L'opinion N°427
du 14 au 20 décembre 2005

Dossier

Affaire Norbert ZONGO

Au-delà des «certitudes» vite établies

Nonobstant toutes les passions qu’elle déchaîne, l’affaire Norbert ZONGO devrait connaître un dénouement judiciaire dans l’intérêt bien compris de tous. Dans celui du pouvoir tout d’abord qui la traîne comme un boulet et dont la crédibilité, pour avérée qu’elle soit, ne souffre pas moins de cette situation. Dans l’intérêt ensuite du Collectif qui verra ainsi sa «lutte contre l’impunité» couronnée, même si cette occurrence n’est pas pour plaire à tout le monde. Dans l’intérêt enfin de la famille de la victime pour des raisons évidentes..

Disons-le sans détour, «l’affaire Norbert ZONGO» est née d’un malentendu ou d’une méprise, c’est selon.
Lorsque le journaliste était, assassiné en rase campagne le 13 novembre 1998, aucun élément, ni matériel, ni intentionnel, ne permettait de désigner des suspects. Bien sûr, du fait que le journaliste enquêtait sur l’affaire David OUEDRAOGO qui concernait un proche parent du président du Faso, une certaine opinion en était arrivée à la conclusion que le pouvoir avait tout intérêt à le faire taire. Une vision quelque peu simpliste si tant est que le journaliste avait fini son «enquête» dans l’affaire David OUEDRAOGO, en la relatant avec moult détails (quoique certains fussent faux) tout au long de l’année 1998.
Vous conviendrez que ce n’est pas au moment où quelqu’un a fini de «vider son sac» qu’il faut l’abattre, le mal, si mal il y a, étant déjà fait. Pour parler comme un magistrat instructeur, le témoin Norbert ZONGO n’était plus «intéressant» et il n’y avait plus lieu de l’entendre, lui qui en était arrivé au stade de lieux communs et des redites, le tout enrobé sous une titraille «choc». Du «pipeau» donc, et, il fallait le laisser courir d’autant qu’il était devenu une sorte de «poil à gratter» qui permettait de corriger certaines situations. L’élément intentionnel ne pouvait donc exister au niveau du pouvoir, surtout que Blaise COMPAORE venait d’être brillamment réélu et que le Burkina Faso s’apprêtait à accueillir un mini-sommet de l’OUA. Prendre le risque d’occire un journaliste aussi célèbre à cette époque ne pouvait relever que du sadomasochisme. On ne scie pas la branche sur laquelle on est assis et le sergent NAON Babou l’a dit lors de son procès, «ceux qui ont tué Norbert ZONGO, sont contre Blaise COMPAORE». C’est vrai que le naïf Sergent Babou n’est pas un exemple de raisonnement et de jugement, mais, en l’occurrence il n’était pas loin de la vérité. Norbert ZONGO, «cheval de Troie» pour prendre la citadelle du pouvoir, l’hypothèse est plausible surtout que les actes qui ont précédé et suivi la commission du crime vont dans ce sens.

Explorer toutes les pistes
Il vous souviendra qu’une semaine avant son assassinat, Norbert ZONGO avait échappé de peu à un empoisonnement suite à un repas pris avec des «amis sûrs» à Kaya. Des amis qui ne se recrutent pas dans les cercles du pouvoir et dont certains sont si embarrassés par cette affaire qu’ils en ont perdu la mémoire. «La piste de Kaya» comme nous l’appelions à l’époque mérite d’être revisitée car elle peut réserver bien de surprises. De même, au lendemain de l’assassinat de notre confrère, des milliers de T-shirt à son effigie avait inondé les rues au cours de la première manifestation du collectif alors en gestation. Bien sûr, le monde a fait des progrès et l’on peut imprimer des T-shirt «wassa-wassa», mais en l’occurrence, certains sont allés plus vite que la musique. Ce sont là quelques éléments matériels que le magistrat instructeur devra prendre en compte dans son enquête plutôt qu’accepter les œillères que certains veulent lui mettre. Du reste, Germain Bittiou NAMA, notre confrère, après avoir dans un premier temps pointé un doigt accusateur sur le pouvoir, est revenu à d’autres hypothèses suites à sa rencontre avec Marcel KAFANDO, alors fraîchement inculpé. Notre confrère en est arrivé à émettre l’hypothèse du complot contre le pouvoir, ce qui est une évolution notable chez un homme jusque-là arc-bouté sur ses «convictions». C’est dire que le collectif qui veut «djafoul» lors du 7ème anniversaire du décès de Norbert ZONGO, a d’autres objectifs que la lutte contre l’impunité brandie à bout de bras.
La pression populaire (?) sur la justice n’a jamais fait avancer un dossier, surtout lorsque celui-ci est quasiment vide. Car, ne n’oublions pas, c’est sur la base de témoignages contradictoires sur son emploi du temps que Marcel KAFANDO a été inculpé, motif qui ne saurait fonder la conviction d’un magistrat sérieux dans sa prise de décision. Quand on sait que le crime a eu lieu en décembre 1998 et que lesdits témoignages ont été faits des mois plus tard, on peut comprendre qu’ils ne concordent pas.
La commission d’enquête indépendante qui investiguait sur l’assassinat du journaliste l’a d’ailleurs dit, «avec le temps, la mémoire s’est étiolée». Le collectif défend donc «son champ de café» (dixit Tibo NANA) et l’on comprend que le procureur général Abdoulaye BARRY refuse que l’on «marche» sur le palais de justice pour cette raison. C’est de sérénité qu’a besoin le juge «Wens» pour faire son boulot, plutôt que de ces «grand’messes» incantatoires annuelles. De la responsabilité donc, pour qu’au delà des certitudes vite établies, le dossier Norbert ZONGO soit élucidé dans l’intérêt de tous comme indiqué. Laissons donc le temple de Thémis aux mains de ses enfants.
Par Alpha YAYA

Marche sur le palais de la justice
L’excès de liberté tue la liberté

Au Burkina Faso, la liberté de manifestation, de rassemblement, de presse, d’opinion, bref la liberté tout simplement est garantie par la constitution.
Conséquence, tout ce qui a trait à la liberté est non seulement une réalité mais se défend, s’affirme et se confirme tous les jours depuis l’adoption de la constitution de 1991. Toute chose qui devrait, en principe, permettre aux uns et aux autres d’avoir aussi à l’esprit autant leurs droits que leurs devoirs, non seulement vis à vis de l’Etat mais aussi de la démocratie avec ses exigences.

Au pays des hommes intègres, certains et ils sont nombreux, ont tellement bien compris cette notion de liberté qu’ils se croient tout permis. Si ces derniers étaient des citoyens lambda ou des messieurs «tout le monde», ils pouvaient par rapport à la faute ou à la bévue bénéficier de circonstances atténuantes. Malheureusement et c’est ce qui est fort regrettable et dangereux pour notre jeune démocratie, en général, les responsables de telles ou telles forfaitures sont ceux qu’on appelle «pompeusement» les intellectuels. Ils se servent toujours de paravent pour masquer leur dessein inavoué qui est toujours une volonté de nuire.
En effet, il faut avoir le courage de le dire, quand la paix sociale règne, quand le Burkina est félicité pour telle ou telle avancée dans n’importe quel domaine, cela dérange, cela fait perdre le sommeil à des Burkinabè qui ne vivent que par et pour la chienlit, le désordre et les échecs. Que veut prouver par exemple un «Nayab», candidat à la présidentielle, qui se fait établir plusieurs cartes d’électeurs ? Que veut prouver cet autre candidat, BOUDA, quand il dépose pour sa caution à la présidentielle un chèque en bois ? Ce sont des comportements ni n’honorent ni leurs auteurs encore moins la démocratie.

Liberté oui mais…
Le collectif de Halidou OUEDRAOGO pour le 7ème anniversaire du drame de Sapouy, contre toute attente, décide de marcher sur le palais de justice pour demander, si ce n’est pas pour exiger le bilan de l’affaire Norbert ZONGO. Dans quel pays sommes-nous ? Au Burkina Faso ; parce que dans ce pays on a tellement compris la liberté qu’on se croit tout permis. On a encore en mémoire, cette volonté du même collectif qui, il y a de cela quelques années, avait décidé de marcher sur la présidence du Faso pour a peu près le même objectif.
Ces comportements peu orthodoxes à répétition sont nuisibles pour notre jeune démocratie. Venant de la part du collectif, l’objectif, on le sait : c’est à coup sûr une volonté manifeste de créer des affrontements avec les forces républicaines qui, c’est certain, joueront leur partition. Et c’est encore les mêmes qui vont nous chanter que la justice n’est pas indépendante.
Comment le sera t-elle si chaque jour elle est victime de pressions diverses de la part de ceux-là mêmes qui crient qu’elle n’est pas indépendante ? Quel est ce pays où des individus peuvent décider de marcher sur la justice pour exiger le traitement rapide d’un dossier ? Ces comportements, à la limite liberticides, venant de ceux-là même qui prétendent défendre la justice et les droits de l’homme sont une grave entorse à notre processus démocratique. Que Halidou OUEDRAOGO et ses alliés marchent, courent… dans les rues de Ouaga, cela peut se comprendre mais qu’ils décident de marcher sur une institution républicaine, pilier de notre démocratie, cela est condamnable.
En tous cas convaincus avec Saint-Jean PERSE (1889-1975) que la démocratie, plus qu’aucun autre régime, exige l’exercice de l’autorité, il est certain que la République se fera respecter avec la manière qui sied.o
Par Ben Alex BEOGO

M. Abdoulaye BARRY : Procureur général près la Cour d’appel de Ouagadougou
“Le nombre de dossiers pendants a considérablement diminué…”

Le 7e anniversaire du drame de Sapouy s’est déroulé dans le recueillement pour les uns, la marche pour les autres. Comme il est de coutume depuis un certains nombre d’années le dossier Norbert ZONGO et bien d’autres s’invitent dans le débat socio politique à l’approche du 13 décembre. Pourtant bien d’effort sont accomplis par les hommes de justice et à tous les niveaux pour que ces affaires dites pendantes connaissent leur dénouement.
Nous avons rencontré le Procureur général près de la Cour d’appel de Ouagadougou, M. Abdoulaye BARRY , pour en savoir plus.

Monsieur le Procureur général, comme il est de coutume depuis maintenant quelques années, chaque 13 décembre, les questions sur les dossiers dits pendants s’invitent dans les débats sur la situation socio-économique et politique de notre pays. Quel bilan pouvez-vous faire sur l’évolution de ces dossiers ?
Abdoulaye BARRY (A.B) :
Je vous remercie de me donner cette opportunité de revenir sur certains points évoqués dans mon point de presse. Il faut d’abord dire qu’au niveau de la justice, nous avons décidé depuis quelques temps de communiquer régulièrement avec la presse. La justice a décidé de communiquer, ce qui manquait dans le temps, ce qui permet aux magistrats de donner de temps en temps des informations sur les dossiers qui retiennent l’attention du public.
Cette année nous n’avons pas eu l’occasion de rencontrer la presse immédiatement après la rentrée judiciaire. Naturellement, à chaque fois que nous rencontrons la presse, il y a des dossiers sur lesquels nous revenons régulièrement, les dossiers dits pendants. Fort heureusement, le nombre de ces dossiers a considérablement diminué ; aujourd’hui on cite quelques dossiers seulement, bien sûr le gros dossier est là, celui de Norbert ZONGO. En dehors de ce dossier, on cite le dossier Flavien NEBIE, et dans une moindre mesure, le dossier Michel CONGO. C’est en gros ces trois dossiers, là qui peuvent être considérés aujourd’hui comme des dossiers pendants. Il faut dire que pour ces dossiers, celui de Michel CONGO a déjà connu une clôture de l’information, à savoir qu’à ce niveau le dossier est bouclé, il est actuellement dans la procédure interne, donc sera conduit devant la chambre criminelle et l’on peut d’or et déjà dire que l’essentiel est fait puisqu’il nous reste juste la phase de jugement. Pour les autres dossiers, Norbert ZONGO et Flavien NEBIE, ceux-ci sont toujours en cours d’instruction. Le premier, celui de Norbert ZONGO est, vous le savez, avec le juge Wenceslas ILBOUDO, qui mène son enquête. Il a entendu au moins 200 personnes jusqu’ici. Au cours de l’année 2005, il a fait d’autres auditions notamment concernant Babou NAON, concerné dans la tentative ce coup d’Etat et qui a fait des déclarations lors du procès au niveau du tribunal militaire. Il a dû entendre également le Directeur de publication de l’Indépendant, M. Liermé SOME, qui avait fait un dossier spécial sur le sujet. Mais toutes ces déclarations n’ont pas abouti au niveau du juge instructeur à des conclusions sérieuses. D’autre part, la maladie de Marcel KAFANDO, seul inculpé dans ce dossier, ne lui a pas permis de le réentendre, mais selon les informations, ce dernier se remet un peu de sa maladie et si tout va bien, le juge pourrait le réentendre. Pour l’instant, la maladie de Marcel KAFANDO fait que l’instruction est un peu ralentie, elle ne s’est pas arrêtée car l’état de l’intéressé ne peut nullement l’empêcher de poursuivre son cours normal quand bien même celui est au centre de l’information. Cela n’empêche donc pas l’instructeur de poser des actes en attendant de revenir sur l’inculpé lui-même.
Voilà en gros comment ces dossiers sont traités au niveau de la justice et ce sont ces informations que nous avons jugé utile de donner à l’opinion publique.

Outre les dossiers criminels, il y a aussi des dossiers qui concernent des détournements de deniers publics. Où en êtes-vous avec les cas de la construction du barrage de la Bougouriba, de l’hôpital Sourou SANON, etc ?
A.B :
Au cours de l’année 2005, la justice a été saisie pour des affaires de détournements, ou de malversations qui peuvent être considérées comme assez importantes puisque cela concerne plusieurs centaines de millions de francs. Il y a tout d’abord le dossier de la Croix-rouge où des détournements et des malversations de plusieurs centaines de millions nous ont été rapportés par les services de l’inspection d’Etat. Ce dossier fait l’objet d’une information et le juge a posé déjà des actes concrets puisque il y a des personnes qui ont été déjà placées sous mandat de dépôt. Il y a également le dossier du barrage de la Bougouriba, là aussi il y a eu détournement et pour lequel, une information a été ouverte. Il y a enfin le dossier de l’hôpital Sourou SANOU de Bobo-Dioulasso où une information a été ouverte parce qu’il y a eu des malversations à ce niveau également. En plus de ces dossiers, nous en avons d’autres dossiers, cette fois pas financiers, mais de vivres. Vous avez certainement entendu parler de ce cas où l’ex-haut commissaire de l’Oudalan ainsi qu’un certain nombre de préfets ont été interpellés et se trouvent aujourd’hui en détention au niveau de la MACO.
Ce dossier cependant n’est pas géré au niveau du parquet, mais au niveau de la Cour de cassation parce qu’en ce qui concerne les hauts-commissaires et les préfets, il y a une procédure spéciale. Ces affaires sont donc traitées actuellement au niveau de la Cour de cassation. Il s’agit là aussi d’une information puisque c’est un magistrat de cette cour qui a été désigné pour instruire le dossier.

Le Collectif a annoncé une descente sur le palais de justice pour dit-il «demander le bilan de l’instruction du dossier Norbert ZONGO». Votre réaction.
A.B :
Nous estimons qu’on ne peut pas admettre, en l’état actuel des choses et même en dehors de cet état du reste, que des individus s’organisent pour venir demander des comptes à un juge d’instruction. On n’a jamais vu ça dans les annales judiciaires, ici au Burkina, encore moins ailleurs dans le monde. Par principe et selon la procédure pénale, le juge d’instruction ne communique jamais parce qu’il y a ce qu’on appelle le secret de l’instruction. Le juge n’a même pas, également, le droit de donner des éléments d’informations sur son dossier. Donc, sur le plan légal ce n’est déjà pas possible. Sur le plan simplement même des revendications, je pense qu’on ne peut pas permettre à ces individus-là de venir au palais de justice pour obliger les juges d’une certaine manière à donner l’état d’avancement des dossiers. C’est la pire forme de pression qu’on puisse exercer sur la justice. Il y a quelques années de cela, nous avons subi ces types de pressions voire même des agressions, puisque, à l’occasion du procès des étudiants, des individus sont rentrés comme ça au palais où ils ont cassé des portes, menacé des juges, injurié des agents ; aujourd’hui encore, les traces de ce passage-là sont visibles au niveau du palais. Je crois que cet état des choses ne peut plus être accepté et en tout cas, nous avons pris toutes les dispositions pour que cette marche sur le palais de justice n’ait pas lieu et nous sommes restés ferme à ce sujet.

Le thème retenu par la rentrée judiciaire 2005-2006 est : «la déontologie du magistrat». Qu’est-ce qui a motivé le choix d’un tel thème et quels sont les objectifs poursuivis ?
A.B :
En ce qui concerne le thème de la rentrée judiciaire, je pense qu’il faut le lier à l’actualité judiciaire en général. Vous savez que la justice depuis quelques temps a fait l’objet de critiques, on lui reproche notamment d’être corrompue, si bien qu’au niveau du Conseil supérieur de la magistrature, la décision avait été prise de mettre en place un comité chargé de faire un rapport sur la question. Ce rapport a été fait, et le Conseil supérieur de la magistrature en a tiré les conclusions. Vous voyez que la déontologie du magistrat devant être discutée après un tel constat n’était pas un fait innocent; il fallait que dans la même lancée, les magistrats puissent se rappeler des règles déontologiques qui gouvernent leur profession.
L’objectif poursuivi est de faire en sorte que le magistrat puisse se comporter comme le dicte la déontologie c’est-à-dire en digne et loyal magistrat comme il est dit dans le serment.

Quel bilan pouvez-vous tirer de l’année judiciaire 2004-2005 ?
A.B :
Le bilan qu’on peut faire, c’est que, dans son ensemble, la justice a fonctionné normalement. En janvier 2006 par exemple les Assises criminelles ont permis de juger Saul TRAORE, l’égorgeur des filles, ce dossier était extrêmement important au regard de la psychose et de l’émoi qu’il avait provoqué en son temps chez beaucoup de Burkinabè. Dans l’ensemble, la justice a fonctionné normalement et je pense que si nous continuons comme ça à travailler dans la sérénité, la justice pourra redorer son blason.

Que répondez-vous à ceux qui demandent l’abrogation de la peine de mort ?
A.B :
Vous savez, la peine de mort en tant que sanction est une question d’actualité, et c’est un sujet qui a fait l’objet de débat dans beaucoup de pays. Il y a des pays où elle a été supprimée, il y a aussi des pays où elle demeure et c’est le cas de notre pays. Elle a certainement son fondement juridique, aujourd’hui pour des raisons philosophiques, sociales, pour des raisons de protection des droits humains, certaines personnes estiment que la peine de mort doit être supprimée au Burkina Faso. Mais il y a aussi de l’autre côté ceux qui souhaitent qu’elle soit maintenue et surtout qu’elle soit exécutée. Je rappelle d’ailleurs que la peine de mort n’a pas été exécutée au Burkina depuis 1978. Face aux agressions multiples où des citoyens perdent la vie, où les gens coupent les routes dans les campagnes, tuent sans vergogne, tirent sans sommation, est-ce qu’il faut maintenir cette sanction et l’appliquer effectivement à ces délinquants ? Voilà la question. Moi personnellement, en tant que magistrat j’ai mon point de vue personnel et je pense que chacun a son appréciation de la question.

On parle de plus en plus de l’application de peines de TIG (Travaux d’intérêts généraux) dans notre pays. En quoi cela consiste et comment cela se fera-t-il sur le terrain ?
A.B :
Les TIG, sont des peines que nous avons conçues dans l’arsenal judiciaire et qui vont être expérimentées dès janvier 2006. Ce sont des peines alternatives qui vont se substituer aux peines de détentions dans les maisons d’arrêt et de correction. Comme son nom l’indique, le TIG va consister à condamner un individu qui a commis une infraction de moindre importance, un petit délit, à un travail d’intérêt général selon son profil professionnel. Pendant un certain temps (durée de la peine) l’individu sera amené à accomplir des tâches selon ses compétences dans un endroit désigné par le juge afin de s’amender. Il est avec sa famille, mais il a l’obligation d’accomplir un certain nombre de tâches au profit de la communauté, une façon de réinsérer l’individu dans la société en lui évitant le carcan de la maison d’arrêt.

M. le procureur général, s’il est un débat qui intéresse beaucoup aujourd’hui dans la sous-région, c’est celui relatif au dossier Hissen HABRE. Quels sont vos opinions sur les différentes facettes de cette affaire :la question de l’incompétence des juridictions sénégalaises, de l’extradition vers la Belgique ?
A.B :
Sur ce point, il m’est un peut difficile je l’avoue, de faire une appréciation technique du dossier puisque je ne le connais pas. Comme vous le savez, nous, nous travaillons sur des pièces et il est difficile d’apprécier cela techniquement parlant. Maintenant, de façon générales, quand on parle de l’extradition, c’est une procédure judiciaire prévue par les textes, que ce soit les législations nationales, internationales, des relations bilatérale, etc… Ce sont des dispositions qui existent. Cela dépend également des engagements que chaque Etat a conclus avec les autres Etats. Certainement que le Sénégal a dû signer des conventions à partir desquelles on estime qu’il doit pouvoir extrader Hissen HABRE. Si je dois faire une appréciation personnelle en tant qu’Abdoulaye BARRY… Vous voyez, tout le monde est embarrassé au Sénégal, que ce soit le politique ou le judiciaire, et aujourd’hui ça semble être l’Union africaine qui va trancher sur la question. Je pense que le cas Hissen HABRE repose le problème de rapports entre l’Afrique et l’Europe et à partir de ce moment, on peut se poser des questions. Que se serait-il passer si c’est un Etat africain qui demandait l’extradition d’un ancien chef d’Etat européen ? Cela est-il faisable ? Cela est-il envisageable ? De mon point de vue, Hissen HABRE est ce qu’il est, mais il reste avant tout un ancien chef d’Etat et quand on va l’extrader, c’est quand même un ancien chef d’Etat qu’on va livrer à une justice étrangère !
Par Frédéric ILBOUDO

Collectif
Vaine recherche d’une seconde jeunesse

C’est par une déclaration et une conférence de presse que le Collectif des organisations démocratiques de masses et des partis politiques que dirige Halidou OUEDRAOGO a annoncé les couleurs. Comme chaque année depuis 7 ans, il entend prouvé son existence en se rappelant au souvenir des uns et des autres mais aussi et surtout de celui des «bailleurs de fonds» qui ont fini de comprendre que «la lutte contre l’impunité» de certains parangons de vertus n’est ni plus ni moins qu’un commerce honteux, pour ne pas dire crapuleux. D’ailleurs n’est-ce pas l’autre qui était du groupe qui a dit que c’est devenu «un champ de cacao» pour eux ? En tout cas, les soubresauts actuels de ce Collectif suscitent moult interrogations.

En réalité pour beaucoup, le Collectif dont la virulence s’est éteinte du fait de conditions objectives qui militaient à cela n’est plus que l’ombre de lui-même, même si ses géniteurs refusent de dire la messe de requiem. C’est pour cela qu’il faut à Halidou OUEDRAOGO et son Etat-major expliquer la situation qui se vit pour espérer convaincre et remobiliser la base pour la relance des activités. Ainsi, au cours de la conférence de presse tenue à cet effet, le patron du Collectif fera comprendre que deux raisons qu’il juge essentielles militent à émousser les efforts dans leur lutte «il y a le contexte socio-économique difficile marqué par la misère des populations… ce qui peut jouer sur la mobilisation», et il y a que «les manifestations nécessitent des moyens (NDLR : financiers)». Et l’homme de conclure en cela sur un ton dubitatif : «Si nous les obtenons comptez sur nous pour renouer avec celles-ci». Pour des justifications, c’est vraiment tiré par les cheveux et il va falloir aux responsables du Collectif, repasser. Ces lieux communs, on les connaît depuis… Même si les moyens étaient au départ à la mesure de l’ambition, le contexte socioéconomique était-il fondamentalement différent ? Et pourtant, les choses semblaient bien marcher.

Les raisons objectives pour la baisse de régime voire la mort du Collectif
En réalité le problème est plus profond que les explications superficielles et les fuites en avant de Halidou OUEDRAOGO. Le déclin du collectif puise sa source d’abord dans la composition de l’organisation mais aussi du fait que les «financiers» de l’ombre ont finalement compris qu’il n’y a pas de sincérité dans la lutte. Il faut dire que la seconde raison citée, qui du reste est le pendant de celle, financière avancée par Halidou OUEDRAOGO, semble la plus déterminante dans la situation inconfortable du Collectif. Beaucoup de militants sincères de la lutte contre l’impunité et pour la promotion des droits de l’homme ne se sont-ils pas sentis abusés lorsqu’ils lisent à travers les comportements de leurs meneurs une volonté manifeste d’exploiter des deuils pour se faire une place honorable au soleil ? Le «champ de cacao» (dixit Tibo NANA) a en tout cas été très productif pour certains responsables du collectif qui ont pu s’embourgeoiser au grand dam de leurs compagnons «prolétaires» qui attendent toujours de l’Etat (quoiqu’il soit le monstre à abattre) qu’il fasse leur fortune.
Aujourd’hui, il suffit seulement de regarder le train de vie de certains responsables du collectif pour s’en convaincre. La lutte contre l’impunité et la promotion des droits de l’homme sont des domaines qui «marchent», ils sont pour certains des business très lucratifs. Tout dossier entrant dans ces domaines est vite pris en compte et financé. Mais, l’expérience aidant, les bailleurs commencent à comprendre et deviennent de plus en plus réticents, d’où cet aveu : «les manifestations nécessitent des moyens» qui ne suivent plus. Au collectif, l’argent ne rentre donc plus comme avant. Pouvait-il en être autrement quand les clauses du «contrat» entre partenaires ne sont pas honnêtement respectées ? Quand de nobles causes sont prostituées pour des intérêts bassement personnels ? Les compagnons prolétaires et tous ces opprimés qui luttaient sincèrement ne sont pas tous, dupes, ils ne boivent pas l’eau par les narines ; voilà pourquoi la saignée dans les rangs. Si la cagnotte ne profite qu’à la «nomenklatura» du Collectif avec tous les effets induits de la lutte, ne vaudrait-il pas mieux que chacun reparte s’occuper de son jardin que l’herbe sauvage envahit ? Le raisonnement n’est qu’aussi simple. L’objet donc de la lutte dévoyé, les militants désabusés, les choses ne pouvaient plus être roses pour le Collectif : financements très insuffisants pour couvrir les besoins aussi nombreux que diversifiés, découragement général dans les rangs.
Quant à la première raison sus citée, elle montre que dès le départ, le collectif avait semé les graines de son autodestruction. Ce regroupement d’entités aux objets et aux méthodes de travail différents s’imposant un même objectif pouvait-il être longtemps viable ? La réponse, les responsables du Collectif la savaient mais, très optimistes, ont pensé que «leur chose» serait vite dans le sac avant que le temps ait raison de la cohésion du moment. Beaucoup sont les observateurs qui ont mal perçu ce rassemblement hétéroclite où on retrouve même des organisations rivales aux humeurs des premiers dirigeants inconciliables. Partis politiques et organisations de la société civile dans un même panier, c’est comme si vous mettez des chats et des souris dans une même cage. Dans un contexte où les «rouges» du PCRV dictent leur loi et imposent leur suprématie aux autres, il ne peut y avoir que «lutte de libération». La leçon, on ne l’apprendra à personne. Déjà en 2002, les fissures ont commencé à se faire voir. En effet, pendant que certains prônaient le boycott des législatives, d’autres ne l’entendaient pas de cette oreille, d’où leur participation au grand dam du manitou Halidou qui pour l’occasion n’a pas souhaité «bonne chance à ces partis». Pourtant un simple mot d’ordre aurait suffi pour attirer à «ces partis» des milliers de voix potentielles qui auraient pu changer plus sensiblement la physionomie de l’hémicycle. En tout cas le constat a été que le Collectif n’a pas été utile pour les acteurs politiques qui s’y sont engouffrés quand il s’est agi de la lutte pour laquelle ils ont, eux, leur raison d’être dans l’arène politique.

Des soubresauts pour sauver la face ou une véritable «réfondation» ?
Le Collectif, on le sait, n’a pas véritablement œuvré au profit des partis politiques qui sont membres (conflits de personnes ou divergences fondamentales ?). On est donc surpris qu’il s’attribue la paternité des réformes politiques et institutionnelles ; on croit rêver, puisqu’aucun de ses membres n’a participé au processus. Le collectif a même travaillé contre ces réformes. N’est-ce pas ce qui a condamné certains responsables à ne pouvoir valablement et de façon crédible participer au débat qui avait cours avant la présidentielle de novembre dernier ? Leur situation a quelque peu ressemblé à celle de l’arroseur arrosé. En ayant choisi de torpiller un processus qui a abouti malgré tout, on se voit en train de subir ses résolutions qu’on n’épouse pas et qu’on a pourtant eu la possibilité de faire concevoir en sa faveur. Qu’on ne se trompe pas. Les déclarations communes signées et publiées dans la presse et le semblant d’entente qui se dégage pendant les conférences de presse cachent mal la division qui règne au sein du collectif. En effet, c’est un constat, Halidou OUEDRAOGO et Me SANKARA par exemple ne sont plus sur la même longueur d’onde. D’ailleurs au cours d’une émission télé, le manitou a déclaré qu’il ne connaît pas «Alternance 2005», mais le G14. Une déclaration qui veut tout dire et qui devrait faire réfléchir plus d’un membre de ce regroupement. Le temps faisant son œuvre, les partis politiques ont finalement compris que leur salut est loin du collectif mais sur le terrain politique à travers des activités et surtout la participation aux scrutins électorales. Me SANKARA et autres ne diront pas le contraire. Pour avoir compris ainsi la donne, il n’est jamais trop tard pour bien faire, ils sont en train de récolter des dividendes politiques de leur démarcation des directives de Halidou OUEDRAOGO. A coup sûr, après le 13 décembre, les partis politiques vont reprendre leurs activités politiques amputant au Collectif ses membres les plus valides. Les partis politiques ont compris, les militants sincères des premières heures ont compris, les bailleurs de fonds ont également compris. Les desseins qui s’abritent derrière la lutte contre l’impunité et la promotion des droits de l’homme sont démasqués et personne ne veut plus se laisser duper.o
Par Ben Alex Béogo

Grève générale de la mi-décembre
Vous avez dit surenchère ?

A l’invitation de centrales syndicales et de syndicats autonomes, les travailleurs doivent observer une grève générale les 15, 16, 17 décembre prochains, pour protester contre «la vie chère et la dégradation du pouvoir d’achat». Un nième mouvement qui vient rappeler que certains syndicats (?) se sont spécialisés ces dernières années dans la contestation politique sous le couvert du corporatisme.

L’on ne fera injure à aucun travailleur en disant que de nos jours, les conditions de vie ne sont pas dures. On le dirait du reste que personne ne nous croirait avec le cours du baril du brut qui s’est envolé ces derniers mois, compliquant l’existence de l’économie mondiale et partant celle de notre pays. Un pays qui sort, ne l’oublions pas, d’une crise alimentaire qui a nécessité du gouvernement des efforts accrus et qui souffre depuis trois ans des effets collatéraux de la crise ivoirienne. Avec l’invasion acridienne et la pluviosité moyenne de l’avant-dernière campagne agricole, l’agriculture, moteur de la croissance s’est «enrhumée» avec les résultats que l’on sait sur le taux de croissance. C’est dire que le gouvernement se livre à toute une gymnastique pour faire face aux dépenses «basiques» et le fait qu’il ait pu augmenter les salaires en 2005, n’est rien moins qu’une prouesse. Même si certains ont qualifié les taux de «dérisoires», il ne faut pas manquer de louer cet effort dans un pays où tout est prioritaire. Ce n’est pas de la démagogie, et ce qui l’est, c’est plutôt cette réclamation d’une augmentation de l’ordre de 25%, laquelle mettrait le budget à genoux.
Où trouver 30 milliards annuellement pour faire face à cette dépense voilà la question. Sauf à vouloir fermer hermétiquement les portes de la fonction publique, à oublier la politique de promotion du monde rural à travers la politique d’agriculture et de santé de proximité et à faire une croix sur les efforts en matière d’éducation, on ne prendrait pas ce risque. Nos pseudo-syndicalistes le savent mieux que quiconque, eux qui sont versés dans les sciences économiques et ont montré qu’ils savaient être retors au plan politique. Il vous souviendra que la dernière grève avait comme par «hasard», eu lieu le 25 du mois. Les banquiers étant ceux qui respectent le mieux les mots d’ordre de grève, on imagine les cauchemars que certains travailleurs ont vécu le mois dernier, la date du 25 étant vitale pour bien de travailleurs. Une grève qui résonnait donc, comme un acte de démobilisation des travailleurs de la campagne électorale qui avait cours avec l’intention de faire parler a posteriori les chiffres pour fustiger une démocratie «croupion». Le manège n’a pas pris et, Blaise COMPAORE, «l’ennemi public numéro un», a été confortablement réélu. Alors, cette fois-ci, on va en grève le 15 du mois pour faire «sentir» aux militaires la même douleur que leurs confrères civils le mois passé. Avec cette fois-ci l’espoir secret d’une grogne au sein de la grande muette dont certains manitous de l’ombre ont loué les «bruits de bottes» une époque récente. C’est dire que nos syndicalistes (certains en tous cas) ont été instrumentalisés par de tartufes politiciens qui recherchent depuis trois décennies les conditions subjectives de leur «révolution nationale démocratique et populaire».
Aux travailleurs honnêtes de le comprendre et de se tenir à l’écart de ces «grèves sauvages» qui interviennent au moment où le dialogue n’a jamais été interrompu entre gouvernement et partenaires sociaux. Nul doute que la citoyenneté sans cesse grandissante dans notre pays saura faire barrage aux desseins de ces sombres messieurs.
Par Alpha YAYA

Point de vue

VIIe Anniversaire du drame de Sapouy
Du respect pour la mémoire de Norbert Zongo !

A l’occasion du VIIè annversaire de l’assassinat crapuleux de notre confrère Norbert ZONGO, nous avons reçu l’article ci-dessous du Directeur de publication du journal racine, Salifou OUEDRAOGO. L’homme semble avoir bien connu le defunt et s’élève contre certains agissements relatifs à cette affaire. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’ a pas la langue dans la poche. Lisez plutôt.

Cela fait sept ans, jour pour jour (13 décembre 1998 – 13 décembre 2005) que notre aîné, ami et confrère Norbert Zongo, alias Henri Sebgo et ses compagnons de route ont été assassinés dans des conditions inhumaines à Sapouy. Un acte ignoble, orchestré et exécuté par des prédateurs de la liberté d’expression et de la presse.

Au moment des faits, le peuple bukinabé, horrifié par cette “chienlit”, a exprimé sa désapprobation et son indignation de façon spontanée à travers une manifestation historique. Un mouvement populaire canalisé par un regroupement d’organisations de la société civile et politique.
Baptisé Collectif des organisations démocratiques de masses et des partis politiques (CODMPP), ce mouvement, au regard de son caractère funéraire et de manifestation populaire de deuil, a bénéficié de l’autorité en charge des libertés individuelles et collectives de notre pays un statut d’un “hors la loi ” pendant des années pour protester et condamner cette barbarie criminelle.
Quoi de plus normal. Personne, même l'autorité ne pouvait empêcher à l’époque le peuple burkinabé, un peuple attaché à la liberté d’extérioriser son indignation et de pleurer la fin tragique d’un fils intègre, intrépide défenseur du droit d’informer et de penser que fut Norbert Zongo.
Il faut l’avouer : le Collectif des organisations démocratiques de masses et de partis politiques a fait œuvre utile par sa détermination et sa constance dans la lutte pour rendre justice à un journaliste sacrifié sous l’autel des intérêts inavoués. Pour la justesse de la lutte, les médias privés et publics ont dans un élan solidaire et confraternel donné à ce mouvement un engagement à la hauteur d’un sacerdoce. Les journalistes ont souvent bafoué les règles d’éthique et de déontologie de leur profession pour accompagner le collectif dans son combat depuis l’assassinat de leur confrère.

Le collectif a le mérite d’avoir contribué à l’éveil de la conscience collective et nationale autour de l’affaire Norbert Zongo

En tous les cas, le Collectif des organisations démocratiques de masses et de partis politiques présidé par Halidou Ouédraogo a le mérite d’avoir contribué à l’éveil de la conscience collective et nationale des Burkinabé autour de l’affaire Norbert Zongo.
La Commission d’enquête indépendante sur son assassinat (CEI.), les réformes politiques et institutionnelles, la Journée nationale de pardon et les assises criminelles de la justice militaire sont autant des faits à mettre à l’actif des luttes et revendications du CODMPP ; mais ces faits tiennent aussi à une volonté politique des autorités du Burkina Faso d’élucider les circonstances de la mort de ce défenseur de la démocratie universelle.
Les plus hautes autorités de notre pays ont voulu par ces actions audacieuses apaiser les cœurs meurtris des fils et filles de notre pays dans l’attente d’une décision définitive de la justice sur le dossier Norbert Zongo en cours d’instruction.
Cependant, au fil des années, le collectif tout puissant de l’engagement à ses côtés des hommes de médias, de la société civile, du peuple burkinabé et de la communauté internationale s'est mué progressivement sur le terrain en une organisation douteuse et suspecte. Et cela avec la “bénédiction” de l’autorité nationale chargée des libertés collectives et politiques. Outre les revendications de départ de vérité et de justice sur l’affaire Norbert Zongo ; des revendications d’ordre syndical, politique, judiciaire, économique et social sont insidieusement introduites dans ses différentes lettres circulaires, en toute impunité.
Pire, le Collectif des organisations démocratiques de masses et partis politiques tout au long de sa croisade contre l’ordre établi s’est érigé contre la liberté d’expression et le droit de penser. Des confrères dans l’exercice de leur métier ont été traduits devant les juridictions par le président du CODMPP et de surcroît président du Mouvement burkinabé des droits de l’homme et des peuples (MBDHP). Impensable !
Les médias qui ont voulu demeurer dans les normes professionnelles de leur métier d’informer ont reçu aussi des invectives des puissants dirigeants du CODMPP, les qualifiant de médias à la solde des “pouvoirs assassins”. Pourtant ils n’ont fait que leur devoir en rappelant au collectif sa dérive subversive, dictatoriale et antidémocratique. Au temps fort de la lutte, toute analyse ou commentaire journalistique contraire à “l’idéologie” du CODMPP est sanctionné par un “diafoul” à chacune des sorties de l’organisation du grand frère Halidou Ouédraogo.
Le Journal Jeudi, l’Observateur Paalga, Sidwaya, l’Opinion, le Pays, l’Hebdo du Burkina et bien d’autres confrères n’oublieront pas de si tôt les diatribes des maîtres à penser du puissant collectif. Toute chose contraire à l’esprit de liberté et d’indépendance de feu Norbert Zongo. Par son manque de lucidité et de responsabilité, le collectif s’est vidé de sa motivation première pour se proclamer en observatoire de la presse nationale par une tentative de caporaliser les journalistes et une invasion des salles de rédactions.

Il convient de rendre un hommage à David Sanhouidi pour ses bons et loyaux services rendus à "L’Indépendant" et à la nation entière
Nous avons été témoins des manœuvres dilatoires d’infiltrer le journal "L’Indépendant" dont la parution régulière est maintenue grâce au courage et à la persévérance des collègues, confrères et amis de Norbert Zongo après son assassinat. Une infiltration pour imposer un diktat éditorial au journal.
De grâce, du respect pour la mémoire de Norbert Zongo. Mais ce rouleau compresseur pour une information à sens unique n’a pas eu droit au chapitre sous la direction de feu David Sanhouidi, directeur de publication de "L’Indépendant" de décembre 1998 à mai 2001. M. Sanhouidi a montré à l’occasion qu’il était l’héritier légitime du patrimoine intellectuel du défunt journaliste assassiné. Cela n'étonne pas : ce jeune confrère a été forgé par Norbert Zongo. Il fut celui là-même qui a reçu de Norbert une panoplie de techniques d’investigation journalistique et un enseignement pointu sur l’éthique et la déontologie du métier de journaliste. Par conséquent David Sanhouindi a refusé que son journal "L’Indépendant" ouvre ses colonnes pour assouvir des intérêts personnels. Il s’est battu pour que l’unique œuvre qui perpétue la mémoire de son prédécesseur demeure sérieux et critique à l’égard des maux qui minent notre société. Ce combattant pour l’indépendance de la presse a refusé sous sa direction que "L’Indépendant" pratique un journalisme aveuglement contestataire. Ce qui est contraire à sa vision du métier de journaliste dans une démocratie émergente comme la nôtre.
En tous les cas nous avons vécu à la Société des éditeurs de la presse privée (SEP) et à"L’Indépendant" les pressions et tractations qui ont précédé la démission de David Sanhouidi de la direction du journal. Notre ami et confrère a préféré la liberté, l’indépendance avec ses conditions rudes de travail à l’opulence dans la “prostitution”. Plus tard après la création de son propre journal “les Echos”, il nous confiait qu’il souffrait de malaises cardiaques. Et qu’en plus des pressions diverses qu’il subissait, il était souhaitable pour lui de s’écarter de "L’Indépendant".
A sa mort le 11 septembre 2003 des suites de son malaise, nous avons compris le sens de sa démission. Les grands hommes sont visionnaires !
David Sanhouidi a tout courageusement évité de succomber dans le fauteuil directorial de "L’Indépendant" afin d’éviter au peuple burkinabé une succession d’effervescence sociale inutile et surtout que sa mort ne serve d’alibi à la mise en œuvre de projets indécents. Tout comme son aîné Norbert Zongo, David s’en est allé en observant un sens élevé de patriotisme.
Il est de bon ton qu’à la commémoration du VIIe anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo et de ses compagnons, de rendre un hommage à David pour ses bons et loyaux services rendus à "L’Indépendant" et à la nation entière. Avec le recul , nous pouvons affirmer sans ambages que David Sanhouidi a honoré la mémoire de Norbert Zongo en respectant le journal qu’il a créé. Tenez : quelques semaines après sa démission, "L’Indépendant" pour la première fois depuis sa création s’en est pris vertement au quotidien “Sidwaya” et aux confrères de Norbert Zongo qui y sont restés après qu’il est allé créer sa propre publication. Dans sa livraison du mardi 15 mai 2001, le journal écrit : “ .... Sidwaya, notre confrère fait fi des règles élémentaires du journalisme (...) Kantigui caresse un rêve, celui de voir un jour "L’Indépendant" s’effacer du paysage médiatique du Burkina mais ce sont ceux qui ne connaissent pas Kantigui qui s’émeuvent de ce qu’il raconte sur "L’Indépendant" . Kantigui on le sait n’est pas un journaliste. C’est son habitude de fantasmer à chaque fois que la moindre occasion se présente sur notre publication qui lui donne apparemment des insomnies...”.
Qu’est-ce qui a pu pousser ce journal respectable à descendre si bas et à traiter de la sorte les amis et confrères de Norbert Zongo ? Si ce n’est une pression de puissances "invisiblement" visibles.

Il est temps que le Collectif cesse de s’agiter
et qu'il s’efface de l’arène politique


Honnêtement la presse indépendante a connu un sale temps sous l’emprise du CODMPP. Chers confrères de "L’Indépendant", vous n’avez pas démérité. Nous sommes de corps, d’esprit et de cœur avec vous pour l’engagement pris à poursuivre l’œuvre de Norbert Zongo depuis son assassinat le 13 décembre 1998.
Sept ans après, l’imprévisible Collectif des organisations démocratiques de masses et de partis politiques a annoncé encore à la veille de ce triste anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo des journées chaudes sur toute l’étendue du territoire. Franchement le peuple entend marquer ce douloureux anniversaire par le recueillement et des prières pour le repos de l’âme de Norbert Zongo et des ses compagnons. A la vérité, la commémoration de cet anniversaire par des manifestations illégales des premières heures replonge encore la famille, les amis et les confrères du défunt dans une prostration profonde de nature à les affecter davantage.
Pour toutes ces raisons, nous pensons qu’il est temps pour le collectif de cesser ces agitations et à s’effacer de l’arène politique nationale. Dans le cas contraire que le président Halidou Ouédraogo définisse clairement les orientations de son organisation conformément aux textes en vigueur qui régissent les libertés collectives et politiques de notre pays.
Il est de notre devoir, autant que nous sommes, de laisser en héritage aux générations futures un environnement politique débarrassé de toutes luttes déloyales et clandestines. De ce point de vue, l’Etat doit assumer ses responsabilités en permettant aux médias et à nos juridictions de travailler à l’abri de toutes pressions et manipulations diverses pour être en harmonie avec la respectabilité de notre processus démocratique qui force l’admiration au plan national et international.
Autrement dit, cette agitation infinissable du Collectif des organisations démocratiques de masses et de partis politiques depuis sept ans est sérieusement suspectable. Elle pourrait cacher quelque chose de “précieux” pour le juge Wenceslas dans le cadre du dossier Norbert Zongo.
A travers cet écrit, nous n’avons pas la prétention de raconter des balivernes par voie de presse dans le but de discréditer un groupe de personnes ou une organisation . Soit elle illégale ou pas. Il s’agit plutôt d’un devoir de mémoire pour un homme intègre que nous avons connu et travaillé à ses côtés depuis les ateliers et salles de rédaction de “Carrefour Africain” de 1982 jusqu’à son assassinat en décembre 1998. En termes clairs, nous ne roulons pour personne, ce serait une insulte à la mémoire de Norbert Zongo et de David Sanhouidi. Nous sommes engagés pour l’information constructive, la vérité et les faits. Dire la vérité là où le mensonge et la calomnie font du tort. Car le citoyen dans un système de gouvernement démocratique ne peut se faire une opinion libre et déterminante que dans la mesure où il est bien informé. Comprenons-nous bien.
Nous ne souhaitons entrer avec personne dans les querelles de caniveaux. Nous ne faisons qu’exprimer notre droit de penser. Un combat pour lequel Norbert Zongo s’est sacrifié. o
Salifou OUEDRAOGO
racinesburkina@yahoo.fr

 

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