L'opinion N°441
du 22 au 28 mars 2006

ACTUALITE

Le président du Faso en Mauritanie

Une autre page s’ouvre…

Le président du Faso, Blaise COMPOARE a effectué les 16 et 17 mars derniers, une visite d’amitié et de travail en République Islamique de Mauritanie sur invitation de son homologue, le Colonel Ely Ould Mohamed VALL, président du Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD). Pour sa première visite officielle en terre mauritanienne, le président du Faso était accompagné de son épouse, des ministres de la Sécurité, Djibrill BASSOLE, des Mines, des Carrières et de l’Energie, Kader CISSE et une grande suite. Une visite qui, à tout point de vue, augure des perspectives heureuses entre les deux Etats et partant entre les peuples burkinabè et mauritanien.

Arrivé à 16h 30mn, le président du Faso a été accueilli à sa descente d’avion par son homologue mauritanien et les membres du gouvernement avec à leur tête le Premier ministre, M. Sidi Mohamed Ould BOUBACAR. Hymnes nationaux, revue d’un détachement de l’armée et c’est le salon d’honneur de l’aéroport pour un entretien de quelques minutes. Avant de rejoindre le palais présidentiel, le président du Faso, face à la presse a donné la quintessence de sa visite : «… C’est avec plaisir que j’ai accepté cette invitation, au regard de liens historiques très denses, très forts qui unissent nos deux peuples mais aussi, parce que, comme vous le savez, nous pensons qu’en Afrique, nos Etats doivent coopérer… Nous sommes là pour consolider ces liens et voir quelles sont les perspectives qui peuvent s’offrir à nous dans divers domaines de développement économique, de transport, d’artisanat, d’élevage, de formation technique et professionnelle…». Après avoir ainsi planté le décor de cette visite, le cortège quitte l’aéroport, direction le palais.

Mobilisation jamais égalée

SEM Salamata SAWDOGO, Ambassadeur du Burkina auprès de la république Islamique de Muritanie avec résidence à Dakar

De l’avis général, il y a bien longtemps, même très longtemps que les Nouakchottois (habitants de la capitale, Nouakchott) ne s’étaient pas autant mobilisés pour accueillir un chef d’Etat. En effet, toutes les voies qui mènent au palais présidentiel ont été prises d’assaut par la population venue acclamer le président du Faso et sa délégation. Sur près d’une dizaine de km, les Nouakchottois en liesse ont prouvé par leur mobilisation que entre les deux Etats, entre les deux peuples, rien, absolument rien ne sera plus comme avant. Sur les banderoles, on pouvait entre autres lire : «Vive l’amitié et la coopération entre la Mauritanie et le Burkina Faso».
Plus le cortège s’éloignait de l’aéroport, plus la mobilisation de la population était grande. Une mobilisation accompagnée de chants et de danses, le tout dans les couleurs des deux pays et des posters des deux chefs d’Etat.
Le chauffeur qui nous conduisait, dans un français approximatif, dira : «Burkina Faso, c’est bon pays, c’est bon président». En tout cas, ils sont très nombreux les Nouakchottois qui n’oublieront pas de sitôt la visite du président du Faso dans leur pays

Place au travail

Le communiqué conjoint de la visite a été lu par le ministre burkinabè de la sécurité Djibril BASSOLET

Après le bain de foule et tout ce qui l’accompagne en pareille occasion, place au travail. En effet, quelques minutes après son arrivée au palais présidentiel, le président du Faso a été reçu par son homologue mauritanien pour un tête-à-tête. Une rencontre qui sera élargie quelque temps après aux membres des deux délégations. Après les deux départs des deux chefs d’Etat, les délégations burkinabè et mauritanienne pour leur séance de travail ont principalement passé en revue la coopération entre les deux pays et dégagé de nouvelles pistes. Un peu plus tard dans la soirée, un «dîner présidentiel» a été organisé pour mettre fin à ce premier jour de la visite.

Le port de Nouakchott ouvre ses portes au Burkina Faso

A la tête d’un pays enclavé comme le Burkina Faso, le président du Faso reste certainement convaincu qu’il faut toujours prospecter, chercher les voies et moyens pour faciliter les échanges entre notre pays et le reste du monde. C’est pourquoi, la visite du port autonome de Nouakchott dit «Port de l’amitié» (PANPA) a occupé une place de choix dans le programme du voyage du président du Faso et sa suite.
Le vendredi 17 mars donc, les portes du port ont été grandement ouvertes pour accueillir la délégation présidentielle. Arrivé au port en compagnie du Premier ministre mauritanien, le président du Faso a d’abord assisté à une projection de film sur le port, son fonctionnement, ses capacités, les perspectives… puis, ce fut la visite avec les responsables du port avec à leur tête, le directeur général M. Ahmed Ould GUENAYA. Après la visite, le président du Faso a accepté répondre aux questions des journalistes sur les perspectives : «… Cette visite est une opportunité pour le Burkina Faso… Et je crois que si les couloirs sont bien organisés, ce sera facile pour les opérateurs économiques du Burkina Faso, d’utiliser le port de Nouakchott comme ils le font déjà avec les autres ports. Nous allons en discuter avec les autorités et cela va s’inscrire dans les perspectives de coopération entre les deux pays»

Les conclusions de la visite

Après la visite du port, une autre séance de travail a regroupé les deux délégations à l’issue de laquelle un communiqué sanctionnant la visite du président du Faso a été lu par le ministre burkinabè de la sécurité, M. Djibrill BASSOLE. De ce communiqué, il ressort entre autres, qu’au plan bilatéral, les deux chefs d’Etat ont réaffirmé leur détermination à renforcer et à développer les coopérations dans tous les domaines. Ils ont de ce fait donné des instructions aux ministres des Affaires étrangères pour que la 2e session de la grande commission mixte Mauritanie-Burkina Faso puisse se tenir au cours du second semestre 2006. Les deux pays ont aussi décidé d’harmoniser leurs politiques dans le domaine de la lutte contre la criminalité transfrontalière et le terrorisme. Des échanges d’expériences dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de l’environnement, des mines, de l’énergie sont prévus après cette visite. Les opérateurs économiques privés du Burkina et de la Mauritanie ont été invités à instaurer des contacts suivis pour un partenariat en vue de dégager des voies d’investissement par l’exploitation des potentialités qu’offrent les secteurs routiers et portuaires.
Sur le plan sous-régional, les présidents COMPAORE et OULD VALL ont entre autres, salué la mise en place du gouvernement en Côte d’Ivoire, la mise en place d’un fonds de solidarité internationale pour l’indemnisation des producteurs de volaille touchés par la grippe aviaire. La crise au Darfour, la situation en Palestine, la réforme de l’ONU, ont été des sujets d’entretien entre les deux hommes d’Etat.
Le président du Faso a félicité son homologue pour les résultats déjà réalisés dans le cadre de la mise en œuvre de la transition vers la démocratie. Blaise COMPAORE a d’ailleurs lancé un appel à un soutien à ce pays. Quant au président mauritanien, il a «apprécié» à sa juste valeur «les efforts que le président du Faso ne cesse de déployer en faveur de la paix, de la démocratie, de l’Etat de droit et de l’Union africaine».
Blaise COMPAORE a par ailleurs invité son homologue mauritanien à effectuer une visite officielle au Burkina Faso. Une invitation acceptée.
Dans notre prochaine édition, nous reviendrons sur la rencontre que le président du Faso a eue avec les Burkinabè résidant en Mauritanie et la visite de la société TIVISKI, une société de fabrique de produits à base de lait, par la première Dame Chantal COMPAORE.o

Envoyé spécial à Nouakchott (Mauritanie), Idrissa BIRBA

Vu et entendu


*S’il fallait décerner un prix aux Nouakchottois pour leur mobilisation populaire, il reviendrait certainement aux femmes qui n’ont pas hésité à prendre toutes les artères qui mènent au palais présidentiel à travers des chants et danses dont elles seules ont le secret des rythmes.

*Selon «notre» chauffeur toutes les composantes de l’armée mauritanienne (Police, Militaire, Gendarme…) ont été mobilisées pour l’événement. On pouvait les voir postés à chaque «coin et recoin» des artères où devait passer le cortège présidentiel. Régime militaire oblige !? En tous cas la mobilisation des forces de l’ordre était visible.

*Qu’aurait été le trajet pour nous autres journalistes si la première Dame n’était pas dans l’avion pour nous «distiller» de bonnes doses d’humour et de causeries «sans protocole». En effet, pendant que le président du Faso, les ministres et autres «gourous» de la délégation étaient de «l’autre côté», à l’aller comme au retour, Mme Chantal COMPAORE était avec les journalistes pour des causeries sur des sujets d’intérêt certain touchant le vécu quotidien des Burkinabé : la lutte contre la pauvreté, la solidarité nationale, le développement. En tous cas avec cette «ambiance facile» on n’a vraiment pas «senti» le voyage. Le rédacteur en chef de la Radio nationale ne dira certainement pas le contraire.

*Il faut pour la Mauritanie du temps pour effacer les traces et les stigmates du régime déchu. La ségrégation est encore perceptible et on «sent» toujours qu’ils sont un peu renfermés sur eux-mêmes. Cependant tout porte à croire que l’avenir s’annonce meilleur pour ce peuple qui a souffert plusieurs années durant, par la faute d’un ségrégationniste.

*Pas d’alcool ici ! En tous cas les adeptes de Bacchus ont dû prendre leur «mal» en patience pendant les 48 heures de voyage. En Mauritanie, pays islamique, les boissons alcoolisées sont rares. Celles qui font la loi, ce sont les sucreries fabriquées sur place ou importées principalement de l’Egypte. Si vous demandez la bière, on vous répond sèchement : pas d’alcool ici. Ce qui a fait dire à quelqu’un que «mon Faso est meilleur».

*La présidence et le palais de Nouakchott retiennent l’attention du visiteur par le style architectural et la propreté. C’est tellement propre que même pour se débarrasser d’un mégot de cigarette vous êtes obligés de vous torturer les méninges.

*Le Burkinabè inspire partout «respect et considération». C’est ce que nous avons remarqué à Nouakchott. Il suffit de dire que vous êtes Burkinabè pour que votre interlocuteur «se mette plus au sérieux pour vous écouter» et manifester sa volonté de vous aider ou de donner les informations nécessaires.

*Journalistes solidaires. La solidarité de corps n’a pas de frontière. Les journalistes et autres photographes mauritaniens ont prouvé qu’entre confrères, la solidarité ne devrait pas avoir de frontière. En effet, ils étaient à nos côtés pour nous donner le maximum d’informations sur la visite et sur leur pays.

*Si la capitale mauritanienne n’est pas encore un «terreau» pour l’immigration clandestine vers l’Europe, Nouadhibou en est un. Chaque jour, cette ville portuaire voit le nombre de candidats à l’immigration se multiplier. Ce qui oblige l’Etat mauritanien à prendre des mesures idoines. Le jour de l’arrivée du président du Faso à Nouakchott, le président mauritanien a reçu d’ailleurs le secrétaire d’Etat espagnol aux Affaires étrangères pour parler de l’immigration clandestine via la Mauritanie.

*Certains membres de la délégation burkinabè ont vu leurs nom et prénoms déformés par les «éléments» mauritaniens chargés de confectionner les badges et la liste des membres de la délégation. Notre confrère de «Sidwaya», Boubacar SY répondait donc au nom de Boubacary SY tandis que celui du Journal «L’Opinion» Idrissa BIRBA s’appelait Idrissa SIRBA. Il fallait en tous cas évoluer sous cette «nouvelle identité» pour ne pas être refoulé aux postes de contrôle de la sécurité au palais présidentiel où a eu lieu l’essentiel des travaux.

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