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Parce que le problème se généralise,
il faudrait arrêter avec les solutions simplistes des
condamnations sans réminiscence, les clichés
sur les «tripatouillages», les attitudes désinvoltes
comme pour dire qu’on a le pouvoir, et on fait ce qu’on veut
ou qu’on a les solutions à tout etc. et réfléchir
sérieusement aux solutions pour éviter ou à
tout le moins circonscrire les effets négatifs de ce
qui est en train de devenir une véritable fatalité.
Il est plus que temps de cesser de jouer aux médecins
après la mort ou aux pompiers-pyromanes et de se donner
la peine de la réflexion lucide et responsable.
Il semble qu’il est temps de s’interroger sur nos constitutions
A
suivre la relation qu’en a faite notre confrère Bernard
ZANGRE dans L’Observateur Paalga n°6638 du lundi 15 mai
dernier, la conférence de presse que les présidents
Paul KAGAME du Rwanda et son hôte Blaise COMPAORE ont
donné à l’issue du VIe Forum africain sur la
gouvernance qui a eu lieu à Kigali du 08 au 12 mai,
a été tout sauf une de ces conférences
de presse où la langue de bois et la routine permettent
de deviner à l’avance, et les questions, et les réponses.
C’est comme si les hommes de médias s’étaient
passés le mot et avaient décidé de coincer
les deux hommes en les acculant sur des terrains sur lesquels
ils sont supposés avoir quelques difficultés
; en tout cas sur lesquels ils sont de toute évidence
gênés dans les entournures parce que directement
concernés. Ils le seraient pour même moins puisque
ce sont des sujets qui font les choux gras de la presse et
sur lesquels une «certaine» unanimité serait
faite… contre eux. C’est ce que d’aucuns nous assurent à
travers des commentaires trop souvent sentencieux pour être
objectifs et qui ne laissent aucune place à la contestation
comme si on avait décidé de mettre la démocratie
entre parenthèses le temps de régler des comptes
en toute illégalité. Comment qualifier autrement
ces prises de position sans manches qui portent des jugements
de valeurs sur des actes de souveraineté nationale.
C’est l’autre qui l’aurait dit, si cette conférence
de presse n’avait pas eu lieu, il eût fallu la faire
organiser car les réponses du Président du Faso
sur des sujets sensibles tels que les «tripatouillages»
des constitutions dont on aime accuser nos présidents
et la place de la presse dans les processus démocratiques
ne manquent pas de pertinence ; bien au contraire.
Sur ces questions, les Africains sont si frileux que leurs
avis semblent empruntés comme s’il s’agissait de réciter
des «fatwas» édictés ailleurs pour
être dans l’air du temps, si ce n’est simplement pour
se conformer à une pensée unique formatée
qui n’autorise aucun écart. Il n’y a qu’en Afrique
qu’on parle de «tripatouillage» alors qu’ailleurs
réformes, relectures, amendements… se suivent sur des
constitutions et des lois avec des partisans et des adversaires
qui s’étripent sans concession sans que pour autant
on utilise des termes péjoratifs pour les désigner.
Bien au contraire, ceux-ci sont affublés du nom de
leurs principaux géniteurs comme pour mettre en exergue
la paternité de la réflexion qui a abouti au
processus de transformation. En Afrique ou pour l'Afrique
on condamne sans nuance, à telle enseigne qu’on en
voit s’arroger le droit de juger à la place des peuples
et pour les peuples tout en leur déniant le simple
droit de donner leurs points de vue. Lorsque ceux-ci enfreignent
cette règle non écrite, ils sont tournés
en dérision.
On oublie que les constitutions ne naissent pas «ex
nihilo» et qu’elles sont dans nos contrées beaucoup
trop collées aux contextes et aux contingences des
moments pour être véritablement générales
et disposer pour l’avenir comme cela devrait être le
cas. Dans nombre de situations elles ont été
écrites sous la pression de la rue, loin de la sérénité
qui devrait entourer la réflexion dont elles devaient
naître ; dans d’autres elles ont même voulu régler
des comptes particuliers en usant d’artifices pour exclure
des personnes ou forcer l’alternance ; dans d’autres encore,
c’est comme si elles devaient régler des problèmes
transitoires en portant déjà en elles-mêmes
les germes de leurs amendements ; ailleurs et en certains
points, elles ne sont pas tout simplement viables parce que
techniquement bancales… On devrait donc fermer les yeux sur
toutes ces réalités pour satisfaire les adeptes
des statuts quo et du respect des consensus nationaux qui
les ont enfantés. A écouter certains de ces
messieurs c’est à peine s’ils ne disent pas que les
constitutions sont immuables et qu’elles devraient rester
telles qu’elles ont été écrites «ad
vitam aeternam». Ils feignent d’oublier que toutes les
constitutions sous tous les cieux et sous toutes les latitudes
comportent en elles-mêmes les mécanismes de leurs
amendements. A la limite on voudrait nous convaincre comme
le dit Blaise COMPAORE que «si le peuple souverain qui
a établi une constitution» décide par
la suite de l’amender en toute légitimité et
légalité, il est «en contradiction avec
sa souveraineté». Il n’y aurait de légitimité,
de légalité et d’expression souveraine que dans
le consensus et de consensus que dans l’unanimisme.
A tout le moins, s’il y a des gens qui confisquent cette souveraineté,
ce ne sont pas ceux qui oeuvrent à convaincre la majorité
à accepter les amendements mais ceux qui s’opposent
à l’exercice de ce droit constitutionnel sous le prétexte
qu’il viole un consensus. On ne reviendra pas sur le débat
sur l’article 37 mais on ne peut pas non plus l’occulter entièrement
puisque le peuple exerçant sa souveraineté dans
des conditions de légitimité et de légalité
reconnues par tous, a clairement indiqué le sens qu’il
entendait donner à son histoire en plébiscitant
par deux fois plutôt qu’une, la majorité qui
l’avait engagé dans les réformes.
On le voit, un peu partout en Afrique, les peuples ou une
partie des populations se surprend à se rendre à
l’évidence que tout n’est pas parfait. Les «tripatouillages»
dénoncés ici et là sont des faits patents
qui attestent de ces évolutions. Plus que jamais celles-ci
interpellent tous les acteurs de la scène politique.
Parce que le problème se généralise,
il faudrait arrêter avec les solutions simplistes des
condamnations sans réminiscence, les clichés
sur les «tripatouillages», les attitudes désinvoltes
comme pour dire qu’on a le pouvoir, et on fait ce qu’on veut
ou qu’on a les solutions à tout etc. et réfléchir
sérieusement aux solutions pour éviter ou à
tout le moins circonscrire les effets négatifs de ce
qui est en train de devenir une véritable fatalité.
Il est plus que temps de cesser de jouer aux médecins
après la mort ou aux pompiers-pyromanes et de se donner
la peine de la réflexion lucide et responsable.
Il semble qu’il est temps de s’interroger sur nos constitutions
notamment les principes généraux sur lesquels
elles devraient reposer pour cesser d’avoir à réfléchir
sur la légalité ou la légitimité
de leurs amendements. Dans ce sens, la proposition du Président
COMPAORE d’un forum «afin qu’ensemble nous voyions comment
guider au mieux leur (Ndlr : les constitutions) élaboration,
mais aussi les différents amendements qui sont logiques
et normaux…» est une véritable trouvaille. En
effet, le débat est devenu incontournable et il urge
de le tenir en toute responsabilité avec esprit de
suite en tenant compte des aspirations réelles des
populations plutôt que des fantasmes d’une intelligentsia
qui n’a même pas l’intelligence d’imaginer des textes
solides. En effet, il saute aux yeux que derrière les
«fatwas» de la plupart de nos donneurs de leçon
d’intégrité et de patriotisme se cache un manque
d’humilité criard et une ignorance crasse qui s'expriment
par leur tendance à tout généraliser.
Par Cheick AHMED
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