|
Mais maintenant que leur "recours suprême"
leur a indiqué la voie, espérons que les initiateurs
de cette procédure accepteront le sacrifice de se soumettre
à la majorité en adhérant eux aussi à
la quête de réconciliation nationale du peuple
burkinabè. Il ne s'agit pas de gagner pour soi ou de
vaincre autrui, il ne s'agit pas non plus de faire la preuve
de son inflexibilité ou de réduire qui que ce
soit mais d'aller au-delà de sa propre personne pour
accepter l'appel de la multitude de "moi" qui constitue
la Nation. L'exercice n'est certes pas à la portée
de tous mais il n'est pas aussi rébarbatif que cela.
Il s'agit juste de faire un peu de place au meilleur que nous
avons en nous-mêmes ; le reste se fera out seul. Mais
il faudra toujours un premier pas à faire ; et c'est
celui qui coûte le plus.
Ainsi donc, le pavé jeté dans
la mare par Me Stanislas Bénéwendé SANKARA
en s'appuyant sur certaines considérations des travaux
du Comité des Droits de l'Homme des Nations unies relativement
à ce qui est communément et abusivement appelé
"Affaire Thomas SANKARA", aura fait long feu. En
effet, en droite ligne de la décision prise par ledit
Comité en sa 86e session et que Me SANKARA a tronqué
pour les besoins de sa cause, la Justice burkinabè
par l'intermédiaire du Procureur du Faso a tranché
en optant de s'en tenir à ses recommandations qui en
l'occurrence exhortent l'Etat burkinabè à "assurer
un recours utile et effectif à Mme SANKARA et ses fils
consistant notamment en une reconnaissance officielle du lieu
de sépulture de Thomas SANKARA, et une indemnisation
pour l'angoisse que la famille a subie…". Point n'est
donc besoin, comme le souhaitent Me SANKARA et ses petits
copains, de dénoncer quoi que ce soit à qui
que ce soit. C'est donc en bonne logique que le procureur
du Faso lui répondant le 21 juin dernier (lire la correspondance
dans notre rubrique (Sur le vif) lui dira qu'il ne lui semble
donc "plus opportun de donner suite utile à votre
requête par la dénonciation de l'affaire sus-citée
auprès de Monsieur le ministre de la Défense".
Voilà qui vient apporter une réponse claire
aux interrogations de nombre d'observateurs, rassurer les
Nations unies sur les intentions des autorités burkinabè
et leur disposition à respecter leurs engagements vis-à-vis
de la Communauté internationale et monter la constance
et l'esprit de suite du peuple burkinabè qui assume
son histoire et toute son histoire en toute responsabilité.
Il faut dire que ce dossier, plus qu'une simple affaire opposant
des intérêts personnels divergents, appartient
à tout le peuple dans son ensemble, non seulement du
fait de la personnalité de Thomas SANKARA au moment
des faits, mais aussi et surtout du fait que le 15 octobre
1987 a entraîné de profonds changements d'ordre
socio-politique au nombre desquels l'avènement de la
IVe République et du processus de réconciliation
nationale en cours depuis lors.
Voilà pourquoi, quelque part, on s'est étonné
que le Comité des Droits de l'Homme des Nations unies
ait voulu s'immiscer dans cette affaire éminemment
politique et de politique intérieure et pourquoi ces
travaux donnent l'impression d'un jugement à la Salomon
qui consisterait à donner raison à toutes les
parties à la fois en tentant de couper la poire en
deux, c'est-à-dire "de s'engager sans s'engager".
Une attitude politicarde aux antipodes du Droit dont les conséquences
pourraient être désastreuses parce que constituant
un précédent dangereux pour toute l’humanité.
Si on n'y prend garde, au lieu de donner des pistes de solutions,
les décisions du Comité pourraient plutôt
être des sources de polémiques à l'infini
comme certains tentent veinement de faire. Fort heureusement
le Burkina Faso échappe à cette perspective
pour avoir mis en œuvre depuis des années un processus
de réconciliation nationale auquel ont adhéré
la majeure partie des familles ayant enregistré des
victimes du fait des violences en politique. Cette action
porte des résultats concrets dont d'autres peuples
s'inspirent et c'est certainement pour saluer sa pertinence
que le Comité des Droits de l'homme des Nations unies
a expressément demandé de l'étendre aux
ayants droit de Thomas SANKARA. C'est le lieu de dire que
jamais la porte ne leur a été fermée
et qu'ils se sont exclus d'eux-mêmes pour privilégier
la voie judiciaire ou plutôt celle de l’action politique,
puisque l’objectif inavoué de tout ce qui est entrepris
dans le dossier est une condamnation personnelle du président
COMPAORE avec naturellement les conséquences politiques
qui vont avec. En d’autres termes il s’agit ni plus, ni moins,
de parvenir à la chute du régime, donc d’un
coup d’Etat en bonne et dû forme, sans tirer le moindre
coup de feu ! On comprend alors que les observateurs avisés
se demandent ce que diantre le Comité des Droits de
l’Homme de l’ONU va chercher dans une telle galère.
Mais maintenant que leur "recours suprême"
leur a indiqué la voie, espérons que les initiateurs
de cette procédure accepteront le sacrifice de se soumettre
à la majorité en adhérant eux aussi à
la quête de réconciliation nationale du peuple
burkinabè. Il ne s'agit pas de gagner pour soi ou de
vaincre autrui, il ne s'agit pas non plus de faire la preuve
de son inflexibilité ou de réduire qui que ce
soit mais d'aller au-delà de sa propre personne pour
accepter l'appel de la multitude de "moi" qui constitue
la Nation. L'exercice n'est certes pas à la portée
de tous mais il n'est pas aussi rébarbatif que cela.
Il s'agit juste de faire un peu de place au meilleur que nous
avons en nous-mêmes ; le reste se fera out seul. Mais
il faudra toujours un premier pas à faire ; et c'est
celui qui coûte le plus.
En effet, c'est lui qui déclenchera à la fois
le processus d'introspection véritable et le concert
de réprobations de tous ceux qui s'y opposent à
tort ou à raison, de bonne foi comme par purs calculs
à commencer par ceux qui ont bâti une bonne partie
de leur plan de carrière sur la persistance dans le
refus. En fait il s'agit de savoir s'il est préférable
de se sacrifier pour ces dames et messieurs forts intéressés
ou s'il faut aller à la rencontre des aspirations de
la majorité des Burkinabè et du Comité
des Droits de l'Homme des Nations unies.
Cela dit, et pour revenir aux suites à donner à
cette affaire, il convient de relever que nulle part, le Comité
des Droit de l'Homme n'indique le recours à la voie
contentieuse. Bien au contraire, il indique clairement les
actes à poser pour "assurer un recours utile et
effectif à Madame SANKARA et ses fils". A tout
le moins, Me Stanislas B. SANKARA fait donc une interprétation
abusive des décisions du Comité alors que celles-ci
sont explicites et n'autorisent aucune interprétation.
Il faut s'en tenir aux faits pour éviter une polémique
stérile dont la conséquence serait d'enlever
tout crédit à l'action entreprise depuis des
années par veuve SANKARA et ses fils. Sa double casquette
d'avocat et d'homme politique, de surcroît "sankariste",
devrait l'inciter à les conseiller utilement au lieu
d’une éternelle fuite en avant. Assurément ce
qui était communément appelé «Affaire
Thomas SANKARA» est inexorablement en train de prendre
ses dimensions réelles, celle de Dame SANKARA et autres
contre "X".
Par Cheick AHMED
Retour au sommaire
|