L'opinion N°462
du 16 au 22 Août 2006

Editorial

Seuls les faux témoins ont peur du juge Wens !


Dans cette lignée, comment peut-on nous obliger à rester de marbre lorsqu’on veut nous faire avaler la couleuvre, disons plutôt le boa, selon lequel des «témoins» capitaux refuseraient par peur pour leur sécurité de déposer devant le juge d’instruction alors qu’ils auraient le courage de s’ouvrir à des journalistes. Au clair c’est insulter notre intelligence et ce n’est pas sérieux ! Ce n’est pas sérieux d’autant que lesdits témoins auxquels lesdits journalistes apporteraient sécurité et confiance, sont déjà passés et repassés devant la CEI et cela n’a pas permis d’avancer. Dans une affaire de la teneur de l’Affaire Norbert ZONGO il nous paraît très peu vraisemblable que des témoins puissent se taire aussi longtemps sous le prétexte que leur sécurité serait menacée.

J’ai lu, et même plus d’une fois, avec un plaisir chaque fois renouvelé, la passe d’armes qui a opposé la semaine dernière dans les colonnes de Sidwaya le Directeur Général dudit journal, Michel OUEDRAOGO et le Rédacteur en chef de l’Evènement, Newton Ahmed BARRY. Si de tels débats avaient eu lieu au plus fort de la crise, peut-être que nous n’en serions pas toujours là dans l’Affaire Norbert ZONGO.
Peut-être que les assassins et / ou leurs commanditaires seraient sous les verrous, ou à tout le moins identifiés. Mais voilà, certains confrères dont les rédactions avaient été squattées, par des aventuriers et des mercenaires de la plume qui n’avaient rien à y faire, avaient choisi de ne rien voir, de ne rien entendre et de ne rien dire d’autre que ce que tant de pression leur laissait le droit de voir, d’entendre et de dire. Le ver était dans le fruit comme il était dans le Collectif. Depuis peu, certains tentent de s’émanciper et se surprennent à répliquer à des articles mettant en pièces leurs échafaudages bancales fondés sur des rumeurs, des «témoignages» bidons s’ils ne sont le fruit de leur propre imagination et qui sont justes bons pour entretenir la «ferveur combattante» d’individus qui ont décidé d’abdiquer devant leurs responsabilités et de se laisser conduire comme des moutons de Panurge. Un tel débat qui nous a déjà opposé à L’Indépendant est donc à encourager, l’essentiel étant qu’il se déroule dans les règles de l’art et s’élève au-dessus des lieux communs, des rhétoriques de cabarets qui font la part belle aux rumeurs et aux petits secrets échangés sous les manteaux et des incantations et autres «cris sauvages». C’est vrai que ce n’est pas évident mais contrairement à ce que soutient Newton Ahmed BARRY (Sidwaya N°5671 du 09/08/06), ce n’est pas «une bataille de chiffonniers» même s’il est vrai que certains arguments volent très bas, pour ne pas dire plus.
Même dans ces cas, l’intérêt, c’est qu’on peut les relever ce qui ne se peut lorsque d’autres choisissent la rue pour se fondre dans l’anonymat de gens cagoulés qui n’entendent même pas leurs propres cris. Sortez donc du bois et confrontons les résultats de nos investigations ; Norbert ZONGO le mérite bien.
Un journaliste qui refuse la critique, la confrontation des idées et des opinions ou la réplique n’en est pas un ou plutôt ne mérite pas de se réclamer comme tel. Ce n’est heureusement pas le cas ni pour l’un, ni pour l’autre dans l’exemple qui nous occupe, le premier Michel OUEDRAOGO en en faisant la preuve dans sa conduite de Sidwaya qui n’a jamais été aussi pluriel et le second Newton Ahmed BARRY par sa participation active et appréciable à l’émission «Le débat» de la télévision privée Canal 3, montrant ainsi son ouverture d’esprit. Où est donc l’os ? Peut-être dans le sujet ? Or pour avoir été sortie du prétoire, l’Affaire Norbert ZONGO est devenue une affaire sur laquelle il faut bien accepter de débattre à moins de vouloir s’enfermer et obliger les autres à en faire autant dans un ostracisme sans nom.
Voilà pourquoi je m’invite, sans leur demander leur avis, dans leur débat et je le fais le cœur léger d’autant que je crois y reconnaître des allusions directement adressées à L’Opinion comme cette invite faite par M. BARRY dans ces propos sans équivoques «Certains confrères et pas des moindres, ont vu la léthargie du dossier dans la trop forte implication du Collectif, un regroupement trop politisé à leur goût. Maintenant que le Collectif est affaibli, j’exhorterais ces confrères à occuper rapidement la place laissée vacante…».
C’est une lapalissade que d’affirmer que L’Opinion est un des journaux qui imputent en partie le fiasco que rencontre jusque-là le dossier Norbert ZONGO au Collectif. D’ailleurs il semble que la majorité des Burkinabè le pensent aussi parce que c’est une évidence qu’il est trop politisé, que certains y ont fait de cette affaire leur «plantation de café», que la pression sur la justice a empêché celle-ci de travailler avec sérénité, que sa CEI n’a pas abouti aux résultats escomptés faisant perdre ainsi 4 mois à l’enquête, que sa CEI a brouillé les cartes en compilant des «témoignages» très souvent farfelus et aussi contradictoires les uns que les autres etc.
Oui le Collectif a sérieusement nui à la manifestation de la vérité comme si certains de ses mentors agissaient consciemment dans ce sens. Dans cette affaire, allez-y savoir ! A plus d’un titre, certains d’entre eux devraient figurer en bonne place sur les listes des «sérieux suspects» si on devait en dresser. Mais toutefois tout n’a pas été négatif avec le Collectif, car pour preuve qu’il était politique il a permis d’engranger des avancées réelles sur le terrain politique notamment : en matière de démocratie, de liberté et des droits humains avec les réformes politiques et une certaine prise de conscience de l’opinion publique. Ce n’est pas rien mais ce n’était pas son objet fondamental à moins que l’assassinat de Norbert ZONGO et la mise en scène de cet assassinat ne soit qu’un prétexte.
Pour ce qui est d’occuper une quelconque place que le Collectif aurait laissée vacante, cela relève de la pure provocation car nous n’avons pas attendu le collectif pour être sur la brèche et avons toujours été actifs et force est de dire que M. BARRY fait semblant de se tromper de genre. En effet, nous demander de jouer le même rôle que le Collectif est une tentative de manipulation ni plus ni moins. D’une part, nous n’avons jamais cessé de contester au Collectif la monopolisation de la parole qu’il voulait et la dictature de la pensée unique dont il est porteur et qu’il rêve d’imposer et d’autre part c’est peu dire que d’affirmer que nous ne fonctionnons pas de la même manière. En effet, pendant que le Collectif et ses partisans sont pour une pression soutenue sur le système judiciaire, pour notre part, il faudrait plutôt créer les conditions d’une véritable sérénité pour lui permettre d’investiguer pleinement afin de faire échec aux plans des coupables.
Laissons donc le Collectif à son travail et que chacun fasse le sien. Nous, nous sommes journalistes et nous espérons pouvoir de ce poste d’observation et d’action aider à la manifestation de la vérité : c’est ce que nous faisons depuis que le crime de Sapouy a été connu et même que nous nous intéresserons à tout propos digne d’intérêt dans cette affaire.
Dans cette lignée, comment peut-on nous obliger à rester de marbre lorsqu’on veut nous faire avaler la couleuvre, disons plutôt le boa, selon lequel des «témoins» capitaux refuseraient par peur pour leur sécurité de déposer devant le juge d’instruction alors qu’ils auraient le courage de s’ouvrir à des journalistes. Au clair c’est insulter notre intelligence et ce n’est pas sérieux ! Ce n’est pas sérieux d’autant que lesdits témoins auxquels lesdits journalistes apporteraient sécurité et confiance, sont déjà passés et repassés devant la CEI et cela n’a pas permis d’avancer. Dans une affaire de la teneur de l’Affaire Norbert ZONGO il nous paraît très peu vraisemblable que des témoins puissent se taire aussi longtemps sous le prétexte que leur sécurité serait menacée. Et puis pendant qu’il y est, notre confrère devrait nous dire ce que le juge Wenceslas lui a répondu lorsqu’il a posé le problème de la sécurité des témoins, au lieu de n’en rien dire de manière formelle tout en insinuant que celui-ci lui aurait fait part d’une certaine impuissance. Norbert ZONGO mérite bien plus que ce petit jeu de cache-cache. Nos confrères qui sont dans les confidences de ces témoins capitaux se sont-ils seulement interrogés sur la crédibilité de leurs témoignages, sur la réalité des problèmes de sécurité qu’ils posent,sur leur personnalité. N’ont-ils pas à faire à de vulgaires truands ou à des mégalomanes qui veulent faire les intéressants ? Pourquoi ont-ils confiance en eux journalistes, leurs témoignages peuvent-ils effectivement leur coûter la vie ; ont-ils eux-mêmes recherché des solutions pour la sécurité de leurs fameux témoins … ? Après avoir fait le tour de toutes ces questions il saute aux yeux que si des témoins ont peur du juge Wens, c’est parce qu’ils se reprochent quelque chose ou qu’ils n’ont rien de sérieux à débiter devant lui. Le laisser abuser par de tels individus est faire preuve d’un certain amateurisme.
Il en est de même de tout le discours qui est tenu à propos de la rencontre qu’il y aurait eu entre François COMPAORE et Babou NAON et de ce qui y aurait été dit. Trop de bruits pour rien ? Non pour cacher une faute professionnelle lourde. Mais qu’à cela ne tienne ; dans cet épisode de l’affaire c’est la parole de l’un contre celle de l’autre puisque François COMPAORE dit ne pas se souvenir d’une telle rencontre. Sans jouer à l’avocat de Michel OUEDRAOGO, dire qu’il affirme que ladite rencontre a eu lieu à partir des citations de NAON est un raccourci trop heureux pour être honnête, tout comme cette affirmation péremptoire qui fait de cette affaire Norbert ZONGO, l’affaire de la seule «famille du chef de l’Etat, le président Blaise COMPAORE». Nous croyions qu’elle concernait tout le peuple burkinabè et singulièrement celui du «Pays réel». S’en laver les mains aujourd’hui et de cette manière est symptomatique de la victoire de la théorie du complot chez certains confrères qui partent de leurs convictions scrypto-personnelles pour transformer des soupçons et des faits limités voire dérisoires en preuves de culpabilité. On comprend dès lors pourquoi ils refusent qu’on en débatte.

Retour au sommaire




 

Liberté d'opinion....liberté d'informer

©Copyrigth : Opinion 2005 - 2006