| Ces
temps-ci, des organisations de la Société civile
s’intéressent à l’actualité politique
notamment sur des sujets comme le nomadisme ou transhumance
politique, la limitation des partis et les candidatures indépendantes.
Si le Centre d’études et de recherche sur les pratiques
de la démocratie (CERPRADE) aux détours d’un
atelier sur «l’état des lieux de la démocratie
au Burkina Faso» a lancé son ballon de sonde
sur les questions du nomadisme et de la limitation des partis
politiques, un collectif des centrales syndicales a, lui,
réclamé par voie de presse des candidatures
indépendantes pour les élections locales.
Ces questions politiques qui préoccupent la société
civile sont perçues dans des milieux politiques comme
une dynamique politique. Nous nous intéressons donc
cette semaine à ces sujets mettant en contraste société
civile et classe politique en nous interrogeant sur les causes
et conséquences du phénomène du nomadisme
tout en étalant les points de vue des hommes politiques,
à qui revient en premier lieu la charge d’animer la
vie politique nationale sur des questions aussi délicates
les intéressant.
Drissa TRAORE
Un
phénomène transversal
Depuis le renouveau du multipartisme
en 1991, la classe politique burkinabè est chaque fois
secouée par le nomadisme de ses acteurs. Si au début
les clashs s’opéraient dans les rangs de l’opposition
au profit du parti au pouvoir ou des partis de la mouvance
présidentielle, on constate de nos jours que tous les
bords politiques subissent le phénomène.
Si au Burkina Faso indépendant, le
nomadisme politique remonterait à la deuxième
République dans les années 1970 avec la démission
de Moussa KARGOUGOOU du RDA pour former les «Indépendants
de Kaya », d’illustres précédents ont
eu lieu juste avant l’autodétermination du pays. On
a souvenance que pour mieux installer son hégémonie,
le RDA (l’ancêtre) a dû débaucher des personnages
qui complaient dans d’autres formations politiques. Ainsi,
on sait que le Duc du Yatenga, M. Gérard Kango OUEDRAOGO
n’a pas toujours été de la famille puisqu’il
était venu du MDV (Mouvement démocratique Voltaïque).
Le RDA, l’ogre de l’époque a aussi saigné les
rangs des partis comme le PRA de Nazi BONI et le MLN de KI-ZERBO.
C’est donc dire que le nomadisme politique au Faso a une histoire.
Alors, sont arrivées les années 1978, avec l’affaire
Jules BATIONO du RDA. Après les législatives
de 1978, une majorité parlementaire avait du mal à
se dégager à la représentation nationale.
Un débat politicojuridique avait cours avec cette question
de la « majorité relative plus un ». Le
RDA, parti majoritaire, pour avoir une emprise sur l’Assemblée
nationale a donc dû débaucher un député
en la personne de M. Jules BATIONO de l’UNDD (originale) ;
ce qui a fait à l’époque grand bruit et a été
l’un des faits politiques marquants de la IIIe République.
Depuis 1991, avec l’instauration du multipartisme, on assiste
à une recrudescence du phénomène dit
de nomadisme politique. C’est une figure emblématique
de la scène politique, le Pr. Joseph KI-ZERBO qui semble
le premier à taper dans la fourmilière. On a
en mémoire la démission de ce dernier de la
CNPP pour créer le PDP. Ce faux bond (selon ses camarades
de la CNPP de l’époque) a longtemps alimenté
les débats sur le nomadisme politique dans notre pays.
Mais cet acte n’était que le début d’un long
feuilleton d’un phénomène qui va permanemment
agiter la scène politique, voire dominer l’actualité
politique.
A mesure que la classe politique fait sa mue, le nomadisme
se répand. Les grandes vagues de nomadismes se font
généralement à l’occurrence des regroupements
en pôles politiques ou des élections. La naissance
du CDP par exemple, donnant lieu au départ du Pr. Joseph
KI ZERBO de la CNPP, a provoqué un mouvement de militants
dont les partis ont fusionné vers d’autres formations
politiques. Il en a été de même quand
l’ADF et le RDA ont décidé de fusionner.
Le nomadisme a véritablement pris de l’ampleur à
partir de 1997 après les premières expériences
de la présidentielle, des législatives et des
municipales. Ces différents scrutins ont fini par donner
réellement goût à la gestion des affaires.
Les gens ont commencé à se convaincre après
ces expériences que la politique pouvait nourrir son
homme. Et les positionnements sur les listes électorales
sont devenus des brandons de discorde dans les états-majors
des partis politiques, déterminent de la sédentarisation
ou du départ de certains potentats. La conséquence
de cette sorte de danse du ventre ou de l’inconséquence
des acteurs politiques est la profusion des partis de la mouvance
présidentielle et d’opposition. Les formations politiques
poussent comme par bouturage, une saute d’humeur, des intérêts
menacés …et voilà l’autre qui se sent rassembleur,
préférer rassembler autour et pour sa propre
personne.
Les Sankaristes ont fait entre temps l’actualité du
nomadisme. Cyril GOUNGOUNGA quittant le CDP, Emile PARE démissionnant
du PDP/PS, Hermann YAMEOGO abandonnant l’ADF/RDA à
la tête de laquelle il a été décagnoté,
etc. La liste est loin d’être exhaustive surtout si
on y ajoute le menu fretin des militants dits de base qui
vont et viennent en fonction des largesses de ceux qui ont
besoin de leurs services.
Auparavant, c’est au sein de l’opposition que le nomadisme
était courant à cause des conjonctures politiques
notamment. Actuellement, le parti au pouvoir connaît
de plus en plus le phénomène surtout à
l’orée des scrutins. S’il fut, un moment donné,
un épiphénomène, la démission
récente du maire central de Bobo, Célestin KOUSSOUBE,
du CDP pour l’ADF/RDA réveille encore les débats
sur le nomadisme dont certains en appellent à la réglementation.
Mais quel sens aura encore la politique si l’on n’est plus
libre de quitter un parti qui ne répond plus à
ses aspirations ?
Drissa TRAORE
La faute aux chefs
de partis
Rentré dans les mœurs politiques
burkinabè en novembre 1957 avec le «retournement
de veste» de Maurice YAMEOGO qui permit à Daniel
Ouézzin COULIBALY de conserver son «trône»
face à la fronde du Mouvement démocratique voltaïque
(MDV) de Gérard Kango OUEDRAOGO, le nomadisme politique
n’a cessé de prospérer depuis au Burkina. La
faute en revient principalement aux partis politiques qui
n’ont pas su ou pu éduquer et conscientiser leurs militants.
Un parti politique on ne le dira jamais assez,
c’est avant tout un programme. C’est sur la base de cette
plate-forme programmatique que l’on doit s’y engager pour
peu que l’on ait soi-même conscience de cette réalité
et que l’on veut la mettre en application sur le terrain.
Malheureusement au Burkina Faso, il n’en est rien, l’engagement
militant (?) se faisant bien souvent sur la base des intérêts
personnels. Dès lors que ceux-ci sont «bafoués»,
l’on préfère aller «voir ailleurs».
Dans cette attente, on s’accroche aussi longtemps que possible
aux strapontins et dès l’instant qu’il n’y a plus rien
à gagner, on migre vers d’autres partis. Cette situation,
nous l’avons dit, est favorisée par la pratique de
nos partis politiques pour deux raisons essentielles. Premièrement,
leur mauvaise implantation au sein des masses qui les poussent
à s’adonner à des polémiques stériles,
alors que les intérêts des populations sont ailleurs.
On en a actuellement une illustration avec tout le débat
suscité par les multiples reports des élections
municipales et qui mettent la classe politique en ébullition.
Municipales ou pas, ce ne sont pas les populations de Falagountou
ou de Didyr qui s’en plaindront, même si les municipales
vont les amener à prendre leur destin en mains. Le
plus important pour lesdites populations c’est l’amélioration
de leurs conditions de vie, et des élections bâclées
sont le gage certain qu’il n’en sera pas ainsi.
En monopolisant le débat, les partis politiques prouvent
qu’ils font peu de cas de ces préoccupations du «pays
réel» qui jusque-là est gardé en
marge.
Il y a comme une urgence pour nos politiques à gagner
ce combat de «l’imprégnation» avant de
prétendre parler au nom du peuple. C’est du reste le
drame de toutes les petites bourgeoisies africaines qui ont
trouvé dans cette mise à l’écart des
masses, un moyen commode de «bouffer» sur leur
dos.
Le premier mal de l’Afrique se trouve là, plutôt
qu’à Washington avec un FMI voué aux gémonies
alors qu’il n’a demandé à personne de venir
le voir.
Deuxième raison du nomadisme, le procédé
de cooptation pour désigner les candidats à
des postes électifs sur la base de leur notoriété.
Parachutés, ces «militants influents» n’ont
rien à faire d’une quelconque discipline du parti,
dès que leurs intérêts sont menacés.
KOUSSOUBE (le maire de Bobo-Dioulasso) qui quitte le CDP sur
un coup de tête, est l’illustration parfaite de ces
«gourous» «indisciplinés».
Ambitions insatisfaites, rancunes personnelles, absence de
culture militante, le nomadisme a de beaux jours devant lui
ici, au Faso. Ce d’autant que les honorables députés
ont refusé en 2001, un projet de loi dont la substance
disait que «tout titulaire d’un mandat électif
qui démissionne de l’organisation ou du parti politique
sur la liste duquel il a été élu perd
d’office le bénéfice de son mandat». C’est
tout dire.o
Par Alpha YAYA
Faut-il légiférer
?
Roch
Marc Christian KABORE, président de l'Assemblée
nationale, président du CDP
Le nomadisme politique est un des
comportements sur la scène politique le plus décrié
et qui fait jaser tout le monde en ce moment. La plupart des
Burkinabé le perçoivent comme quelque chose
de pernicieux et négatif dont l’existence ne permet
pas une saine pratique de la politique encore moins de la
démocratie. Tous sont unanimes sur le fait qu’il faudrait
nécessairement y trouver une solution. Cependant sur
les moyens de combattre le phénomène, notamment
en ce qui concerne la prise d’une loi anti-nomadisme politique,
les opinions sont divergentes.
D’un coté, il y a ceux qu’on pourrait
qualifier de partisans de la loi contre le nomadisme qui voient
comme la solution ultime, la réglementation au moyen
d’une loi spécifique. De l’autre, il y a ceux qu’on
pourrait à juste titre nommer les « opposants
» à cette idée qui pensent plutôt
que la loi n’est pas la solution de peur que celle-ci ne porte
gravement préjudice à l’exercice des droits
démocratiques.
Prenant se faisant le contre-pied de certains analystes qui,
sans mesurer les effets pervers d’une telle approche juridique
de la question, y souscrivent, la plupart du temps en prenant
pour référence plusieurs pays de la sous-région
disposant de lois antinomadisme politique dans leurs textes
fondamentaux ou ordinaires. En particulier, le Niger où
l’article 69 alinéa 5 à 6 de sa Constitution
stipule dans ce sens que : « pendant la législature,
les députés ne peuvent pas démissionner
des groupes parlementaires dans lesquels ils sont inscrits
soit à titre individuel, soit au titre de leurs partis
politiques. Tout député qui démissionne
ou qui est exclu de son parti politique au cours de la législature,
est remplacé à l’Assemblée nationale
par son suppléant ». Certains projets de loi
pour éviter de confiner la réglementation du
nomadisme au seul niveau parlementaire étaient allés
au delà pour prendre en compte tous les élus
en général (maires, conseillers municipaux etc.)
C’est l’exemple d’une disposition du projet de loi portant
charte des partis politiques au Bénin adopté
le 24 juillet 2001 et cassé peu après seulement
le 27 août de la même année par la Cour
constitutionnelle.
Celle-ci disposait que : « tout élu à
un mandat représentatif sous la bannière d’un
parti politique qui vient à en démissionner
en cours de mandat pour quelque motif que ce soit, perd son
siège au sein de l’institution concernée. Il
est immédiatement remplacé par son suppléant
».
Ces quelques cas de figures montrent ce que les « partisans
» de la loi anti-nomadisme attendent en terme de retombées
politiques, éthiques et morales au cas où elle
viendrait à être effective. C’est à dire
arriver à ce que désormais tout élu qui
démissionne ou qui est exclu de son parti politique
ou en d’autres situations, perde le mandat au profit de son
suppléant. Chose que voient d’un mauvais œil les opposants
à la loi antinomadisme qui, doutant des vertus de celle-ci
et tenant compte de la fragilité de notre système
partisan, pensent qu’elle comporterait des conséquences
désastreuses pour la démocratie. Pour cela,
ceux-ci estiment que la première des conséquences
qui pourraient naître de la loi antinomadisme politique,
se situe au plan légal et pourrait créer un
précédent juridique. A savoir, son incidence
sur le caractère non impératif du mandat ainsi
que préconisé par le texte. Autrement dit, un
député n’aurait plus la latitude de faire un
choix politique libre et autonome, d’assumer en toute indépendance
de pensée son mandat au nom du peuple sans courir le
risque d’être déchu de sa qualité de député.
Or le député une fois élu devient un
représentant du peuple entier, agissant dans l’intérêt
commun national et non uniquement pour ses électeurs.
Est- ce donc normal que celui-ci soit astreint à agir
dans les frontières tracées par son parti ou
son groupe parlementaire, que ces derniers au cours d’une
mandature fassent des options politiques préjudiciables
au bien de la nation ? En ce moment donc, le mandat du député
devient alors impératif ce qui est une violation des
dispositions légales en la matière entraînant
de facto la restriction de la liberté d’opinion, d’esprit
et de choix de l’élu parlementaire pour ne prendre
que lui. La deuxième conséquence morale. En
effet, les partis politiques burkinabé dans leur ensemble
connaissent d’énormes difficultés de nature
diverse ; on peut citer par exemple en lieu et place d’un
vrai recrutement, la gestion « partrimonialiste »
et opaque des premiers responsables ainsi que la promotion
anarchique (népotisme) des militants. Car, sont légion,
les cas où des militants arrivés à la
dernière heure ont été parachutés
à la place voulue par le « maître »
(positionnement sur les listes de candidatures) contre toute
logique de respect du mérite et de la progression normale
à travers les structures de la base vers le sommet.
Ces travers contribuent à rendre l’environnement partisan
plus complexe et problématique. Aussi, l’avènement
la loi anti-nomadisme dans ces conditions, pourraient exposer
la scène politique à une instabilité
chronique. Parce que d’une part, les premiers responsables
des partis possédant le pouvoir absolu de décision
pourraient en user à dessein. Et ce serait d’abord
la voie ouverte à l’exclusion abusive (ou push) des
élus par les présidents de partis pour un oui
ou pour un non au profit d’un suppléant qui ferait
mieux leur affaire. Et ensuite, la naissance et l’exacerbation
de l’adversité et des complots pour la succession entre
titulaire et suppléant d’un poste électif. Ainsi,
la survie des élus à leur poste serait assujettie
non seulement au bon vouloir de l’oligarchie régnante
dans les partis qui les ont promus mais également au
combat permanent contre les suppléants. En conséquence,
si l’élu démissionnaire ou exclu devait perdre
le mandat au profit de son parti et de son suppléant,
il faudrait dorénavant s’attendre à une valse
incontrôlable de différentes personnes à
un même poste. Cela à coup sûr ne renforcerait
en aucune manière la stabilité d’aucune institution
qui en subirait les effets. Si bien qu’elle en serait diminuée
dans ses capacités d’action et son efficacité.
Par Op. YAMBA
Militantisme en péril
Militantisme où es-tu ? Telle est la question que l’on
peut se poser à bien observer le comportement quotidien
de nos «militants» des partis politiques au Faso.
D’ailleurs l’éthymologie du mot selon les lexiques
permet-elle de «baptiser» ainsi cette horde ou
cohorte d’individus souvent politiquement incultes qui intègrent
les partis ? En tout cas, selon le petit Larousse, le militant,
c’est celui qui lutte, qui combat pour une idée, une
opinion, un programme, un parti. Si cette définition
est sans équivoque, alors un néologisme de création
burkinabè serait nécessaire pour désigner
nombre de nos «militants». L’opinion publique
s’est déjà fait sa religion sur la question
du militantisme au Faso d’où cette notion de «mangécratie»
qu’elle a intégrée à son vocable et qui
caractérise la vision qu’elle a du monde politique
contemporain. Du reste, les acteurs-mêmes de ce monde
ne jouent pas à l’autruche puisque le militantisme
à la sauce du moment est devenu phénomène
qui force une place dans l’arbitrage du jeu politique. Des
expressions du genre «Programme de développement
personnel (PDP)» sont significatives à plus d’un
titre. Alors, l’adhésion à un parti est souvent
conditionnée par des questions de «feuilles»
ou de postes. On adhère à un parti dans l’espoir
de s’ouvrir des portes pour une vie meilleure. Comment expliquer
ce fait qui contribue sans doute à accentuer ce que
Me SANKARA a appelé la «crise des idéologies»
? En réalité, la politique, pour les populations,
a perdu ses lettres de noblesse, les responsables politiques
étant loin d’être de bons exemples. Si le leader,
par ses pratiques déloyales, souvent mafieuses et déroutantes
n’honore pas le parti, qu’en sera-t-il des militants sur lesquels
il faut compter ? Doivent-ils comme des moutons de Panurge
suivre aveuglement un homme ou des hommes qui se bâtissent
leur paradis sur leur dos ? Comme ils (les militants) le disent
eux-mêmes, personne ne boit l’eau par les narines et
tout le monde aime le «fèfè». Ou
le «projet» est collectif ou il ne l’est pas et
chacun se cherche.
Un jeu politique des plus grugeants
Ils ne le disent pas ouvertement, mais beaucoup de nos leaders
politiques créent leur parti dont ils font leur chose
pour simplement élever leur côté «marchande»
sur l’échiquier politique. Aux bouts des courses, l’objectif
demeure la recherche de postes politiques ou administratifs
dits «juteux». Ainsi, la lecture des ambitions
des uns et des autres a édifié le «militant»
qui n’entend pas militer pour rien. Les exemples foisonnent
au Burkina Faso. Si l’argent et les postes n’expliquent pas
le péril du militantisme politique dans notre pays,
on comprend difficilement, le fait que pour un oui ou pour
un non, pour n’avoir pas par exemple été retenu
sur une liste électorale, on décide de quitter
son parti. Le «destin» qu’on veut se forger devient
la monnaie d’échange pour son maintien au sein du parti.
Conséquence, le parti qui n’a pas les moyens, qui n’a
pas la possibilité d’ouvrir des portes aux adhérents,
malgré ses bonnes idées, son programme se trouvera
toujours en train de compter et recompter ses militants sur
le bout des doigts. Le trop plein de «militants»
au CDP par exemple est loin d’être le signe d’un «dynamisme
militant» qui suppose que tous ceux et celles qui y
sont, le sont par conviction. Bien au contraire, parti au
pouvoir, ils sont nombreux ceux qui y sont «dans l’espoir
d’une suite favorable», c’est-à-dire dans l’espoir
qu’un jour le parti fera le «geste» (un poste
ou de l’argent). Si un jour le CDP se retrouvait dans l’opposition,
ce sera le sauve qui peut. Pour ça, on peut être
sûr ! c’est donc dire que les partillons d’aujourd’hui
n’ont pas à rougir. Ils ne rongeront pas éternellement
leur frein en vain pour peu qu’ils aient la patience d’attendre.
Le flux et le reflux de militants ne s’arrêteront pas
de si tôt, à moins que…
Un passage clouté mais indispensable
pour la Démocratie
Dans un pays où la majorité est analphabète,
où la pitance quotidienne est rare, ce n’est vraiment
pas étonnant que la politique soit ce jeu de «à
malin, malin et demi», autrement dit, de tromperie mutuelle.
Il n’est que normal que chacun veuille tirer profit pour sa
personne de ce jeu ; voilà pourquoi on ne peut blâmer
ces pauvres populations que certains taxent d’achetées,
que de simples tee-shirts, des pagnes ou des gadgets qui souvent
ne leur servent même pas décident de voter pour
tel ou tel parti. C’est vrai, le militantisme politique est
en péril. Mais il ne faudrait surtout pas perdre espoir
au regard de la jeunesse de notre démocratie. L’éducation,
la formation politique et civique doivent guider les partis
politiques afin que la donne change. Ainsi, le temps viendra
où l’on votera par conviction, le temps viendra où
un tee-shirt ne pourra pas faire peser la balance, parce qu’il
y aura des militants au sens noble du terme et parce que la
politique aura retrouvé ses lettres. Pour cela, chacun
doit convenablement jouer sa partition. Les partis politiques
en premier lieu. L’article 13 de la loi fondamentale donne
quitus aux formations politiques pour l’animation, la formation
et l’éducation politique des citoyens. Cela compris
et appliqué, la donne peut changer. Des efforts doivent
donc être faits dans ce sens par les différents
acteurs. «Il n’y a pas d’efforts inutiles, Sisyphe se
faisait des muscles» disait Roger CAILLOIS. Sans efforts
des différents acteurs pour que la donne change, pour
que le militantisme politique ait vraiment un sens dans notre
pays, on finira par croire avec Jean MISTLER que : «La
politique est l’ensemble des procédés par lesquels
des hommes sans prévoyance mènent des hommes
sans mémoire». Les hommes politiques doivent
donc œuvrer à ne pas lui donner raison.
Par Ben Alex Béogo
Achille TAPSOBA et Blaise KYELEM
du CDP, Me Stanislas B. SANKARA de l’UNIR/MS, Soumane TOURE
du PAI, Cyril GOUNGOUNGA de l’ADF/RDA sont autant de personnalités
politiques que nous avons pu rencontrer pour recueillir leur
opinion sur les sujets du nomadisme, la limitation des partis
et les candidatures indépendantes. Ces acteurs politiques
de premier plan, de façon générale, ne
vont pas dans la logique de la société civile
qui, sur les mêmes sujets, offre une autre lecture.
Achille
TAPSOBA, député CDP
«L’opportunisme explique la transhumance
politique»
Pour
vous qu’est-ce que le nomadisme politique ?
Achille TAPSOBA (A T) : D’une manière générale,
on considère comme nomadisme politique ce qui se passe
du point de vue de la dynamique des partis, de la dynamique
inter-partis et qui concerne la question du passage d’un militant
ou responsable d’un parti vers un autre parti. C’est le contexte
général de la chose. Je dois reconnaître
que ce que l’on appelle nomadisme politique (je préfère
parler plutôt de transhumance politique que de nomadisme
politique étant entendu que la notion de transhumance
me paraît plus précise) traduit bien sûr
un mouvement migratoire, une migration qui est fondée
sur des intérêts En réalité, de
par la loi fondamentale et de par les lois qui régissent
la vie politique dans notre pays, le nomadisme ou transhumance
est une chose normale.
La sédentarisation est également considéré
comme une chose normale. Pourquoi le nomadisme est considérée
comme une chose normale ? Parce que tout simplement dans tous
les statuts de tous les partis politiques, il est indiqué
que tout citoyen a la liberté d’adhérer à
un parti. Ces statuts indiquent aussi qu’il a le droit de
quitter le parti, cela est garanti. On peut donc concevoir
que quitter un parti pour adhérer à un autre
a priori n’est pas une mauvaise chose. Tout est une question
de contexte ou de situation. Du point de vue des libertés
politiques, il faut donc reconnaître cela comme un droit
et non une mauvaise chose. La question fondamentale, c’est
la situation, le contexte, les raisons qui font qu’on quitte
un parti vers un autre…
Mais comment vous interprétez
ce fait, est-ce le signe d’une vitalité politique,
démocratique ou le contraire ?
A.T : Je l’interprète comme la régulation
normale des partis politiques. De l’autre côté,
il y a la question morale. Les deux questions me paraissent
assez importantes. Au point de vue de la régulation
normale, des partis, on doit pouvoir considérer que
pour des raisons sérieuses, des raisons profondes et
objectives, un citoyen peut estimer qu’il n’est plus en mesure
de rester dans un parti et préfère un autre
parti. Je dis bien pour des raisons sérieuses, objectives
et profondes. Les raisons, entre autres, peuvent être,
un changement de ligne politique au niveau de ce parti. Mais,
cela traduit aussi le dynamisme interne des partis où
très souvent, le fait de quitter un parti n’est pas
forcément la solution la plus rationnelle puisque la
dynamique veut que dans le parti politique, il y ait des débats,
ce que l’on appelle le rapport de force. Toutes les situations
qui sont gérées dans le cadre des partis le
sont par l’intermédiaire des statuts et règlement
intérieur où il est reconnu très souvent,
dans les partis, les règles démocratiques qui
régissent les rapports entre les militants et le parti.
Ces règles ne doivent pas être considérées
comme purement formelles.
Mais si le débat est vicé dans un parti, si
malgré les textes du parti, il n’y a pas de démocratie,
si les points de vue ne peuvent pas être exprimés
et défendus dans un parti, ou ne sont même pas
prises en compte, ce sont des raisons profondes qui peuvent
amener un militant à estimer qu’il n’est plus en phase
dans le parti et qu’il préfère un autre parti.
Finalement, êtes-vous pour
ou contre le nomadisme politique ?
A.T : Je vais d’abord préciser que je suis
contre l’opportunisme. L’opportunisme pour moi, c’est le fait
pour un individu d’adhérer à un regroupement,
à une formation qu’elle soit politique, culturelle,
sociale ou confessionnelle et d’en accepter les principes
régulateurs, d’en accepter la philosophie essentielle
et à la moindre occasion, on oublie tout cela et on
saute pieds joints sur les intérêts personnels
au détriment et au mépris des engagements pris
vis-à-vis de cette organisation. C’est ce que j’appelle
l’opportunisme. Malheureusement, la plupart des cas de transhumance
politique reposent essentiellement sur des considérations
opportunistes. Sinon, il y a souvent une méprise. On
parle de transhumance là où il n’y en a pas.
Le débat est tellement confus qu’on confond tout à
telle enseigne qu’un départ «correct» est
même considéré comme transhumance politique.
J’estime que l’opportunisme explique le nomadisme politique.
Quitter un parti pour lequel on a adhéré aux
principes fondamentaux, au programme pour aller dans un autre
parti parce que ce parti nous donne des intérêts
immédiats, personnels quitte à compromettre
les chances du parti dans lequel on était, je considère
cela comme étant les raisons essentielles du nomadisme.
Mais au-delà de tout, je dis qu’il ne faut surtout
pas faire de confusions quand il faut respecter les libertés
politiques des uns et des autres. Pour le cas où des
militants quittent un parti pour des raisons de changement
de ligne politique, pour des raisons d’absence de débats
démocratiques internes, alors là, j’estime que
c’est tout à fait normal. Dans ce cas, on ne doit pas
parler de nomadisme politique mais plutôt de liberté
politique d’un manière générale.
Un maire ou un député
qui est élu sous la bannière d’un parti, par
exemple le CDP, lorsqu’il décide de quitter le parti,
doit-il remettre son mandat ou son «statut» avant
de partir ?
A.T. : Quand on prend le cas d’un député,
il est vrai que notre loi électorale oblige celui qui
veut être député à passer par le
biais d’un parti politique. C’est une obligation de la loi,
ce qui veut dire si la loi dispose ainsi, ça devient
incontournable que pour devenir député, il faut
passer par un parti. Or, nous avons deux cas : le premier,
c’est lorsqu’un militant a fait ses preuves, se fait prendre
en compte par le parti dans une liste électorale pour
être député. Et ce militant une fois élu,
pour des raisons encore personnelles et subjectives quitte
ce parti pour un autre, c’est un cas d’opportunisme et ce
cas d’opportunisme est un cas de transhumance politique condamnable.
Mais lorsque nous prenons la deuxième situation, qui
est que les partis politiques eux-mêmes vont chercher
de la clientèle pour les élections. Et très
souvent les partis vont prendre des gens qui sont populaires
mais qui ne sont pas forcement leurs militants parce qu’ils
veulent gagner un siège. Dans ce cas, s’ils quittent
le parti une fois élus, je pense que c’est tout à
fait normal, parce qu’on ne peut pas dire que c’est un militant
qui quitte un parti pour un autre mais c’est un opportuniste
qui ne fait que rester égal à lui-même.
Alors, pour moi, ce n’est pas parce qu’on est élu député
qu’en quittant son parti, on doit remettre le mandat. Je dis
non ! C’est le corps électoral qui fait de vous un
député et pas forcément le parti qui
fait de vous un député. C’est le vote qui détermine
si vous êtes élu député ou non.
La preuve est que des partis politiques présentent
des gens qui ne sont pas élus. Une fois qu’on est élu
par le peuple, on devient député du peuple,
on devient député de tout le monde y compris
les gens qui ne sont pas de votre parti et on doit représenter
la volonté générale et non pas la volonté
partisane, clanique, sectaire.
A partir de ce moment, j’estime que si le député
quitte le parti, il reste toujours député de
par la volonté du peuple, du corps électoral,
jusqu’aux prochaines élections. C’est un débat
et c’est mon point de vue.
N’est-il pas temps de mettre des
garde-fous pour juguler la transhumance politique dans notre
pays ?
A.T : Je dois d’abord faire une précision
: le phénomène de la transhumance politique
dans notre pays est à replacer dans le contexte général
de la manière dont les partis se créent et existent.
Il est évident que si on continue de créer les
partis comme ça, sans référentiels idéologiques
et politiques, sans programme de société… sans
tous les mécanismes qui caractérisent la gestion
politique sérieuse et la conquête du pouvoir,
on aboutira toujours à ces situations où on
adhère à un parti comme on rentre dans un couloir
et on ressort de l’autre côté, par un autre couloir
qui serait un autre parti. Je pense que la problématique
se situe à ce niveau. Regardons ce qui se passe. La
transhumance concerne toujours une certaine catégorie
de militants. La preuve, il y a des militants dans des partis
politiques, quel que soit le gain que vous mettrez en face
d’eux, même si vous mettez toute votre fortune, vous
ne les ferez pas bouger d’un iota. Il y a des militants de
ce genre. C’est cela le militantisme. Il ne faut pas non plus
se faire d’illusions, il y a ce que nous considérons
comme militants, sympathisants ou simplement des clients.
Aujourd’hui, faisons la part des choses. Il y a combien de
partis politiques qui ont un registre de leurs militants ?
Et que ce ne sont pas des clients, des sympathisants… ou des
personnes qu’on va «collecter» par-ci et par-là
? L’adhésion à un parti ne doit pas se faire
à «un pied dedans, un pied dehors», attendant
que la soupe soit bonne de l’autre côté pour
y aller. Je pose donc le problème des partis eux-mêmes.
Selon la nature des partis, nous aurons la même nature
au niveau des comportements des hommes. Vous avez par exemple
des gens dans ce pays qui sont dans un parti depuis 10, 20
ans et plus, malgré les avatars que le parti a eu à
subir. C’est ça le militantisme. Par contre il y a
des partis qui viennent d’être créés,
il y a déjà des scissions, démissions
et autres.
Est-ce qu’il faut des lois ? Non, je pense que les lois ne
sont pas là pour régler ce genre de problème.
On peut par contre prendre des lois pour faire des partis
politiques de vraies formations politiques, de vrais instruments
de conquête et de gestion du pouvoir.
Etes-vous pour ou contre la limitation
du nombre de partis politiques ?
A.T : Je ne suis pas pour, je ne suis pas contre
la limitation des partis politiques je suis pour l’existence
des partis politiques, au vrai sens du mot parti politique.
Je m’explique : je ne suis pas pour la limitation des partis
politiques, si on doit considérer qu’elle doit se faire
par décret, de façon péremptoire, forcée…
je n’adhère pas à une telle solution.
Mais je suis pour le fait qu’il n’y ait pas beaucoup de partis
politiques parce que pour être un parti politique il
faut «transpirer». Il faut convaincre, il faut
gérer des conditions qui vous amènent à
mériter le titre de parti politique. Et si en faisant
cela, ça limite le nombre de partis politiques tant
mieux. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent qu’il
faut deux mastodontes comme aux USA, Démocrate et Républicain.
Les USA ont leur histoire politique et le Burkina a la sienne.
Mais je ne pense pas que nous pouvons continuer avec 120 partis
politiques pour 12 millions d’habitants. Il faut travailler
avec des mesures incitatives afin que les partis qui existent
actuellement évoluent en vrais partis ou alors disparaître
d’eux-mêmes. Il faut rendre plus consistantes les modalités,
et les conditions pour être qualifié de parti
politique.
Les conditions de création d’un parti politique peuvent
permettre de résoudre certains problèmes. Il
faut améliorer ces conditions. Si on n’y prend garde,
il y aura un moment où toute la classe politique sera
discréditée aux yeux de l’opinion publique,
de la population. Et là, il ne faut vraiment pas le
souhaiter. Il faut donc une large concertation entre les partis
sans en brimer un.
Des citoyens revendiquent de plus
en plus les candidatures indépendantes aux élections.
Quel est votre avis sur la question.
A.T : Si la revendication sur les candidatures indépendantes
se fait de plus en plus entendre, cela est une sonnette d’alarme
sur justement la manière dont les gens croient ou non
aux partis politiques et aux responsables politiques sinon,
de mon point de vue, des individus mis ensemble ne peuvent
pas développer un pays. Un agrégat d’individus
ne peut pas gérer un pays ! Ce sont des systèmes
construits, des groupes construits qui gèrent un pays.
Les candidatures indépendantes sont une manière
de voir la politique que moi je ne partage pas. C’est un point
de vue. Si on suit la garantie des libertés, c’est
possible, ce n’est pas interdit. Mais, je dis que cela n’ira
pas dans le sens de favoriser la rationalité avec laquelle
on doit envisager la gestion d’un pays comme le nôtre.
Ailleurs, on a atteint un niveau où les partis politiques
sont déjà des systèmes bien structurés
où on peut laisser des individualités compléter
le travail. Ici, au Burkina, si on laisse les candidatures
indépendantes, on effrite la base des partis politiques,
on va se retrouver dans une anarchie indescriptible. Je regrette
quand on dit que les candidatures indépendantes sont
une faveur donnée aux éléments de la
société civile pour qu’ils se présentent.
La société civile a un rôle autre à
jouer, un rôle très important. Et ce rôle
qui justifie l’existence de la société civile,
c’est qu’elle n’est pas une société politique.
Par conséquent, si certains le perçoivent dans
ce sens, cela ne peut pas être une bonne chose pour
l’avenir politique de notre pays. Mais, les candidatures indépendantes,
lorsqu’on descend à un niveau de représentation
directe par exemple des élus locaux, on peut l’envisager.
Interviex réalisée
Par Idrissa BIRBA
Cyril GOUNGOUNGA,
ADF/RDA
«Je cesserai de faire la politique si jamais…»
Que
pensez-vous du nomadisme politique ?
D’abord le terme nomadisme ne me convient pas bien. Je sais
que le président Bognessan Arsène YE l’a prononcé
à l’occasion d’une circonstance particulière.
C’est lorsqu’il y a eu la scission de la CNPP en deux. Le
Pr Ki-ZERBO avec un certain nombre de membres fondateurs ont
décidé de quitter la CNPP pour fonder le PDP.
Mais par la suite, il s’est avéré que la CNPP
de Pierre TAPSOBA accusait le Pr Ki-ZERBO de nomade. Et ce
dernier aussi accusait la CNPP de nomade parce qu’ils auraient
quitté la ligne. Il y a le contenu et le contenant.
Lorsqu’on a une bouteille de vin et qu’on remplace le vin
par la potasse, ça reste toujours une bouteille de
vin mais contenant de la potasse. Le clan de Ki-ZERBO disait
donc que la CNPP reste mais le contenu a changé. Qui
des deux est nomade ? Il faut dire que le nomadisme a une
connotation préjorative au Burkina Faso. C’est dans
ce sens que je n’adhère pas à ce terme.
Mais pour utiliser le même terme, je dirai que le nomadisme
est une dynamique politique. Il faut avant tout reconnaître
qu’aucun militant n’a envie de quitter un parti politique.
Ce sont les premiers responsables des partis politiques qui
créent des situations de démissions. Si on ne
peut pas affirmer sa personnalité dans un parti politique,
il vaut mieux partir ailleurs. Quitter un parti politique
pour un autre, est un fait naturel. Sinon on serait toujours
aux temps du RDA du MLN s’il n’y avait pas de changement.
Même dans la vie, quand on est petit on a des copains
d’enfants, et quand on grandit, on a d’autres fréquentations,
après on se marie, on fonde une famille. Vous voyez,
on ne peut pas être toujours avec la même communauté
de personnes. C’est une évolution naturelle. Je pense
qu’en politique aussi on forme une communauté avec
un parti auquel on adhère. Au fur et à mesure
qu’on avance, il peut avoir des changements.
Pourquoi les gens voient le fait de quitter un parti politique
comme une mauvaise chose ? Moi personnellement, j’ai quitté
le CDP pas parce que j’avais des griefs contre ce parti mais
pour me mettre en meilleure position. Le changement n’est
donc pas forcément un signe de désaveu du parti.
Ce qui est important il faut que les gens arrêtent de
monopoliser les partis. Sinon je ne vois pas en quoi c’est
mauvais de changer de parti. C’est plutôt un levain
pour la démocratie parce que ça permet aux gens
de s’exprimer. Il faut savoir qu’il y a beaucoup de responsables
de partis qui sont des grands potentats. Ils considèrent
le parti comme leur affaire personnelle. Et ils ont des thuriféraires,
des lèche-bottes, des courtisans qui les encouragent
et qui sont prêts à en découdre avec tous
ceux qui tentent de mener le débat contradictoire.
C’est donc la pensée unique dans certains partis. Voilà
la triste réalité qui peut amener quelqu’un
à quitter un parti.
Et la limitation des partis politiques
?
Ça serait une grosse bêtise. Si on limite, moi,
je cesse de faire la politique parce que ça n’a pas
de sens. Pourquoi limiter ? Je pense que l’expérience
de la troisième République a été
catastrophique. Comme on exigeait trois partis, des camps
idéologiquement opposés comme le MLN, l’UPV
et le Front de Refus RDA étaient contraints à
former un parti, le FPV. C’est ainsi que Jo WEDER et Ki-ZERBO
diamétralement opposés sur le plan idéologique
se sont retrouvés dans un même parti. Je pense
que la question de la limitation des partis n’a pas de sens
et ce n’est même pas possible de nos jours.
Votre point de vue sur les candidatures indépendantes?
Les candidatures indépendantes, à mon humble
avis, n’ont pas de sens il y a d’abord des gens qui ne veulent
pas faire la politique et qui veulent être conseiller
ou maire alors que ce sont des mandats politiques. On ne peut
pas refuser de faire la politique et vouloir accomplir un
mandat politique. Ensuite, il y a le fait de donner un nom
à la liste lorsqu’on se présente à une
élection. Un candidat qui se dit par exemple indépendant
pour l’élection des députés dans le Kadiogo
où il y neuf postes, est obligé de chercher
des gens indépendants aussi pour mettre sur sa liste.
Et le problème sera de baptiser cette liste. Faudra-t-il
l’appeler liste Cyril GOUNGOUNGA ? Quelqu’un de la liste peut
ne pas l’accepter et souhaiter l’appeler autre chose.
Pour moi, c’est égoïste d’être intellectuel
et ne pas faire la politique. Il y a des gens qui disent qu’ils
ne font pas la politique mais qui viennent nous voir pour
résoudre des problèmes que nous ne pouvons résoudre
qu’avec la politique. Certes chacun à sa manière,
tout le monde ne peut pas s’engager de la même manière,
mais on ne peut pas dire qu’on veut être député
sans être dans un parti politique. C’est une activité
publique, politique, ce sont des prises de position. Quand
on est maire par exemple, on doit mener la politique de la
commune. D’ailleurs, on aura à faire à des hommes
politiques sur le terrain. On a vu des présidents ici
qui ont fait des coups d’Etat et qui ont dit qu’ils ne font
pas la politique mais, ce sont des partis politiques qui les
ont enlevés. C’est pour dire que les candidatures indépendantes
sont bien théoriquement mais, dans la pratique, ceux
qui les demandent risquent d’être déçus.
La politique a ses roses et ses ronces, il faut faire avec.o
Blaise KYELEM, député
CDP
«Le terrain politique a ses règles de jeu…»
B.K
: Comme vous l’aurez constaté, le nomadisme
politique fait l’objet de beaucoup de discussions actuellement.
C’est une préoccupation de la classe politique. La
preuve est qu’il y a beaucoup de points de vue qui ressortent
à travers les colonnes de la presse nationale. Dès
l’instant que c’est une préoccupation, cela veut dire
que c’est un souci pour les partis politiques. Lorsqu’on décide
d’aller à l’assaut du pouvoir d’Etat, chaque fois qu’il
y a des séparations, cela fait moralement mal. Ensuite,
on perd des plumes parce qu’il y a des militants qui sont
partis.
Mais je pense qu’un parti, ce sont des hommes et des femmes
qui se retrouvent sur une base idéologique pour faire
avancer la société. Lorsqu’il y a des contradictions,
en principe la solution doit être trouvée si
le parti est géré de façon démocratique.
De même la sagesse populaire dit que les dents et la
langue cohabitent et il arrive qu’ils s’entrechoquent mais
ce n’est pour autant qu’on casse les dents ou bien on taille
la langue. C’est pour dire que dans une dynamique démocratique,
lorsqu’il y a des discussions, on doit pouvoir se surpasser
et aller vers l’essentiel.
Vous conviendrez avec moi que lorsque les gens en viennent
à se séparer, la question qu’on se pose quand
on est un observateur c’est de savoir s’ils avaient les mêmes
objectifs au départ. Il faut dire que le nomadisme
est un mal que les gens combattent tout le temps. Il n’est
jamais facile de gérer un parti en ce sens qu’il faut
amener les gens à s’entendre. Les causes de séparation
sont souvent incompréhensibles. S’il y a une déviation,
on peut le comprendre. Mais les cas que nous vivons le plus
souvent au Burkina Faso, c’est plus par rapport à des
intérêts personnels que des raisons idéologiques.
Quand les gens quittent le navire parce qu’au niveau de la
direction, il n’y a pas de gestions transparentes, cela est
compréhensible. Mais quand c’est pour des intérêts
égoïstes, vous conviendrez avec moi que ce n’est
pas une bonne chose. Même si c’est pour des raisons
tactiques, je pense qu’il faut d’abord épuiser le débat
démocratique avant d’en arriver à la séparation.
Il faut éviter que les citoyens n’aient une autre impression
des hommes politiques dans cette situation de nomadisme.
Quelle solution peut-on préconiser
?
B.K : Comme je le disais tout dépend d’à
partir de quand peut intervenir la rupture entre les hommes.
Si c’est dans la gestion de la direction du parti, je pense
qu’il faut y remédier. Mais si c’est pour une certaine
moralité, il faut que la classe politique dans son
ensemble accepte qu’il y ait quand même des règles
du jeu à ce niveau. Je pense que c’est la seule solution
pour régler la question. Sinon on risque de contraindre
les gens, comme les mettre dans une boîte de sardine
qui vont se détourner de la politique, voire cultiver
des comportements nuisibles. La liberté n’étant
ni pieuse ni absolue, il faut peut-être des règles
du jeu en la matière. Et c’est toute la classe politique
dans son ensemble qui doit s’entendre. C’est comme dans la
Constitution de certains pays, il n’est pas dit expressément
que le mandat présidentiel est limité à
deux mandats. Mais c’est la classe politique dans son ensemble
qui l’a décidé ainsi et au terme de deux mandats
en tant que gentleman, on part. De la même manière,
il faut qu’on en arrive-là. C’est pourquoi dans la
Constitution, il est dit qu’il appartient à la classe
politique d’éduquer les électeurs.
Votre avis sur la limitation des
partis politiques ?
B.K : Un parti c’est toujours un groupe d’hommes
et de femmes qui vont à l’assaut du pouvoir. Mais il
n’y a pas mille modèles de développement. Quand
on adhère à un parti on estime qu’on a une certaine
capacité de conduire la cité vers un développement
harmonieux au bénéfice de tout le monde. Lorsqu’à
une telle vision des choses on ne devrait pas avoir une multitude
de partis. Si on règle la question du nomadisme en
se tenant simplement à la vision qu’on a du développement,
ses différents schémas, il ne peut pas avoir
de multitude de partis. A mon avis pour un jeu beaucoup plus
harmonieux où tout le monde se retrouve, il y a deux
solutions. Ou on limite les partis par le fait du législateur
ou on les laisse en se disant qu’il y a des partis qui vont
mourir de leur propre mort ou se fusionner pour être
plus représentatif.
Quel est alors votre point de vue
sur les candidatures indépendantes ?
B.K : C’est vrai qu’il y en a qui sont pour, mais
moi personnellement je suis contre. La raison est bien simple
parce que ça risque de cultiver l’opportunisme et fabriquer
des potentats. Le danger est que lorsque vous n’arrivez pas
à bousculer un obstacle, vous pouvez recourir à
la violence. Ensuite, si l’on admet les candidatures indépendantes,
les partis n’auront plus leur raison d’être. On peut
tenter l’expérience mais à mon avis, s’il y
a des gens qui estiment qu’ils sont capables, ils peuvent
adhérer à un parti politique. C’est vrai que
des membres de la société civile demandent à
participer à la vie politique à travers cette
ouverture, je pense qu’ils peuvent se muer en parti. Le terrain
politique a ses règles, il faut que les gens acceptent
donc de s’impliquer à ce niveau pour éviter
de troquer un manteau qui ne l’est pas. A l’étape où
nous en sommes, je pense que les candidatures indépendantes
ne seyent pas.
En réalité dans un pays comme le nôtre
où il y a plusieurs ethnies, les candidatures indépendantes
présentent d’autres dangers. Vous voyez souvent des
situations où des gens parce qu’ils sont nés
ailleurs et quand ils reviennent dans leur propre village,
on tente de les isoler. N’en parlons pas de celui qui n’est
pas originaire d’une région et qui par contre peut
travailler au développement de celle-ci. Pour le moment,
au Burkina Faso, il faut que nous remercions le Tout-Puissant
parce que jusque-là on évite de tomber dans
le piège. Là où cela a eu lieu, ce sont
des milliers de morts.
Les candidatures indépendantes peuvent donc avoir des
effets non désirables à savoir le régionalisme
ou l’ethnicisme. Ce sont là mes craintes sur la question.
Il y a d’autres aspects dont il faut tenir compte. Mais quand
c’est le parti qui désigne ses candidats, les militants
sont astreints à la discipline du parti. Je pense que
la question mérite d’être beaucoup plus approfondie.o
Drissa TRAORE.
Me
Bénéwendé S. SANKARA, président
de l’UNIR/MS
«Le nomadisme politique a
certainement des effets néfastes»
Pour
certains, le nomadisme politique est signe de vitalité
politique, démocratique, d’autres avancent le contraire.
Quelle est votre position ?
B.S.S : Je pense qu’il y a certainement des aspects
néfastes dans le nomadisme politique. Je disais tantôt
que le nomadisme s’explique en partie par le caractère
libéral, sinon très libéral de nos textes,
mais il y a aussi le fait que le nomadisme à la longue
tue la démocratie. Si vous considérez que vous
avez porté votre suffrage à un parti, à
travers le parti quelqu’un est élu pour défendre
un discours, un programme et finalement votre élu se
retrouve dans une autre mouvance, une autre formation, il
est clair que cela peut être une déception. Il
est clair également que pour défendre la cause
pour laquelle vous l’avez élu, ce qui déteint
forcément notre démocratie. Vitalité
dans le nomadisme ? Je pense qu’elle est beaucoup plus théorique.
C’est le fait de dire qu’on a une liberté garantie
par la constitution, les lois… on peut aller et venir. Mais
je crois que cela joue sur la pérennisation de l’activité
des partis politiques qui ne se retrouvent pas ou qui sont
chaque fois en perpétuel recommencement. Quand vous
avez des formations qui sont obligés de recommencer,
cela les fragilise et les rendent inopérantes. C’est
un phénomène malheureux, cancérigène
pour la démocratie.
Etes-vous pour ou contre la limitation
du nombre des partis politiques ?
B.S.S : Non, je ne suis pas contre, mais mon propos
doit être nuancé. Je crois qu’il y a à
conserver le caractère libéral tel que notre
constitution l’a prévu, que les formations politiques
puissent se créer librement. En revanche, je crois
que quand il y a des droits, il y a des devoirs et des obligations.
Si vous avez le droit de créer un parti politique,
vous devez avoir l’obligation et le devoir de faire en sorte
que le parti politique joue pleinement son rôle constitutionnel
à savoir animer la vie politique national, ne pas être
un parti ségrégationniste, régionaliste…
Il faudrait que le parti politique travail à l’éveil
des consciences, etc. Je veux simplement dire que si on a
le courage de créer un parti politique, on doit avoir
également le courage de l’animer et contribuer à
l’animation de la vie politique nationale. Malheureusement,
sur plus d’une centaine de partis politiques que comptent
le Burkina Faso, vous pouvez aujourd’hui tirer la conclusion
que c’est peut-être le 1/3 qui joue vraiment le rôle.
Les 2/3 étant des gens qui ont des récépissés
et qui surgissent au gré des moments et de l’actualité
pour se faire entendre ou assouvir leurs besoins personnels
qui n’ont rien à voir avec les objectifs constitutionnels
d’une formation politique. Et je pense que ces partis politiques
ne méritent pas d’exister. Maintenant, qu’est-ce qu’il
faut prévoir comme mécanisme pour gérer
cette situation malheureuse, je crois qu’on peut, au-delà
de la constitution renvoyer la question à la loi. Le
domaine de la loi peut réglementer ces aspects. Que
la liberté constitutionnelle demeure mais qu’on puisse
apprécier si une formation politique mérite
d’exister ou pas. Je veux citer le cas par exemple de la subvention
de l’Etat. Vous savez qu’on a introduit dans la constitution
qu’il faut obtenir au moins 5% des suffrages pour obtenir
le remboursement de la caution en ce qui concerne les élections
présidentielles. C’est un moyen détourné
de faire obstacle à une liberté garantie par
la constitution. Pour les partis politiques aussi, on peut
avoir une espèce de charte qui fera en sorte que si
vous avez aujourd’hui un récépissé que
vous puissiez être apprécié conformément
à la constitution. Cela fera en sorte que de plus en
plus les gens tendront vers de grands ensembles ou formations
beaucoup plus crédibles. Vous prenez au niveau des
formations politiques, on vous dira par exemple qu’il y a
une dizaine de parti qui se réclament du Sankarisme,
finalement vous ne savez même plus ce qu’on met dans
le Sankarisme. Vous avez des partis socio-démocraties,
des socialistes, des libéraux et que sais-je encore…
un pays comme les USA qui se retrouve avec deux grands partis
politique. Si les partis politiques sont le seul moyen à
même de garantir la démocratie en tant que facteur
de développement, il faudrait faire en sorte qu’ils
ne soient des «partillons» mais de grands ensembles
à même de jouer convenablement leurs rôles.
Des citoyens revendiquent de plus
en plus les candidatures indépendantes pour les élections.
Quel est votre avis sur la question ?
B.S.S. : Je suis d’accord pour les candidatures indépendantes
au niveau des élections communales. Dans le processus
de décentralisation, je suis parfaitement d’accord
que l’on puisse dans la commune permettre à des citoyens
d’être élu dans leur milieu, parce que dans ce
cas, ils peuvent faire un travail consensuellement accepté.
Mais au niveau provincial pour les élections législatives,
les partis politiques doivent rester des références
pour permettre au député qui sera élu
d’appliquer un programme du parti. Dans l’idée des
candidatures indépendantes, il faut aller progressivement.
Il y a tout de même des inconvénients même
si dans le principe je suis fondamentalement d’accord. Les
risques sont tellement énormes qu’il faut être
prudent et aller progressivement. Avec le processus de la
communalisation, cela permet de corriger et peut être
d’arriver aux candidatures indépendantes.
Vous avez parlé de risques,
lesquels ?
B.S.S : Le risque évident, c’est d’abord le
fait qu’on dit que tout homme qui a le pouvoir est tenté
d’en abuser. Si vous choisissez quelqu’un, indépendant
parce qu’il a une assise sociale ou parce qu’il a l’argent,
c’est pas évident qu’il ai un programme a priori. Vous
l’avez élu simplement pour des conditions qui peuvent
être subjectives.
Le 2e risque est que, on peut de se retrouver dans un état
où avec la multitude d’élus, on ne sait plus
exactement quel est le chemin emprunté. Or l’Etat s’il
aspire à la cohésion nationale doit avoir au
moins un chemin, une orientation. Cela est important dans
le choix des représentants de l’Etat. C’est tout un
ensemble de questions qu’il faudrait au préalable cerner
avant d’opter pour les candidatures indépendantes.
Je pense enfin que candidature indépendante ne rime
pas avec forcement l’existence de parti politique. En l’Etat
actuel de notre constitution, c’est le parti politique seul
qui est habilité a animer la vie politique. Le débat
est lancé et il appartient aux citoyens de l’enrichir.o
Interview réalisée
par
Idrissa BIRBA
Soumane TOURE, SG
du PAI
«Le nomadisme est inhérent
à la liberté d’expression»
On
ne peut dire qu’il y a la liberté d’expression, la
liberté d’opinion, la liberté d’association
et de création des partis, et vouloir se plaindre que
les gens changent de parti. C’est même inhérent
à cette liberté qui est donnée. On constate
maintenant qu’il y a la migration du CDP vers d’autres formations
politiques. On ne peut donc pas dire qu’on est pour la liberté
des gens et les empêcher d’aller vers d’autres partis
politiques. A la limite, il y a des gens qui essayent de trouver
des correctifs en demandant ce qu’on doit faire du mandat
d’un élu s’il change de parti. Pour nous, c’est un
faux débat, parce que les textes disent qu’une fois,
le député élu, il n’est plus le député
d’un parti, il exerce un mandant national. Il y a beaucoup
de facteurs qui amènent les gens à quitter un
parti. Mais ce qui compte le plus c’est la notion de liberté.
Si je suis dans un parti et je vois que ça ne fonctionne
pas bien, je m’en vais. Personne n’est lié à
un parti sinon que par son militantisme. La liaison à
un parti n’a de sens que lorsque les idéaux pour lesquels
on a adhéré à ce parti continuent d’être
perpétués par les dirigeants, mais si on constate
que ces dirigeants dévient de la ligne originaire qui
a amené à adhérer à ce parti,
il va de soi qu’on le quitte.
C’est aujourd’hui notre bagarre avec Philippe OUEDRAOGO. Les
gens aiment parler seulement de la démocratie interne
en oubliant que c’est l’idéologie qui doit être
à la base de la création d’un parti. Si des
gens créent un parti sans principe ou sans idéologie,
on ne doit pas s’étonner de les voir se séparer
une fois que chacun aura gagné sa part de gâteau.
Mais est-ce qu’on peut préconiser
la limitation des partis politiques ?
On dit que les gens créent les partis pour avoir les
financements et qu’on leur donne l’argent à ne rien
faire d’où leur limitation.
Moi je pense que les financements devraient reposer précisément
sur les élections locales. C’est le meilleur critère
de répartition. C’est là que l’interprétation
de l’article 246 du code électoral par le président
de la CENI est très dangereuse et erronée parce
que lui, il veut éliminer des partis. Maintenant pour
ce qui est d’animer la vie politique nationale, Harouna DICKO
avec son RPN vient de donner l’exemple qu’on n’a pas besoin
d’une ancienneté. Ce que le RPN a fait, il y a des
partis qui existent depuis mais qui n’ont jamais fait autant.
Il a travaillé dans le sens de la consolidation du
processus démocratique au grand dam de cette opposition
dite radicale. Ce n’est ni le nombre d’élus ni la taille
d’un parti qui permettent l’animation de la vie politique.
La preuve, nous du PAI nous sommes restés 28 ans dans
la clandestinité, nous avons commencé par une
cellule qui animait la vie politique. Un parti peut donc ne
pas avoir d’élus locaux, mais contribuer à sa
façon au processus démocratique. La limitation
des partis politiques est donc un faux débat.
Que dites-vous des candidatures indépendantes
?
La Constitution dit que ce sont les partis politiques qui
doivent animer la vie politique nationale et non des individus.
Les candidatures indépendantes sont donc anticonstitutionnelles.
Nous sommes dans un régime de partis. D’ailleurs en
son temps, nous nous sommes opposés à l’entrée
de la société civile dans la CENI et ses demenbrements.
Nous avons dit qu’on ne peut que seulement leur donner le
statut d’observateur. Puisque la CENI, c’est l’affaire des
partis politiques. Avec le système des scrutins de
liste, il est difficile d’accepter les candidatures indépendantes.
La question des candidatures indépendantes n’est pas
nouvelle. L’expérience des «Indépendants
de Kaya» avec Moussa KARGOUGOU qui a quitté le
RDA est une preuve que les candidatures indépendantes
ne sont pas une bonne chose.
Drissa TRAORE
UNDD
“Le nomadisme politique est surtout
utilisé comme arme par le pouvoir”
A
l’UNDD, ce sont la secrétaire à la Promotion
de la femme, Annette BAZEMO, le commissaire national, Ousmane
G. OUEDRAOGO et le conciliateur, Noël YAMEOGO, qui se
sont prêtés à nos questions. Comme on
pourra le constater à travers leurs réponses,
l’UNDD de Me Hermann YAMEOGO a une vision assez différente
de celle de la plupart des autres formations politiques.
Que pensez-vous du nomadisme politique
au Burkina Faso ? Causes et conséquences.
Annette BAZEMO (AB) : Je pense que l’une des terres
d’élection du nomadisme politique ou de la transhumance
politique, pour reprendre l’expression de Me YAMEOGO, est
le Burkina Faso. Le phénomène s’est manifesté
pour la première fois d’ailleurs de façon marquante
sous la IIIe République avec le débauchage de
Jules BATIONO, élu UNDD version 1978 (parti chef de
file de l’opposition) par le RDA (parti majoritaire). A l’époque,
le traumatisme avait été très profond
car c’était la première fois qu’une telle chose
se produisait avec autant d’impact, parce que les mentalités
encore imprégnées des valeurs traditionnelles
n’étaient pas préparées à de telles
infidélités. Et puis ce lâchage choqua
beaucoup parce qu’il intervenait juste au lendemain d’une
élection hautement disputée, et dont la marge
au résultat était très serrée
; entre majorité et opposition, il y avait un écart
d’un député.
Les causes du nomadisme politique sont multiples et interférentes,
imputables d’abord à l’action déstabilisatrice
du régime, à l’indifférence internationale
vis-à-vis des conditions d’émergence et d’implantation
de la démocratie et aussi à la mauvaise gestion
des partis politiques bien souvent par inaptitude de leurs
responsables…..
Noël YAMEOGO (NY) :
Je trouve que par ordre d’importance, le fait le plus marquant
dans le nomadisme comme on le vit, c’est son instrumentalisation
par le régime. Lorsque le pouvoir en fait un moyen
pour formater les institutions selon ses souhaits, on aboutit
alors à sa généralisation pour construire
un cadre d’expression politique et promouvoir des animateurs
politiques selon les volontés du régime. Et
ça ne peut intervenir que par les chantages à
l’emploi, par les débauchages et autres coups d’Etat
au détriment des partis politiques. Et là, il
faut le dire : le Burkina Faso sur ce plan est devenu un laboratoire
de choix.
La bonne preuve que ce nomadisme est surtout utilisé
comme arme par le pouvoir, c’est qu’il n’en est pas tellement
victime. Lorsqu’on ose quitter le parti majoritaire, c’est
généralement pour créer un parti qui
soutient le Président où pour se trouver un
point de chute dans ceux qui peuplent la galaxie présidentielle
(la tendance actuelle étant de se déclarer «ABC»
pas CDP) mais rarement pour franchir la barre et se retrouver
dans le versant dangereux de l’opposition.
Les régimes en place en Afrique ont tellement bien
compris la leçon qu’ils organisent comme ils veulent
les élections et mènent la vie dure aux partis
politiques dans l’optique de ne pas permettre l’émergence
de contre-pouvoirs efficaces notamment au niveau de l’opposition.
Lorsque la communauté internationale se trouve confrontée
aux conséquences dommageables de cette indifférence,
elle se retourne vers la société civile pour
relever le niveau de pratique démocratique mais là
aussi, elle commence à se rendre compte que la société
civile est d’une façon ou d’une autre, contrôlée
par les pouvoirs. Cette attitude abandonne les partis politiques,
comme au Faso, au bon vouloir du pouvoir sans garanties internes
ni internationales pour leurs activités.
Il y a aussi comme autres causes du nomadisme, les problèmes
d’organisation internes des partis. De problèmes, il
y en a chez nous comme il y en a dans tous les partis politiques
mais au Faso, comme on l’a souligné, ils sont particulièrement
exacerbés par le nomadisme encouragé par le
pouvoir et par l’indifférence internationale. Si ces
deux causes qui alimentent le nomadisme n’existaient pas,
cela disciplinerait davantage la vie partisane et ne laisserait
pas fleurir de façon aussi anarchique, des partis politiques
qui naissent par soif immodérée de prestige
ou par appât du gain et qui s’éteignent comme
des étoiles filantes à la moindre difficulté
du président fondateur ou dès qu’ils se découvrent
d’autres passions ou d’autres moyens de se faire valoir…
Vous semblez vous opposer au nomadisme, mais est-ce
que votre départ de l’ADF-RDA n’en est pas un ?
Annette BAZEMO (AB) : Il n’est pas inutile de repréciser
que l’opposition de l’UNDD au nomadisme n’est pas le refus
de tout citoyen engagé ou élu d’un parti, d’en
démissionner. Cela serait contraire à la Constitution
qui reconnaît et garantit les libertés publiques
et démocratiques. Nous reconnaissons par conséquent
la liberté à tout un chacun de quitter un parti
si celui-ci n’incarne plus ses idéaux et si le parti
d’une manière générale est mal géré.
Mais ce que nous réprouvons et condamnons, ce sont
des démissions provoquées, instrumentalisées,
surmédiatisées pour détruire un parti
et empêcher une structuration de l’opposition. Sur ce
plan-là, il n’y a pas de leaders qui ont autant souffert
que nous, qui sommes aujourd’hui à l’UNDD formule 2003,
de ce phénomène.
Sans revenir à l’UNDD Ier (1978), il faut savoir que
nous avons essuyé un nombre incalculable de déstabilisations
par le fait du nomadisme commandité par l’Etat, d’une
véritable «agression nomadique».
Cela été le cas d’abord avec le MDP qui a conduit
à la naissance de l’ADF. Dans ce parti également,
plusieurs désertions ont été commanditées
notamment à la veille des consultations électorales
avec toujours des démonstrations médiatiques
appuyées. Si l’ADF n’a pu être récupérée
comme le MDP, la transhumance orchestrée y a conduit
à la naissance d’une bonne dizaine de partis dont le
PLB, l’ULD, la CDF.., poussées hémorragiques
constantes dont l’optique n’était autre que d’affaiblir
notre président, Me Hermann YAMEOGO.
Pour faire face à cette campagne de débauchage
systématique, l’ADF et le RDA ont fusionné à
Bobo-Dioulasso en juin 1998. L’acharnement nomadique s’est
poursuivi avec la naissance de l’UDF et nous serons victimes
d’un coup d’Etat en 2003 qui n’aurait pas pu se réaliser
si le pouvoir n’y avait pas sa main.
La création de l’UNDD II (juin 2003 ne peut par conséquent
être perçue comme une manifestation «nomadique».
Nous n’avons pas refondé l’UNDD sur instrumentalisation.
On nous a pris l’ADF-RDA illégalement et c’est pour
cela que nous avons trouvé dans l’UNDD reconstituée,
un cadre d’expression pour continuer à défendre
nos idées qui insupportaient et insupportent toujours
le pouvoir.
Noël YAMEOGO (NY) :
C’est tout à fait vrai et on ne peut pas dire qu’on
ait été perçu comme des nomades politiques
parce que l’opinion, dans son immense majorité, n’a
pas été dupe de ce que nous avons été
victimes d’un acharnement d’Etat (surtout après les
évolutions ultérieures constatées dans
les prises de position de partis qui se réclamaient
jusqu’alors de l’opposition). Tout le monde a compris que
pour défendre nos idées et conserver notre spécificité,
nous n’avions d’autre choix que de créer une nouvelle
structure.
Quelle solution préconisez-vous
?
Ousmane G. OUEDRAOGO (OGO) : La solution est simple
: que l’Etat arrête de déstabiliser les partis
politiques, que la communauté internationale nous considère
comme la société civile, et tout ira alors.
Annette BAZEMO (AB) : Par une action volontariste,
ce nomadisme peut être combattu efficacement si, par
exemple, le pouvoir opérait comme le Niger qui a par
une loi, décidé que l’élu qui démissionne
de son parti remet par le fait même en jeu, son mandat.
Il faut d’ailleurs souligner que sous le Front Populaire,
sous l’impulsion de Me Hermann YAMEOGO, il y a eu une velléité
de lutte conte le nomadisme mais surtout relever que dans
la foulée des réformes politiques et institutionnelles
consécutives au drame de Sapouy, l’idée avait
fini par être endossée par le gouvernement qui,
l’adopta lors d’un séminaire gouvernemental à
Ouaga 2000 et l’envoya même à l’Assemblée
nationale, sous la forme achevée de projet de loi.
A l’Assemblée, l’initiative sera combattue, et la loi
Hermann YAMEOGO, comme on l’appelait déjà, ne
verra pas le jour. Aujourd’hui, tout le monde donne, même
sans le proclamer, raison au président de l’UNDD et
le consensus semble se faire autour d’un texte à prendre
mais il ne suffit pas de prendre un texte pour combattre le
nomadisme.
Il faut aussi se mettre dans la posture de re-crédibiliser
les partis, de les accepter comme véritables instruments
de droit constitutionnel et de permettre qu’ils aient le temps,
la liberté, les moyens, de construire une administration,
de développer des tentacules au plan national, de s’institutionnaliser
de telle sorte qu’en étant moins personnalisés,
ils survivent à leurs pères fondateurs. C’est
le prix à payer pour remettre la démocratie
sur les rails.
Si de telles mesures étaient prises et consacrées
dans un statut des partis politiques, confortées par
une loi organique, et si par ailleurs au sein des institutions
internationales on donnait le droit de parole aux partis afin
qu’à côté des gouvernements, on puisse
toujours y entendre résonner d’autres sons de cloche,
cela aiderait à la stabilisation de la démocratie
et à la lutte contre le nomadisme politique.
Votre avis sur la limitation des
partis politiques ?
Noël YAMEOGO (NY) : Nous avons toujours dit
à l’UNDD que c’est un mal pour la démocratie.
Comme la mauvaise monnaie chasse la bonne, les mauvais partis
chassent les bons ; la vie politique est ainsi tirée
par le bas. Pourquoi ne pas procéder comme sous la
IIIe République, consacrer le principe de la liberté
de constitution des partis politiques avant les élections,
autrement dit le pluralisme intégral mais prévoir
qu’après chaque consultation électorale, il
ne sera retenu qu’un certain nombre de partis : quatre ou
cinq chez nous serait amplement suffisant. Il faut relever
qu’après l’expérience pionnière sous
la IIIe République du tripartisme constitutionnel,
le Sénégal nous avait imité avec le quadripartisme
avant de venir au pluralisme intégral sous le Président
Abdou DIOUF.
Votre point de vue sur la question
des candidatures indépendantes ?
Annette BAZEMO (AB) : C’est un serpent de mer qui
doit sa récurrence à plusieurs facteurs : le
soin que par des intérêts convergents, on met
ici et là à décrédibiliser le
personnel politique, à lui imputer toute la responsabilité
des difficultés de notre démocratie. Il faut
en quelque sorte ouvrir l’arène politique à
l’espèce régénératrice des personnes
venant d’un univers moins pollué. Mais le problème,
c’est que même si la crise de la démocratie n’était
due qu’à la pollution des hommes politiques, cette
pollution atteint au même titre, sinon plus encore,
toutes les autres sphères de telle sorte que le «Messie»
ne peut pas être annoncé comme venant des candidatures
indépendantes.
Et puis, comme en Mauritanie le déclare en ces termes,
Tidjane KOITA de l’UNDD (parti politique mauritanien qui exprime
le point de vue dominant dans ce pays) et qui plaide les candidatures
des seuls partis, ceux-ci «sont des creusets pour l'unité
nationale et portent des projets de société».
Mais plus grave, on risque d’accentuer le processus de corporisation
de la vie politique, de mainmise sur les activités
politiques et économiques par un personnel estampillé
«neutre» mais en réalité appelé
à servir des intérêts autres que ceux
du peuple.
L’UNDD considère que ces candidatures indépendantes
sont déjà reconnues au niveau de l’élection
présidentielle, qu’on peut tout au plus les prendre
en considération en trouvant la bonne combinaison entre
scrutin de liste et scrutin uninominal, mais que les privilégier
au niveau des consultations inférieures serait continuer
à engager un faux combat contre les partis politiques
alors qu’on les sait actuellement victimes d’un acharnement
d’Etat, qu’il n’est jusqu’au Ministre d’Etat Salif DIALLO
qui n’ait reconnu lors d’une émission à Canal
3 qu’il est plus difficile de vivre à l’opposition
qu’à la majorité.
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