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Le président
du Faso en France profonde
Parti de Ouagadougou le 29 mai, c'est
à un véritable périple dans la France
profonde que le président du Faso s'est livré
une semaine durant. Belfort, Champagney, Roulans, Besançon
en Franche Comté ; Rodez, Millau, Camp militaire du
Larzac dans l'Aveyron ont été les principales
étapes de cette tournée consacrée à
la coopération décentralisée avec pour
point focal les 4ème Assises éponymes. Un calendrier
très chargé qui a néanmoins réussi
à faire de l'espace pour la CENSAD qui a tenu ses 8e
Assises le 1er juin à Tripoli en Libye, à un
programme de visite d'Etat le lendemain 2 juin et à
une rencontre avec la communauté burkinabè résidant
en France le 4. Comme il est de coutume en pareille occasion,
les entretiens privés et ceux avec la presse n'ont
pas manqué, à telle enseigne qu'il n'y a pratiquement
pas eu un seul instant de répit, jusqu'au retour le
5 juin.
Mr
Raymond FORNI posant avec le président Bmaise COMPAORE
après sa décoration
Placé sous le signe des 4e Assises de la coopération
décentralisée, le voyage du Président
Blaise COMPAORE en France a bien failli se transformer en
un procès contre la nouvelle loi française sur
l'immigration. D'un bout à l'autre il reviendra en
effet comme un métronome aux détours des questions
des journalistes et même dans les débats, de
nombreux acteurs de la coopération décentralisée
y voyant une difficulté de plus à surmonter
dans leurs efforts pour atteindre leurs objectifs d'échanges
et de co-développement. Ce qui devrait être une
gêne a pourtant apporté du piquant à la
tournée, le président du Faso n'ayant pas eu
de cesse de répéter que cette loi ne devrait
pas outre mesure inhiber les ardeurs des acteurs de la coopération
décentralisée tout comme elle ne devrait pas
faire oublier qu'elle reste une loi et que la question de
l'immigration est intimement liée au développement
du continent africain et à la responsabilité
partagée des Africains et des pays développés
dans cette quête. Le reste n'est que dissertation et
politique politicienne tant il est constant que partout de
par le monde, les Etats organisent les flux de populations
en fonction de leurs intérêts du moment et que
plus que les lois, même des murailles ne pourraient
empêcher ceux qui sont confinés dans des "enfers
économiques" à prendre tous les risques
pour rejoindre les "paradis économiques"
aussi protégés soient-ils.
Cela dit, ce sont des centaines d'acteurs de la coopération
décentralisée qui sont allés à
la rencontre du président du Faso au cours de la tournée,
particulièrement à Belfort où se sont
tenues les 4e Assises. Les autorités du Territoire
de Belfort ont d'entrée marqué leur intérêt
pour cette visite de travail qui répond à une
invitation vieille de dix ans. Avec à leur tête
Mme la Sous-préfette de Dole, Mme Josette MICHELLE,
le président du Conseil général, M. Yves
ACKERMANN, venus à l'aéroport de Dole Tavaux
accueillir Blaise COMPAORE et l'importante délégation
qui l'accompagnait et M. Jean-Pierre CHEVENEMENT, ancien ministre
et maire de Belfort, elles ont mis les petits plats dans les
grands pour que les 48 heures consacrées à la
Franche Comté soient un succès. La conférence
de presse que les deux derniers cités animeront avec
le président du Faso le lendemain au Conseil général
marquera le top départ des activités officielles.
Mieux se connaître pour mieux agir ensemble
Mr
Jean-Pierre CHEVENMENT ancien ministre et amire de Belfort
et Mme Chantal COMPAORE qui a activement pris part aux débats
des 4è Assises.
Dans son mot de bienvenue, le maître des lieux, M.
Yves ACKERMANN, fera après les salutations d'usage
un bref historique de la coopération entre Belfort
et Dassouri et saluera le courage et l'abnégation des
populations, qui, de part et d'autre en ont fait un exemple
de succès de par ses résultats concrets. En
réponse, le président COMPAORE a dit sa joie
d'avoir pu répondre favorablement à l'invitation
de Belfort et a chaleureusement remercié les femmes
et les hommes de cette ville pour leur solidarité avec
les populations burkinabè. Sa visite vise, dira-t-il,
à permettre une meilleure synergie des actions pour
une coopération mutuellement avantageuse. Dans un monde
où les divergences d'intérêts tendent
à prendre le pas sur la communauté de destin
des peuples, la coopération décentralisée
apparaît comme une bouée de sauvetage en ce qu'elle
met directement en rapport ces peuples leur permettant ainsi
de renforcer leur amitié, de mieux se connaître
et d'agir efficacement sur leurs réalités quotidiennes.
En répondant aux sollicitations des populations de
Dassouri et de Komki Ipala, les acteurs de la coopération
décentralisée du Territoire de Belfort font
preuve d'un esprit de solidarité qui n'a pas de prix
ajoutera-t-il tout en les garantissant d'une bonne utilisation
des ressources et moyens qui seront mis à leur disposition.
Mr. Simon COMPAORE, Mr. Charles JOSSELIN, Mme GUINCHARD KESSLER
et Mr Yves ACKERMANN
Les Burkinabè joueront donc leur partition et assumeront
les responsabilités qui leur incomberont. Ils le font
déjà suffisamment bien même si dans certains
cas il y a eu des ratés.
La conférence de presse qui s'en suivra sera très
animée avec pour préoccupations principales
les relations entre la chefferie traditionnelle et la décentralisation,
la loi SARKOZY (évidemment), le rôle que peut
jouer la coopération décentralisée dans
le développement de l'agriculture base de l'économie
burkinabè, l'OMC et les subventions des pays développés
à leur agriculture, la situation en Côte d'Ivoire
et l'esclavage en rapport avec la visite prévue de
la "Maison de la Négritude" à Champagney.
Sur la première question, le président COMPAORE
dira que le Burkina Faso est un Etat laïc et républicain
; par conséquent la chefferie traditionnelle n'est
pas intégrée aux structures de la décentralisation.
Il en est de même par ailleurs des autorités
religieuses. Toutesfois du fait de l'histoire et des réalités
sociales qui sont nôtres, elle intervient dans le processus
comme catalyseur pour la mobilisation, la sensibilisation
et la conscientisation, etc. Pour ce qui est de l'agriculture
il fera observer que la coopération décentralisée
joue déjà un rôle très important
qu'il serait intéressant d'étendre à
l'appui aux organisations de producteurs pour valoriser le
capital humain et à la résolution des problèmes
de semences adaptées qui se posent avec acuité.
En ce qui concerne l'OMC, pour Blaise COMPAORE, il y a une
vérité de base qui est qu'il n'y a pas de développement
sans commerce. Or malheureusement, le commerce international
fonctionne comme une jungle car en même temps qu'on
dit aux pays en voie de développement que le marché
est libre, on les empêche par les subventions et autres,
d'être sur le marché. Pour étayer son
propos il citera le cas du coton dont le marché est
dérégulé par les subventions que les
pays riches accordent à leurs cotonculteurs. Ainsi,
le coton africain, particulièrement burkinabè,
bien que de bonne qualité avec des coûts de production
bas et donc très compétitifs, a toutes les difficultés
sur le marché international.
Le
président Blaise COMPAORE décorant le député-maire
de Millau et ancien ministre Mr. Jacques Godfrain
Pour l'intérêt qu'il accorde à la question
de l'abolition de l'esclavage à travers la visite qu'il
s'apprêtait à faire à la "Maison
de la Négritude" à Champagney en Haute-Saône,
Blaise COMPAORE dira que cela s'inscrivait dans le nécessaire
devoir de mémoire qui devrait s’imposer à tous
(lire : A la maison de la Négritude).
Pour lui, l'humanité doit cultiver ce devoir de mémoire,
afin de savoir ce qui s'est passé et de rechercher
permanement les voies et moyens pour éviter que cela
ne se reproduise afin de bâtir un monde plus humain.
Il ne s'agit pas seulement d'éviter les répétitions
de l'histoire mais de prévenir d'autres formes de crimes
du genre. En la matière, la France a posé des
actes qu'il convient de saluer.
Sur les lieux-mêmes, Blaise COMPAORE laissera ces mots
dans le livre d'or "La route de l'abolition de l'esclavage
de Toussaint LOUVERTURE à Fort de Joux, à Victor
SCHOELCHER en Alsace, passe par ce village franc-comtois.
Je rends hommage aux descendants de la population qui a commis
un écrit historique en réclamant la fin de l'esclavage.
Puisse cette "Maison de la Négritude" nous
rassembler sur la pérénité de l'humanité".
Un hommage qui répond fort à propos aux sentiments
exprimés par le maire de Champagney, M. Claude VOIDEY
et le Sous-préfet de Lure, M. Yves Le MERRER, qui ont
accueilli la délégation, et salue l'histoire
de ce petit village qui en 1789 dans le froid et malgré
ses propres problèmes existentiels, sans jamais avoir
vu un homme noir, prenait fait et cause pour les Noirs en
demandant au Roi d'abolir l'esclavage. Une histoire émouvante
que la conservatrice de la «Maison de la Négritude»
a su rendre. Quelque part, elle est la preuve de la communauté
de destin de l'humanité. Comme pour en témoigner
davantage, le maire M. VOIDEY a félicité le
Burkina Faso pour son unité nationale malgré
la multiplicité de ses peuples et a rendu un hommage
appuyé à Mme COMPAORE pour ses actions en faveur
des enfants, ces autres êtres humains victimes de violences
parfois inhumaines. Après cette incursion dans le passé,
la délégation présidentielle a repris
contact avec la coopération décentralisée
à la Mairie de Belfort où l'attendait l'ancien
ministre et maire de la ville, M. Jean-Pierre CHEVENEMENT.
Belfort : une amitié… belle et forte
Ce fut un moment de communion et de célébration
de l'amitié entre les populations de Belfort à
travers leur Conseil municipal et celles de Tanghin-Dassouri,
représentées par le président du Faso
pour tout le Burkina Faso en présence du Gouverneur
de la Région du Centre M. Boureima GOUGMA et du maire
de Ouagadougou, M. Simon COMPAORE dont relève Tanghin-Dassouri
et du président du Comité national burkianbè
de Jumelage. Incontestablement on rentrait de plein pied dans
le sujet. Comme le feront ressortir l'intervention de Monsieur
le maire de Belfort et la réponse du président
COMPAORE, il s'agissait d'approfondir une relation vieille
de 25 ans, de tracer de nouvelles pistes d'intervention et
de recentrer les actions. Blaise COMPAORE se dira très
sensible à la sollicitude des populations de Belfort
qui, malgré leurs problèmes à elles,
pensent à celles de Tanghin-Dassouri qui sont plus
démunies. "Depuis 25 ans, dira-t-il, nous sentons
votre présence". Et de souhaiter que cet exemple
de coopération fasse école d'autant que la France
a besoin de s'ouvrir pour rester la France. Ces échanges
cordiaux se sont poursuivis par des apartés très
animés au cours de la visite du Château de Belfort
et du déjeuner que le Conseil général
et la mairie y ont offert au président du Faso et à
sa délégation.
Avant la tenue des Assises sur la coopération décentralisée
qui devaient s'ouvrir à 18 H,le président du
Faso a été invité à aller visiter
l'Université de Technologie Belfort-Montbéliart
(UTBM-Sévenans). Pour un joyau, cette université
de renommée internationale qui fait la fierté
du Territoire de Belfort, particulièrement de M. CHEVENEMENT
qui l'a portée sur les fonds baptismaux, l'est à
plus d'un titre. En quelques chiffres, c'est 2 086 étudiants,
198 enseignants et un budget de 28 millions d'Euros. Le taux
d'insertion des étudiants est de 86% dans toutes les
régions de France et le reste ailleurs, dans le monde.
L'UTBM-Sévenans est une des 3 universités de
technologie de France. Elle comporte des filières pointues
telles que : informatique, mécanique et conception
ingénieurie, management de procès etc.
Comme le préfiguraient les premières rencontres,
les Assises de la décentralisation promettaient et
les espoirs n'ont pas été déçus.
Ils étaient, en effet, une centaine d'acteurs de la
coopération décentralisée venus de tous
les coins de la France pour rencontrer le président
du Faso et leurs différents interfaces du "Pays
des hommes intègres". Le ton sera donné
par Prosper KOMPAORE et sa troupe, l'Atelier théâtre
Burkinabè (ATB), avec sa pièce de théâtre-forum
"Un espoir pour Falamatia". Pendant 45 mn, ils tiendront
le public en haleine sur un thème qui le concerne au
premier chef, celui de la décentralisation. C'est un
"standing ovation" nourri qui marquera la fin de
la représentation tant les acteurs ont été
convaincants et le thème pertinent, même si pour
des impératifs de temps, la seconde partie, le forum,
n'a pas eu lieu. Les participants aux Assises ainsi mis en
train, les travaux pouvaient commencer avec pour orientations
les principaux axes donnés par le président
du Conseil général du Territoire de Belfort,
M. Yves ACKERMANN qui a souhaité des échanges
ouverts et directs qui aboutiraient à des échanges
d'expériences avec pour objectif l'approfondissement
de la coopération décentralisée en tenant
compte des réalités du terrain. Pour aider à
cela, la parole sera tour à tour donnée au président
de la "Maison de la coopération décentralisée"
M. Mamadou BAILE pour présenter sa structure, au maire
de la Commune de Ouagadougou président de l'Association
des municipalités du Burkina, qui a fait un bilan succinct
du jumelage, puis au ministre délégué
auprès du ministre de l'Administration territoriale
et de la Décentralisation chargé des collectivités
locales, M. Soungalo OUATTARA, qui a fait l'état des
lieux de la communalisation et de la décentralisation.
Le président du Faso bouclera la boucle en magnifiant
les efforts des acteurs de la coopération décentralisée,
en mettant en exergue l'importance de leurs actions quotidiennes
qui viennent combler des espaces laissés vides par
la coopération institutionnelle. Il souhaitera que
tout en continuant leurs efforts dans les domaines traditionnels
de coopération, les acteurs de la coopération
décentralisée accordent plus de place à
la valorisation du capital humain. Cela entre en droite ligne
dans leurs orientations puisque leur philosophie du développement
par de l'homme et revient à l'homme. Par ailleurs,
il fera remarquer la nécessité de rationaliser
davantage les programmes et les interventions pour éviter
de se marcher sur les pieds.
Valoriser le capital humain
Au vu des débats, on peut dire que les uns et les autres
ont été entendus. En effet, ceux-ci ont été
très nourris et se sont collés au vécu
quotidien des acteurs et des populations. Des préoccupations
pour alimenter les budgets des collectivités décentralisées
avec la tendance à la création de nouveaux impôts,
la hiérarchisation des priorités dans un pays
où tout semble priorité du fait de la pauvreté
et de l’obsolescence des infrastructures, les pesanteurs sociales
sur les femmes comme l’excision, les questions de maîtrise
de l’eau, de formation professionnelle… ont largement dominé
les échanges. Mme COMPAORE y a activement pris part
en éclairant l’assemblée sur des questions liées
à l’excision et aux pratiques traditionnelles néfastes
à la santé de la femme. La valorisation du capital
humain a aussi beaucoup retenu l’attention. Humanimenent les
participants ont salué les efforts fait de part et
d’autre, reconnu qu’il y a encore des insuffisances et noté
que l’avenir s’annonce sous de meilleurs hospices du fait
de la plus grande responsabilisation des populations et de
la prise en compte de la coopération décentralisée
dans les schémas de développement. (lire : l’interview
de Mr Yves Ackermann page 11).
La soirée s’est poursuivie avec la présentation
au Président du Faso d’un projet innovant de récupération
des sachets plastiques (ADEME) et une nouvelle prestation
de l’ATB. Installé à Ouagadougou, ce projet
animé par de jeunes Burkinabè fabrique des «djembé»
et autres objets d’arts avec des sachets plastiques qui polluent
nos grandes villes. Quant à l’ATB, il a présenté
une pièce, «L’étranger» qui a ému
jusqu’aux larmes de nombreux participants aux Assises. Assurément,
l’ATB aura fait très bonne impression.
Les travaux des Assises ont repris le lendemain 31 mai, au
matin, et ont pris fin en milieu de matinée. Pendant
ce temps, la délégation présidentielle
était au Centre d’insémination artificielle
de la vache (COOPEX) - race monbéliarde, à Roulans
dans le Doubs. Tous les responsables locaux étaient
présents à l’accueil : le Président du
Conseil général du Doubs, M. JEANNEROT, le maire
de Roulans, M. Alain JACQUOT et le président de la
COOPEX, M. Denis CLEMENT.
L’étape suivante du périple présidentiel
sera la mairie de Besançon où le maire Jean-Louis
FOUSSERET et son Conseil souhaiteront la bienvenue au Président
du Faso et le remercieront chaleureusement pour avoir répondu
à leur invitation. Une présence remarquée
dans l’assistance, celle de Mme Guinchard KASSLER, ancienne
ministre de l’Action sociale, Vice-présidente de l’Assemblée
nationale à laquelle le président du Faso remettra
d’ailleurs symboliquement les insignes de Chevalier de l’Ordre
du Mérite national qui lui avait déjà
été décernée en 2004. A l’issue
de la cérémonie, tout le monde s’est déporté
au Conseil régional de Franche Comté où
aura lieu un déjeuner de travail offert par le Président
Raymond FORNI.
Au cours de ce déjeuner auquel ont pris part des membres
de l’Association des Régions de France, le thème
de la coopération décentralisée sera
de nouveau au menu après des toasts qui salueront les
efforts du Burkina Faso en matière de décentralisation
et de développement humain durable. L’Association des
Régions de France marquera sa disposition à
partager son expérience et à travailler avec
les régions du Burkina. Le Gouverneur de la Région
du Centre, M. Boureima BOUGOUMA, saisira ce message au vol
pour dire l’entière disposition de sa région
à créer les conditions pour une telle coopération
d’autant que certaines de ses localités ne bénéficient
d’aucun jumelage alors que d’autres en ont plusieurs. Quant
au Maire Simon COMPAORE, il a loué les actions en cours
dans sa vile et a sollicité un appui plus conséquent
dans certains domaines tels que le traitement des déchets
et la voirie.
Pour sa part, le Président du Faso a insisté
sur les efforts à fournir dans la valorisation du capital
humain car sans formation, il serait illusoire de s’attendre
à une participation optimum des populations et une
plus grande prise de responsabilité de leur part dans
la réalisation des projets en leur faveur. C’est par
un échange de cadeaux et la décoration de M.
FORNI que la séance prendra fin aux environ de 15H.
L’étape parisienne
Une heure et demie plus tard, le Président du Faso
s’envolait de l’aéroport de Dole Tavaux (Territoire
de Belfort) pour Tripoli où il présidera l'ouverture
de la 8e session de la CENSAD le 1er juin (Nous reviendrons
sur cet événement dans nos prochaines éditions).
De retour de Tripoli le 1er juin, Blaise COMPAORE s'installera
à Paris où il bilatérale entre la France
et le Burkina Faso le lendemain une série de rencontres
dans le cadre de la coopération institutionnelle.
L'étape parisienne débutera dès 8H du
matin avec un petit-déjeuner de travail au MEDEF avec
des chefs d'entreprises françaises sous la conduite
du président du Comité Afrique du MEDEF et en
présence d'une vingtaine de chefs d'entreprises dont
M. Michel ROUSSIN, Vice président du MEDEF International
et Vice-président du groupe Bolloré, M. Alain
VIRY, Vice-président du Comité Afrique et Directeur
général de la société CFAO et
M. Gérard PELIRSON, président du Conseil français
des Investisseurs en Afrique (CIAN) et co-président
du Conseil de surveillance du groupe ACCOR. De retour à
son pied-à-terre (Hôtel Bristol), le président
du Faso accordera des audiences privées à de
hautes personnalités politiques et de la société
civile d'Afrique et d'ailleurs. C'est avec Mme la ministre
déléguée à la Coopération,
au Développement et à la Francophonie, Mme Brigitte
GIRARDIN, qu'il déjeunera au ministère des Affaires
étrangères (37, Quai d'Orsay – 750057 Paris),
après la signature du "Document cadre de Partenariat»
(CDP) entre Mme la ministre et M. Jean-Baptiste COMPAORE,
ministre des Finances et du Budget. Le DCP porte sur un financement
de 302,4 millions d'Euros et fixe les orientations de la coopération
entre les deux pays pour les 5 prochaines années. En
saluant les efforts de rationalisation de ses efforts et la
qualité de la bonne gouvernance du pays, Mme GIRADIN
dira que le DCP est la preuve "d'une confiance renouvelée…(et
la) volonté commune de renforcer la cohérence
de nos actions, et d'en assurer une meilleure visibilité".
Il s'appuie sur deux exigences nouvelles : concentration et
prévisibilité. Concentration dans le choix des
secteurs prioritaires : l'éducation de base, les infrastructures
et enfin l'eau et l'assainissement. Prévisibilité
en s'appuyant sur des projets concrets avec des objectifs
bien identifiés pour la période 2006-2010.
Mme GIRARDIN n'a pas manqué de saluer la vitalité
de la coopération décentralisée entre
le Burkina Faso et la France et l'engagement personnel du
président COMPAORE auprès des acteurs de cette
coopération qui est "un complément indispensable
aux efforts conduits par les Etats et les organisations internationales…»
(lire : la France avocate de l’Afrique p. 12). En réponse,
Blaise COMPAORE a lui aussi salué la qualité
des relations entre les deux pays tant au niveau bilatéral
que sur celui des rapports «profondément humains»
entre les deux peuples. Pour ce qui est du DCP, il dira qu'il
«va permettre d'améliorer les retombées
de la coopération bilatérale en contribuant
directement à la réalisation des objectifs du
CSLP». Il a eu des mots aimables à l'endroit
de Mme la ministre dont il s'est dit témoin des efforts
qu'elle ne cesse «de déployer personnellement
pour la cause de l'Afrique et pour (son) pays le Burkina Faso
auquel (elle est) particulièrement attachée».
Dans l'après-midi, Blaise COMPAORE aura des entretiens
tour à tour avec le Premier ministre Dominique De VILLEPIN
et le président de la République Jacques CHIRAC
(voir notre édition dernière). Le programme
de la journée s'achèvera par une rencontre avec
le groupe des ambassadeurs Africains à l'Ambassade
du Burkina Faso et un dîner donné à l’hôtel
Bristol par l’Association d’Amitié France Burkina Faso
en l’honneur du président du Faso.
Au total une trentaine d'Ambassadeurs (quasiment tous ceux
du continent résidant à Paris) ont fait le déplacement
pour l’entretien qui a été très riche.
Introduit par le célèbre M. Henry LOPEZ, Ambassadeur
du Congo, doyen des Ambassadeurs africains, qui a salué
les performances du Burkina Faso en matière de développement
et de rayonnement dans le monde, le débat a été
ouvert (autant que cela est possible entre diplomates) et
convivial.
Difficile de défendre l’Afrique
Dans son mot introductif, le président COMPAORE a félicité
les ambassadeurs pour le travail qu'ils font en France pour
le continent car dira-t-il en substance, pour défendre
l'Afrique dans le contexte actuel, il faut beaucoup d'arguments,
de moyens et de capacité à appréhender
certaines situations pour ne pas dire d'avaler des couleuvres.
Il affirmera que si la France est une terre d'accueil et s'il
est indéniable que les Français aiment l'Afrique,
il y a quelques fois des comportements et des appréciations
qui déçoivent et qu'on devrait savoir relativiser.
Abordant la principale question d'actualité, celle
de l'immigration «choisie», Blaise COMPAORE soutiendra
que la France a toujours choisi ses immigrés, notamment
par le jeu des visas. L'utilisation de la sémantique
«immigration choisie» cherche simplement à
nous brutaliser, à nous choquer et nous devrons savoir
et pouvoir nous élever au-dessus pour analyser, comprendre
et trouver les solutions à l'iniquité des relations
internationales actuelles qui tendent à créer
deux mondes : un monde de prospérité, une sorte
de paradis, et un monde de pauvreté, un enfer qui ne
dit pas son nom. L'Afrique peut briser les chaînes de
cette fatalité si elle s'engage à promouvoir
la paix et à relever le niveau culturel des populations
par une valorisation du capital humain. Cela pourrait se faire
à travers des écoles régionales. Le cas
de l'université de Ouagadougou qui compte 25 nationalités
est la preuve de la possibilité d'agir dans ce sens
au lieu de continuer à nous éparpiller. Il dira
qu'il est question d'intégration à longueur
de réunions mais que pour que cette intégration
soit utile, il faudrait que les chefs d'Etat se réunissent
sur des problèmes concrets des Africains. C'est dans
ce sens qu'il a proposé au sommet de Syrte que les
rencontres des chefs d'Etat accouchent chaque fois de propositions
de solutions concrètes sur des préoccupations
quotidiennes des populations… Terminant son propos, le président
du Faso a proposé aux Ambassadeurs africains de travailler
davantage dans le sens de la coopération décentralisée
en oeuvrant à jumeler des villes africaines à
celles de France et d'autres pays développés.
L'Afrique a pris beaucoup de retard mais nous sommes une génération
de responsabilité et de devoir et nous devons nous
assumer conclura-t-il en substance en souhaitant plein succès
aux uns et aux autres dans leurs missions. A la fin des échanges
qui ont suivi ces propos qui ont semblés intéresser
fortement l'assistance, Henry LOPEZ remerciera «sincèrement»
le président du Faso et le félicitera "d'avoir
fait de ce pays, le Burkina Faso, qui n'a pas de pétrole
et qui n'a aucune richesse naturelle, un pays dont le destin
dépasse les limites de ce pays…" ; sans commentaire
!
L’Aveyron enthousiaste
La troisième phase du voyage présidentiel s’est
déroulée dans l’Aveyron. Accueilli à
l’aéroport de Rodez-Marcillac par Mme Chantal JOURDAN,
préfète de l’Aveyron et M. Jacques GODFRAIN,
ancien ministre et député-maire de Millau aux
environs de 10H, la délégation, se retrouvera
quelques instants plus tard à l’hôtel de ville
de Millau pour une rencontre-buffet. Aux personnalités
présentes à l’aéroport s’adjoindront
le président du Conseil général de l’Aveyron
M. Jean PUECH et des représentants d’associations locales
oeuvrant dans la coopération décentralisée.
Un fait notable des Burkinabè résidant dans
la région ont effectué le déplacement
pour saluer le président du Faso. Dans son mot de bienvenue,
M. Jacques GODFRAIN a remercié le président
COMPAORE qui, en effectuant cette visite, concrétisait
une promesse à lui faite. Il lui dira qu’il est un
espoir pour l’Afrique pour sa vision des relations internationales,
son engagement pour la démocratie et ses efforts pour
assurer le bien-être de son peuple. La présence
de Mme COMPAORE lui inspirera quelques mots sur le thème
de la famille chère aux Africains et dont l’Europe
devrait s’inspirer. En réponse Blaise COMPAORE rendra
hommage au peuple de Millau, lui exprimant toute sa reconnaissance
pour ce qu’il fait pour l’Afrique. (lire : «Il y a 30
ans…).
En effet, de nombreuses associations y travaillent effectivement
pour le continent, ce que les multiples témoignages
de ces acteurs confirmeront au cours des échanges qui
suivront. Le président COMPAORE dira être venu
encourager tous ces acteurs et saluer un ami, Jacques GODFRAIN.
Il s’est dit convaincu que les échanges vont permettre
de savoir comment mieux agir, dans quel domaine accélérer
et mieux appréhender les aspirations de chacune des
parties. Jacques GODFRAIN sera fait Chevalier de l’Ordre national,
une décoration qui vient s’ajouter à une autre,
celle de chef d’un village de Manga qu’il a obtenu il y a
des années déjà. En retour, Blaise COMPAORE
a été fait citoyen d’honneur de la ville de
Millau.
Comme il fallait s’y attendre le maire de Millau a amené
son hôte visiter le joyau architectural qu’est le via
duc de Millau le pont le plus haut du monde. Pour impressionnant,
l’ouvrage l’est et témoigne de l’avis du président
COMPAORE du génie du peuple français. Dans le
même sens il a fait un tour au Camp militaire du Larzac
(CEITO) où il y a quelques années il a suivi
un stage dont il garde des souvenirs. Il laissera dans le
livre d’or du CEITO ces mots qui disent tout : «Avec
mes souvenirs impérissables sur cette terre généreuse
qui a été déterminante sur mon choix
de la carrière militaire. Hommage appuyé aux
Armées de France». Il faut dire que les militaires
n’ont rien laissé au hasard : haie d’honneur, hymnes
nationaux des deux pays, présentation du Centre et
de ses activités. Le lieutenant-colonel MONTBELLI-VALLOIRE
chefs de corps et le marie de la cavalerie, M. Robert MURET
peuvent être fiers de leur organisation. Après
le théâtre militaire, c’est le théâtre
«Maison du peuple» en construction qui a reçu
la délégation présidentielle. Ce théâtre
qui portera le nom de l’ancien président sénégalais
Léopold Sédar SENGHOR est situé en plein
cœur de Millau. Un dîner privé offert au président
par Jacques GODFRAIN mettra fin a la visite «millaunaise».
De retour à Paris le dimanche 4 juin le président
COMPAORE a accordé de nombreuses audiences avant de
rencontrer dans l’après-midi la communauté burkinabè
en France à l’Ambassade du Burkina Faso. C’est avec
quelque curiosité que nous y avons aperçu un
personnage connu de tous, son Excellence Frédéric
GUIRMA, pour ne pas le nommer, qui est venu serrer la main
du président et échanger quelques mots avec
lui.
Fin de rideau pour les Assises sur la décentralisation
de cette année, vivement la prochaine édition.
Sur ces assises, on peut conclure avec l’ancien Ministre français
Charles JOSSELIN en disant que la décentralisation
peut être un contre-poids heureux à la globalisation
et pourrait permettre de pallier les injustices dont celle-ci
est porteuse.
Par CA
Envoyé spécial
A la maison de la
Négritude
Blaise
COMPAORE signant le livre d'or de la Maison de la Négritude
La France parle aujourd'hui de colonisation positive
et a seulement attendu cette année pour célébrer
l'abolition de l'esclavage. Qu'elle a été votre
réaction par rapport à cette situation?
Blaise COMPAORE (BC) : Je pense que l'abolition
déjà est un grand événement. Pour
nous, marquer cela par une commémoration comme celle
du 10 mai, c'est encore repositionner la France comme l'un
des pays qui œuvrent à l'édification d'un monde
toujours meilleur. Et comme j'ai déjà eu à
le dire, il n'y a aucun intérêt à traiter
ces questions, si on ne les situe pas sous l'angle d'un devoir
de mémoire. Parce que pour nous, ce n'est pas le débat
sur ce qu'a été l'esclavage ou ce que cela a
apporté à tel ou tel peuple qui est intéressant,
mais d'abord ce devoir de mémoire pour voir, par rapport
à ses méfaits historiques comment nous devons
nous comporter aujourd'hui pour ne pas retomber dans des animalités
du même ordre. C'est dire donc qu'il n'y a pas de culpabilisation
à faire à tel ou tel peuple car chaque peuple
de ce monde, à un moment donné de son histoire,
a fait du tort à d'autres peuples. Ça c'est
important à souligner. Aujourd'hui, nous devons, sur
la base de ce passé, voir quel comportement avoir,
pour rester fidèle à l'humanisme, à cette
option de paix qui doit être partagée par l'ensemble
des continents, que ce soit l'Afrique, l'Europe, l'Amérique,
etc… qui doivent unir leurs énergies pour assurer plus
de solidarité pour comprendre que nous avons une communauté
de destin incontournable.
Vous parlez de solidarité, et on sait
que la France et le Burkina ont toujours été
très liés. Récemment les lois SARKOZY
d'immigration choisie ont provoqué une certaine réaction
dans des pays, cette loi est-elle bien perçue au Burkina?
BC: Nous ne connaissons même pas le contenu
de cette loi; ce n'est que la polémique française
sur la question qui nous parvient ! Ce que je veux dire, c'est
que tous les pays organisent des lois qui régissent
la circulation des personnes et de biens dans leurs territoires.
Nous ne pouvons donc pas débattre de cela c'est un
principe intangible. Je pense que, que ce soit en France,
aux Etats-Unis, etc… toutes les lois sur des questions sensibles
comme celles de l'immigration sont discutables. Le problème,
c'est que l'Afrique a besoin d'hommes et de femmes pour se
construire. Et pour moi, ce qui importe aujourd'hui c'est
de me dire : qu'est ce que je dois faire pour que les Africains
restent chez eux ! Parce que même s'ils ne vont pas
en France, ils vont en Amérique ou ailleurs. Et depuis
que la France a durci les conditions d'études sur son
sol, je peux vous dire qu'aujourd'hui nous avons plus d'étudiants
au Canada et aux Etats-Unis qu'en France.
Mais pour moi, l'essentiel est que nous puissions créer
des conditions qui favorisent leur retour sur le continent.
Pour créer ces conditions, nous avons besoin de coopération
car nos efforts internes ne suffisent pas et dans cette coopération
je constate que la France prend une responsabilité
très grande sur le plan bilatéral, mais en étant
aussi un avocat des pays du Sud pour un commerce plus équitable,
pour un renforcement des ressources au développement,
etc. Les lois, c'est bien, mais je pense plutôt qu'il
faut chercher des réponses face aux préoccupations
qui sont posées. Car, tant que le Nord va continuer
à se développer et que le Sud continuera de
s'appauvrir, vous ne pourrez jamais, quelles que soient les
lois, empêcher les gens du Sud de venir au Nord. Vous
avez beau édicter des lois, construire des murailles…
si le Sud est un "enfer économique" ses populations
iront par tous les moyens au Nord qui serait pour elles "un
paradis économique". Je crois que si on prend
la mesure de cette réalité on prendra davantage
conscience de nos responsabilités partagées
dans les efforts à fournir pour promouvoir le développement
du continent africain. Et sur ce point, comme j'ai déjà
eu à le dire il n'y a pas de développement sans
commerce or les règles du commerce sont en faveur des
pays du Nord au détriment de ceux du Sud.
“La France avocate
de l’Afrique”
Mme Brigitte GIRARDIN, ministre déléguée
à la Coopération , au Développement et
à la Francophonie
Qu'est-ce qu'il faut pour l'Afrique aujourd'hui
? Est-ce qu'il faut d'abord des enveloppes financières
comme celles que vous venez de signer ou est-ce qu'il faut
que la France soit l'avocat de l'Afrique sur les marchés
des matières premières comme le coton ?
Mme Brigitte GIRARDIN: Disons-le, la France
est toujours un des avocats de l'Afrique dans toutes les instances
internationales, mais au niveau de notre coopération,
tout ce que nous mettons en œuvre depuis cette année,
est un nouvel instrument qui s'appelle, le document cadre
de partenariat signé avec le Burkina Faso, qui permet
d'avoir une stratégie commune des cinq ans à
venir. Ce que nous recherchons, c'est plus d'efficacité.
Une évaluation permanente de notre aide pour avoir
des résultats. Je crois qu'on arrive à un moment
où il faut que l'Afrique sorte de cet état de
pauvreté. Nous sommes impliqué et nous souhaitons
être impliqué avec les autres bailleurs de fonds.
Il y a donc un effort de coordination à faire avec
l'ensemble des partenaires financiers de l'Afrique. Nous voulons
créer cette synergie pour multiplier nos efforts avec
l'Union européenne, avec la Banque mondiale et avec
d'autres partenaires qui interviennent en Afrique. Cela avec
le souci de correspondre avec les priorités définies
par les autorités locales. Par exemple nous allons
concentrer 80% de notre aide aux trois grands secteurs qui
correspondent aux priorités du Burkina Faso : l'éducation,
les infrastructures, l'eau et l'assainissement. Et nous avons
pour chacun de ces secteurs des projets que nous allons financer
sur les cinq ans qui viennent, soit seul, soit avec d'autres
dans le souci permanent de l'efficacité. Ce qui suppose
que chaque année nous fassions une évaluation
et nous regarderons si nous avons obtenu de bons résultats.
Mais tant que le Burkina ne peut pas vendre son coton à
un juste prix, est-ce que ce n'est pas déverser de
l'eau dans le désert ?
B.G: Alors, non seulement dans la filière coton nous
menons des projets, mais également nous menons des
actions au niveau international dans le cadre de l'OMC, comme
l'a dit le président. C'est vrai qu'il est inadmissible
qu'il y ait des subventions à l'exportation et des
subventions dans certains produits qui font que l'Afrique
est pénalisée. Nous luttons au niveau de la
France et au niveau de l'Europe pour que les subventions cessent
et que les Africains puissent avoir des débouchés
pour leur coton et surtout pour une juste rénumération
pour leur production.
La CFDT va-t-elle continuer à travailler
comme elle le fait dans le Sahel ?
B.G: Nous essayons de moderniser les infrastructures
de la filière coton et nous le faisons évidemment
de façon très forte au Burkina Faso. Evidemment
c'est un secteur qui entre dans notre coopération au
vu de l'importance qu'il a pour le Burkina Faso.
“Il y a 30 ans…”
M. le président, qu’est-ce qui vous a
conduit à Millau ?
Blaise COMPAORE (BC) : Il s’agit d’abord d’une
visite de travail avec deux volets : volet coopération
institutionnelle avec le gouvernement français et le
volet coopération décentralisée. Dans
le cadre du premier volet nous avons eu hier la signature
d’un document cadre de partenariat entre la France et le Burkina
Faso, qui donne une forme beaucoup plus intéressante
a la manière dont nous allons conduire ensemble notre
coopération. Il s’agit de dégager une vision
commune pour nos actions futures. Ce cadre détermine
aussi le rôle des acteurs en incluant la coopération
décentralisée, celle aussi des ONG et autres.
J’ai tenu comme depuis 2 ou 3 ans je le fais, à aller
en province pour prendre contact avec les amis, les associations,
les municipalités qui s’investissent au Burkina Faso
pour permettre qu’entre les deux peuples, au-delà de
la coopération institutionnelle, il y ait une rencontre
directe, un partenariat qui s’organise qui se construit sur
la base des préoccupations de nos populations. C’est
une façon aussi pour nous de renforcer la connaissance
entre nos deux pays, car cette connaissance peut aider davantage
la coopération bilatérale.
Il y a un certain nombre d’associations de Millau
qui interviennent au Burkina Faso, comment avez-vous perçu
leurs témoignages ?
BC : En écoutant déjà les
uns et les autres, on se rend compte que des actions se mènent
au Burkina directement de population à population sans
passer par l’institutionnel. Donc je crois que le monde a
besoin de cela et nous ne pouvons que saluer ce genre de contact.
Je pense que c’est aussi une école pour la coopération
internationale. C’est intéressant de voir à
ce niveau comment les contacts se font et les échanges
s’organisent sur la base de préoccupations concrètes.
Les gens s’investissent, ce ne sont pas des schémas,
des programmes élaborés dans des bureaux, mais
c’est directement au contact des réalités qu’on
s’organise, qu’on agit et notre plaisir aujourd’hui c’est
d’avoir pu noter l’éventail des actions qui se mènent
sur le terrain. Il y a encore d’autres espaces où cette
solidarité peut agir car l’essentiel c’est qu’au-delà
du bureau on puisse aller vers des domaines concrets pour
s’investir.
Est-ce que vous connaissiez déjà
Millau?
BC : Oui.
Vous y êtes venu quand ?
BC : Il y a 30 ans, parce que j’étais
en service militaire à Montpellier et c’est donc de
Montpellier que nous faisions des manœuvres militaires dans
la région. C’est donc à cette occasion que j’ai
connu Millau.
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