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Pour des valeurs de
partage
Parmi la centaine d’acteurs de la
coopération décentralisée, qui ont pris
part aux travaux des 4è Assises éponymes de
Belfort le 30 mai dernier, la Française Isabelle VUILLET
de l’Association Baobab et le Burkinabè Moussa SAWADOGO
de la l’Association nationale d’intégration des jeunes
artisans se sont faits remarquer par la pertinence de leurs
questions et de leurs interventions. Nous leur avons tendu
notre micro pour connaître davantage leurs structures,
leurs activités et leurs perspectives.
De
G à DIsabelle VUILLET et Moussa SAWADGO (ph. C.A.)
Moussa SAWADOGO : Je suis
Moussa SAWADOGO, jeune artisan du Burkina Faso. J’ai créé
en 1998 une association dénommée Association
nationale pour l’intégration des jeunes artisans, qui
est basée à Ouagadougou (ANAIJA).
Nous travaillons en collaboration avec l’Association BAOBAB
qui rayonne depuis plus de six ans au Burkina sur des valeurs
de partage, d’amour et de service de la nation. Isabelle VUILLLET
qui en est la promotrice a même adopté deux gamins
au Burkina.
C’est une association qui fait beaucoup pour le Burkina. Sur
le terrain, l’association a déjà réalisé
trois forages grâce à l’Union des œuvres françaises
et à l’appui de l’Armée burkinabè qui
a fait le déplacement pour la réalisation de
ces trois forages.
Cette association a aussi des réalisations dans le
domaine de la santé et de la scolarisation. Dans le
cadre de la scolarisation, elle a mis en place le parrainage
scolaire pour permettre aux enfants d’aller à l’école.
Chaque année, elle apporte des médicaments.
Le chef du village lui a attribué un terrain sur lequel
elle a construit un «village africain» pour permettre
à ses membres qui viennent à Ouagadougou d’être
logés.
Isabelle
VUILLET et Moussa SAWADOGO échangeant avec le président
du Faso auquel ils ont remis des déplians relatifs
à leurs activités
Qu’est-ce que vous faites présentement
en France ?
MS : Disons d’abord que je me suis battu pour arriver
en France. Il m’a fallu le soutien de certaines autorités
françaises pour pouvoir venir. J’ai même dû
bénéficier de l’intervention du président
Jacques CHIRAC (j’ai les courriers qui attestent cela, si
vous voulez les voir). Ces personnes sont intervenues au niveau
de l’ambassade de France au Burkina pour que je puisse obtenir
le visa.
Je suis en France dans le cadre de la quinzaine commerciale
à laquelle j’ai été invité par
«Artisans du monde/Lyon». J’ai donc eu à
échanger durant ces deux semaines avec les consommateurs
et à faire la promotion de nos articles pour que nos
artisans puissent vivre décemment du fruit de leur
labeur. S’ils vivent dans de bonnes conditions, ils ne prendront
pas le chemin de l’exil. Je suis aussi là dans le cadre
de la recherche de partenaires capables de nous aider à
commercialiser nos produits de façon équitable
et créer les conditions pour que nous puissions rester
chez nous.
Deux mots, sur votre identité
?
Isabelle VUILLET : Je suis Isabelle VUILLET, j’ai
l’amour de votre pays depuis que je suis en terminale et cela
fait donc vingt ans maintenant. J’ai tellement l’amour de
votre pays que j’ai voulu avec mon mari adopter des enfants
de votre pays. Dans ce sens j’ai eu deux enfants merveilleux.
Pour remercier votre pays, j’ai voulu faire du développement
durable pour soutenir tous les enfants qui sont encore là-bas.
C’est pour moi donc une façon de faire quelque chose
pour eux.
Parlez-nous du Groupe BAOBAB ?
I.G : J’ai eu la chance d’avoir un mari merveilleux,
plus une bonne santé, des enfants merveilleux, la foi.
J’ai donc décidé de rendre quelque chose aux
autres pour qu’ils puissent s’enrichir comme moi-même
je me suis enrichie des autres. Donc en 2000, on m’a proposé
d’être présidente d’une conférence de
la société de St Vincent de Paul pour soutenir
les démunis en Franche-Comté plus exactement
dans un village qui s’appelle d’Orchamps à 13km de
Dole. J’ai eu envie d’étendre un peu plus loin cette
action parce que la société de St Vincent de
Paul œuvre par rapport aux valeurs d’amour, de partage et
de service pour améliorer la dignité humaine
tant au niveau des autochtones qu’au niveau de la solidarité
internationale.
Je me suis dite que comme j’aime le Burkina Faso et je vais
m’orienter vers ce pays pour essayer de faire quelque chose,
si j’arrive à trouver des autochtones qui ont envie
de faire du développement avec des Français.
Nous avons eu une chance merveilleuse de croiser Olivier SAWADOGO,
Blaise ZABRE, Sabane OUEDRAOGO qui constituaient l’équipe
d’instituteurs de l’école de Goudrin à 70 km
au Nord-Est de Ouagadougou. Depuis 6 ans, petit à petit,
avec les moyens que nous avons, nous essayons de mettre en
place des projets de développement durable, qui soient
tous en autonomie totale.
C’est-à-dire que chaque fois que nous mettons quelque
chose en place avec nos amis autochtones, nous regardons si
le projet peut vivre si nous partons. Par exemple, on a voulu
mettre en place une coopérative scolaire, parce que
nous avions appris que malheureusement les enfants n’avaient
pas de repas et n’avaient pas d’argent pour en acheter. Or
la condition sine qua non pour que les parents mettent leurs
enfants à l’école, était qu’ils aient
le repas de midi assuré. Le directeur et les instituteurs
donnaient une partie de leur salaire pour entretenir un petit
jardin potager pour que les enfants puissent avoir à
manger.
Cela m’a touché au cœur et lorsque nous sommes partis
en 2002 avec un groupe de deux jeunes, ils ont tous été
touchés par cette attitude des enseignants pour que
les enfants puissent avoir à manger. Nous avons donc
décidé de mettre quelque chose en place pour
améliorer la dignité humaine.
On n’avait pas grand-chose, nous n’avions que 100 Euros. Cet
argent avait servi à acheter du matériel scolaire,
du riz, du mil et de l’huile. Fait étrange, quelques
jours après, ils sont revenus et ils nous ont rendu
20 Euros. J’ai vu l’honnêteté, l’intégrité
de ces personnes. Je leur ai dit qu’ils ne pouvaient pas nous
rendre la monnaie ; mais ils ont dit qu’ils n’avaient besoin
que de 80 Euros pour l’achat de ce dont ils avaient besoin
et qu’ils rendaient les 20 Euros pour qu’ils servent à
quelqu’un d’autre. Nous avons tous été très
émue et touchés et nous leur avons proposé
d’utiliser cet argent pour acheter des manguiers qui allaient
être plantés devant l’école pour que dans
quelques années, les enfants puissent avoir des vitamines
grâce à ces mangues.
Ils étaient surpris parce que personne n’avait fait
cela auparavant.
Les gamins ont été fous d’enthousiasme pour
ce projet. Tous les matins et tous les soirs ils arrivaient
avec des seaux pour mettre de l’eau au pied des manguiers.
Les arbres ont poussé et c’est véritablement
extraordinaire. Le chef du village de Goudrin a vu que nous
aimions les enfants et lorsque nous sommes venus l’année
suivante, il nous a dit que vous avez fait quelque chose pour
les enfants de notre pays et eh bien je vais partager avec
vous la terre de ses ancêtres, combien d’hectares voulez-vous
? C’est la question qu’il nous a posée ! J’ai dit que
c’était trop d’honneur et il a insisté. Alors
j’ai dit que nous avons besoin juste d’un petit morceau de
terrain pour faire un petit jardin quand on reviendra les
autres années si vous êtes toujours d’accord
de nous accueillir. Il a dit non, parce qu’il voulait nous
offrir des hectares. Il a tellement insisté que j’ai
décidé que, comme nous étions 5 personnes
venues de France, nous accepterions cinq hectares. Il dit
que ce n’est pas assez et qu’il fallait donner un chiffre
plus grand. Enfin de compte, il nous a attibué 12 hectares.
Donc aujourd’hui, l’association BAOBAB est propriétaire
avec tous les actes officiels de 12 hectares à Goudrin,
très bien préservés avec des singes et
autres… J’ai dit au chef, M. SAWADOGO, qui n’est malheureusement
plus de ce monde depuis mars dernier, que tout au long de
ma vie je m’engage à faire du développement
durable avec le village du Goudrin. Comme le problème
du village c’était que les enfants restent dans ce
village, je ferais tout avec vous pour développer des
activités nouvelles afin qu’ils y restent. Nous avons
donc réussi à collecter des fonds en Europe
pour pouvoir acheter des manguiers et planter 100 manguiers
pour faire un verger du Burkina Faso, on a aussi implanté
trois puits de forage et réparé deux autres
puits grâce à l’Armée du Burkina et là
je tiens à remercier le président du Faso qui
est intervenu personnellement en notre faveur auprès
de l’Armée. Nous avions pris conseil auprès
d’une société privée qui nous indique
qu’un puits de forage coûtait 65 000 FF (NDLR 6 500
000 FCFA). Mais nous on n’avait pas d’argent pour faire cela.
Les responsables de l’Armée ont eu la gentillesse,
au niveau du génie militaire de faire un gros geste
en diminuant le prix. Ainsi, ils nous ont fait le puits de
forage à 35 000 FF (NDLR 3 500 000 FCFA).
Nous avons donc réalisé trois puits de forage.
Vous voyez là les photos des villageois de Goudrin
quand les premières gouttes sont sorties (NDLR : elle
nous montre les photos). C’était la joie. Cela nous
a convaincue que l’on pouvait faire du développement,
que c’était possible de dire non à la fatalité
et à la famine et de relever les manches pour construirs
une terre meilleure pour les enfants du pays et les amener
à rester sur place.
Quels sont vos projets immédiats
?
I.G : L’année dernière, on a mis en
place une banque de céréales. Il y avait un
problème : la famine et comme ce sont les populations
autochtones qui définissent les projets et les actions,
elles ont proposé cette banque. Nous ne sommes pas
à l’initiative des projets.
Pour cette année, on va voir si la banque de céréales
fonctionne bien. Nous voulons continuer les différents
programmes de développement durable que nous avons
mis en place depuis 2003. Nous allons aussi continuer la formation
de pépiniéristes et étendre le verger
des manguiers. Nous allons mettre en place une formation agricole
et l’achat de charrettes pour limiter le travail des hommes
et des femmes… Nous sommes en train de former un responsable
pour le parrainage scolaire afin de faciliter cela, nous avons
trouvé cinquante parrains en France…
Nous devons construire une cuisine scolaire en dur parce que
chaque fois elle tombe. Nous voulons aussi construire une
chapelle à la demande des villageois ; achever le village
africain que nous ont gentiment construit les Peuls et les
Mossi ; former un agent de santé villageois, et quelque
chose qui est extraordinaire cette année, c’est collecter
des fonds pour mettre en place des micro-crédits des
femmes.o
Propos recueillis par Cheick AHMED
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