L'opinion N°440
du 15 au 21 mars 2006

SUR LE VIF

Le pied de nez de Milo au TPI

 

Il emporte outre-tombe les grands secrets de la guerre en ex-Yougoslavie. Il n’aura pas permis à ses victimes de se voir justice rendue par les hommes : les 65 chefs d’accusation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité resteront dans les tiroirs du TPI, le massacre des 8 000 Bosniaques à Srebrenica en juillet 1995 sous ses ordres ne sera pas puni en ce qui le concerne en tout cas…
Pour tout cela, la mort de Slobodan MILOSEVIC doit être pleurée ! C’est véritablement là, une mort inopportune et non souhaitée pour ceux qui oeuvrent pour l’éclatement de la vérité sur ce qui s’est passé en ex-Yougoslavie entre 1991 et 1999.
Engagé depuis le 12 février 2002 au TPI de la Hayes aux Pays-Bas, le procès de l’ancien dictateur serbe aura démontré du cynisme et de l’hypocrisie qui caractérisent les relations internationales. Quoique clairement établis, les crimes dont on accusait le héros des «nationalistes» serbes ont eu du mal à être prouvés tant le TPI a été comme pris en otage par des forces occultes mais facilement identifiables dont les intérêts devaient être préservés par le «silence» de Milo. Il faut dire que la seule victoire du TPI, c’est d’avoir pu faire comparaître par-devant lui le criminel après de longues tractations avec les autorités serbes. D’ailleurs, les conséquences de son extradition à la Hayes ont été des troubles en Serbie et l’assassinat du premier ministre qui a signé l’acte, M. Zoran DJINDJIC, traité de traître par les nationalistes favorables à MILOSEVIC. Le grand procès promis et que la procureure générale Carla Del PONTE avait qualifié de «mère des accusations» du TPI car devant par effet domino permettre d’épingler les co-auteurs des crimes jugés, s’est très vite enlisé et voilà que l’action s’éteint avec la mort du principal accusé. Ainsi, de grandes questions auxquelles MILOSEVIC devait apporter éclairages restent sans réponses et celui-ci demeure innocent au regard de la loi.
Suspecte ou pas, toujours est-il que les circonstances de sa survenue ont été favorisées (surveillance relâchée, refus de lui permettre d’aller se soigner en Russie…), la mort du plus grand prisonnier à la disposition du TPI jette un discrédit sur l’institution internationale qui aura du mal à s’en remettre et ce sont les dictateurs, les potentiels génocidaires… et les USA qui se frottent les mains. En effet, si les uns peuvent espérer l’impunité, les Etats-Unis qui ne reconnaissent pas le TPI seront confortés dans leur position et pourront continuer de régenter le monde à leur façon, couvant de leur protection les dictateurs acquis et traquant jusqu’à soumission ceux qui ne le sont pas.
Si son utilité est avérée, le TPI tel qu’il fonctionne pourra-t-il encore convaincre de son efficacité ? MILOSEVIC risque d’être et le premier mais aussi le dernier président à comparaître devant l’institution internationale. Il ne pouvait en être autrement car la petite histoire de l’institution a montré qu’entre juges, accusateurs, accusés et «suspects sérieux» pour emprunter au vocable en vogue au Faso, les barrières ne sont pas toujours étanches.
Pour un pied de nez au TPI, la mort de Slobodan MILOSEVIC l’est assurément et on ne saurait encore mesurer toutes ses conséquences.

Par Faez

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