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Irak comme en Côte d’Ivoire ce qui manque le plus ce
ne sont ni les bonnes intentions, ni les moyens de les mettre
en œuvre, encore moins la volonté de le faire ; ce
qui manque en réalité c’est l’intelligence des
hommes et des femmes acteurs des crises qui ruinent ces deux
pays. Voilà pourquoi, hélas, d’autres anniversaires
nous attendent !
Les derniers jours, on est passé d’un
anniversaire à un autre avec cette constante que l’avenir
dans tous les cas, quoique porteur de tous les espoirs, restait
désespérément lourd d’incertitudes et
laissait plutôt perplexe. C’est vrai que les situations
en Côte d’Ivoire et en Irak ne sont pas comparables
et que les présidents GBAGBO et BUSH sont loin de se
réveiller avec les mêmes maux de tête,
s’ils en ont, mais respectivement, l’un comme l’autre porte
d’énormes responsabilités dans les drames qui
déchirent ces deux pays.
Ainsi, le troisième anniversaire de l’occupation de
l’Irak par les troupes coalisées et les 100 premiers
jours du Premier ministre Konan BANNY obligent à des
questions dont on est par ailleurs loin d’avoir les réponses.
Lorsque le 30 mars 2003 les Américains à la
tête de «leur» coalition prenaient pied
en Irak, c’était, disaient-ils, malgré le tonnerre
de protestations qui avait accompagné toute l’opération,
pour rechercher et détruire les armes de destruction
massives que possédait le régime de Bagdad,
chasser celui-ci du pouvoir pour apporter la démocratie
au peuple irakien, apporter plus de sécurité
au monde... Lorsque quelques 3 semaines plus tard, le 9 avril,
Bagdad tombait, on avait crié victoire en assurant
que l’humanité était devenue plus sûre
avec la chute du dictateur qui menaçait le monde civilisé,
qu’on avait gagné une grande bataille contre le terrorisme
international (la nébuleuse Al Qaïda), que l’humanité
était devenue plus sûre même si on n’avait
pas découvert d’armes de destruction massive, parce
qu’il n’y avait pas et que la démocratie avait sérieusement
enfoncé les murailles d’un monde bâti sur des
traditions multiséculaires qui faisaient peu de cas
des libertés.
Eh bien, voilà ! Trois années après,
les certitudes de ces 3 semaines ont volé en éclats
laissant l’humanité interdite devant ses illusions
à telle enseigne qu’on se surprend à regretter
à haute voix la situation «ante», comme
certains en Afrique, n’hésitent pas à le faire
de la période coloniale. Sur tous les plans, en effet,
le bilan laisse à désirer et la désillusion
est si forte qu’on ne s’interdit aucune comparaison comme
pour exorciser le mal et se prémunir à l’avenir
des erreurs qui en sont à la base. Alors qu’on croyait
la guerre finie en 3 semaines, et on nous l’a affirmé,
que comprendre quand le n°2 des Forces américaines
en Irak annonce que c’est seulement dans 6 mois que les Irakiens
contrôleront les 3/4 de leur territoire ? Que faut-il
penser devant le sinistre tableau des attentats, attaques,
enlèvements, assassinats qui coûtent au peuple
irakien 50 à 60 personnes en moyenne par jour au point
que le plus fidèle allié des tous premiers jours
l’ancien Premier Ministre, Iyad ALLAOUI, dénonce «une
guerre civile» qui ne dit pas son nom et que les coalisés
refusent de voir ? Certainement qu’on nous a menti et qu’on
continuera de le faire longtemps encore puisque l’avenir en
Irak est plus que jamais incertain et que ni l’Amérique
ni ses principaux alliés dans cette aventure qui est
devenue un véritable bourbier ne peuvent et veulent
d’ailleurs envisager une autre approche. Alors que la guerre
est théoriquement terminée, ils ont été
obligés d’accroître le nombre de leurs soldats
ceux des Américains dépassant largement les
130 000 soit au moins 1/3 de plus que les effectifs utilisés
pour arriver à déboulonner la statue de Saddam
HUSSEIN à Bagdad. Dans les mêmes espace et temps
ce sont environ 34 000 Irakiens qui ont été
envoyés de vie à trépas tandisque 2 314
«boys» rentraient au pays les pieds devant. Si
à cela on ajoute les 200 milliards de dollars que coûte
l’opération, on comprend aisément que le peuple
américain soit excédé et exige de plus
en plus des comptes. D’autant qu’il n’a même pas la
satisfaction de voir la démocratie promise aux Irakiens
poindre le bout du nez. Bien au contraire, l’Etat est désarticulé
et sans gouvernement, le territoire morcelé, les populations
opposées entre sunnites, kurdes, chiites, chrétiens,
etc., tandis que les factions armées sèment
la terreur. Jamais et, dans aucun pays, le terrorisme n’a
eu autant pignon sur rue et n’a aussi autant été
une menace pour la paix mondiale.
Au total, désillusion pour l’Irak, désillusion
pour les USA et désillusion pour la communauté
internationale qui se mord les doigts de n’avoir pas su s’opposer
efficacement à l’unilatéralisme américain.
Pour ce qui est de la Côte d’Ivoire, si le tableau est
loin d’être aussi apocalyptique, il porte néanmoins
lui aussi le sceau de la bêtise humaine et ne laisse
rien présager de bon en dépit des espoirs suscités
par l’évolution de la situation ces trois derniers
mois. En effet, en faisant le point des 100 premiers jours
de primature de Charles Konan BANNY, celui que le peuple ivoirien
considère en quelque sorte comme un messie, on s’aperçoit
qu’on est loin du bout du tunnel. Malgré la bonne volonté
du bonhomme et son style qui consiste à arrondir tous
les angles, on a la mauvaise impression qu’aucune solution
n’est réellement apportée à aucun des
problèmes. C’est comme si on repoussait les confrontations
à demain. Quand on sait que ce demain-là risque
d’être très proche de la date fatidique de la
fin du délai imparti, on se demande si on ne court
pas droit dans le mur puisqu’on s’interdit ainsi toute possibilité
d’imaginer d’autres voies de sortie si ça coinçait
à un certain moment. La fuite en avant a rarement été
une solution efficace. Il est toujours préférable
d’affronter les problèmes en temps et en heure au lieu
de les laisser s’imposer ou imposer un calendrier.
En Irak comme en Côte d’Ivoire ce qui manque le plus
ce ne sont ni les bonnes intentions, ni les moyens de les
mettre en œuvre, encore moins la volonté de le faire
; ce qui manque en réalité c’est l’intelligence
des hommes et des femmes acteurs des crises qui ruinent ces
deux pays. Voilà pourquoi, hélas, d’autres anniversaires
nous attendent !
Cheick AHMED
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