| Un
film en hommage au général
Sangoulé
LAMIZANA
Pour
l’ensemble de ses œuvres cinématographiques en faveur
des jeunes, Abdoulaye DAO a reçu des mains de la veuve
de Djibril Mambety DIOP, le prix des jeunes portant le nom
de l’illustre cinéaste disparu. C’est une lourde charge
pour Abdoulaye DAO.
Comment vous sentez-vous après
le prix des jeunes, Djibril Mambety DIOP?
Abdoulaye DAO : Je me sens dans le vrai bonheur,
satisfait d’avoir reçu ce prix. Lorsqu’on reçoit
un prix, c’est toujours un grand moment de bonheur surtout
un prix qui porte un nom aussi célèbre que celui
de Djibril Mambety DIOP, il y a de quoi être fier.
C’est une personnalité pétrie dans l’art, une
personnalité de patience, d’humilité et de respect
de l’autre. C’est un éminent cinéaste qui est
parti un peu très tôt à mon sens parce
qu’il aurait encore donné à nous les jeunes
cinéastes, d’autres tuyaux.
Car son écriture, sa façon de regarder le monde,
étaient de la poésie, de la philosophie. Il
a légué au monde des œuvres d’une valeur inestimable.
Recevoir un prix d’un personnage de ce gabarit, cela conditionne,
interpelle à toujours aller de l’avant. Ce prix me
dit attention DAO, la vie est constituée de grandes
vertus qui sont la patience, le respect de l’autre.
Recevoir ce prix m’a ramené à penser à
toutes ces grandes vertus qui font bouger les gens dans la
vie.
Que pensez-vous avoir changé
avec vos films chez les jeunes burkinabè ?
A.D : J’ai beaucoup travaillé avec les jeunes
surtout ceux qui viennent sans une formation mais qui ont
eu la chance de faire de grands plateaux de tournage. Lorsque
les amis de «Vis-à-vis» ont mis en place
«Artistes production» pour loger le projet «Quand
les éléphants se battent», beaucoup de
jeunes sont venus derrière le projet. Ils aiment le
métier et comme ils n’ont pas de formations, il est
important de partir avec eux assurer leur formation puisqu’ils
sont là, et qu’ils jouent un rôle important dans
le développement de notre cinématographie. Si
ceux qui ont fait les grandes écoles veulent se faire
respecter dans le métier, il faut que le bateau ne
laisse personne à quai. Les jeunes doivent bénéficier
de leurs conseils eux qui maîtrisent les ficelles du
métier. S’avoir coller deux ou trois plans ne veut
pas dire qu’on est un monteur. Les «Koros» doivent
dire à ce jeune que le montage répond à
une rigueur artistique. C’est la dynamique qui m’a amené
à vivre avec les jeunes qui sans nul doute sont des
pions essentiels dans le paysage audiovisuel burkinabè.
C’est une grande chose pour notre cinéma.
Qu’est-ce qui bloque encore votre
série télé «Vis-à-vis»
A.D : Nous allons reprendre très bientôt.
Nous étions absorbés par «quand les éléphants
se battent» qui est une grosse série de 104 épisodes.
Nous sommes en fin de montage et le lancement aura lieu au
mois de mai. Après cela nous reprendrons en force avec
«Vis-à-vis» qui est une sorte d’école
de formation.
Depuis l’adoption d’un scénariste
attitré, «Vis-à-vis» nous semble
un peu trop conformiste, qu’en dites-vous ?
A.D : Des gens m’ont fait savoir qu’ils ne se retrouvaient
plus entièrement dans «Vis-à-vis».
Seulement voilà, il y a des institutions qui nous demandent
de traiter des thèmes bien précis. Et ce n’est
pas facile de jouer l’humour dans un dossier hautement technique.
Mais ce n’est pas par défaut d’avoir fait des efforts
pour répondre à notre créneau qui est
60% d’humour, 40% de satire sociale.
Je rassure les fans de «Vis-à-vis» que
nous les avons compris et que notre série commune sera
toujours à leur service.
Face à la prolifération
des VCD venant surtout du Nigeria, quelle place aura «Vis-à-vis»
qui n’est d’ailleurs pas encore sur ce support ?
A.D : J’ai eu des contacts avec la Direction commerciale
et la Direction générale. Les téléspectateurs
peuvent se rassurer, ils auront des VCD de «Vis-à-vis».
Comment vous est venu l’idée
d’associer le comédien ivoirien Gohou à votre
projet «quand les éléphants se battent…»
?
A.D : L’une de nos ambitions sur ce projet est de
faire en sorte qu’à la fin des 104 épisodes
on puisse y retrouver l’ensemble des comédiens de la
sous-région, afin que toute la sous-région se
sente concernée. C’est pourquoi, nous avons fait venir
deux comédiens ivoirens et il y avait aussi le comédien
malien Guimba qui devrait venir mais il était déjà
en tournage en Europe.
Nous voulons sous-régionaliser les choses car c’est
le meilleur moyen de donner l’envol à notre industrie
audiovisuelle. L’heure est aux grands rassemblements, il faut
se regrouper afin d’assurer l’avenir. En portant ensemble
les projets, le marché de consommation forcément
s’agrandit. Nous avons même à l’idée de
doubler nos films en anglais, en espagnol pour attaquer plusieurs
terrains.
Le temps cinéma à subventions est révolu,
nous avons l’obligation de rentabiliser ce que nous produisons.
Y a-t-il un aspect politique dans
votre film «quand les éléphants se battent»,
dans la mesure où le parti de l’éléphant,
l’ADF/RDA s’est déchiré ?
A.D : Non, il n’y a pas de politique politicienne
dans notre projet. Si l’éléphant est là
en permanence dans ma vie, cela s’explique par ma région
d’origine «les Balé». Ma petite enfance
a été marquée par ces mastodontes et
je suis comme un ami des éléphants. L’éléphant
c’est la majesté, la patience, la puissance ; c’est
le sens de l’organisation.
Quand les éléphants
se battent, l’herbe en pâtit, est-ce là aussi
votre idée ?
A.D : Oui l’Afrique d’aujourd’hui est en proie à
des difficultés énormes. L’herbe c’est les petites
gens qui sont écrasées en permanence ; il y
a le problème des droits humains, les problèmes
de santé, d’alimentation, ceux économiques.
Les puissances politico-économiques ne respectent pas
toujours les droits de la grande majorité des citoyens.
Notre regard dans les différents épisodes du
film se porte sur ces aspects de la société.
Que dites-vous sur la fermeture à
jamais de certaines salles de ciné à Ouaga et
à Bobo ?
A.D : Ça me fait mal, très mal au cœur.
J’ai l’impression qu’on brise le socle du cinéma dans
le pays qui a la capitale du cinéma africain grâce
au FESPACO. Le cinéma n’est pas le 7e art pour rien,
il regroupe l’ensemble des autres arts, si on brise son sanctuaire,
qu’est-ce qui va nous rester ? C’est facile de casser, mais
très difficile de reconstruire.
Verra-t-on encore les mêmes
têtes de «Vis-à-vis» dans «Quand
les éléphants se battent» ?
A.D : Il y a forcément les comédiens
de «Vis-à-vis» mais les rôles principaux
sont incarnés par des comédiens autres comme
Ahmadou BOUROU, Tonton Brama de Bobo-Diouf… Les comédiens
de «Vis-à-vis» sont incontournables dans
mes œuvres, c’est la famille, on se comprend à demi-mot.
«Quand les éléphants se battent»
est une autre démarche, c’est du drame-comédie.
On a essayé d’aller au-delà du sit-com.
Combien a coûté votre
film ?
A.D : Je ne suis que le réalisateur, je ne
pense pas maîtriser tous les aspects de la production.
Je sais que le film est fait en partenariat avec la Direction
nationale de la cinématographie, la TNB, Seydoni production
et Sahélis. On a commencé en 2001 et c’est en
2006 que les premiers fruits du projet seront publics. Je
puis seulement dire que le projet va coûter beaucoup
d’argent.
Le premier coup de clap a été donné le
12 octobre 2001 par feu le général Sangoulé
LAMIZANA et pour cette raison nous allons lui dédier
le film.
La première sortie de «Quand les éléphants
se battent» est prévue pour le mois de mai.o
Interview réalisée
par Issa Sanogo
«
Kraity payan Guez »,
Le nouveau produit de BETA Simon
Bercé
à la fois dans plusieurs cultures dont celle du Burkina
Faso qui lui a permis de réaliser son troisième
album en 1998 intitulé : « RAMDE » (Bruit),
l’artiste musicien BETA Simon revient encore au pays des Hommes
intègres, cette fois dans l’optique de la présentation
officielle de son quatrième album baptisé «
Kraity payan Guez » réalisé avec la complicité
de Tiken Jah Fakoly. C’est la maison Seydoni Production dans
sa dynamique promotionnelle qui a abrité la cérémonie
de dédicace.
L’artiste BETA Simon, n’est pas un inconnu
de la scène musicale au Burkina Faso. Avec à
son actif, un quatrième album, il s’est tracé
un chemin dans l’univers musical avec sa particularité
qui fait de lui un reggaeman à part. Cette quatrième
réalisation de l’artiste entre en droite ligne dans
le concept toujours prôné par BETA Simon, à
savoir aller vers l’élévation spirituelle. Cet
artiste qu’on appelait le Alpha Bébé, se moulera
dans plusieurs cultures à la recherche d’une diversité
musicale. C’est ainsi que son passage au Burkina Faso lui
a permis d’apprendre le mooré et de réaliser
son troisième chef d’œuvre en cette langue en 1998
« Ramdé » qui signifie le bruit. BETA Simon
a fait ses premiers pas dans la musique en enregistrant son
premier album au studio 1 de Daloa mais ses premières
compositions se feront loin des studios. Après une
léthargie de huit ans passés dans le paysage
Breton en France où il est allé puiser son inspiration,
il revient sur la scène musicale avec un quatrième
album « Kraity paysan Guez »
Le coup de main de Tiken Jah Fakoly
BETA Simon, au cours de la dédicace
de son album, n’a pas oublié de saluer son frère
musicien et compatriote, Tiken Jah Fakoly. « Tiken Jah
et moi dit-il, avons montré que malgré la divergence
qui nous oppose en Côte d’Ivoire (Dioula et Bété),
nous sommes unis ». Interrogé sur le coût
de production de son chef d’œuvre, BETA Simon répondra
sans ambages « je ne sais pas. Tout a été
fait grâce à la grande collaboration de Tiken
Jah. L’enregistrement s’est déroulé dans son
studio au Mali avec ses musiciens et le mixage à Paris,
ajoute-t-il. Je n’ai fait que poser ma voix ». Dans
cet album, les deux artistes mettront ensemble leurs voix
pour montrer qu’au-delà des divergences, la musique
est un facteur unificateur. « C’est fabuleux qu’on ait
pu réaliser cet album » martèle BETA.
L’album, confirme l’artiste, contrairement à ce que
l’on pourrait penser, se ventile bien en Côte d’Ivoire.
Composé d’une dizaine de titres, l’album « Kraity
payan Guez » passera au Burkina Faso par le circuit
traditionnel de promotion à savoir les différents
médias avec toutefois des perspectives de concerts
que Seydoni Production se chargera d’organiser, nous a rassuré
le chargé de la communication M. SARE. Bon vent donc
à BETA Simon dont la carrière musicale semble
reprendre du souffle.
Thierry TIENDRE
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