| Ne
décevez pas votre jeunesse
«La jeunesse, ses aspirations,
sa vitalité, sa créativité», tel
a été le thème du 23e Sommet Afrique-France
que le Mali a abrité les 3 et 4 décembre derniers.
Thème à défis complexes, thème
à enjeux multiples, thème tout simplement d’actualité,
car la jeunesse constitue une équation à résoudre
tant pour les dirigeants d’Afrique que de France.
De
l’urgence avec laquelle seront traduites en actes concrets
les résolutions issues du Sommet dépendra le
comportement de la jeunesse aux abois, et en quête de
repères de perspectives et d’espoirs. Et pour cause,
les images se bousculent encore dans nos têtes. Celles
des jeunes Africains prenant d’assaut les barbelés
des enclaves de Ceuta et Melilla. Des images qui ont fait
le tour du monde. Images dans lesquelles on voit de jeunes
Africains «fuir» le continent en tentant de passer
le mur vers un improbable eldorado. Certains y ont laissé
la vie, d’autres qui ont survécu par miracle gardent
dans leur corps, leur chair et certainement dans leur âme
des plaies qui mettront certainement du temps avant de se
cicatriser. Les plus téméraires et les plus
pessimistes qui pensent qu’ils n’ont plus d’avenir sur le
continent, ont juré de repartir, advienne que pourra.
D’autres images, celles de ces jeunes Français mettant
le feu dans certaines banlieues françaises. Tous des
jeunes, certes aux réalités différentes,
aux motivations différentes, mais, la même quête,
les mêmes espérances : plus d’opportunités
pour leur avenir, plus de propositions concrètes de
la part de leur gouvernement, bref, plus d’engagement véritable
que de verbiage. La sortie des jeunes à ce sommet,
plus qu’un message est un cri de cœur : «nous ne voulons
plus de déclarations, et d’énièmes plans
d’action, mais plutôt des mesures politiques structurées
et opérationnelles adoptées par les Etats en
vue d’améliorer effectivement les conditions de la
jeunesse africaine», dira la représentante de
la jeunesse africaine. Celle française n’a pas pris
la parole à Bamako puisqu’elle n’y était pas,
mais ces jeunes des banlieues françaises demandent-ils
pas plus que leurs camarades «d’outre mer» ? C’est
dire donc que les conclusions de la rencontre de Bamako sont
plus qu’attendues par des millions d’âmes pour qui ce
Sommet ne doit pas sonner comme la grand-messe dont parlent
tant ses pourfendeurs. En effet, les conclusions des travaux
de chefs d’Etat d’Afrique et de France annoncent de grandes
perspectives pour la jeunesse, mais encore faut-il qu’elles
soient traduites dans le concret, ce qui n’est pas une mince
affaire. En ce qui concerne le cas du Burkina Faso, beaucoup
de projets ont été initiés à l’endroit
des jeunes, mais cela est loin d’être suffisant. Que
ce soit le projet «1000 jeunes filles», celui
des Engagements nationaux, ou des différents fonds
d’appuis, ils ont, il n’y a pas à en douter, fait des
heureux et pour cela les efforts du gouvernement sont très
appréciables, mais loin de satisfaire la demande qui
est de plus en plus croissante.
Les chefs d’Etat au Sommet de Bamako ont pris l’engagement
de relever le défi en conjuguant leurs efforts et en
y impliquant les jeunes eux-mêmes qui du reste sont
incontournables dans la mise en œuvre de tout projet les concernant.
Les leaders africains et de France se sont engagés
à offrir un cadre agréable et de meilleures
perspectives aux jeunes d’Afrique et de France. Si cela se
traduit dans le concret, les jeunes verront d’autres images
de l’Afrique. Une Afrique qui agit pour être présente,
une Afrique qui se soucie de sa jeunesse et qui bataille pour
lui offrir une autre alternative que celle des sentiers de
l’aventure, de l’exil.
C’est dire qu’il n’y a pas de repos qui vaille et que, tous,
autant qu’ils étaient à Bamako, doivent d’ores
et déjà s’être mis au travail car comme
l’a soutenu Mme Marie Tamoifo N’KOME, représentant
des jeunes : «Nous sommes dans l’urgence, dans l’obligation
d’avancer. Si les politiques ne s’occupent pas de la jeunesse,
le vent du changement, en contexte démocratique, conduira
la jeunesse à s’occuper des politiques afin que les
engagements aient un sens». Cet avertissement n’est
certainement pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Plus
que tout autre, ATT est interpellé pour agir auprès
de ses pairs pour qu’ils traduisent dans les faits leurs engagements.
C’est en cela que ce sommet ne sera pas qu’un de plus.
Par Frédéric ILBOUDO
Retour au sommaire
.
|