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“Les rencontres
chorégraphiques ont permis l’éclosion de près
de 150 compagnies sur le continent”
Olivier POIVRE-D’ARVOR et toute son
équipe ont coordonné de main de maître
les 6e rencontres chorégraphiques d’Afrique et de l’Océan
Indien. Dans cette interview, Olivier POIVRE-D’ARVOR, petit
frère de PPDA (Patrick POIVRE-D’ARVOR) autre célébrité
de la télévision française revient sur
les motivations qui soutendent l’action de l’Association qu’il
dirige.
Pourquoi l’AFAA soutient la danse contemporaine
en Afrique et pourquoi l’organiser à Paris ?
Olivier POIVRE-D’ARVOR : Si cette biennale de
la danse contemporaine n’avait pas existé, la danse
en Afrique serait moins riche, et je crois que c’est un plus
que ça apporte. Un jour ce soutien n’existera plus
peut-être parce qu’il n’y aura plus besoin d’un concours
; mais il y a eu un travail qui a été fait pendant
10 ans qui était assez considérable à
Luanda, puis à Madagascar et cette étape à
Paris avant d’aller à Tunis en 2008. Cela a permis
l’éclosion de près de 150 compagnies en Afrique
dédiées à la danse contemporaine et qui
n’existait pas il y a de cela quelques années encore.
Sur les 150 compagnies, il doit y avoir, à mon avis,
une cinquantaine qui vivent complètement de leur art
et de leur travail. Je pense également que cela porte
une autre image de l’Afrique qui est différente de
celle que l’on reçoit tous les jours dans les journaux.
Ces compagnies apportent en France où ailleurs dans
le monde, l’image d’une Afrique qui est brillante, qui gagne,
qui est admirée au lieu d’une Afrique qui est toujours
jugée d’une manière arbitraire. Je pense que
cette biennale de la danse contemporaine (Rencontre Chorégraphique
d’Afrique et de l’Océan Indien) est un bon instrument
de communication pour l’Afrique.
Pensez-vous que ce genre de festival devrait
se limiter à la danse contemporaine ? Pourquoi pas
à celle traditionnelle ou autre ?
O.P.A : Peut-être, peut-être pas.
Je ne sais pas. Là c’est un festival de danse contemporaine
alors en France où ailleurs il y a des endroits où
il y a la danse contemporaine. Mais il y a rarement des endroits
où les deux danses s’exercent. Il y a un genre qui
s’appelle la danse contemporaine qui a un public en France
et en Europe, un public qui est prêt à acheter
des spectacles ; il y a un marché pour la danse contemporaine.
Ce qui n’est pas le cas pour la danse traditionnelle. Nous
on va vers ce qui permet aux artistes de travailler et de
gagner leur vie et d’être autonomes. C’est la réponse
pour moi.
Est-ce que ces rencontres ne créent pas
une certaine uniformisation des manières de danser
à travers la danse dite contemporaine. Puisqu’elle
n’est pas financée par les Africains eux-mêmes
?
O.P.A : Aucun problème si les Africains
veulent la financer eux-mêmes. Le problème, c’est
que personne ne veut et ne peut la financer. Je comprends
très bien ce que vous voulez dire. Mais, en première
réaction, je peux vous dire, écoutez-moi je
fais ce que je veux, c’est mon argent, ça plait ou
ça ne plaît pas. C’est une réaction un
peu brutale, mais je pense qu’une chose est sûre : c’est
que les cultures sont égales et moi je pense fondamentalement
qu’elles sont égales, enfin, qu’il y a des cultures
en Europe, en Amérique Latine, en Asie, en Afrique,
et que toutes ces cultures sont également responsables
et doivent être également respectées.
Si on dit ça, il faut être cohérent avec
ce qu’on dit. On peut se contenter de la dire et puis, après,
chacun se débrouille. Sauf qu’elles ne sont pas égales.
Parce que, il y’en a qui ont des moyens de se faire connaître
et d’autres pas. Et aujourd’hui, c’est vrai que notre principal
objectif, à nous tous, communauté d’êtres
humains, ma famille est de l’Île Maurice, je suis aussi
Africain et je n’ai pas honte de le dire, notre rôle
à tous, c’est vraiment de permettre l’égalité.
Après, ce qui va se passer c’est que peu à peu
la danse africaine, va elle-même influencer la danse
contemporaine et on le voit aujourd’hui déjà.
C’était le cas avec la musique. La musique africaine
elle a transformé la musique européenne. Aujourd’hui
les rythmes africains où maghrébins ont vraiment
transformé, mais moi je ne m’en plains pas, je suis
content, Edith PIAF ne me manque pas. C’est vrai que votre
question est très passionnante parce qu’étant
un des éléments du débat, mais attention
à ne pas faire des retours en arrière pour saper
ce qui a déjà été fait. Je le
dis, il y a très peu de gens qui s’intéressent
au soutien à la culture et nous, nous faisons des efforts
parce que cela paraît indispensable. C’est vrai que
nous aussi nous avons toujours des comptes à rendre
à ceux qui nous aident, je pense donc qu’il faudrait
plutôt nous encourager. Certes le reproche est intéressant
et je pense qu’à la prochaine édition en 2008
moi je veux, à travers tes dires, que nous fassions
entre 2006 et 2008 un travail ; quand je dis nous, c’est nous
tous, c’est pas nous Français ou vous Africains ou
Burkinabè, c’est de faire vraiment un travail de collection
du patrimoine dansé africain pour qu’il y ait une mémoire
de ça probablement à travers le film et que,
en même temps qu’on développe la danse contemporaine,
qu’on garde la trace et la mémoire de ce patrimoine-là.
Et ce patrimoine, les artistes pourront s’en emparer. Pour
l’heure, l’Afrique a besoin de soutien pour que ses artistes
soient entendus ailleurs qu’en Afrique. C’est vrai que je
ne me pose pas trop de questions de ce type d’esthétique
parce que avant l’esthétique il y a l’éthique
et l’éthique, c’est égalité des chances.
L’esthétique c’est une vraie question et vous avez
raison de la poser mais on ne peut pas répondre.
Au-delà des trois mois de promotion que
les lauréats vont bénéficier de la part
de l’AFAA, qu’est-ce qui sera fait en termes de suivi après
cette période ?
O.P.A : Vous savez, avant même ces trois
mois de promotion, il faut regarder un peu les lauréats
des 5 dernières éditions. Bon nombre de ces
compagnies ont circulé et circulent encore, on les
aide depuis 6 ans, 10 ans. Avant les trois mois de promotion,
il faut remonter déjà à la période
des sélections qui est très importante. Parce
que dès qu’une compagnie est sélectionnée,
c’est déjà une publicité formidable pour
leur travail. Le fait qu’il montre leur travail à ces
rencontres constitue un tremplin très important et
un marché conséquent. Je pense donc que c’est
un processus d’énorme soutien et c’est rare de trouver
cela. Vous avez des organismes qui vous soutiennent pendant
un an, nous après on les soutient généralement
sur deux années après les 3 mois de promotion
et si ces pièces sont bonnes ces compagnies sont soutenues
pendant très longtemps et c’est le cas de beaucoup
d’entre elles aujourd’hui.o
Par Frédéric ILBOUDO
Historique des rencontres chorégraphiques
Initiées en 1995 par Afrique en créations,
les premières rencontres chorégraphiques se
sont déroulées à Luanda en Angola. En
1998 elles sont rééditées encore dans
la capitale angolaise avant de poser ses « pas »
du côté d’Antananarivo à Madagascar en
1999. En 2000, l’Afrique en création fusionne avec
l’AFAA et Salia SANOU notre compatriote succède à
Germaine ACOGNIG à la tête de la direction artistique
des rencontres. 2001, c’est à «Tana» à
Madagascar que s’est tenue la quatrième édition,
il en sera de même pour la 5e édition qui verra
d’ailleurs une importante programmation hors concours.
Les lauréats du concours
1995 :
- Vincent MONTSOE (Afrique du sud) avec «Gula Mataù
- Neville CAMBELL (Zimbabwe) avec «and Rwanda».
- Théo RAHARINASY avec «Lovanao»
1998 :
- Adiatou MASSIDI et Victor Abou BOUA de Côte d’Ivoire
avec «Corps actif»
- Salia nï Seydou du Burkina Faso avec «Figninto»
- Faustin LINYEKULA et Opiyo OKACH avec «Cleansing»
A partir de 1998, les prix deviennent une aide à la
création
(50 000 à 100 000 FF)
1999 :
- Boyzie CEKWANL l’emporte avec «Rona»
- Robyr ORLIN Afrique du sud avec la pièce «Daddy»
- Béatrice KOMBE de Côte d’Ivoire avec «sans
repère»
2001 :
- Sello PESA (Afrique du sud) avec «Same bat différent»
- Ariry ANDIRAMORAT SI RESY (Madagascar) avec «Mirahaalaby
mianala»
- Lassina COULIBALY (Burkina Faso) avec «Vin Nem».
Les trois compagnies lauréates effectueront une tournée
en France. C’est en 2001 également que RFI (Radio France
International) instaure son prix dénommé prix
RFI.
2003 :
- Adedayo M. LIADI (Nigeria) avec «Ori»
- Augusto CUVILAS du Mozambique avec solo «Um paracinco»
- Noël KETTLY avec «Tichebe».
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