L'opinion N°427
du 14 au 20 décembre 2005

ACTUALITE

Etude nationale prospective

 

Le Burkina comme l’albatros

Sur initiative du ministère de l’Economie et du Développement, le groupe opérationnel d’experts de l’étude prospective (GOEP) a mené une étude nationale prospective «Burkina 2025». La cérémonie de remise officielle du rapport du GOEP s’est tenue le vendredi 09 décembre 2005 à la primature en présence du Premier ministre et du ministre Seydou BOUDA de l’Economie et du Développement.

Vingt sept (27) mois durant, les membres du Groupe opérationnel d’experts de l’étude prospective (GOEP) ont travaillé d’arrache-pied pour produire ce qui tient aujourd’hui en ce rapport remis au gouvernement. Il faut dire que le GOEP est composé d’une soixantaine de personnalités, choisie chacune pour ses compétences techniques particulières et son aptitude à contribuer à une réflexion en profondeur sur notre futur consensuel et voulu à l’horizon 2025. Un groupe à l’image du pays, «œcuménique» aussi bien par la diversité socioculturelle et sociologique que par la très grande diversité des spécialités représentées.
Le GOEP a été dirigé par l’Abbé Joseph Mukassa SOME, Docteur ès sciences sociales, expert en sociologie du développement, et actuellement, secrétaire exécutif national de l’Organisation catholique pour le développement et la solidarité au sein de l’Eglise famille du Burkina (OCADES).
A la cérémonie de remise du rapport du groupe, le ministre Seydou BOUDA de l’Economie et du Développement a, dans son exposé, expliqué les objectifs ayant guidé une telle étude qui sont de renforcer les capacités d’anticipation et de gestion concertée du développement, de dégager les tendances d’évolution de la société burkinabè, d’identifier les opportunités et germes de changement, de définir les profils possibles de cette société à l’horizon d’une génération, d’élaborer des orientations stratégiques pour la formulation des politiques et stratégies de développement.
L’étude a comporté trois grandes phases qui sont allées de la constitution de la base d’informations, à la construction de scénarios thématiques et globaux et enfin la détermination de la vision et formulation de stratégies.
Pour la constitution de la base d’information, les actions du GOEP ont consisté en une analyse diagnostique de la situation sociale économique et politique passée et présente puis une enquête auprès des burkinabè a été menée sur leurs perceptions de la situation passée et présente de la société nationale et leurs aspirations à long terme et une analyse de la structure du Burkina Faso en tant que système pour identifier les facteurs déterminants de son évolution. De cette analyse, structurelle il ressort que le «système Burkina» est relativement stable mais reste prédéterminé par des variables externes (aide publique au développement, mondialisation et influence des organisations internationales. Malgré cette domination externe, il repose sur un socle «d’endo-culture» constitué par les valeurs traditionnelles et religieuses qui lui donnent sa singularité et ses richesses profondes. Le rapport souligne que le système burkinabè s’oriente vers une percée, vers des progrès avec un appui particulier sur l’informel et le tourisme et cette percée devrait prendre racine sur les exigences de la bonne gouvernance, le socle de l’inculturation, de l’intégrité et de l’ouverture et aussi elle devrait s’appuyer sur la plate-forme des acteurs et des facteurs. Cependant, prévient le rapport, une mauvaise gestion de ces éléments directeurs peut entraîner un effondrement du système.
Quant aux différents scénarios construits par le GOEP, ils vont des plus pessimistes aux plus optimistes avec un scénario semi-optimiste ou de référence qui semble, aux dires du rapport, convenir à notre situation actuelle. Ce scénario donc nommé «le Ressaisissement et le dégagement» est symbolisé par l’envol de l’albatros. Ce gros oiseau en effet prend lourdement et difficilement son envol. Dans ce scénario, le Burkina Faso refuse la fatalité ; victorieux des pesanteurs sociales, économiques et culturelles, consentrant ses forces et s’appuyant sur les «Points leviers», il prend l’envol : c’est le ressaisissement et le dégagement latéral. Selon le groupe d’expert, tous les scénarios des plus redoutés au plus souhaités doivent être pris en compte dans les décisions de politique car l’histoire récente de la sous-régions nous enseigne que tout peut arriver, même l’improbable et le rôle de la gouvernance est de travailler à mobiliser l’ensemble des composantes de la société pour construire un Burkina autre et meilleur en évitant tout comportement et toute action conduisant aux situations ou scénarios pessimistes ou redoutés ; en favorisant par une attitude éminemment proactive l’avènement des situations ou scénarios favorables pour qu’à partir du scénario de référence, nous puissions cheminer vers le meilleur avenir de la société burkinabè, un positionnement volontariste et stratégique du Burkina Faso en Afrique et dans le concert des nations. Dans ce document mis à la disposition du gouvernement, le GOEP suggère la tenu périodique des sessions du conseil national de prospective et de planification stratégique, la traduction des résultats de l’étude prospective sous la forme d’un document d’orientations stratégiques, la mise en place d’une communication sociale sur la prospective, la mise en place et l’animation d’une cellule de veille prospective.
Le Premier ministre dans sa prise de parole à d’abord remercié le GOEP pour l’immensité du travail abattu et a qualifié ce travail d’historique. Aussi a-t-il ajouté que le gouvernement va travailler à s’approprier les résultats de ces travaux pour réunir au mieux ce présent et naturellement le futur du Burkina Faso.
L’honneur est revenu à l’Abbé Joseph Mukassa SOME en sa qualité de président du GOEP de remettre officiellement les conclusions de leurs travaux au Premier ministre mais avant, il a remercié le gouvernement pour la confiance placée en eux pour effectuer cette étude nationale prospective «Burkina 2025» et de préciser que le GOEP en plus de l’appui du gouvernement, a également bénéficié de l’appui technique d’un conseiller hors site en la personne de M. Jacques ARCADE, expert international en prospective et stratégie. Il a aussi fait cinq (5) recommandations au gouvernement à savoir la mise en place d’une stratégie de communication sociale autour des résultats de l’étude afin que tous les Burkinabè soient informés et sensibilisés sur les futurs possibles que leur comportement contribuerait à déterminer, l’opératrionnalisation des résultats de l’étude qui doivent constituer une base pour l’évaluation des options stratégiques à mettre en œuvre au quotidien pour cheminer vers le futur désiré. Quant à la 3e recommandation, elle porte sur le développement d’une culture prospective aussi bien au niveau des secteurs ministérielles qu’au niveau de l’ensemble de la société. Une telle culture, aujourd’hui plus qu’hier, est indispensable pour comprendre l’évolution rapide et complexe de la société et du monde environnant et de tracer des pistes vers un avenir consensuel toujours amélioré et enfin la mise en place d’une cellule de veille prospective.
Par Claude ROMBA

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