| Au-delà
des «certitudes» vite établies
Nonobstant toutes les passions qu’elle
déchaîne, l’affaire Norbert ZONGO devrait connaître
un dénouement judiciaire dans l’intérêt
bien compris de tous. Dans celui du pouvoir tout d’abord qui
la traîne comme un boulet et dont la crédibilité,
pour avérée qu’elle soit, ne souffre pas moins
de cette situation. Dans l’intérêt ensuite du
Collectif qui verra ainsi sa «lutte contre l’impunité»
couronnée, même si cette occurrence n’est pas
pour plaire à tout le monde. Dans l’intérêt
enfin de la famille de la victime pour des raisons évidentes..
Disons-le
sans détour, «l’affaire Norbert ZONGO»
est née d’un malentendu ou d’une méprise, c’est
selon.
Lorsque le journaliste était, assassiné en rase
campagne le 13 novembre 1998, aucun élément,
ni matériel, ni intentionnel, ne permettait de désigner
des suspects. Bien sûr, du fait que le journaliste enquêtait
sur l’affaire David OUEDRAOGO qui concernait un proche parent
du président du Faso, une certaine opinion en était
arrivée à la conclusion que le pouvoir avait
tout intérêt à le faire taire. Une vision
quelque peu simpliste si tant est que le journaliste avait
fini son «enquête» dans l’affaire David
OUEDRAOGO, en la relatant avec moult détails (quoique
certains fussent faux) tout au long de l’année 1998.
Vous conviendrez que ce n’est pas au moment où quelqu’un
a fini de «vider son sac» qu’il faut l’abattre,
le mal, si mal il y a, étant déjà fait.
Pour parler comme un magistrat instructeur, le témoin
Norbert ZONGO n’était plus «intéressant»
et il n’y avait plus lieu de l’entendre, lui qui en était
arrivé au stade de lieux communs et des redites, le
tout enrobé sous une titraille «choc».
Du «pipeau» donc, et, il fallait le laisser courir
d’autant qu’il était devenu une sorte de «poil
à gratter» qui permettait de corriger certaines
situations. L’élément intentionnel ne pouvait
donc exister au niveau du pouvoir, surtout que Blaise COMPAORE
venait d’être brillamment réélu et que
le Burkina Faso s’apprêtait à accueillir un mini-sommet
de l’OUA. Prendre le risque d’occire un journaliste aussi
célèbre à cette époque ne pouvait
relever que du sadomasochisme. On ne scie pas la branche sur
laquelle on est assis et le sergent NAON Babou l’a dit lors
de son procès, «ceux qui ont tué Norbert
ZONGO, sont contre Blaise COMPAORE». C’est vrai que
le naïf Sergent Babou n’est pas un exemple de raisonnement
et de jugement, mais, en l’occurrence il n’était pas
loin de la vérité. Norbert ZONGO, «cheval
de Troie» pour prendre la citadelle du pouvoir, l’hypothèse
est plausible surtout que les actes qui ont précédé
et suivi la commission du crime vont dans ce sens.
Explorer toutes les pistes
Il vous souviendra qu’une semaine avant son assassinat, Norbert
ZONGO avait échappé de peu à un empoisonnement
suite à un repas pris avec des «amis sûrs»
à Kaya. Des amis qui ne se recrutent pas dans les cercles
du pouvoir et dont certains sont si embarrassés par
cette affaire qu’ils en ont perdu la mémoire. «La
piste de Kaya» comme nous l’appelions à l’époque
mérite d’être revisitée car elle peut
réserver bien de surprises. De même, au lendemain
de l’assassinat de notre confrère, des milliers de
T-shirt à son effigie avait inondé les rues
au cours de la première manifestation du collectif
alors en gestation. Bien sûr, le monde a fait des progrès
et l’on peut imprimer des T-shirt «wassa-wassa»,
mais en l’occurrence, certains sont allés plus vite
que la musique. Ce sont là quelques éléments
matériels que le magistrat instructeur devra prendre
en compte dans son enquête plutôt qu’accepter
les œillères que certains veulent lui mettre. Du reste,
Germain Bittiou NAMA, notre confrère, après
avoir dans un premier temps pointé un doigt accusateur
sur le pouvoir, est revenu à d’autres hypothèses
suites à sa rencontre avec Marcel KAFANDO, alors fraîchement
inculpé. Notre confrère en est arrivé
à émettre l’hypothèse du complot contre
le pouvoir, ce qui est une évolution notable chez un
homme jusque-là arc-bouté sur ses «convictions».
C’est dire que le collectif qui veut «djafoul»
lors du 7ème anniversaire du décès de
Norbert ZONGO, a d’autres objectifs que la lutte contre l’impunité
brandie à bout de bras.
La pression populaire (?) sur la justice n’a jamais fait avancer
un dossier, surtout lorsque celui-ci est quasiment vide. Car,
ne n’oublions pas, c’est sur la base de témoignages
contradictoires sur son emploi du temps que Marcel KAFANDO
a été inculpé, motif qui ne saurait fonder
la conviction d’un magistrat sérieux dans sa prise
de décision. Quand on sait que le crime a eu lieu en
décembre 1998 et que lesdits témoignages ont
été faits des mois plus tard, on peut comprendre
qu’ils ne concordent pas.
La commission d’enquête indépendante qui investiguait
sur l’assassinat du journaliste l’a d’ailleurs dit, «avec
le temps, la mémoire s’est étiolée».
Le collectif défend donc «son champ de café»
(dixit Tibo NANA) et l’on comprend que le procureur général
Abdoulaye BARRY refuse que l’on «marche» sur le
palais de justice pour cette raison. C’est de sérénité
qu’a besoin le juge «Wens» pour faire son boulot,
plutôt que de ces «grand’messes» incantatoires
annuelles. De la responsabilité donc, pour qu’au delà
des certitudes vite établies, le dossier Norbert ZONGO
soit élucidé dans l’intérêt de
tous comme indiqué. Laissons donc le temple de Thémis
aux mains de ses enfants.
Par Alpha YAYA
Marche sur le palais
de la justice
L’excès de liberté tue
la liberté
Au Burkina Faso, la liberté
de manifestation, de rassemblement, de presse, d’opinion,
bref la liberté tout simplement est garantie par la
constitution.
Conséquence, tout ce qui a trait à la liberté
est non seulement une réalité mais se défend,
s’affirme et se confirme tous les jours depuis l’adoption
de la constitution de 1991. Toute chose qui devrait, en principe,
permettre aux uns et aux autres d’avoir aussi à l’esprit
autant leurs droits que leurs devoirs, non seulement vis à
vis de l’Etat mais aussi de la démocratie avec ses
exigences.
Au pays des hommes intègres, certains et ils sont
nombreux, ont tellement bien compris cette notion de liberté
qu’ils se croient tout permis. Si ces derniers étaient
des citoyens lambda ou des messieurs «tout le monde»,
ils pouvaient par rapport à la faute ou à la
bévue bénéficier de circonstances atténuantes.
Malheureusement et c’est ce qui est fort regrettable et dangereux
pour notre jeune démocratie, en général,
les responsables de telles ou telles forfaitures sont ceux
qu’on appelle «pompeusement» les intellectuels.
Ils se servent toujours de paravent pour masquer leur dessein
inavoué qui est toujours une volonté de nuire.
En effet, il faut avoir le courage de le dire, quand la paix
sociale règne, quand le Burkina est félicité
pour telle ou telle avancée dans n’importe quel domaine,
cela dérange, cela fait perdre le sommeil à
des Burkinabè qui ne vivent que par et pour la chienlit,
le désordre et les échecs. Que veut prouver
par exemple un «Nayab», candidat à la présidentielle,
qui se fait établir plusieurs cartes d’électeurs
? Que veut prouver cet autre candidat, BOUDA, quand il dépose
pour sa caution à la présidentielle un chèque
en bois ? Ce sont des comportements ni n’honorent ni leurs
auteurs encore moins la démocratie.
Liberté oui mais…
Le collectif de Halidou OUEDRAOGO pour le 7ème anniversaire
du drame de Sapouy, contre toute attente, décide de
marcher sur le palais de justice pour demander, si ce n’est
pas pour exiger le bilan de l’affaire Norbert ZONGO. Dans
quel pays sommes-nous ? Au Burkina Faso ; parce que dans ce
pays on a tellement compris la liberté qu’on se croit
tout permis. On a encore en mémoire, cette volonté
du même collectif qui, il y a de cela quelques années,
avait décidé de marcher sur la présidence
du Faso pour a peu près le même objectif.
Ces comportements peu orthodoxes à répétition
sont nuisibles pour notre jeune démocratie. Venant
de la part du collectif, l’objectif, on le sait : c’est à
coup sûr une volonté manifeste de créer
des affrontements avec les forces républicaines qui,
c’est certain, joueront leur partition. Et c’est encore les
mêmes qui vont nous chanter que la justice n’est pas
indépendante.
Comment le sera t-elle si chaque jour elle est victime de
pressions diverses de la part de ceux-là mêmes
qui crient qu’elle n’est pas indépendante ? Quel est
ce pays où des individus peuvent décider de
marcher sur la justice pour exiger le traitement rapide d’un
dossier ? Ces comportements, à la limite liberticides,
venant de ceux-là même qui prétendent
défendre la justice et les droits de l’homme sont une
grave entorse à notre processus démocratique.
Que Halidou OUEDRAOGO et ses alliés marchent, courent…
dans les rues de Ouaga, cela peut se comprendre mais qu’ils
décident de marcher sur une institution républicaine,
pilier de notre démocratie, cela est condamnable.
En tous cas convaincus avec Saint-Jean PERSE (1889-1975) que
la démocratie, plus qu’aucun autre régime, exige
l’exercice de l’autorité, il est certain que la République
se fera respecter avec la manière qui sied.o
Par Ben Alex BEOGO
M. Abdoulaye BARRY
: Procureur général près
la Cour d’appel de Ouagadougou
“Le nombre de dossiers pendants
a considérablement diminué…”
Le 7e anniversaire du drame de Sapouy s’est déroulé
dans le recueillement pour les uns, la marche pour les autres.
Comme il est de coutume depuis un certains nombre d’années
le dossier Norbert ZONGO et bien d’autres s’invitent dans
le débat socio politique à l’approche du 13
décembre. Pourtant bien d’effort sont accomplis par
les hommes de justice et à tous les niveaux pour que
ces affaires dites pendantes connaissent leur dénouement.
Nous avons rencontré le Procureur général
près de la Cour d’appel de Ouagadougou, M. Abdoulaye
BARRY , pour en savoir plus.
Monsieur
le Procureur général, comme il est de coutume
depuis maintenant quelques années, chaque 13 décembre,
les questions sur les dossiers dits pendants s’invitent dans
les débats sur la situation socio-économique
et politique de notre pays. Quel bilan pouvez-vous faire sur
l’évolution de ces dossiers ?
Abdoulaye BARRY (A.B) : Je vous remercie de me donner
cette opportunité de revenir sur certains points évoqués
dans mon point de presse. Il faut d’abord dire qu’au niveau
de la justice, nous avons décidé depuis quelques
temps de communiquer régulièrement avec la presse.
La justice a décidé de communiquer, ce qui manquait
dans le temps, ce qui permet aux magistrats de donner de temps
en temps des informations sur les dossiers qui retiennent
l’attention du public.
Cette année nous n’avons pas eu l’occasion de rencontrer
la presse immédiatement après la rentrée
judiciaire. Naturellement, à chaque fois que nous rencontrons
la presse, il y a des dossiers sur lesquels nous revenons
régulièrement, les dossiers dits pendants. Fort
heureusement, le nombre de ces dossiers a considérablement
diminué ; aujourd’hui on cite quelques dossiers seulement,
bien sûr le gros dossier est là, celui de Norbert
ZONGO. En dehors de ce dossier, on cite le dossier Flavien
NEBIE, et dans une moindre mesure, le dossier Michel CONGO.
C’est en gros ces trois dossiers, là qui peuvent être
considérés aujourd’hui comme des dossiers pendants.
Il faut dire que pour ces dossiers, celui de Michel CONGO
a déjà connu une clôture de l’information,
à savoir qu’à ce niveau le dossier est bouclé,
il est actuellement dans la procédure interne, donc
sera conduit devant la chambre criminelle et l’on peut d’or
et déjà dire que l’essentiel est fait puisqu’il
nous reste juste la phase de jugement. Pour les autres dossiers,
Norbert ZONGO et Flavien NEBIE, ceux-ci sont toujours en cours
d’instruction. Le premier, celui de Norbert ZONGO est, vous
le savez, avec le juge Wenceslas ILBOUDO, qui mène
son enquête. Il a entendu au moins 200 personnes jusqu’ici.
Au cours de l’année 2005, il a fait d’autres auditions
notamment concernant Babou NAON, concerné dans la tentative
ce coup d’Etat et qui a fait des déclarations lors
du procès au niveau du tribunal militaire. Il a dû
entendre également le Directeur de publication de l’Indépendant,
M. Liermé SOME, qui avait fait un dossier spécial
sur le sujet. Mais toutes ces déclarations n’ont pas
abouti au niveau du juge instructeur à des conclusions
sérieuses. D’autre part, la maladie de Marcel KAFANDO,
seul inculpé dans ce dossier, ne lui a pas permis de
le réentendre, mais selon les informations, ce dernier
se remet un peu de sa maladie et si tout va bien, le juge
pourrait le réentendre. Pour l’instant, la maladie
de Marcel KAFANDO fait que l’instruction est un peu ralentie,
elle ne s’est pas arrêtée car l’état de
l’intéressé ne peut nullement l’empêcher
de poursuivre son cours normal quand bien même celui
est au centre de l’information. Cela n’empêche donc
pas l’instructeur de poser des actes en attendant de revenir
sur l’inculpé lui-même.
Voilà en gros comment ces dossiers sont traités
au niveau de la justice et ce sont ces informations que nous
avons jugé utile de donner à l’opinion publique.
Outre les dossiers criminels, il y a aussi des dossiers
qui concernent des détournements de deniers publics.
Où en êtes-vous avec les cas de la construction
du barrage de la Bougouriba, de l’hôpital Sourou SANON,
etc ?
A.B : Au cours de l’année 2005, la justice
a été saisie pour des affaires de détournements,
ou de malversations qui peuvent être considérées
comme assez importantes puisque cela concerne plusieurs centaines
de millions de francs. Il y a tout d’abord le dossier de la
Croix-rouge où des détournements et des malversations
de plusieurs centaines de millions nous ont été
rapportés par les services de l’inspection d’Etat.
Ce dossier fait l’objet d’une information et le juge a posé
déjà des actes concrets puisque il y a des personnes
qui ont été déjà placées
sous mandat de dépôt. Il y a également
le dossier du barrage de la Bougouriba, là aussi il
y a eu détournement et pour lequel, une information
a été ouverte. Il y a enfin le dossier de l’hôpital
Sourou SANOU de Bobo-Dioulasso où une information a
été ouverte parce qu’il y a eu des malversations
à ce niveau également. En plus de ces dossiers,
nous en avons d’autres dossiers, cette fois pas financiers,
mais de vivres. Vous avez certainement entendu parler de ce
cas où l’ex-haut commissaire de l’Oudalan ainsi qu’un
certain nombre de préfets ont été interpellés
et se trouvent aujourd’hui en détention au niveau de
la MACO.
Ce dossier cependant n’est pas géré au niveau
du parquet, mais au niveau de la Cour de cassation parce qu’en
ce qui concerne les hauts-commissaires et les préfets,
il y a une procédure spéciale. Ces affaires
sont donc traitées actuellement au niveau de la Cour
de cassation. Il s’agit là aussi d’une information
puisque c’est un magistrat de cette cour qui a été
désigné pour instruire le dossier.
Le Collectif a annoncé une descente sur le
palais de justice pour dit-il «demander le bilan de
l’instruction du dossier Norbert ZONGO». Votre réaction.
A.B : Nous estimons qu’on ne peut pas admettre, en
l’état actuel des choses et même en dehors de
cet état du reste, que des individus s’organisent pour
venir demander des comptes à un juge d’instruction.
On n’a jamais vu ça dans les annales judiciaires, ici
au Burkina, encore moins ailleurs dans le monde. Par principe
et selon la procédure pénale, le juge d’instruction
ne communique jamais parce qu’il y a ce qu’on appelle le secret
de l’instruction. Le juge n’a même pas, également,
le droit de donner des éléments d’informations
sur son dossier. Donc, sur le plan légal ce n’est déjà
pas possible. Sur le plan simplement même des revendications,
je pense qu’on ne peut pas permettre à ces individus-là
de venir au palais de justice pour obliger les juges d’une
certaine manière à donner l’état d’avancement
des dossiers. C’est la pire forme de pression qu’on puisse
exercer sur la justice. Il y a quelques années de cela,
nous avons subi ces types de pressions voire même des
agressions, puisque, à l’occasion du procès
des étudiants, des individus sont rentrés comme
ça au palais où ils ont cassé des portes,
menacé des juges, injurié des agents ; aujourd’hui
encore, les traces de ce passage-là sont visibles au
niveau du palais. Je crois que cet état des choses
ne peut plus être accepté et en tout cas, nous
avons pris toutes les dispositions pour que cette marche sur
le palais de justice n’ait pas lieu et nous sommes restés
ferme à ce sujet.
Le thème retenu par la rentrée judiciaire
2005-2006 est : «la déontologie du magistrat».
Qu’est-ce qui a motivé le choix d’un tel thème
et quels sont les objectifs poursuivis ?
A.B : En ce qui concerne le thème de la rentrée
judiciaire, je pense qu’il faut le lier à l’actualité
judiciaire en général. Vous savez que la justice
depuis quelques temps a fait l’objet de critiques, on lui
reproche notamment d’être corrompue, si bien qu’au niveau
du Conseil supérieur de la magistrature, la décision
avait été prise de mettre en place un comité
chargé de faire un rapport sur la question. Ce rapport
a été fait, et le Conseil supérieur de
la magistrature en a tiré les conclusions. Vous voyez
que la déontologie du magistrat devant être discutée
après un tel constat n’était pas un fait innocent;
il fallait que dans la même lancée, les magistrats
puissent se rappeler des règles déontologiques
qui gouvernent leur profession.
L’objectif poursuivi est de faire en sorte que le magistrat
puisse se comporter comme le dicte la déontologie c’est-à-dire
en digne et loyal magistrat comme il est dit dans le serment.
Quel bilan pouvez-vous tirer de l’année judiciaire
2004-2005 ?
A.B : Le bilan qu’on peut faire, c’est que, dans
son ensemble, la justice a fonctionné normalement.
En janvier 2006 par exemple les Assises criminelles ont permis
de juger Saul TRAORE, l’égorgeur des filles, ce dossier
était extrêmement important au regard de la psychose
et de l’émoi qu’il avait provoqué en son temps
chez beaucoup de Burkinabè. Dans l’ensemble, la justice
a fonctionné normalement et je pense que si nous continuons
comme ça à travailler dans la sérénité,
la justice pourra redorer son blason.
Que répondez-vous à ceux qui demandent
l’abrogation de la peine de mort ?
A.B : Vous savez, la peine de mort en tant que sanction
est une question d’actualité, et c’est un sujet qui
a fait l’objet de débat dans beaucoup de pays. Il y
a des pays où elle a été supprimée,
il y a aussi des pays où elle demeure et c’est le cas
de notre pays. Elle a certainement son fondement juridique,
aujourd’hui pour des raisons philosophiques, sociales, pour
des raisons de protection des droits humains, certaines personnes
estiment que la peine de mort doit être supprimée
au Burkina Faso. Mais il y a aussi de l’autre côté
ceux qui souhaitent qu’elle soit maintenue et surtout qu’elle
soit exécutée. Je rappelle d’ailleurs que la
peine de mort n’a pas été exécutée
au Burkina depuis 1978. Face aux agressions multiples où
des citoyens perdent la vie, où les gens coupent les
routes dans les campagnes, tuent sans vergogne, tirent sans
sommation, est-ce qu’il faut maintenir cette sanction et l’appliquer
effectivement à ces délinquants ? Voilà
la question. Moi personnellement, en tant que magistrat j’ai
mon point de vue personnel et je pense que chacun a son appréciation
de la question.
On parle de plus en plus de l’application de peines
de TIG (Travaux d’intérêts généraux)
dans notre pays. En quoi cela consiste et comment cela se
fera-t-il sur le terrain ?
A.B : Les TIG, sont des peines que nous avons conçues
dans l’arsenal judiciaire et qui vont être expérimentées
dès janvier 2006. Ce sont des peines alternatives qui
vont se substituer aux peines de détentions dans les
maisons d’arrêt et de correction. Comme son nom l’indique,
le TIG va consister à condamner un individu qui a commis
une infraction de moindre importance, un petit délit,
à un travail d’intérêt général
selon son profil professionnel. Pendant un certain temps (durée
de la peine) l’individu sera amené à accomplir
des tâches selon ses compétences dans un endroit
désigné par le juge afin de s’amender. Il est
avec sa famille, mais il a l’obligation d’accomplir un certain
nombre de tâches au profit de la communauté,
une façon de réinsérer l’individu dans
la société en lui évitant le carcan de
la maison d’arrêt.
M. le procureur général, s’il est un
débat qui intéresse beaucoup aujourd’hui dans
la sous-région, c’est celui relatif au dossier Hissen
HABRE. Quels sont vos opinions sur les différentes
facettes de cette affaire :la question de l’incompétence
des juridictions sénégalaises, de l’extradition
vers la Belgique ?
A.B : Sur ce point, il m’est un peut difficile je
l’avoue, de faire une appréciation technique du dossier
puisque je ne le connais pas. Comme vous le savez, nous, nous
travaillons sur des pièces et il est difficile d’apprécier
cela techniquement parlant. Maintenant, de façon générales,
quand on parle de l’extradition, c’est une procédure
judiciaire prévue par les textes, que ce soit les législations
nationales, internationales, des relations bilatérale,
etc… Ce sont des dispositions qui existent. Cela dépend
également des engagements que chaque Etat a conclus
avec les autres Etats. Certainement que le Sénégal
a dû signer des conventions à partir desquelles
on estime qu’il doit pouvoir extrader Hissen HABRE. Si je
dois faire une appréciation personnelle en tant qu’Abdoulaye
BARRY… Vous voyez, tout le monde est embarrassé au
Sénégal, que ce soit le politique ou le judiciaire,
et aujourd’hui ça semble être l’Union africaine
qui va trancher sur la question. Je pense que le cas Hissen
HABRE repose le problème de rapports entre l’Afrique
et l’Europe et à partir de ce moment, on peut se poser
des questions. Que se serait-il passer si c’est un Etat africain
qui demandait l’extradition d’un ancien chef d’Etat européen
? Cela est-il faisable ? Cela est-il envisageable ? De mon
point de vue, Hissen HABRE est ce qu’il est, mais il reste
avant tout un ancien chef d’Etat et quand on va l’extrader,
c’est quand même un ancien chef d’Etat qu’on va livrer
à une justice étrangère !
Par Frédéric ILBOUDO
Collectif
Vaine recherche d’une seconde
jeunesse
C’est par une déclaration et une conférence
de presse que le Collectif des organisations démocratiques
de masses et des partis politiques que dirige Halidou OUEDRAOGO
a annoncé les couleurs. Comme chaque année depuis
7 ans, il entend prouvé son existence en se rappelant
au souvenir des uns et des autres mais aussi et surtout de
celui des «bailleurs de fonds» qui ont fini de
comprendre que «la lutte contre l’impunité»
de certains parangons de vertus n’est ni plus ni moins qu’un
commerce honteux, pour ne pas dire crapuleux. D’ailleurs n’est-ce
pas l’autre qui était du groupe qui a dit que c’est
devenu «un champ de cacao» pour eux ? En tout
cas, les soubresauts actuels de ce Collectif suscitent moult
interrogations.
En réalité pour beaucoup, le Collectif dont
la virulence s’est éteinte du fait de conditions objectives
qui militaient à cela n’est plus que l’ombre de lui-même,
même si ses géniteurs refusent de dire la messe
de requiem. C’est pour cela qu’il faut à Halidou OUEDRAOGO
et son Etat-major expliquer la situation qui se vit pour espérer
convaincre et remobiliser la base pour la relance des activités.
Ainsi, au cours de la conférence de presse tenue à
cet effet, le patron du Collectif fera comprendre que deux
raisons qu’il juge essentielles militent à émousser
les efforts dans leur lutte «il y a le contexte socio-économique
difficile marqué par la misère des populations…
ce qui peut jouer sur la mobilisation», et il y a que
«les manifestations nécessitent des moyens (NDLR
: financiers)». Et l’homme de conclure en cela sur un
ton dubitatif : «Si nous les obtenons comptez sur nous
pour renouer avec celles-ci». Pour des justifications,
c’est vraiment tiré par les cheveux et il va falloir
aux responsables du Collectif, repasser. Ces lieux communs,
on les connaît depuis… Même si les moyens étaient
au départ à la mesure de l’ambition, le contexte
socioéconomique était-il fondamentalement différent
? Et pourtant, les choses semblaient bien marcher.
Les raisons objectives pour
la baisse de régime voire la mort du Collectif
En réalité le problème est plus profond
que les explications superficielles et les fuites en avant
de Halidou OUEDRAOGO. Le déclin du collectif puise
sa source d’abord dans la composition de l’organisation mais
aussi du fait que les «financiers» de l’ombre
ont finalement compris qu’il n’y a pas de sincérité
dans la lutte. Il faut dire que la seconde raison citée,
qui du reste est le pendant de celle, financière avancée
par Halidou OUEDRAOGO, semble la plus déterminante
dans la situation inconfortable du Collectif. Beaucoup de
militants sincères de la lutte contre l’impunité
et pour la promotion des droits de l’homme ne se sont-ils
pas sentis abusés lorsqu’ils lisent à travers
les comportements de leurs meneurs une volonté manifeste
d’exploiter des deuils pour se faire une place honorable au
soleil ? Le «champ de cacao» (dixit Tibo NANA)
a en tout cas été très productif pour
certains responsables du collectif qui ont pu s’embourgeoiser
au grand dam de leurs compagnons «prolétaires»
qui attendent toujours de l’Etat (quoiqu’il soit le monstre
à abattre) qu’il fasse leur fortune.
Aujourd’hui, il suffit seulement de regarder le train de vie
de certains responsables du collectif pour s’en convaincre.
La lutte contre l’impunité et la promotion des droits
de l’homme sont des domaines qui «marchent», ils
sont pour certains des business très lucratifs. Tout
dossier entrant dans ces domaines est vite pris en compte
et financé. Mais, l’expérience aidant, les bailleurs
commencent à comprendre et deviennent de plus en plus
réticents, d’où cet aveu : «les manifestations
nécessitent des moyens» qui ne suivent plus.
Au collectif, l’argent ne rentre donc plus comme avant. Pouvait-il
en être autrement quand les clauses du «contrat»
entre partenaires ne sont pas honnêtement respectées
? Quand de nobles causes sont prostituées pour des
intérêts bassement personnels ? Les compagnons
prolétaires et tous ces opprimés qui luttaient
sincèrement ne sont pas tous, dupes, ils ne boivent
pas l’eau par les narines ; voilà pourquoi la saignée
dans les rangs. Si la cagnotte ne profite qu’à la «nomenklatura»
du Collectif avec tous les effets induits de la lutte, ne
vaudrait-il pas mieux que chacun reparte s’occuper de son
jardin que l’herbe sauvage envahit ? Le raisonnement n’est
qu’aussi simple. L’objet donc de la lutte dévoyé,
les militants désabusés, les choses ne pouvaient
plus être roses pour le Collectif : financements très
insuffisants pour couvrir les besoins aussi nombreux que diversifiés,
découragement général dans les rangs.
Quant à la première raison sus citée,
elle montre que dès le départ, le collectif
avait semé les graines de son autodestruction. Ce regroupement
d’entités aux objets et aux méthodes de travail
différents s’imposant un même objectif pouvait-il
être longtemps viable ? La réponse, les responsables
du Collectif la savaient mais, très optimistes, ont
pensé que «leur chose» serait vite dans
le sac avant que le temps ait raison de la cohésion
du moment. Beaucoup sont les observateurs qui ont mal perçu
ce rassemblement hétéroclite où on retrouve
même des organisations rivales aux humeurs des premiers
dirigeants inconciliables. Partis politiques et organisations
de la société civile dans un même panier,
c’est comme si vous mettez des chats et des souris dans une
même cage. Dans un contexte où les «rouges»
du PCRV dictent leur loi et imposent leur suprématie
aux autres, il ne peut y avoir que «lutte de libération».
La leçon, on ne l’apprendra à personne. Déjà
en 2002, les fissures ont commencé à se faire
voir. En effet, pendant que certains prônaient le boycott
des législatives, d’autres ne l’entendaient pas de
cette oreille, d’où leur participation au grand dam
du manitou Halidou qui pour l’occasion n’a pas souhaité
«bonne chance à ces partis». Pourtant un
simple mot d’ordre aurait suffi pour attirer à «ces
partis» des milliers de voix potentielles qui auraient
pu changer plus sensiblement la physionomie de l’hémicycle.
En tout cas le constat a été que le Collectif
n’a pas été utile pour les acteurs politiques
qui s’y sont engouffrés quand il s’est agi de la lutte
pour laquelle ils ont, eux, leur raison d’être dans
l’arène politique.
Des soubresauts pour sauver
la face ou une véritable «réfondation»
?
Le Collectif, on le sait, n’a pas véritablement œuvré
au profit des partis politiques qui sont membres (conflits
de personnes ou divergences fondamentales ?). On est donc
surpris qu’il s’attribue la paternité des réformes
politiques et institutionnelles ; on croit rêver, puisqu’aucun
de ses membres n’a participé au processus. Le collectif
a même travaillé contre ces réformes.
N’est-ce pas ce qui a condamné certains responsables
à ne pouvoir valablement et de façon crédible
participer au débat qui avait cours avant la présidentielle
de novembre dernier ? Leur situation a quelque peu ressemblé
à celle de l’arroseur arrosé. En ayant choisi
de torpiller un processus qui a abouti malgré tout,
on se voit en train de subir ses résolutions qu’on
n’épouse pas et qu’on a pourtant eu la possibilité
de faire concevoir en sa faveur. Qu’on ne se trompe pas. Les
déclarations communes signées et publiées
dans la presse et le semblant d’entente qui se dégage
pendant les conférences de presse cachent mal la division
qui règne au sein du collectif. En effet, c’est un
constat, Halidou OUEDRAOGO et Me SANKARA par exemple ne sont
plus sur la même longueur d’onde. D’ailleurs au cours
d’une émission télé, le manitou a déclaré
qu’il ne connaît pas «Alternance 2005»,
mais le G14. Une déclaration qui veut tout dire et
qui devrait faire réfléchir plus d’un membre
de ce regroupement. Le temps faisant son œuvre, les partis
politiques ont finalement compris que leur salut est loin
du collectif mais sur le terrain politique à travers
des activités et surtout la participation aux scrutins
électorales. Me SANKARA et autres ne diront pas le
contraire. Pour avoir compris ainsi la donne, il n’est jamais
trop tard pour bien faire, ils sont en train de récolter
des dividendes politiques de leur démarcation des directives
de Halidou OUEDRAOGO. A coup sûr, après le 13
décembre, les partis politiques vont reprendre leurs
activités politiques amputant au Collectif ses membres
les plus valides. Les partis politiques ont compris, les militants
sincères des premières heures ont compris, les
bailleurs de fonds ont également compris. Les desseins
qui s’abritent derrière la lutte contre l’impunité
et la promotion des droits de l’homme sont démasqués
et personne ne veut plus se laisser duper.o
Par Ben Alex Béogo
Grève générale
de la mi-décembre
Vous avez dit surenchère ?
A l’invitation de centrales syndicales et de syndicats
autonomes, les travailleurs doivent observer une grève
générale les 15, 16, 17 décembre prochains,
pour protester contre «la vie chère et la dégradation
du pouvoir d’achat». Un nième mouvement qui vient
rappeler que certains syndicats (?) se sont spécialisés
ces dernières années dans la contestation politique
sous le couvert du corporatisme.
L’on ne fera injure à aucun travailleur en disant
que de nos jours, les conditions de vie ne sont pas dures.
On le dirait du reste que personne ne nous croirait avec le
cours du baril du brut qui s’est envolé ces derniers
mois, compliquant l’existence de l’économie mondiale
et partant celle de notre pays. Un pays qui sort, ne l’oublions
pas, d’une crise alimentaire qui a nécessité
du gouvernement des efforts accrus et qui souffre depuis trois
ans des effets collatéraux de la crise ivoirienne.
Avec l’invasion acridienne et la pluviosité moyenne
de l’avant-dernière campagne agricole, l’agriculture,
moteur de la croissance s’est «enrhumée»
avec les résultats que l’on sait sur le taux de croissance.
C’est dire que le gouvernement se livre à toute une
gymnastique pour faire face aux dépenses «basiques»
et le fait qu’il ait pu augmenter les salaires en 2005, n’est
rien moins qu’une prouesse. Même si certains ont qualifié
les taux de «dérisoires», il ne faut pas
manquer de louer cet effort dans un pays où tout est
prioritaire. Ce n’est pas de la démagogie, et ce qui
l’est, c’est plutôt cette réclamation d’une augmentation
de l’ordre de 25%, laquelle mettrait le budget à genoux.
Où trouver 30 milliards annuellement pour faire face
à cette dépense voilà la question. Sauf
à vouloir fermer hermétiquement les portes de
la fonction publique, à oublier la politique de promotion
du monde rural à travers la politique d’agriculture
et de santé de proximité et à faire une
croix sur les efforts en matière d’éducation,
on ne prendrait pas ce risque. Nos pseudo-syndicalistes le
savent mieux que quiconque, eux qui sont versés dans
les sciences économiques et ont montré qu’ils
savaient être retors au plan politique. Il vous souviendra
que la dernière grève avait comme par «hasard»,
eu lieu le 25 du mois. Les banquiers étant ceux qui
respectent le mieux les mots d’ordre de grève, on imagine
les cauchemars que certains travailleurs ont vécu le
mois dernier, la date du 25 étant vitale pour bien
de travailleurs. Une grève qui résonnait donc,
comme un acte de démobilisation des travailleurs de
la campagne électorale qui avait cours avec l’intention
de faire parler a posteriori les chiffres pour fustiger une
démocratie «croupion». Le manège
n’a pas pris et, Blaise COMPAORE, «l’ennemi public numéro
un», a été confortablement réélu.
Alors, cette fois-ci, on va en grève le 15 du mois
pour faire «sentir» aux militaires la même
douleur que leurs confrères civils le mois passé.
Avec cette fois-ci l’espoir secret d’une grogne au sein de
la grande muette dont certains manitous de l’ombre ont loué
les «bruits de bottes» une époque récente.
C’est dire que nos syndicalistes (certains en tous cas) ont
été instrumentalisés par de tartufes
politiciens qui recherchent depuis trois décennies
les conditions subjectives de leur «révolution
nationale démocratique et populaire».
Aux travailleurs honnêtes de le comprendre et de se
tenir à l’écart de ces «grèves
sauvages» qui interviennent au moment où le dialogue
n’a jamais été interrompu entre gouvernement
et partenaires sociaux. Nul doute que la citoyenneté
sans cesse grandissante dans notre pays saura faire barrage
aux desseins de ces sombres messieurs.
Par Alpha YAYA
Point de vue
VIIe Anniversaire du drame
de Sapouy
Du respect pour la mémoire
de Norbert Zongo !
A l’occasion du VIIè annversaire de l’assassinat
crapuleux de notre confrère Norbert ZONGO, nous avons
reçu l’article ci-dessous du Directeur de publication
du journal racine, Salifou OUEDRAOGO. L’homme semble avoir
bien connu le defunt et s’élève contre certains
agissements relatifs à cette affaire. Le moins que
l’on puisse dire, c’est qu’il n’ a pas la langue dans la poche.
Lisez plutôt.
Cela fait sept ans, jour pour jour (13 décembre 1998
– 13 décembre 2005) que notre aîné, ami
et confrère Norbert Zongo, alias Henri Sebgo et ses
compagnons de route ont été assassinés
dans des conditions inhumaines à Sapouy. Un acte ignoble,
orchestré et exécuté par des prédateurs
de la liberté d’expression et de la presse.
Au moment des faits, le peuple bukinabé, horrifié
par cette “chienlit”, a exprimé sa désapprobation
et son indignation de façon spontanée à
travers une manifestation historique. Un mouvement populaire
canalisé par un regroupement d’organisations de la
société civile et politique.
Baptisé Collectif des organisations démocratiques
de masses et des partis politiques (CODMPP), ce mouvement,
au regard de son caractère funéraire et de manifestation
populaire de deuil, a bénéficié de l’autorité
en charge des libertés individuelles et collectives
de notre pays un statut d’un “hors la loi ” pendant des années
pour protester et condamner cette barbarie criminelle.
Quoi de plus normal. Personne, même l'autorité
ne pouvait empêcher à l’époque le peuple
burkinabé, un peuple attaché à la liberté
d’extérioriser son indignation et de pleurer la fin
tragique d’un fils intègre, intrépide défenseur
du droit d’informer et de penser que fut Norbert Zongo.
Il faut l’avouer : le Collectif des organisations démocratiques
de masses et de partis politiques a fait œuvre utile par sa
détermination et sa constance dans la lutte pour rendre
justice à un journaliste sacrifié sous l’autel
des intérêts inavoués. Pour la justesse
de la lutte, les médias privés et publics ont
dans un élan solidaire et confraternel donné
à ce mouvement un engagement à la hauteur d’un
sacerdoce. Les journalistes ont souvent bafoué les
règles d’éthique et de déontologie de
leur profession pour accompagner le collectif dans son combat
depuis l’assassinat de leur confrère.
Le collectif a le mérite d’avoir contribué
à l’éveil de la conscience collective et nationale
autour de l’affaire Norbert Zongo
En tous les cas, le Collectif des organisations démocratiques
de masses et de partis politiques présidé par
Halidou Ouédraogo a le mérite d’avoir contribué
à l’éveil de la conscience collective et nationale
des Burkinabé autour de l’affaire Norbert Zongo.
La Commission d’enquête indépendante sur son
assassinat (CEI.), les réformes politiques et institutionnelles,
la Journée nationale de pardon et les assises criminelles
de la justice militaire sont autant des faits à mettre
à l’actif des luttes et revendications du CODMPP ;
mais ces faits tiennent aussi à une volonté
politique des autorités du Burkina Faso d’élucider
les circonstances de la mort de ce défenseur de la
démocratie universelle.
Les plus hautes autorités de notre pays ont voulu par
ces actions audacieuses apaiser les cœurs meurtris des fils
et filles de notre pays dans l’attente d’une décision
définitive de la justice sur le dossier Norbert Zongo
en cours d’instruction.
Cependant, au fil des années, le collectif tout puissant
de l’engagement à ses côtés des hommes
de médias, de la société civile, du peuple
burkinabé et de la communauté internationale
s'est mué progressivement sur le terrain en une organisation
douteuse et suspecte. Et cela avec la “bénédiction”
de l’autorité nationale chargée des libertés
collectives et politiques. Outre les revendications de départ
de vérité et de justice sur l’affaire Norbert
Zongo ; des revendications d’ordre syndical, politique, judiciaire,
économique et social sont insidieusement introduites
dans ses différentes lettres circulaires, en toute
impunité.
Pire, le Collectif des organisations démocratiques
de masses et partis politiques tout au long de sa croisade
contre l’ordre établi s’est érigé contre
la liberté d’expression et le droit de penser. Des
confrères dans l’exercice de leur métier ont
été traduits devant les juridictions par le
président du CODMPP et de surcroît président
du Mouvement burkinabé des droits de l’homme et des
peuples (MBDHP). Impensable !
Les médias qui ont voulu demeurer dans les normes professionnelles
de leur métier d’informer ont reçu aussi des
invectives des puissants dirigeants du CODMPP, les qualifiant
de médias à la solde des “pouvoirs assassins”.
Pourtant ils n’ont fait que leur devoir en rappelant au collectif
sa dérive subversive, dictatoriale et antidémocratique.
Au temps fort de la lutte, toute analyse ou commentaire journalistique
contraire à “l’idéologie” du CODMPP est sanctionné
par un “diafoul” à chacune des sorties de l’organisation
du grand frère Halidou Ouédraogo.
Le Journal Jeudi, l’Observateur Paalga, Sidwaya, l’Opinion,
le Pays, l’Hebdo du Burkina et bien d’autres confrères
n’oublieront pas de si tôt les diatribes des maîtres
à penser du puissant collectif. Toute chose contraire
à l’esprit de liberté et d’indépendance
de feu Norbert Zongo. Par son manque de lucidité et
de responsabilité, le collectif s’est vidé de
sa motivation première pour se proclamer en observatoire
de la presse nationale par une tentative de caporaliser les
journalistes et une invasion des salles de rédactions.
Il convient de rendre un hommage à David Sanhouidi
pour ses bons et loyaux services rendus à "L’Indépendant"
et à la nation entière
Nous avons été témoins des manœuvres
dilatoires d’infiltrer le journal "L’Indépendant"
dont la parution régulière est maintenue grâce
au courage et à la persévérance des collègues,
confrères et amis de Norbert Zongo après son
assassinat. Une infiltration pour imposer un diktat éditorial
au journal.
De grâce, du respect pour la mémoire de Norbert
Zongo. Mais ce rouleau compresseur pour une information à
sens unique n’a pas eu droit au chapitre sous la direction
de feu David Sanhouidi, directeur de publication de "L’Indépendant"
de décembre 1998 à mai 2001. M. Sanhouidi a
montré à l’occasion qu’il était l’héritier
légitime du patrimoine intellectuel du défunt
journaliste assassiné. Cela n'étonne pas : ce
jeune confrère a été forgé par
Norbert Zongo. Il fut celui là-même qui a reçu
de Norbert une panoplie de techniques d’investigation journalistique
et un enseignement pointu sur l’éthique et la déontologie
du métier de journaliste. Par conséquent David
Sanhouindi a refusé que son journal "L’Indépendant"
ouvre ses colonnes pour assouvir des intérêts
personnels. Il s’est battu pour que l’unique œuvre qui perpétue
la mémoire de son prédécesseur demeure
sérieux et critique à l’égard des maux
qui minent notre société. Ce combattant pour
l’indépendance de la presse a refusé sous sa
direction que "L’Indépendant" pratique un
journalisme aveuglement contestataire. Ce qui est contraire
à sa vision du métier de journaliste dans une
démocratie émergente comme la nôtre.
En tous les cas nous avons vécu à la Société
des éditeurs de la presse privée (SEP) et à"L’Indépendant"
les pressions et tractations qui ont précédé
la démission de David Sanhouidi de la direction du
journal. Notre ami et confrère a préféré
la liberté, l’indépendance avec ses conditions
rudes de travail à l’opulence dans la “prostitution”.
Plus tard après la création de son propre journal
“les Echos”, il nous confiait qu’il souffrait de malaises
cardiaques. Et qu’en plus des pressions diverses qu’il subissait,
il était souhaitable pour lui de s’écarter de
"L’Indépendant".
A sa mort le 11 septembre 2003 des suites de son malaise,
nous avons compris le sens de sa démission. Les grands
hommes sont visionnaires !
David Sanhouidi a tout courageusement évité
de succomber dans le fauteuil directorial de "L’Indépendant"
afin d’éviter au peuple burkinabé une succession
d’effervescence sociale inutile et surtout que sa mort ne
serve d’alibi à la mise en œuvre de projets indécents.
Tout comme son aîné Norbert Zongo, David s’en
est allé en observant un sens élevé de
patriotisme.
Il est de bon ton qu’à la commémoration du VIIe
anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo et de ses compagnons,
de rendre un hommage à David pour ses bons et loyaux
services rendus à "L’Indépendant"
et à la nation entière. Avec le recul , nous
pouvons affirmer sans ambages que David Sanhouidi a honoré
la mémoire de Norbert Zongo en respectant le journal
qu’il a créé. Tenez : quelques semaines après
sa démission, "L’Indépendant" pour
la première fois depuis sa création s’en est
pris vertement au quotidien “Sidwaya” et aux confrères
de Norbert Zongo qui y sont restés après qu’il
est allé créer sa propre publication. Dans sa
livraison du mardi 15 mai 2001, le journal écrit :
“ .... Sidwaya, notre confrère fait fi des règles
élémentaires du journalisme (...) Kantigui caresse
un rêve, celui de voir un jour "L’Indépendant"
s’effacer du paysage médiatique du Burkina mais ce
sont ceux qui ne connaissent pas Kantigui qui s’émeuvent
de ce qu’il raconte sur "L’Indépendant" .
Kantigui on le sait n’est pas un journaliste. C’est son habitude
de fantasmer à chaque fois que la moindre occasion
se présente sur notre publication qui lui donne apparemment
des insomnies...”.
Qu’est-ce qui a pu pousser ce journal respectable à
descendre si bas et à traiter de la sorte les amis
et confrères de Norbert Zongo ? Si ce n’est une pression
de puissances "invisiblement" visibles.
Il est temps que le Collectif cesse de s’agiter
et qu'il s’efface de l’arène politique
Honnêtement la presse indépendante a connu un
sale temps sous l’emprise du CODMPP. Chers confrères
de "L’Indépendant", vous n’avez pas démérité.
Nous sommes de corps, d’esprit et de cœur avec vous pour l’engagement
pris à poursuivre l’œuvre de Norbert Zongo depuis son
assassinat le 13 décembre 1998.
Sept ans après, l’imprévisible Collectif des
organisations démocratiques de masses et de partis
politiques a annoncé encore à la veille de ce
triste anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo des journées
chaudes sur toute l’étendue du territoire. Franchement
le peuple entend marquer ce douloureux anniversaire par le
recueillement et des prières pour le repos de l’âme
de Norbert Zongo et des ses compagnons. A la vérité,
la commémoration de cet anniversaire par des manifestations
illégales des premières heures replonge encore
la famille, les amis et les confrères du défunt
dans une prostration profonde de nature à les affecter
davantage.
Pour toutes ces raisons, nous pensons qu’il est temps pour
le collectif de cesser ces agitations et à s’effacer
de l’arène politique nationale. Dans le cas contraire
que le président Halidou Ouédraogo définisse
clairement les orientations de son organisation conformément
aux textes en vigueur qui régissent les libertés
collectives et politiques de notre pays.
Il est de notre devoir, autant que nous sommes, de laisser
en héritage aux générations futures un
environnement politique débarrassé de toutes
luttes déloyales et clandestines. De ce point de vue,
l’Etat doit assumer ses responsabilités en permettant
aux médias et à nos juridictions de travailler
à l’abri de toutes pressions et manipulations diverses
pour être en harmonie avec la respectabilité
de notre processus démocratique qui force l’admiration
au plan national et international.
Autrement dit, cette agitation infinissable du Collectif des
organisations démocratiques de masses et de partis
politiques depuis sept ans est sérieusement suspectable.
Elle pourrait cacher quelque chose de “précieux” pour
le juge Wenceslas dans le cadre du dossier Norbert Zongo.
A travers cet écrit, nous n’avons pas la prétention
de raconter des balivernes par voie de presse dans le but
de discréditer un groupe de personnes ou une organisation
. Soit elle illégale ou pas. Il s’agit plutôt
d’un devoir de mémoire pour un homme intègre
que nous avons connu et travaillé à ses côtés
depuis les ateliers et salles de rédaction de “Carrefour
Africain” de 1982 jusqu’à son assassinat en décembre
1998. En termes clairs, nous ne roulons pour personne, ce
serait une insulte à la mémoire de Norbert Zongo
et de David Sanhouidi. Nous sommes engagés pour l’information
constructive, la vérité et les faits. Dire la
vérité là où le mensonge et la
calomnie font du tort. Car le citoyen dans un système
de gouvernement démocratique ne peut se faire une opinion
libre et déterminante que dans la mesure où
il est bien informé. Comprenons-nous bien.
Nous ne souhaitons entrer avec personne dans les querelles
de caniveaux. Nous ne faisons qu’exprimer notre droit de penser.
Un combat pour lequel Norbert Zongo s’est sacrifié.
o
Salifou OUEDRAOGO
racinesburkina@yahoo.fr
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