L'opinion N°462
du 16 au 22 Août 2006

Actualité

Commune de Koudougou


Pour une renaissance

Seydou ZAGRE, maire de Koudougou

Ces dernières années, à analyser tout se qui se passe à Koudougou, on a bien de la peine à démentir celui qui disait : "les politiciens sont là pour résoudre les problèmes que l'on n'aurait pas s'il n'y avait pas de politiciens". En effet, la commune de Koudougou est divisée par la politique et par les politiciens. Pourtant jadis, malgré la politisation à outrance de la commune du fait qu'elle a donné au pays son premier président, ses fils savaient au moins s'accorder sur un dénominateur commun qui reste le développement de la ville. La donne aujourd'hui a changé, beaucoup changé. Rien ne prime si ce n'est pas la politique pour ne pas dire en politicaillerie d'autant qu'elle est menée de la mauvaise manière. Dans un tel contexte, les initiatives de développement si elles ne sont contestées sont simplement combattues, chacun voulant tirer la couverture de son côté pour qu'on dise simplement que c'est tel ou tel parti qui est à la base de tel ou tel projet dans la ville. Des règlements de compte bien nuisibles qui donnent raison à ceux qui "taxent" Koudougou de ville difficile et frondeuse. A son installation le 8 juillet dernier comme maire de Koudougou, Seydou K. ZAGRE disait bien à propos que : "…Les règlements de compte sur fond de rivalités économiques, les pillages, les actes de vandalisme, les incendies et les saccages de domiciles et de biens publics et privés ont donné de Koudougou une réputation de ville difficile et frondeuse… Les violences du début des années 2000 ont contraint nombre de nos grands commerçants prospères à délocaliser leurs activités principalement sur Bobo-Dioulasso et Ouagadougou…". Simple constat d'un maire qui imagine sans doute l'immensité de la tâche qui l'attend. Comment ne pas taxer Koudougou de ville frondeuse et difficile si par la faute des politiciens certains acquis sont saccagés lors des manifestations de rue ? Comment ne pas taxer Koudougou de ville difficile si par la faute des politiciens, un adversaire politique est perçu comme un ennemi qu'il faut abattre à la moindre occasion. Comment la commune peut-elle se développer quand certains projets ou initiatives de développement sont simplement "étouffés dans l'œuf" parce que l'initiateur est de tel ou tel parti ? On ne fera pas l'injure aux responsables d'une telle situation qu'ils ne savent pas qu'une ville a besoin de quiétude, de sécurité pour non seulement son développement endogène mais aussi pour intéresser les investisseurs. Les politiciens de Koudougou, doivent donc faire leur méaculpa et reconnaître qu'ils ont plus fait du tort à la commune que de bien. Nous citons une fois de plus le maire de Koudougou qui a bien peint la donne à son installation le 8 juillet dernier : "…Si à Koudougou ça piétine tandis que ça marche ailleurs, une des raisons majeures me semble t-il réside dans le fait qu'ailleurs, entre deux campagnes électorales, alors que les leaders politiques et leurs militants taisent leurs divergences pour se soutenir mutuellement dans l'intérêt de leurs villes et de leurs populations, ici à Koudougou, on est en campagne politique en permanence, du 1er janvier au 31 décembre, avec pour conséquences toutes les entraves à une construction paisible et concertée de la ville et de la région…".
Face donc à un constat aussi triste, le nouveau maire pense que : "Dans l'intérêt de Koudougou, la politique ne doit pas nous diviser. Elle doit plutôt nous révéler les uns aux autres afin que nous apprenions à apprécier nos différences comme autant de signes de richesses pour mieux construire Koudougou, notre Koudougou, l'éternelle Koudougou, qui ne sera jamais la paternité d'aucun parti, d'aucun homme, d'aucune femme, d'aucun clan, d'aucune famille. Koudougou restera à jamais l'affaire de nous tous ou ne sera rien. Si nous sommes conscients, donnons-nous la main, dans un esprit ouvert et un cœur pur pour regarder dans la même direction et offrir le meilleur de nous-mêmes à cette ville pendant que Dieu nous garde encore en vie et nous en donne la force, la santé et la possibilité". Ce cri de cœur du nouveau maire de Koudougou ne devrait en principe laisser aucun ressortissant de Koudougou indifférent.

Et si on organisait les états généraux du Boulkiemdé ?
Sans le dire ouvertement, nous pensons que le cri de cœur, l'interpellation du nouveau maire, s'adresse avant tout aux têtes de proue de la politique au Boulkiemdé. Des têtes de proue que sont entre autres, Hubert YAMEOGO (CDP), Juliette BONKOUNGOU (CDP), Hermann YAMEOGO (UNDD), Salvador YAMEOGO (RDF)…
On ne peut certainement pas faire référence à la situation peu enviable de Koudougou actuellement sans être tenté de pointer un doigt accusateur sur ces personnalités politiques de la province qui, d'une manière ou d'une autre, sont tous responsables de la situation. Face donc au constat, il est important qu'on se dise la vérité pour le même objectif. Et dans cette perspective, il ne serait pas inutile d'organiser les états généraux de la province du Boulkiemdé. Occasion pour fédérer les énergies, taire les divergences pour une renaissance de la province. Le linge sale se lave en famille. Cette rencontre si elle a lieu sera une chance inouie pour tous les fils et filles de la province. Elle ne sera pas une occasion pour parler politique. Chaque participant devra laisser à la porte sa chapelle politique et revertir une tunique sociale et économique. Les questions fondamentales devront être : comment remettre Koudougou sur les rails ? Quelle pierre chacun peut apporter pour sa renaissance ?
Au regard de tout ce qui précède, nous pensons qu'il est temps pour les fils et filles de la province, de redonner à Koudougou son lustre d'antan par l'unité et le travail.
"Je souhaite que notre credo, selon lequel la fraternité entre enfants de Koudougou doit transcender nos appartenances politiques, inspire fortement l'action quotidienne de chacune et de chacun des conseillers municipaux et que les populations en fassent également leur cri de ralliement sur les chantiers de développement de notre cité commune". Paroles de Seydou K. ZAGRE.
Si chaque camp politique a pour souci le développement de la province voire de la région, il ne devrait, en principe pas avoir de problèmes à ce que, dans un cadre de concertation, on puisse se regarder en face, se dire la vérité pour repartir sur de nouvelles bases. Personne ne viendra développer la province à la place de ses fils et filles. L'action gouvernementale ne venant qu'en appoint. D'ailleurs avec la communalisation intégrale du pays, faut-il continuer à attendre tout du gouvernement qui semble être dépassé par la demande ? Le nouveau maire ZAGRE a toutes les chances de réussir. Il suffit qu'il se mette au-dessus de la mêlée et travaille à rassembler tout le monde. Une fois élu, on ne devrait plus être maire de tel ou tel parti, mais de la commune tout court. Il est temps, vraiment temps que Koudougou retrouve sa place. Et ce ne serait que justice pour une ville qui a tant souffert de l'insconstance voire de l'inconscience de fils et filles politiques.

Par Ben Alex Béogo

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