L'opinion N°457
du 12 au 18 juillet 2006

Editorial


Ainsi donc, le Comité des Droits de l’Homme des Nations unies s’est prononcé ; l’Etat burkinabè a réagi avec promptitude en devançant même sur certaines procédures administratives et réglementaires ; il reste la veuve SANKARA et ses enfants. Vont-ils rejeter tout cela d’un revers de la main comme le leur commandent certains avis pour le moins intéressés, resteront-ils prisonniers et instruments de tous ceux qui rôdent autour de cette affaire pour des raisons bien diverses dont la plupart son inavouables ne serait-ce que par simple pudeur ? On attend de voir et on jugera sur pièces.

Que vont-ils maintenant faire, les Sankaristes et tous les autres qui se font du beurre sur la mort de Thomas SANKARA ou l’utilisent, à l’occasion, pour alimenter leurs rhétoriques contre le pouvoir ? La question vaut bien son pesant d’or du fait des suites favorables que le Burkina Faso vient de donner en temps et en heure et point par point aux «constatations» du Comité des Droits de l’Homme des Nations unies, recours suprême vers lequel ils s’étaient tournés pour se voir, disaient-ils, dire le droit dans toute sa plénitude.
Feront-ils leur la maxime «Dura lex sed lex», même si les «décisions» du Comité n’ont pas valeur de la chose jugée, en prenant ce qui leur est offert au lieu de continuer à courir derrière des fantômes en refusant la culotte d’aujourd’hui pour l’hypothétique pantalon de demain. Rien n’est moins sûr pour ne pas dire carrément qu’ils continueront à faire dans le dilatoire et le feront toujours tant qu’ils penseront en tirer des dividendes.
Pourtant tout est si clair, la volonté du Comité des Droits de l’Homme des Nations unies étant manifestement de voir cette affaire close au plus tôt dans le strict respect des intérêts réels tant de la famille de l’illustre disparu que de l’Etat burkinabè. En effet, en lisant le document du Comité d’un bout à l’autre, en suivant la logique qui a sous-tendu sa réflexion et en faisant l’effort de dépouiller le texte de toutes les interprétations qu’il autorise pour s’en tenir à son esprit et à sa lettre, il apparaît qu’il a voulu placer les principaux protagonistes de cette affaire face à leurs responsabilités historiques. Il les place devant leurs destins personnels et celui de la nation burkinabè voire même du continent tout entier en leur indiquant la voie de l’avenir. L’avenir de la famille de Thomas SANKARA, celui de sa femme et surtout de ses enfants qui ont leur place à occuper dans le présent et le futur de la nation burkinabè au lieu de rester cloîtrés dans le passé en s’enfermant dans des récriminations sans fin. L’avenir du Burkina Faso qui pourra ainsi parachever son travail de deuil entamé au prix d’immenses sacrifices et se tourner résolument vers les efforts devant proscrire à jamais le recours à la violence en politique.
Ce message-là nous semble-t-il est clair, sinon rien, absolument rien n’obligeait le Comité à faire des recommandations express dans le sens d’une solution non contentieuse. Cela devrait interpeller les uns et les autres, et le gouvernement en s’y conformant en faisant fi de toutes les considérations protocolaires et de certains préalables administratifs montre qu’il a compris la portée historique de l’appel du Comité à la raison et à la capacité de dépassement de soi pour s’approprier la quête profonde des peuples de la paix. Il ne pouvait en être autrement puisqu’il y travaille depuis bien longtemps.
Ainsi donc, le Comité des Droits de l’Homme des Nations unies s’est prononcé ; l’Etat burkinabè a réagi avec promptitude en devançant même sur certaines procédures administratives et réglementaires ; il reste la veuve SANKARA et ses enfants. Vont-ils rejeter tout cela d’un revers de la main comme le leur commandent certains avis pour le moins intéressés, resteront-ils prisonniers et instruments de tous ceux qui rôdent autour de cette affaire pour des raisons bien diverses dont la plupart son inavouables ne serait-ce que par simple pudeur ? On attend de voir et on jugera sur pièces. Pour le moment les actes de l’Etat burkinabè sont là et expriment à la fois sa bonne foi dans la recherche d’une véritable réconciliation nationale en résolvant au mieux tous les problèmes qui se dressent sur le chemin et sa détermination à conduire le processus sans se laisser distraire. C’est sans aucun doute ce qui explique qu’il ait anticipé sur certaines procédures notamment en mettant fin à la polémique sur la confection du certificat de décès de Thomas SANKARA en en établissant un sans attendre les démarches que la famille aurait dû entreprendre ; la liquidation de la pension militaire de Thomas SANKARA qui, si on respectait les règles, devait obéir à une procédure engagée par la famille avec une flopée de paperasserie ; l’indemnisation de la famille sans tenir compte des démarches qu’elle aurait dû au préalable engager. Ce n’est pas mince pour ne pas dire que c’est du concret. A cette liste on peut ajouter des actes antérieurement posés dans le sens d’une réconciliation nationale et qui concernent directement Thomas SANKARA.
En effet, Thomas SANKARA a été fait «héro national», il bénéficiera d’un mausolée et une des rues les plus fréquentées dans la capitale (celle qui passe devant le plus grand établissement secondaire du pays, le lycée Philippe Zinda KABORE) porte son nom. Ce sont-là des actes forts qui ne trompent pas et il faut vraiment être particulièrement sceptique pour ne pas croire en sa bonne foi et en sa volonté de trouver à cette affaire une issue honorable pour tous. On peut même ajouter les mots de compassion que Blaise COMPAORE a prononcés à l’endroit de Thomas SANKARA dans sa première adresse à la nation le 19 octobre 1987 quelques jours après les évènements dramatiques du 15 octobre alors même que dans le plus pur style du langage révolutionnaire qui avait cours à l’époque celui-ci était accusé de tous les maux. C’est dire que non seulement le Burkina Faso n’a attendu aucune injonction pour reconnaître ses responsabilités et les assumer mais qu’il travaille depuis des années à récoler les morceaux de son histoire. Les prédispositions sont donc réelles et les actes posés récemment ne tombent donc pas du ciel et ne sont pas par conséquent des manœuvres politiciennes. C’est vrai qu’on ne peut obliger quelqu’un qui ne veut pas voir à voir mais devant certaines évidences on ne peut pas faire autrement que de les reconnaître. Le Burkina Faso pouvait parfaitement faire comme la plupart des Etats interpellés par le Comité, ne donner aucune suite à ses «constatations» et décisions. Tout au contraire il a même anticipé sur certaines mesures. Tout cela ne peut pas être passé entre pertes et profits et le peuple burkinabè saura certainement apprécier.

Par Cheick AHMED

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