L'opinion N°444
du 12 au 18 avril 2006

Editorial

De bons points …

Le fait est important d’autant que tout le monde déroule son «programme» ou ce qui tient lieu pour, en toute confiance, sans complexe et surtout avec un réel espoir d’être dans les bonnes grâces des électeurs. Une telle perspective aurait pu faire monter les enchères mais tout le monde a su raison garder. On peut voir d’ici ce que cela aurait pu être comme foire d’empoignes si les 73 partis en lice devaient se tirer dans les pattes.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la campagne électorale pour les municipales du 23 avril prochain, bât son plein. Si au tout début on avait craint qu’elle ne soit des plus insipides du fait d’un démarrage poussif lui-même tributaire d’une pré-campagne plutôt hors sujet pour la plupart des acteurs, on peut dire que la mayonnaise a maintenant pris, tant chacun y va du sien pour amadouer les électeurs. Malgré les ardeurs des uns et des autres, il s’en trouve qui sont toujours sur leur faim et préfèrent attendre encore de voir avant tout jugement. Ils ont une bonne semaine pour pouvoir se faire une opinion et sans nul doute qu’ils seront bien servis puisqu’on s’engage sur la dernière ligne droite et que, plus que jamais chacun des prétendants donnera le meilleur de lui-même pour décrocher la timbale le soir du 23 avril.
Quelque part on a l’impression qu’on demande à nos hommes politiques beaucoup plus que ce qu’ils ne peuvent apporter tout comme la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a. En réalité, certains observateurs se trompent complètement de campagne, aidés en cela par la toute récente campagne pour la présidentielle qui a laissé plein d’images fortes dans les esprits. Ils en arrivent à oublier que comme le dit l’artiste «les moutons se promènent ensemble, mais ils n’ont pas le même prix», donc toutes les campagnes ne sont pas pareilles. A la limite, c’est à croire que lorsqu’on parle de campagne de proximité c’est juste pour amuser la galerie.
Or Dieu seul sait ce qu’une élection municipale exige comme proximité puisqu’il s’agit de parler des préoccupations quotidiennes des populations, donc de celles qu’elles sont censées connaître le plus et le mieux et par conséquent, c’est ce qu’on oublie souvent, dont elles ont des idées précises sur les solutions à apporter. C’est dire qu’on ne pourra pas se contenter des «blablabla» et des théories vaseuses ou encore des promesses démagogiques. En effet, allez dire aux populations d’un secteur que vous allez, si vous êtes élus, goudronner toutes les rues, construire des CSPS, des écoles, etc. comme personne n’a encore réussi à le faire et elles vous riront au nez. Il semble qu’on l’ait bien compris dans le landerneau politique puisqu’aucun des partis n’a bâti sa stratégie sur la surenchère et les promesses à tout rompre même si chacun se fait le champion du développement. Cela mérite d’être noté, en dépit des enjeux et des convictions des uns et des autres, le discours est resté très policé et sans réelles invectives même si certains ont par moments haussé le ton, qui pour dénoncer ce qui pour eux aura été des errements, qui pour marquer leur différence ou affirmer leurs options stratégiques…
Le fait est important d’autant que tout le monde déroule son «programme» ou ce qui tient lieu pour, en toute confiance, sans complexe et surtout avec un réel espoir d’être dans les bonnes grâces des électeurs. Une telle perspective aurait pu faire monter les enchères mais tout le monde a su raison garder. On peut voir d’ici ce que cela aurait pu être comme foire d’empoignes si les 72 partis en lice devaient se tirer dans les pattes.
Est-ce cela qui fait penser à certains que les uns et les autres en ont gardé sous la semelle et que la semaine prochaine verra des tonnes de poussière s’élever dans le ciel ? C’est fort probable ; on devrait plutôt s’en réjouir et parier sur la maturité du peuple burkinabè et sur l’intérêt qu’il porte en la décentralisation intégrale qui fera de tous les citoyens au soir du 23 avril des citadins. En tout cas croisons les doigts pour que ceci explique cela même si on ne peut pas exclure entièrement le fait que certains en guise de campagne de proximité n’en soient à une campagne un peu trop intimiste pour ne pas dire plus.
En effet, la campagne de proximité répond à des techniques précises à acquérir et exige des capacités qui ne sont pas données à n’importe qui. Il ne suffit pas de le vouloir pour faire de la campagne de proximité et surtout une campagne réussie. Ce serait trop facile. Par ailleurs, il n’est pas dit que parce qu’elle est de proximité, cette forme de campagne est la plus aisée. Bien au contraire, sur de nombreux points elle est autrement plus exigeante et peut se révéler périlleuse si on n’y prend garde.
Tout porte à croire que nombre d’acteurs ne font pas attention à ces vérités et risquent par conséquent de se rendre à l’évidence, et trop tard, d’avoir été à côté de la plaque. S’il est aisé de tenir des monologues au cours des meetings ou de délivrer des messages par la radio ou la télé, il est autrement plus compliqué de soutenir la discussion au cours d’une Assemblée générale ou d’un entretien dans une famille, un lieu de travail, un marché…, d’argumenter pour convaincre ses interlocuteurs. A cet effet, deux erreurs sont à éviter comme la peste pour ne pas dire le virus H5 N1 de la grippe aviaire qui serait dans nos campagnes. La toute première à éviter à tout prix, c’est la voie de la facilité qui consiste à se contenter de s’adresser à des personnes déjà acquises. L’autre, c’est d’utiliser des méthodes de campagnes ordinaires alors qu’on a opté pour la campagne de proximité. Il s’agit entre autres de transformer les Assemblées générales en meetings où on ne donnerait pas la parole aux participants, etc.
Cela dit, c’est au soir du 23 avril qu’on saura entre les uns et les autres ceux qui auront été les plus efficaces. En attendant, à chacun sa campagne de proximité.


Cheick AHMED

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