personnalité du groupe du parti majoritaire, B. Stanislas SANKARA apparaît comme un « outsider ». En plus, si on s'intéresse à ceux qui n'accordent pas de confiance aux personnalités politiques, il est mieux côté que la dernière personnalité du parti majoritaire: il bat donc Simon COMPAORE.

Au sein du deuxième groupe, trois personnalités politiques ont des déficits de confiance très prononcés, soit plus du tiers de la population. Il s'agit d'abord de Ernest Nongma OUEDRAOGO, Hermann YAMEOGO et de Ram OUEDRAOGO. Le premier, appartenant à la famille des partis sankaristes. L’effritement de son parti en de multiples partis d’obédience Sankariste réduit ainsi sa côte de popularité. La prise de position tranchée de la deuxième personnalité contre l'orientation de la politique étrangère du Chef de l'Etat lors de la crise ivoirienne, ses incessants va et vient entre le camp de l'opposition et le camp de la mouvance présidentielle pourraient expliquer le déficit de confiance de la population envers Hermann YAMEOGO. De même, Ram OUEDRAOGO souffre également d’un déficit de confiance.

Laurent BADO et Emile PARE ne se retrouvent pas dans la même situation relativement confortable que B. Stanislas SANKARA. Cela pourrait s'expliquer par les rumeurs qui circulaient au cours de la période de collecte sur la fameuse « affaire des 30 millions de FCFA » qu’il aurait reçu du président Compaoré, même si au moment de l’enquête cette affaire n’avait pas encore éclaté au grand jour. Cependant, la crise de confiance n’a pas eu le même effet sur ces deux hommes politiques. En effet, Laurent BADO semble avoir été affecté par cette affaire d’autant plus que beaucoup de ses électeurs se retrouvent dans la tranche d'âge de 18 à 40 ans. C’est justement les électeurs de ce groupe d’age qui ont sanctionné leur candidat car 58,1% d’entre eux ne font pas confiance (contre 33,1% qui maintiennent leur confiance). Dans ce groupe d’âge, ils sont 39,3% à avoir confiance en Emile PARE et 47,7% à ne pas lui faire confiance. On aurait pu penser a priori que les électeurs instruits de Laurent BADO, déçus, choisiraient de le sanctionner. C’est plutôt les analphabètes qui ne lui font pas confiance à 57,8% des cas, contre 24,1% qui lui accordent toujours leur confiance. Chez les « instruits », ces proportions sont, respectivement, de 58,8% contre 32,0% : on peut donc supposer que les enquêtés « instruits » ne semblent pas avoir été troublés par la rumeur de l’affaire des 30 millions.

De même, on pourrait s’interroger sur l’impact de la position ambiguë de Gilbert Ouédraogo quant à sa candidature aux prochaines élections présidentielles (avant la tenue du congrès) sur sa crédibilité. Quoiqu’il en soit, on notera que parmi les personnalités ayant un déficit de confiance, Gilbert OUEDRAOGO est la personnalité ayant le déficit le plus bas, à la différence de Ram OUEDRAOGO et d’Hermann YAMEOGO qui ont les déficits de confiance les plus élevés.

Capacité des personnalités politiques à diriger le pays

Le même profil dégagé au niveau de la confiance se retrouve dans l’évaluation de la capacité des hommes politiques. Ainsi, les responsables du parti au pouvoir bénéficient d'un bon score de capacité. Il en va de même de l’opposant B. Stanislas SANKARA. En revanche, tous les autres leaders de l'opposition enregistrent un déficit dans le capital de capacité. Le bilan est toutefois dilaté car il y a moins de personnes indécises dans l'appréciation de la capacité : le bilan s'est conforté pour le Chef de l'Etat, seul parmi ceux qui ont un crédit de capacité et s'est accentué pour les autres.

En terme de capacité, le Chef de l'Etat bénéficie d'une appréciation plus haute que la confiance, en ce sens que c'est seulement une personne sur 10 qui pense qu'il ne dispose pas d'une capacité suffisante pour diriger le pays, contre 16,1% pour le manque de confiance. Ce sentiment est surtout marqué au niveau des intellectuels ayant un niveau supérieur (22,0%) qu’au niveau des analphabètes (7,4%). Il faut également noter qu'en matière de capacité, le Président du Faso devance largement ses poursuivants : celui qui le talonne de plus près, Salif DIALLO, ne réalise que le tiers de son score de capacité. Toujours au niveau de ce groupe de capacité suffisante, le Premier Ministre devance le Président de l'Assemblée Nationale d'une très courte tête.
Quant à B. Stanislas SANKARA, des doutes subsistent quant à sa capacité à diriger le pays, son bilan étant presque nul (0,34%), alors qu’il bénéficie d'un bon crédit de confiance.

Au niveau des personnalités qui ne sont pas bien créditées au niveau de la capacité, l'ordre est également maintenu sauf que Ali LANKOANDE devance Philippe OUEDRAOGO ; les autres gardent toujours le même rang. Mais le fait que le déficit s'accentue lorsque l'on passe de la confiance à la capacité suscite des interrogations.

Opinions sur le Président Compaoré

Dans la plupart des sujets traités, le Président du Faso jouit d'une opinion très favorable au niveau de la population, qu’il s’agisse de la politique étrangère du Président du Faso, de son « patriotisme » et de son engagement dans la promotion de la femme constituent.

En matière de politique étrangère et de « patriotisme » du Chef de l'Etat, on peut supposer que sa fermeté envers le régime ivoirien accusé d’exercer des exactions envers la communauté burkinabé installée en Côte d’Ivoire ainsi que la tenue régulière de grandes rencontres internationales au Burkina sont autant de facteurs explicatifs du plébiscite dont bénéficie le Président du Faso dans ces domaines.

Des actions efficaces ont été menées sur le plan de l'amélioration des conditions de la femme et qui peuvent expliquer la côte de popularité du Président du Faso à ce sujet. D'ailleurs, un Ministère spécifique, distinct de celui chargé de l'action sociale, a été créé pour s'occuper, prioritairement des actions particulières à entreprendre pour la promotion de la femme.

Il existe cependant des domaines où les actions du Chef de l'Etat n'ont pas suscité autant d’échos favorables. Ce sont ceux pour lesquels les impacts sont davantage ressentis au niveau individuel. En effet, les opinions de la population sont partagées sur le plan sécuritaire, le respect des droits de l'homme, le plein exercice de la démocratie et la pauvreté.


Les actions effectuées par le Chef de l'Etat dans la politique sécuritaire des personnes sont remises en cause par la recrudescence du grand banditisme, nonobstant les efforts consentis par le gouvernement.


Malgré les engagements sans cesse renouvelés dans les discours du Chef de l'Etat en matière de droits de l'Homme, malgré la création d’un ministère et d’une commission des droits humains, une personne sur trois estime que le Chef de l'Etat n’est pas respectueux des droits de l'homme. Ce qui est encore trop élevé.


A la question de savoir si le Président COMPAORE est « un vrai démocrate », une personne sur quatre n'a pas pu se prononcer. Ces personnes indécises représentent 20,9% des instruits et 34,7% des analphabètes. Le pays s'est pourtant engagé dans le processus de démocratisation depuis 1990, une constitution a été adoptée et plusieurs consultations électorales ont été tenues. Malgré cela, il existe encore de nombreux enquêtés restent encore dubitatives sur son engagement envers la démocratie.

Par ailleurs, près d’un tiers des enquêtés semble considérer qu’il ne tient pas ses promesses.

C'est bien connu, en économie, toutes les actions visant à améliorer les revenus, et donc les conditions de vie de la population, sont des actions qui s'inscrivent dans la durée et dont l'impact n'est pas certain. Depuis la signature du premier accord avec les institutions de Bretton Woods en 1991, différentes réformes de politique économique ont été menées jusqu'au bout. Le Burkina a d'ailleurs été qualifié de bon élève du FMI et a atteint le point d'achèvement de l'Initiative des Pays Pauvres Très Endettés en 2002. Dans le cadre des différents Programmes d'Ajustement Structurel et maintenant de Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et pour la Croissance (FRPC), des actions ont été engagées pour lutter contre la pauvreté. D'autres actions complémentaires ont été entreprises dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Malgré toutes ces actions, la pauvreté se maintient, et a même tendance à progresser. C’est ainsi que la majorité de la population ne perçoit pas encore les efforts déployés en vue de réduire la pauvreté.


Le seul point d'ombre dans l'appréciation du Chef de l'Etat est la lutte contre la corruption. Même si c'est d'une courte tête, la population estime que le Président du Faso ne lutte pas suffisamment contre la corruption.

C'est surtout les personnes du groupe d'âge moyen (entre 25 et 40 ans) qui sont sévères dans l'appréciation des actions de lutte contre la corruption du Chef de l'Etat. Pour ces catégories de la population, plus de la moitié pense qu'aucune action vigoureuse n'est véritablement entreprise pour lutter efficacement contre la corruption. Les très jeunes et les anciens soutiennent le contraire.
L’appréciation varie en fonction du niveau d’instruction. Ceux qui ont bénéficié d'une instruction (primaire, secondaire et supérieur) ne sont pas encore satisfaits de la stratégie de lutte contre la corruption, cependant que les analphabètes, de leur côté, estiment que le Chef de l'Etat se préoccupe très bien de la lutte contre cette corruption.

Sondage du CGD
“Le sondage permet à ceux qui gouvernent tout comme à ceux qui aspirent à gouverner de savoir l’état de l’opinion.”
Pr. Luc Marius IBRIGA,

Pour une première au Burkina Faso, la publication de l’enquête par sondage sur l’image, la notoriété et les intentions de vote en faveur des candidats à l’élection présidentielle de 2005 réalisée à Ouagadougou par le CGD, va à coup sûr donner lieu à beaucoup d’interprétations surtout au niveau des hommes politiques. Quelle peut être la crédibilité d’un tel rapport et quelles sont ses répercussions sur la vie politique nationale ? Autant de questions auxquelles répond à travers cette interview, le professeur Luc Marius IBRIGA, enseignant de droit public à l’Université de Ouagadougou.

Quel commentaire faites-vous du rapport d’enquête par sondage du CGD qui est une première dans notre pays ?
Luc Marius IBRIGA (LMI) : Je crois que c’est vraiment intéressant d’avoir ce premier sondage. Il y avait eu une première tentative qui n’avait pas réussi mais là, c’est la marque d’une évolution de notre processus démocratique. Il montre surtout l’intérêt qu’il y a à voir avec le recul que la perception négative de la science politique qu’avaient les dirigeants d’antan était erronée. Ce sondage révèle que la connaissance de la science politique avec certains de ses éléments, en occurrence le sondage, peut être un élément pour parfaire le système politique en place. C’est de cette façon que je vois la contribution. D’ailleurs, je crois que c’est la vision que les auteurs ont puisque c’est pour permettre véritablement de faire avancer notre processus démocratique et pour institutionnaliser le débat, la tolérance et l’acceptation de l’autre dans notre système de compétition politique.

Quelle était cette première tentative à laquelle vous faites allusion ?
L.M.I : Il y a eu une première tentative qui a été faite par une association de politistes au Burkina Faso mais qui n’a pas pu se réaliser compte tenu des moyens financiers qu’exige le sondage. Il faut reconnaître que les sondages coûtent chers. Je crois que cette première tentative avait simplement donné quelques esquisses dans le cadre des élections municipales mais ce n’était pas véritablement un travail tel que celui que l’on a dans le rapport du CGD.

Pensez-vous que la méthodologie utilisée est pertinente ?
L.M.I :
En terme de sondage, ce sont ces techniques qu’il faut utiliser. Maintenant, le problème, comme les auteurs eux-mêmes le disent, c’est que la base de données qu’ils ont est ancienne. Il aurait fallu peut-être avoir des données récentes. C’est le lieu de dire que les instituts de sondage ne peuvent véritablement fonctionner que si l’on a des statistiques viables. C’est un des problèmes auxquels ils ont été confrontés et ils ont été obligés de travailler sur le recensement de 1996 alors qu’il y a eu quand même une certaine évolution d’autant que bientôt, il y aura un nouveau recensement. Il faut donc beaucoup de corrections par rapport à cette réalité. Mais comme tout sondage, c’est une photographie à un moment donné. Comme anecdote et pour illustrer, je dirai que si vous et moi nous prenons une photo aujourd’hui et qu’après nous faisons un accident qui nous défigure, la photo ne représentera plus véritablement nos personnes. Il faut donc considérer que c’est une photographie instantanée du moment avec toute la relativité possible. C’est pour cela d’ailleurs qu’en Europe, il faut chaque fois donner la période du sondage et indiquer le nombre d’échantillons pour éviter que l’on considère le sondage comme étant une projection de résultats alors qu’il doit exprimer les tendances, les intentions à un moment donné.

Quelle influence ce sondage peut-il avoir sur l’électorat burkinabè ?
L.M.I :
Je ne pense pas que cela aura une grande influence sur l’électorat burkinabè d’autant que l’électorat susceptible de prendre en compte le sondage n’est pas très grand. C’est beaucoup plus intéressant pour le microcosme politique mais pour la grande majorité des électeurs, il n’aura pas une influence importante sur leur décision car ce sont des personnes qui ne sont pas censées suivre pas à pas l’évolution politique du pays. Elles sont confrontées peut-être à d’autres problèmes qui ne leur permettent pas d’accorder beaucoup d’importance au sondage.
D’ailleurs, le sondage lui-même fait savoir que la plupart des personnes qui ont été interviewées par rapport à leurs intentions de vote sont déjà déterminées. La marge des indécis n’est pas très grande. Elle est seulement de 20%. L’intérêt de ce sondage tel que je vois, c’est surtout pour la classe politique.

Comment peut-il servir aux hommes politiques ?
L.M.I :
Premièrement, les hommes politiques doivent savoir qu’ils ont des comptes à rendre. Et le sondage permet à ceux qui gouvernent tout comme à ceux qui aspirent à gouverner de savoir l’état de l’opinion. Par rapport à ceux qui gouvernent, ils peuvent corriger leurs actions en fonction du satisfecit ou du désagrément des populations. C’est comme un tableau de bord qui leur permet de corriger. Pour ceux qui aspirent à gouverner, ce sondage leur donne la possibilité de prendre en compte les aspirations des populations pour les traduire soit en revendications politiques soit en programme politique en vue de conquérir le pouvoir d’Etat.
Ensuite ce sondage va être important dans les stratégies politiques dans la mesure où il révèle un certain nombre de choses qui, pour des politiques, amènent à reconsidérer un certain nombre d’actions. Pour moi, c’est là tout l’intérêt de ce sondage dont l’intérêt va être plus pour la classe politique que pour la masse des Burkinabè.

Il y a qu’en Occident les sondages d’opinions sur les intentions de vote sont plus ou moins proches de la réalité. Cela ne peut-il être le cas au Burkina Faso ?
L.M.I :
Même ceux qui ont fait le sondage ont pris le soin de relativiser les résultats en montrant bien que ce sont des tendances. Les sondages demandent beaucoup de moyens financiers et techniques.
Même en Europe, les instituts de sondage ont souvent été déniés par les résultats des votes. Quand on prend les sondages de la dernière élection française, personne ne s’attendait à voir Jean-Marie LEPEN au second tour.
On tablait sur un deuxième tour CHIRAC-JOSPIN. Les sondages ont donc été surpris. De la même manière, par rapport à la constitution européenne, au départ, les sondages sont partis avec un «Oui» très fort. On a vu qu’il y a eu des changements au fur et à mesure. Au dernier moment même, il n’y avait pas mal de sondages qui donnaient le «Oui» gagnant avec une petite longueur d’avance mais c’est le «Non» qui est arrivé. Cela veut dire que les sondages sont des estimations et dans ce sens, il y a des variables qui peuvent manquer. Cela peut conduire à une erreur. Voilà pourquoi dans les sondages, on mentionne les pourcentages de marge d’erreurs. Or dans ce sondage, comme les auteurs eux-mêmes l’ont dit, il y a une marge d’erreur qui est assez grande par rapport à la base de données à savoir les opinions émises par les uns et les autres. Mais il faut prendre le sondage comme étant une tendance à un moment donné. Alors, il faut que les hommes politiques le comprennent pour ne pas dormir sur leurs lauriers en disant que le sondage leur est favorable ou se décourager parce qu’ils ne sont pas bien représentés dans les sondages. Je crois plutôt qu’il faudra déployer beaucoup plus de moyens et puis beaucoup plus de formations pour véritablement affiner les analyses. Mais c’est un bon début.

Ne peut-on pas craindre des sondages partisans ?
L.M.I :
Il peut y avoir des sondages partisans. Voilà pourquoi en Europe, notamment en France, à une certaine période de l’échéance électorale, on refuse la publication des sondages. Parce qu’on peut les truquer et essayer d’influencer l’opinion. Mais les Etats-majors ont toujours les sondages en sous mains. Si les instituts de sondage doivent se développer au Burkina Faso, il va falloir veiller à leur crédibilité surtout sur le plan technique. Parce que le commentaire par la suite est un autre élément dans lequel l’objectivité intellectuelle doit résider.
Mais il est certain que dans les commentaires, le même sondage peut être interprété de manière différente par des personnes différentes.

Pensez-vous que cette réglementation du sondage en Europe est judicieuse ?
L.M.I :
Je peux prendre le cas de la France où cette réglementation est de plus en plus affinée et qui oblige les instituts de sondage à donner les précisions sur les périodes, le nombre de personnes interviewées, et sur les marges d’erreurs qui peuvent exister.
En France, en matière politique, il est prévu qu’on ne doit plus publier les résultats de sondage à la fin de la campagne électorale pour ne pas influencer l’opinion. Cela veut dire que les sondages par la tendance peuvent amener soit à l’apathie des électeurs soit à une situation où ceux-ci considèrent que ce n’est plus la peine d’aller voter. Mais dans d’autres pays, comme aux Etats-Unis, les sondages peuvent être faits jusque même le jour des élections. Etant entendu que c’est une culture politique qui permet de comprendre que le sondage est une réalité de la vie politique. Ce sont des pays dans lesquels la science politique a un rôle très important contrairement à la situation dans les pays latins comme la France où elle ne semble pas la bienvenue. En effet, dans les pays anglo-saxons, la science politique joue un rôle très important. Les analystes politiques ont également un rôle important et le sondage est l’un des instruments qu’ils utilisent afin de chaque fois prendre le poule de la nation.

Votre avis sur les principaux résultats du sondage du CGD sur la notoriété des hommes politiques.
L.M.I :
Quand je regarde ce sondage, cela me donne une impression de mi-figue mi-raison parce qu’on se rend compte que le personnel politique au Burkina Faso ne semble pas être des plus connus de la population.
Hormis ceux qui occupent les postes publics, toute la classe politique notamment l’opposition ne semble pas du tout connue par la population. Ce qui montre bien que dans une ville comme Ouagadougou, il y a véritablement quelque chose à faire pour aller vers une communication politique plus intense comme on le dit dans le document. On constate que nos hommes politiques ne travaillent ou n’agissent qu’en fonction de ceux qui savent lire et écrire. Ceux qui ont été sondés ne sont pas seulement les lectorats de journaux. Ce qui pose la nécessité d’une valorisation de notre expertise politique parce qu’il n’est pas normal que le chef de file de l’opposition ne soit pas connu ou que le patron du troisième parti du pays (Ndlr : El hadj Ali LANKOANDE du PDP/PS) ne soit pas du tout connu. Cela suppose qu’il y a des actions à faire pour mieux rendre visible le jeu politique. Cette situation peut traduire deux choses.
Soit qu’il y a un vide de communication de la part des hommes politiques, soit que le jeu politique est monopolisé et que de ce point de vue, cela ne laisse pas apparaître les hommes politiques de l’opposition. Quand on lit le sondage, on voit bien que même parmi les ténors du parti au pouvoir ceux qui apparaissent après le président du Faso, c’est d’abord le maire de Ouagadougou. Cela est beaucoup révélateur. Ensuite c’est le ministre de l’Agriculture et des ressources halieutiques, compte tenu certainement de sa présence médiatique sur les petits écrans à cause des actions qu’il mène à travers le pays. On voit également que le président de l’Assemblée nationale vient bien en retrait par rapport à ces personnalités. Ce qui montre que certaines institutions du pays telle que l’Assemblée nationale ne sont pas suffisamment connues voilà pourquoi son président vient en retrait alors qu’elle apparaît du point de vue institutionnel comme le deuxième pouvoir.

Et votre avis sur le bilan de Blaise COMPAORE ?
L.M.I :
En lisant le sondage ,j’ai été frappé par une sorte de paradoxe. Par rapport à l’appréciation des populations en ce qui concerne leurs conditions de vie, on voit que la politique sociale a conduit à des résultats qui sont assez négatifs puisque dans le sondage on voit un déficit au niveau du coût de la vie, l’état de la pauvreté, le problème de l’emploi. Par contre quand on pose la question à la population concernant la personnalité du président lui-même, on voit que les résultats sont à l’opposé puisque beaucoup de gens considèrent que son action actuelle est positive et dans le futur on attend de lui encore des actions plus importantes. Il y a là donc comme une sorte de contradiction que j’explique par le fait qu’il y a dans notre société beaucoup de légalisme qui veut qu’on explique les échecs de celui qui gouverne par d’autres difficultés que celles liées à la gestion. Sinon on ne peut pas comprendre que la pauvreté s’aggrave et que l’on considère positive l’action qui a été faite. La tendance des hommes c’est à se remettre à la direction d’un homme alors que la démocratie c’est d’éviter cette passivité de s’en remettre à un homme.
De ce point de vue, je dirai qu’il y a un bilan mitigé pour des résultats par rapport à la notoriété et à l’attente des populations qui apparaît très importante. Ce qui veut dire que si le président Blaise COMPAORE devrait gouverner demain, il doit tenir compte de cela.
Certes on lui fait confiance mais il y a un passif à apurer et c’est celui de la pauvreté et les problèmes des conditions de vie.

Que dites-vous des intentions de vote ?
L.M.I :
Je pense que pour l’heure et en fonction de la situation telle qu’elle se présente aujourd’hui, les sondages reflètent véritablement les intentions de vote. Parce que l’image que donne l’opposition aujourd’hui n’est pas pour donner confiance aux gens et même de dire qu’il peut y avoir une opposition soudée qui puisse réellement apporter l’alternance. C’est vrai que jusqu'à présent aucun des partis n’a dévoilé son programme.
Il serait intéressant d’avoir un autre sondage à la lisière de la campagne électorale pour voir s’il y a une évolution de l’opinion. Selon le sondage, à peu près 20% des gens considèrent que les jeux sont déjà faits et que ce n’est plus la peine d’aller voter compte tenu de la situation où il n’y a pas véritablement de leader au niveau de l’opposition qui émerge comme une figure qui pourrait s’opposer au président COMPAORE.
Voilà pourquoi je disais au début que ce sondage est très édifiant pour les opposants. On voit maintenant que la stratégie adoptée par l’opposition risque d’être une stratégie suicidaire parce que le fossé tel qu’il est présenté est si grand que ça demande une remobilisation des troupes pour porter une alternative crédible. Or l’impression au niveau de la population est que l’élection présidentielle est devenue une course soit à l’enrichissement soit une pêche aux royalties qui seront versées. En ce moment l’opinion ne peut que considérer qu’il y a quelqu’un qui a déjà gouverné, en qui il faut faire confiance plutôt qu’aux autres qu’on ne connaît pas.

En sortant des résultats favorables au président COMPAORE, le CGD ne prend-il pas le risque de soulever le courroux de l’opposition ?
L.M.I :
Au contraire, l’opposition devrait être contente d’avoir cette photographie à un moment donné. Ce qui lui permettra de corriger au besoin sa stratégie en vue de la conquête du fauteuil présidentiel. S’il n’y avait pas eu ce sondage, on verrait vite se développer cette tendance, qui existe dans l’opposition et dans la classe politique burkinabè en général, qui est de croire que tout le monde peut diriger le Burkina Faso. Ce qui est faux. Cette perception est due à notre histoire politique où on a vu après la phase des régimes d’exception, des gens qui n’étaient rien et qui sont devenus tout. Ce qui fait que dans l’esprit des gens, on se dit qu’il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas devenir président. Le fait de connaître une succession de coups d’Etat a permis à des gens qui n’auraient peut-être jamais pu approcher le pouvoir d’Etat de devenir des personnalités. Aujourd’hui, des gens qui n’ont même pas une assise sociale au niveau de leur parti, pensent qu’individuellement ils peuvent être quelque chose. De même quand on regarde la constitution des partis, la plupart des leaders et les militants n’ont pas véritablement une assise sociale. Les partis politiques sont généralement construits au niveau du haut et non pas par le bas. Ceux qui sont à la tête des partis ou qui occupent des postes ne le doivent pas à leur travail sur le terrain et à leur assise politique mais le doivent dans la plupart du temps à leurs relations au sein du parti et à leurs relations avec la hiérarchie. L’expérience qui a été très bonne c’est celle des primaires au niveau du CDP. Cette expérience aurait vraiment permis d’asseoir des hommes politiques qui ont une assise sociale. Mais c’est une expérience qui va tout de même à l’encontre des principes de la hiérarchie parce que certains peuvent avoir une obédience au niveau supérieur sans véritablement avoir une assise sociale. Alors que, quand un homme politique n’a pas d’assise sociale, il ne peut pas normalement espérer gouverner demain. Il faut donc que les gens qui ont une assise sociale gouvernent au niveau local et ceux qui ont une assise nationale espèrent gouverner demain. Ce sondage va permettre de prendre conscience de cette réalité afin qu’on ne pense pas que c’est parce qu’on est à Ouagadougou avec la possibilité d’intervenir dans les journaux qu’on est à même de diriger le Burkina Faso.

Pour certains les sondages peuvent participer à amoindrir les fraudes. Votre avis ?
L.M.I :
Les sondages peuvent permettre d’amoindrir les fraudes dans la mesure où ils montrent que le résultat est très serré. Ils contribuent ainsi à plus de vigilance pour ceux qui sont un peu en retard par rapport à ceux qui vont gagner. Et pour ceux qui vont gagner aussi de pouvoir suivre les résultats pour ne pas être évincés. Mais il faut que l’on instruise la population par rapport à la lecture des sondages parcequ’ils peuvent participer aussi à baisser la participation électorale. Comme on le voit dans ce sondage il y a un écart manifeste entre le président Blaise COMPAORE et les leaders de l’opposition ; on peut donc se dire que les jeux sont déjà faits. Voilà pourquoi, les initiateurs du sondage, à savoir le CGD, ont pris le soin de bien souligner que, ce sondage n’est qu’une photographie à un moment donné et qui exprime une tendance et non véritablement les résultats.

Ne serait-il pas plus crédible qu’il y ait plusieurs instituts de sondage, afin que les citoyens puissent comparer les résultats ?
L.M.I :
L’idéal serait qu’il y ait plusieurs instituts de sondage. Mais comme il fallait bien un jour commencer, l’initiative du CGD me semble une très bonne chose et ça nous instruit sur une réalité qui est de prendre conscience après ce sondage que l’accès des différentes forces politiques aux médias notamment la visibilité de la classe politique doit être nette. Ce serait une bonne chose si d’autres personnes ont la possibilité d’utiliser des moyens techniques objectifs et scientifiques pour faire des sondages qui permettraient d’éclairer les populations. On aurait différents types de sondages qui donneraient des points de vue peut être différents. Mais je pense que si ce sont des techniciens, la différence se ferait seulement au niveau du moment où le sondage a été fait ou dépendra des variables qui auront été privilégiées pour pouvoir comprendre et interpréter les résultats.

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