L'opinion N°455
du 28 /06 au 04/07 2006

Editorial

L’ONU comme l’Etat burkinabè


Mais maintenant que leur "recours suprême" leur a indiqué la voie, espérons que les initiateurs de cette procédure accepteront le sacrifice de se soumettre à la majorité en adhérant eux aussi à la quête de réconciliation nationale du peuple burkinabè. Il ne s'agit pas de gagner pour soi ou de vaincre autrui, il ne s'agit pas non plus de faire la preuve de son inflexibilité ou de réduire qui que ce soit mais d'aller au-delà de sa propre personne pour accepter l'appel de la multitude de "moi" qui constitue la Nation. L'exercice n'est certes pas à la portée de tous mais il n'est pas aussi rébarbatif que cela. Il s'agit juste de faire un peu de place au meilleur que nous avons en nous-mêmes ; le reste se fera out seul. Mais il faudra toujours un premier pas à faire ; et c'est celui qui coûte le plus.

Ainsi donc, le pavé jeté dans la mare par Me Stanislas Bénéwendé SANKARA en s'appuyant sur certaines considérations des travaux du Comité des Droits de l'Homme des Nations unies relativement à ce qui est communément et abusivement appelé "Affaire Thomas SANKARA", aura fait long feu. En effet, en droite ligne de la décision prise par ledit Comité en sa 86e session et que Me SANKARA a tronqué pour les besoins de sa cause, la Justice burkinabè par l'intermédiaire du Procureur du Faso a tranché en optant de s'en tenir à ses recommandations qui en l'occurrence exhortent l'Etat burkinabè à "assurer un recours utile et effectif à Mme SANKARA et ses fils consistant notamment en une reconnaissance officielle du lieu de sépulture de Thomas SANKARA, et une indemnisation pour l'angoisse que la famille a subie…". Point n'est donc besoin, comme le souhaitent Me SANKARA et ses petits copains, de dénoncer quoi que ce soit à qui que ce soit. C'est donc en bonne logique que le procureur du Faso lui répondant le 21 juin dernier (lire la correspondance dans notre rubrique (Sur le vif) lui dira qu'il ne lui semble donc "plus opportun de donner suite utile à votre requête par la dénonciation de l'affaire sus-citée auprès de Monsieur le ministre de la Défense".
Voilà qui vient apporter une réponse claire aux interrogations de nombre d'observateurs, rassurer les Nations unies sur les intentions des autorités burkinabè et leur disposition à respecter leurs engagements vis-à-vis de la Communauté internationale et monter la constance et l'esprit de suite du peuple burkinabè qui assume son histoire et toute son histoire en toute responsabilité. Il faut dire que ce dossier, plus qu'une simple affaire opposant des intérêts personnels divergents, appartient à tout le peuple dans son ensemble, non seulement du fait de la personnalité de Thomas SANKARA au moment des faits, mais aussi et surtout du fait que le 15 octobre 1987 a entraîné de profonds changements d'ordre socio-politique au nombre desquels l'avènement de la IVe République et du processus de réconciliation nationale en cours depuis lors.
Voilà pourquoi, quelque part, on s'est étonné que le Comité des Droits de l'Homme des Nations unies ait voulu s'immiscer dans cette affaire éminemment politique et de politique intérieure et pourquoi ces travaux donnent l'impression d'un jugement à la Salomon qui consisterait à donner raison à toutes les parties à la fois en tentant de couper la poire en deux, c'est-à-dire "de s'engager sans s'engager". Une attitude politicarde aux antipodes du Droit dont les conséquences pourraient être désastreuses parce que constituant un précédent dangereux pour toute l’humanité. Si on n'y prend garde, au lieu de donner des pistes de solutions, les décisions du Comité pourraient plutôt être des sources de polémiques à l'infini comme certains tentent veinement de faire. Fort heureusement le Burkina Faso échappe à cette perspective pour avoir mis en œuvre depuis des années un processus de réconciliation nationale auquel ont adhéré la majeure partie des familles ayant enregistré des victimes du fait des violences en politique. Cette action porte des résultats concrets dont d'autres peuples s'inspirent et c'est certainement pour saluer sa pertinence que le Comité des Droits de l'homme des Nations unies a expressément demandé de l'étendre aux ayants droit de Thomas SANKARA. C'est le lieu de dire que jamais la porte ne leur a été fermée et qu'ils se sont exclus d'eux-mêmes pour privilégier la voie judiciaire ou plutôt celle de l’action politique, puisque l’objectif inavoué de tout ce qui est entrepris dans le dossier est une condamnation personnelle du président COMPAORE avec naturellement les conséquences politiques qui vont avec. En d’autres termes il s’agit ni plus, ni moins, de parvenir à la chute du régime, donc d’un coup d’Etat en bonne et dû forme, sans tirer le moindre coup de feu ! On comprend alors que les observateurs avisés se demandent ce que diantre le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU va chercher dans une telle galère.
Mais maintenant que leur "recours suprême" leur a indiqué la voie, espérons que les initiateurs de cette procédure accepteront le sacrifice de se soumettre à la majorité en adhérant eux aussi à la quête de réconciliation nationale du peuple burkinabè. Il ne s'agit pas de gagner pour soi ou de vaincre autrui, il ne s'agit pas non plus de faire la preuve de son inflexibilité ou de réduire qui que ce soit mais d'aller au-delà de sa propre personne pour accepter l'appel de la multitude de "moi" qui constitue la Nation. L'exercice n'est certes pas à la portée de tous mais il n'est pas aussi rébarbatif que cela. Il s'agit juste de faire un peu de place au meilleur que nous avons en nous-mêmes ; le reste se fera out seul. Mais il faudra toujours un premier pas à faire ; et c'est celui qui coûte le plus.
En effet, c'est lui qui déclenchera à la fois le processus d'introspection véritable et le concert de réprobations de tous ceux qui s'y opposent à tort ou à raison, de bonne foi comme par purs calculs à commencer par ceux qui ont bâti une bonne partie de leur plan de carrière sur la persistance dans le refus. En fait il s'agit de savoir s'il est préférable de se sacrifier pour ces dames et messieurs forts intéressés ou s'il faut aller à la rencontre des aspirations de la majorité des Burkinabè et du Comité des Droits de l'Homme des Nations unies.
Cela dit, et pour revenir aux suites à donner à cette affaire, il convient de relever que nulle part, le Comité des Droit de l'Homme n'indique le recours à la voie contentieuse. Bien au contraire, il indique clairement les actes à poser pour "assurer un recours utile et effectif à Madame SANKARA et ses fils". A tout le moins, Me Stanislas B. SANKARA fait donc une interprétation abusive des décisions du Comité alors que celles-ci sont explicites et n'autorisent aucune interprétation. Il faut s'en tenir aux faits pour éviter une polémique stérile dont la conséquence serait d'enlever tout crédit à l'action entreprise depuis des années par veuve SANKARA et ses fils. Sa double casquette d'avocat et d'homme politique, de surcroît "sankariste", devrait l'inciter à les conseiller utilement au lieu d’une éternelle fuite en avant. Assurément ce qui était communément appelé «Affaire Thomas SANKARA» est inexorablement en train de prendre ses dimensions réelles, celle de Dame SANKARA et autres contre "X".

Par Cheick AHMED

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