L'opinion N°455
du 28 /06 au 04/07 2006

Actualité

Conseillers municipaux


Quelle cohabitation ?e

Pour les cinq ans à venir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) ne sera pas seul dans la gestion des conseils municipaux. En effet, les dernières élections municipales ont permis l’entrée dans les conseils de conseillers de divers partis politiques. Ainsi, à Ouagadougou par exemple, aux côtés des 129 du CDP, 34 conseillers issus de 9 partis politiques sont dans le conseil. C'est dire que d'une manière ou d'une autre le CDP pour la bonne gouvernance locale est obligé de composer avec ces derniers.

Le maire Simon COMPAORE

Si les mandats écoulés le CDP a géré les communes pratiquement en «roue libre» comme on dit en cyclisme, le présent mandat commande que les habitudes changent et ce n’est pas le maire de Ouagadougou qui dira le contraire. A son installation officielle, Simon COMPAORE a effectivement bien donné le ton aux autres en appelant à ce que les différences soient une richesse au profit de la commune. A l'endroit de tous les conseillers, l’ancien et nouveau bourgmestre dira : "Il nous revient alors chers collègues conseillers de respecter scrupuleusement la volonté exprimée par nos mandants. C'est dire considérer nos différences comme une richesse et non comme un facteur butant. Par conséquent, je nourris le vœu que notre pluralisme politique soit un terreau d'échanges féconds, générateur d'initiatives et de projets pertinents au bénéfice des populations de notre ville. Qu'au delà de nos options … tout conseiller n'ait à l'esprit que l'intérêt supérieur de notre chère commune, Ouagadougou !" Voilà qui est bien dit. Venant du «mogho puissant» de Ouagadougou, imbu des questions de la gestion communale, il faut dire que ces propos ne devraient pas tomber dans oreille de sourd. Ils devraient guider l’action de chaque conseiller qui est appelé à transcender les clivages politiques et intérêts partisans pour n’œuvrer que pour le bien-être des citoyens qui ont placé en lui leur confiance. Certes les conseillers de l'opposition, sont dans la plupart des cas, minoritaires mais cela ne doit pas les empêcher de jouer leur partition à chaque session. D’ailleurs, la question du nombre impose à ceux-ci d’être «dégourdis», plus incisifs dans les débats et de faire des propositions concrètes qui ne peuvent souffrir de contestation ou de rejet de la part de la majorité communale. Quand on sait que la vérité ou le salut peut souvent venir de la minorité, les conseillers de l’opposition communale feraient bien de ne pas se murer derrière leurs options politiques et évoluer comme un cheveu dans la soupe communale ; leur participation et non compromission est attendue. Minoritaires, ils doivent donc faire la différence en s'engageant pleinement pour les causes de leurs communes.
Quant aux conseillers du CDP, ce n'est pas parce qu'on a une "majorité confortable", comme l'a dit Simon COMPAORE, qu'on doit faire fi des points de vue des conseillers de l'opposition en installant une "démocratie dictatoriale locale" par des décisions unilatérales. Une fois dans le même conseil municipal, chaque conseiller devra œuvrer pour le même objectif qui est le développement et le bien-être des populations de la commune. Avec donc une "majorité confortable", le CDP gagnerait à écouter et prendre en compte les suggestions, critiques et autres propositions des conseillers de l'opposition. Si la démocratie participative qui sous-tend les sessions des conseils municipaux est vidée de son essence par la majorité confortable, les conseillers de l'opposition devront le faire savoir à l'opinion publique.
Il est admis que c'est dans les débats contradictoires que jaillit la vérité, la lumière. Les conseillers CDP doivent donc être perméables aux critiques et accepter la contradiction. C'est la seule voie pour des sessions constructives au profit des communes. La cohabitation entre la "majorité confortable" et la "minorité inconfortable" doit donc être empreinte d'engagement, de respect mutuel pour l'intérêt supérieur des communes urbaines et rurales de notre pays. A l'image de la langue et des dents, à la cohabitation souvent difficile, les différents conseillers sont obligés d'être ensemble. Ce qui est valable pour Ouagadougou l’est aussi pour toutes les autres communes dans certaines desquelles le CDP se trouve plutôt dans l’autre camp, c’est-à-dire celui de la minorité. Ainsi donc, au plan local, plus que toute autre considération, c’est la transformation qualitative du cadre et du vécu quotidien des populations qui importe. Alors conseillers, comme on le dirait en d’autres temps, même combat même détermination.o
Par Ben Alex Béogo

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