L'opinion N°438
du 1er au 07 mars 2006

Editorial

Le faux combat de l’oposition

Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu cela. D’une part des ténors de l’opposition assis autour d’une même table pour faire entendre un même son de cloche sur une question nationale et d’autre part les travées de l’hémicycle gronder d’opinions aussi divergentes. Alors qu’elle avait jusque-là brillé par un silence assourdissant au point de susciter des critiques acerbes au sein des milieux qui lui sont acquis dont certains membres n’ont pas hésité à parler de coma profond, l’opposition toutes tendances confondues a par la gueulante qu’elle vient de pousser relativement au dernier report des élections municipales secoué le cocotier faisant revenir en surface des souvenirs pas si vieux que cela dans lesquels elle avait pion sur rue. C’est vrai que le résultat des courses a été ce qu’on sait, une bérézina politico-judiciaire et que la tendance du mouvement actuel ne promet guère rien de mieux, mais on ne peut raisonnablement lui demander plus, tant il est évident que même la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. D’autant que chez elle, tout lui passe dessus comme de l’eau sur le plumage d’un canard. En effet, on a l’impression de revivre le débat surréaliste sur la rétroactivité ou non de l’article 37 alors que non seulement les priorités étaient ailleurs et s’imposeraient immanquablement, mais qu’en plus elle n’avait aucun moyen (ni légal, ni illégal) de changer l’ordre des choses.
Comme en novembre dernier et les mois qui l’ont précédé, l’opposition tourne le dos au seul combat qui vaille et qui paie, celui de la mobilisation pour une préparation consciencieuse du scrutin.
Comme le soir du 13 novembre 2005, celui du 23 avril 2006 accouchera d’un score que certains qualifieront de stalinien pour ensuite soutenir que ce n’est pas le parti au pouvoir qui est fort mais plutôt les autres qui sont faibles. Et de prôner par après le nivellement des valeurs par le bas pour que la démocratie ait un sens !! Si ce n’est pas malheureux !
Au lieu de s’époumoner à l’Assemblée nationale ou dans les prétoires comme promis par l’opposition légaliste ou d’user ses semelles sur le macadam de «Simon Ville», promesse de l’opposition radicale, les opposants feraient mieux de s’occuper des élections à venir en mettant en œuvre des actions qui leur assureront des résultats autres que ceux auxquels ils nous ont jusque-là habitués. C’est le seul combat qui vaille et c’est la direction qu’elle ne prendra pas parce qu’il est beaucoup plus facile de céder aux fatalismes que d’inventer l’avenir.
La rage de mort de faim avec laquelle elle s’est saisie de la question de la durée du report des élections municipales en est une preuve éclatante. Elle s’est tellement concentrée sur le sujet qu’elle a oublié le principe de base du droit qui dit que nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes. Parce que dans la cause de l’inéluctabilité du report, qu’il soit technique pour régulariser ce qui est ou politique c’est-à-dire de longue durée pour permettre de «résoudre tous les problèmes de la terre», elle est tout aussi responsable que la majorité tout comme la société civile. Le choix de l’une ou l’autre solution est une question de rapports de forces. Or en la matière tout est connu de tout le monde et personne n’est dupe. A tout le moins, il lui serait plus aisé de travailler à avoir des conseillers que d’obliger le pouvoir à aller dans le sens de ses options stratégiques. Il faut donc cesser d’amuser la galerie.
Par Cheick AHMED

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