Il emporte outre-tombe
les grands secrets de la guerre en ex-Yougoslavie. Il n’aura
pas permis à ses victimes de se voir justice rendue
par les hommes : les 65 chefs d’accusation de crimes de
guerre et de crimes contre l’humanité resteront dans
les tiroirs du TPI, le massacre des 8 000 Bosniaques à
Srebrenica en juillet 1995 sous ses ordres ne sera pas puni
en ce qui le concerne en tout cas…
Pour tout cela, la mort de Slobodan MILOSEVIC doit être
pleurée ! C’est véritablement là, une
mort inopportune et non souhaitée pour ceux qui oeuvrent
pour l’éclatement de la vérité sur
ce qui s’est passé en ex-Yougoslavie entre 1991 et
1999.
Engagé depuis le 12 février 2002 au TPI de
la Hayes aux Pays-Bas, le procès de l’ancien dictateur
serbe aura démontré du cynisme et de l’hypocrisie
qui caractérisent les relations internationales.
Quoique clairement établis, les crimes dont on accusait
le héros des «nationalistes» serbes ont
eu du mal à être prouvés tant le TPI
a été comme pris en otage par des forces occultes
mais facilement identifiables dont les intérêts
devaient être préservés par le «silence»
de Milo. Il faut dire que la seule victoire du TPI, c’est
d’avoir pu faire comparaître par-devant lui le criminel
après de longues tractations avec les autorités
serbes. D’ailleurs, les conséquences de son extradition
à la Hayes ont été des troubles en
Serbie et l’assassinat du premier ministre qui a signé
l’acte, M. Zoran DJINDJIC, traité de traître
par les nationalistes favorables à MILOSEVIC. Le
grand procès promis et que la procureure générale
Carla Del PONTE avait qualifié de «mère
des accusations» du TPI car devant par effet domino
permettre d’épingler les co-auteurs des crimes jugés,
s’est très vite enlisé et voilà que
l’action s’éteint avec la mort du principal accusé.
Ainsi, de grandes questions auxquelles MILOSEVIC devait
apporter éclairages restent sans réponses
et celui-ci demeure innocent au regard de la loi.
Suspecte ou pas, toujours est-il que les circonstances de
sa survenue ont été favorisées (surveillance
relâchée, refus de lui permettre d’aller se
soigner en Russie…), la mort du plus grand prisonnier à
la disposition du TPI jette un discrédit sur l’institution
internationale qui aura du mal à s’en remettre et
ce sont les dictateurs, les potentiels génocidaires…
et les USA qui se frottent les mains. En effet, si les uns
peuvent espérer l’impunité, les Etats-Unis
qui ne reconnaissent pas le TPI seront confortés
dans leur position et pourront continuer de régenter
le monde à leur façon, couvant de leur protection
les dictateurs acquis et traquant jusqu’à soumission
ceux qui ne le sont pas.
Si son utilité est avérée, le TPI tel
qu’il fonctionne pourra-t-il encore convaincre de son efficacité
? MILOSEVIC risque d’être et le premier mais aussi
le dernier président à comparaître devant
l’institution internationale. Il ne pouvait en être
autrement car la petite histoire de l’institution a montré
qu’entre juges, accusateurs, accusés et «suspects
sérieux» pour emprunter au vocable en vogue
au Faso, les barrières ne sont pas toujours étanches.
Pour un pied de nez au TPI, la mort de Slobodan MILOSEVIC
l’est assurément et on ne saurait encore mesurer
toutes ses conséquences.
Par Faez