L'opinion N°427
du 14 au 20 décembre 2005

ACTUALITE

23e Sommet Afrique-France

Ne décevez pas votre jeunesse

«La jeunesse, ses aspirations, sa vitalité, sa créativité», tel a été le thème du 23e Sommet Afrique-France que le Mali a abrité les 3 et 4 décembre derniers. Thème à défis complexes, thème à enjeux multiples, thème tout simplement d’actualité, car la jeunesse constitue une équation à résoudre tant pour les dirigeants d’Afrique que de France.

De l’urgence avec laquelle seront traduites en actes concrets les résolutions issues du Sommet dépendra le comportement de la jeunesse aux abois, et en quête de repères de perspectives et d’espoirs. Et pour cause, les images se bousculent encore dans nos têtes. Celles des jeunes Africains prenant d’assaut les barbelés des enclaves de Ceuta et Melilla. Des images qui ont fait le tour du monde. Images dans lesquelles on voit de jeunes Africains «fuir» le continent en tentant de passer le mur vers un improbable eldorado. Certains y ont laissé la vie, d’autres qui ont survécu par miracle gardent dans leur corps, leur chair et certainement dans leur âme des plaies qui mettront certainement du temps avant de se cicatriser. Les plus téméraires et les plus pessimistes qui pensent qu’ils n’ont plus d’avenir sur le continent, ont juré de repartir, advienne que pourra. D’autres images, celles de ces jeunes Français mettant le feu dans certaines banlieues françaises. Tous des jeunes, certes aux réalités différentes, aux motivations différentes, mais, la même quête, les mêmes espérances : plus d’opportunités pour leur avenir, plus de propositions concrètes de la part de leur gouvernement, bref, plus d’engagement véritable que de verbiage. La sortie des jeunes à ce sommet, plus qu’un message est un cri de cœur : «nous ne voulons plus de déclarations, et d’énièmes plans d’action, mais plutôt des mesures politiques structurées et opérationnelles adoptées par les Etats en vue d’améliorer effectivement les conditions de la jeunesse africaine», dira la représentante de la jeunesse africaine. Celle française n’a pas pris la parole à Bamako puisqu’elle n’y était pas, mais ces jeunes des banlieues françaises demandent-ils pas plus que leurs camarades «d’outre mer» ? C’est dire donc que les conclusions de la rencontre de Bamako sont plus qu’attendues par des millions d’âmes pour qui ce Sommet ne doit pas sonner comme la grand-messe dont parlent tant ses pourfendeurs. En effet, les conclusions des travaux de chefs d’Etat d’Afrique et de France annoncent de grandes perspectives pour la jeunesse, mais encore faut-il qu’elles soient traduites dans le concret, ce qui n’est pas une mince affaire. En ce qui concerne le cas du Burkina Faso, beaucoup de projets ont été initiés à l’endroit des jeunes, mais cela est loin d’être suffisant. Que ce soit le projet «1000 jeunes filles», celui des Engagements nationaux, ou des différents fonds d’appuis, ils ont, il n’y a pas à en douter, fait des heureux et pour cela les efforts du gouvernement sont très appréciables, mais loin de satisfaire la demande qui est de plus en plus croissante.
Les chefs d’Etat au Sommet de Bamako ont pris l’engagement de relever le défi en conjuguant leurs efforts et en y impliquant les jeunes eux-mêmes qui du reste sont incontournables dans la mise en œuvre de tout projet les concernant. Les leaders africains et de France se sont engagés à offrir un cadre agréable et de meilleures perspectives aux jeunes d’Afrique et de France. Si cela se traduit dans le concret, les jeunes verront d’autres images de l’Afrique. Une Afrique qui agit pour être présente, une Afrique qui se soucie de sa jeunesse et qui bataille pour lui offrir une autre alternative que celle des sentiers de l’aventure, de l’exil.
C’est dire qu’il n’y a pas de repos qui vaille et que, tous, autant qu’ils étaient à Bamako, doivent d’ores et déjà s’être mis au travail car comme l’a soutenu Mme Marie Tamoifo N’KOME, représentant des jeunes : «Nous sommes dans l’urgence, dans l’obligation d’avancer. Si les politiques ne s’occupent pas de la jeunesse, le vent du changement, en contexte démocratique, conduira la jeunesse à s’occuper des politiques afin que les engagements aient un sens». Cet avertissement n’est certainement pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Plus que tout autre, ATT est interpellé pour agir auprès de ses pairs pour qu’ils traduisent dans les faits leurs engagements. C’est en cela que ce sommet ne sera pas qu’un de plus.
Par Frédéric ILBOUDO

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