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fait est important d’autant que tout le monde déroule
son «programme» ou ce qui tient lieu pour, en
toute confiance, sans complexe et surtout avec un réel
espoir d’être dans les bonnes grâces des électeurs.
Une telle perspective aurait pu faire monter les enchères
mais tout le monde a su raison garder. On peut voir d’ici
ce que cela aurait pu être comme foire d’empoignes si
les 73 partis en lice devaient se tirer dans les pattes.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que
la campagne électorale pour les municipales du 23 avril
prochain, bât son plein. Si au tout début on
avait craint qu’elle ne soit des plus insipides du fait d’un
démarrage poussif lui-même tributaire d’une pré-campagne
plutôt hors sujet pour la plupart des acteurs, on peut
dire que la mayonnaise a maintenant pris, tant chacun y va
du sien pour amadouer les électeurs. Malgré
les ardeurs des uns et des autres, il s’en trouve qui sont
toujours sur leur faim et préfèrent attendre
encore de voir avant tout jugement. Ils ont une bonne semaine
pour pouvoir se faire une opinion et sans nul doute qu’ils
seront bien servis puisqu’on s’engage sur la dernière
ligne droite et que, plus que jamais chacun des prétendants
donnera le meilleur de lui-même pour décrocher
la timbale le soir du 23 avril.
Quelque part on a l’impression qu’on demande à nos
hommes politiques beaucoup plus que ce qu’ils ne peuvent apporter
tout comme la plus belle femme du monde ne peut donner que
ce qu’elle a. En réalité, certains observateurs
se trompent complètement de campagne, aidés
en cela par la toute récente campagne pour la présidentielle
qui a laissé plein d’images fortes dans les esprits.
Ils en arrivent à oublier que comme le dit l’artiste
«les moutons se promènent ensemble, mais ils
n’ont pas le même prix», donc toutes les campagnes
ne sont pas pareilles. A la limite, c’est à croire
que lorsqu’on parle de campagne de proximité c’est
juste pour amuser la galerie.
Or Dieu seul sait ce qu’une élection municipale exige
comme proximité puisqu’il s’agit de parler des préoccupations
quotidiennes des populations, donc de celles qu’elles sont
censées connaître le plus et le mieux et par
conséquent, c’est ce qu’on oublie souvent, dont elles
ont des idées précises sur les solutions à
apporter. C’est dire qu’on ne pourra pas se contenter des
«blablabla» et des théories vaseuses ou
encore des promesses démagogiques. En effet, allez
dire aux populations d’un secteur que vous allez, si vous
êtes élus, goudronner toutes les rues, construire
des CSPS, des écoles, etc. comme personne n’a encore
réussi à le faire et elles vous riront au nez.
Il semble qu’on l’ait bien compris dans le landerneau politique
puisqu’aucun des partis n’a bâti sa stratégie
sur la surenchère et les promesses à tout rompre
même si chacun se fait le champion du développement.
Cela mérite d’être noté, en dépit
des enjeux et des convictions des uns et des autres, le discours
est resté très policé et sans réelles
invectives même si certains ont par moments haussé
le ton, qui pour dénoncer ce qui pour eux aura été
des errements, qui pour marquer leur différence ou
affirmer leurs options stratégiques…
Le fait est important d’autant que tout le monde déroule
son «programme» ou ce qui tient lieu pour, en
toute confiance, sans complexe et surtout avec un réel
espoir d’être dans les bonnes grâces des électeurs.
Une telle perspective aurait pu faire monter les enchères
mais tout le monde a su raison garder. On peut voir d’ici
ce que cela aurait pu être comme foire d’empoignes si
les 72 partis en lice devaient se tirer dans les pattes.
Est-ce cela qui fait penser à certains que les uns
et les autres en ont gardé sous la semelle et que la
semaine prochaine verra des tonnes de poussière s’élever
dans le ciel ? C’est fort probable ; on devrait plutôt
s’en réjouir et parier sur la maturité du peuple
burkinabè et sur l’intérêt qu’il porte
en la décentralisation intégrale qui fera de
tous les citoyens au soir du 23 avril des citadins. En tout
cas croisons les doigts pour que ceci explique cela même
si on ne peut pas exclure entièrement le fait que certains
en guise de campagne de proximité n’en soient à
une campagne un peu trop intimiste pour ne pas dire plus.
En effet, la campagne de proximité répond à
des techniques précises à acquérir et
exige des capacités qui ne sont pas données
à n’importe qui. Il ne suffit pas de le vouloir pour
faire de la campagne de proximité et surtout une campagne
réussie. Ce serait trop facile. Par ailleurs, il n’est
pas dit que parce qu’elle est de proximité, cette forme
de campagne est la plus aisée. Bien au contraire, sur
de nombreux points elle est autrement plus exigeante et peut
se révéler périlleuse si on n’y prend
garde.
Tout porte à croire que nombre d’acteurs ne font pas
attention à ces vérités et risquent par
conséquent de se rendre à l’évidence,
et trop tard, d’avoir été à côté
de la plaque. S’il est aisé de tenir des monologues
au cours des meetings ou de délivrer des messages par
la radio ou la télé, il est autrement plus compliqué
de soutenir la discussion au cours d’une Assemblée
générale ou d’un entretien dans une famille,
un lieu de travail, un marché…, d’argumenter pour convaincre
ses interlocuteurs. A cet effet, deux erreurs sont à
éviter comme la peste pour ne pas dire le virus H5
N1 de la grippe aviaire qui serait dans nos campagnes. La
toute première à éviter à tout
prix, c’est la voie de la facilité qui consiste à
se contenter de s’adresser à des personnes déjà
acquises. L’autre, c’est d’utiliser des méthodes de
campagnes ordinaires alors qu’on a opté pour la campagne
de proximité. Il s’agit entre autres de transformer
les Assemblées générales en meetings
où on ne donnerait pas la parole aux participants,
etc.
Cela dit, c’est au soir du 23 avril qu’on saura entre les
uns et les autres ceux qui auront été les plus
efficaces. En attendant, à chacun sa campagne de proximité.
Cheick AHMED
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