L'opinion N°465
du 06 au 12 septembre 2006

Dossier

Port obligatoire du casque

 

La sensibilisarion à tout prix

Depuis quelques semaines, un spot radiodiffusé du ministère de la Sécurité rappelle aux usagers des deux roues leur obligation de porter un casque. Cela est fait en application de la loi portant code de la route révisée. Mais cette loi semble ne pas être acceptée par la majorité des utilisateurs des deux roues.
Depuis le 4 avril 2005, un décret élargit le domaine du port du casque par les usagers des deux roues au Burkina. Ainsi alors qu’il n’ était obligatoire que pour les cylindrés de plus de 125 cm3, l’est maintenant pour tous les engins à deux roues motorisés. Des contrôles de police sont envisagés (et ont commencé) pour obliger les usagers au respect de cette mesure. Ce qu’a du reste signifié à la population de Ouagadougou, le bourgmestre .

Simon COMPAORE annonçait la sortie de la police municipale pour une opération musclée visant sans complaisance à faire respecter la loi. Une telle éventualité ne pouvait que mettre à mal ceux qui ne disposent pas de casque ou qui ne veulent pas en porter pour des raisons diverses. Aussi, la capitale du pays des Hommes intègres bruit-elle de toutes sortes de supputations sur une mesure qui ne date pas d’aujourd’hui quand on sait que même le CMRPN (Comité militaire de redressement pour le progrès national, 1980-1982), un régime qu’on disait très « dur », l’a initiée sans succès.
Ainsi des explications de tous genres fusent pour justifier l’attitude des autorités. La plus courante dont semblent convaincus nombre de Ouagavillois serait que, les autorités municipales auraient «dealé » avec un grand commerçant qui aurait importé par conteneurs des casques. Ce «deal» permettrait à la municipalité d’encaisser des commissions si les casques étaient écoulés.
Comme on le voit l’homme de la rue déborde d’imagination surtout lorsqu’à son corps défendant la pression est faite sur son porte -feuilles. Voilà pourquoi il faut user de tact, de diplomatie comme on dit, pour l’amener à accepter ce qui est même de son intérêt. Dans tous les cas, le constat qui se dégage de la volonté des autorités à faire appliquer la loi, c’est le refus des usagers. Cela se vérifie aisément dans la circulation dans la mesure où seul un nombre très réduit utilise véritablement le casque. Il est donc évident que l’application de cette loi sera très difficile et risque d’engendrer d’autres problèmes si chacun se braque sur sa position. En effet, il est à craindre que des attitudes de défiance préjudiciables à l’ordre public soient provoquées. Les situations pour le moins cocasses du temps du CMRPN sont encore à l’esprit qui peuvent édifier. N’a t-on pas vu des gens qui prétendant respecter la loi, ont porté des calebasses en forme de casques pour narguer l’autorité ? Toute chose qui traduit un ras le bol et un refus de se soumettre à une décision impopulaire parce que mal comprise.

Sensibilisation ou répression ?

Ne tombons pas dans le négativisme, mais prenant au mot cette tantie qui sur le petit écran jetait l’anathème sur nos planificateurs, on peut se demander si certaines autorités ont de bons conseillers à moins que ce soient elles-mêmes qui ne les écoutent pas. Peut- on vraiment en s’amuser à «taquiner » les crève la faim de Ouagalais qui courent inlassablement après une pitance qui semble les fuir comme la peste ? En tout cas, quelque chose ne va pas quelque part sinon on n’a pas besoin d’enquêtes, d’étude ou de séminaire pour savoir que dans le contexte de « vie chère » qui prévaut actuellement au Faso, l’opportunité de l’application de la mesure sur le port du casque est encore recherchée. Le temps ne s’y prête pas à moins que d’autres motivations inconnues du citoyen en soient le déclencheur . Voilà d’ailleurs pourquoi autant d’explications aussi saugrenues les unes que les autres que les gens tentent d’y apporter. La sécurité des populations est certes une obligation de l’Etat, mais cela doit se faire avec l’assentiment des gens au risque de créer des situations de troubles. Si c’est au nom de la sécurité des usagers, la répression peut-elle avoir plus d’effets positifs que la sensibilisation ? Rien n’est moins sûr. La sensibilisation sur les effets bénéfiques du port du casque pourra plus inciter les citoyens à adhérer volontairement au port du casque. Le ministère des Transports doit initier des séries de spots radio/télé comme le fait si bien le ministère de l’Environnement et du cadre de vie sur la question des sachets plastiques. Il est évident aujourd’hui que l’application de la loi sur le port du casque devrait se faire avec beaucoup de tact et de diplomatie. Cette mesure bien qu’elle soit pour le bonheur des gens devrait être enrobée pour être acceptée. Se prononçant sur la loi portant obligation du casque, un usager que nous avons rencontré répond bien à propos : « Le port du casque c’est pour notre propre sécurité, alors pourquoi nous obliger ? Ce qui veut dire qu’ils vont créer une loi qui oblige le port du préservatif aussi ». Cette réflexion bien qu’elle soit discutable, a le mérite de poser en des termes concrets la question du casque. Il faut donc que les autorités reconsidèrent la méthode utilisée pour amener les gens à adopter ce geste qui sauve.o
Par Daouda
SAWADOGO (stagiaire)

Clément OUANGO, Directeur général de la police municipale
“Nous avons commencé la sensibilisation depuis 2005…”

Le décret qui fait obligation à tout usager de deux roues motorisées de porter un casque est entré dans sa phase d’application. Ainsi, le vendredi 1er septembre 2006 des contrôles annoncés par les autorités ont été effectués dans la ville de Ouagadougou. Ce qui a occasionné ça et là des heurts entre forces de police et usagers mécontents d’une telle décision. Pour en savoir davantage sur la question, nous avons rencontré le Directeur général de la police municipale, Clément OUANGO. Avec lui d’autres aspects dudit décret sont évoqués. Lisez plutôt.

Depuis 2005, un décret fait obligation à tous les motocyclistes de porter un casque. Quel est le contenu réel de ce décret ?
DGPM :
Il faut dire tout d’abord qu’il y a une erreur que les médias commettent, qu’il faut rectifier tout de suite. Ce n’est pas en 2005 que le texte à été pris, le texte a été adopté depuis le 12 août 2003. Ainsi, le texte était en vigueur, mais seulement l’on ne contrôlait pas. En 2005, il y a eu une modification du texte de 2003 parce que dans le premier texte, c’était seulement les détenteurs des motos de plus de 125cm3 qui étaient astreints au port du casque. Mais avec la révision de 2005, il est fait obligation à tout détenteur d’engin à moteur à deux roues à porter le casque. Ainsi sont concernés même ceux qui ont des moteurs en deçà de 50cm3 et au-delà alors que dans le premier texte, ils ne l’étaient pas.
C’est dire qu’il y a une aggravation du second texte par rapport au premier.

Pourquoi alors avoir attendu le 1er septembre 2006 pour passer à la mise en application réelle de ce décret ?
DGPM :
Il faut dire que chacun a sa part de responsabilité dans cette histoire, parce que nous, en tant que service de sécurité, nous recevons des instructions qui viennent de nos autorités.
Donc je pense que la question pouvait être mieux répondue par les législateurs de ce décret.

Quel bilan faites-vous de la première journée de l’application de ce décret ?
DGPM :
Le contrôle de l’application de la mesure qui s’est passé le 1er septembre, ne posait aucun problème aux premiers moments. Parce que nous avions pris toutes les dispositions pour accompagner les usagers dans la mesure où il ne s’agissait pas de réprimer systématiquement les contrevenants. Il fallait surtout leur faire comprendre qu’ils devaient désormais porter le casque. Vous avez constaté que depuis 2005, nous avions déjà commencé à parler du casque mais avions par la suite, ralenti et des communiqués sont passés à la radio invitant les usagers, tous les citoyens, à porter le casque pour ceux qui utilisent les deux roues. Ainsi, lorsque nous sommes sortis, ce n’était pas pour rechercher de l’argent pour les caisses de l’Etat ou de la commune, c’était plutôt pour montrer l’importance du port du casque.
Vous avez sans doute vu ce que nous faisions dans les carrefours, lorsque quelqu’un était interpellé pour défaut de casque, la personne était invitée à aller chercher un casque et revenir chercher sa moto.
En atteste l’ambiance bon enfant qui régnait dans ces carrefours, c’était presque la plaisanterie, les gens étaient sensibilisés et ils comprenaient. Donc tous ceux qui étaient interpellés ne rechignaient pas. Mais il se trouve que lors de notre contrôle, à mon avis, des gens ont voulu récupérer peut être les humeurs des citoyens qui étaient perceptibles avant même l’opération. En fait comme nous étions en train de mener l’opération sans problème, peut-être que certains ne croyaient pas que cela se passerait comme ça. Alors ils ont monté des enfants pour commettre des actes de vandalisme. L’exemple de ce qui s’est passé à la Patte d’Oie en atteste. C’était visiblement des badauds désœuvrés et souvent déséquilibrés, il n’y avait pas tellement de majeurs qui manifestaient. Manifestement c’était une orchestration de personnes bien cachées. Il fallait que les enfants commettent ces actes. Ainsi des panneaux de bus ont été arrachés, des plantes ornementales que la mairie a plantées ont été détruites, des pneus brûlés sur la voie publique…
Certains mêmes sont allés jusqu’à commettre des actes de vandalismes sur les usagers. Dans la mesure où ceux qui portaient des casques étaient arrêtés par eux et contraints à enlever leur casque.

Sur le vif, quelle a été la réplique de la police par rapport à ces manifestations ?
DGPM :
Vous savez, nous sommes en démocratie et pour manifester il y a des règles à suivre. La démocratie n’est pas la pagaille ; si vous suivez les règles, l’autorité vous permettra de manifester tout en prenant toutes les mesures possibles de sécurité pour encadrer votre manifestation. Mais à défaut de toute autorisation de l’autorité, si vous manifestez, ce qui est donc illégal et formellement interdit, des forces spéciales sont commises pour réprimer ces genres d’attitudes. Il y a notamment la Compagnie républicaine de sécurité (CRS), qui a donc procédé à la répression de ces comportements inciviques qui se passaient à la Patte d’Oie. Elles ont aussi sollicité le concours des autres forces, mais dans tous les cas les autres agissaient sous leur contrôle.

Ne pensez-vous pas que la sensibilisation ait fait défaut ?
DGPM :
Avant de répondre à la question, je voudrais apporter un plus à ce que je viens de dire précédemment. Pendant les troubles la CRS a pu interpeller près d’une quarantaine de mineurs. Vous avez peut-être pu voir cela à la télévision, ce sont des mineurs qui ont été interpellés parce que c’est eux qui ont été montés et qui donc sont les vendales pris en flagrant délit.
Pour revenir à la question, il faut dire que la sensibilisation n’a pas manqué parce que depuis 2005, il n’y a pas ce citoyen de la ville de Ouagadougou qui ignore l’existence d’un texte faisant obligation aux détenteurs d’engin à deux roues à moteur de porter un casque. Ce citoyen n’existe pas parce que depuis 2005 nous avons commencé la sensibilisation. Nous sommes dans les radios et télévisions. A travers donc ces médias nous avons lancé le message. Dans cette démarche, nous avions été appuyés par la brigade des jeunes volontaires. Vous avez remarqué à un certain moment, il y avait des panneaux qui étaient déposés aux abords des voies publiques. Donc on ne peut pas dire que la sensibilisation ait fait totalement défaut. Les gens cherchent des arguties pour pouvoir manifester leur ras-le-bol parce qu’il y a un certain nombre de problèmes au niveau du pays. Ils profitent donc de la situation sinon ce ne sont pas des raisons valables que les gens invoquent.
Les gens savaient l’existence de la loi au Burkina Faso et que pour la ville de Ouagadougou nous passerions au contrôle dans les jours à venir. En fait, comme tout changement rencontre le mécontentement des gens, ceci peut expliquer ce qui s’est passé le 1er septembre.

Pensez-vous que le port du casque soit aussi nécessaire pour qu’autant de moyens soient déployés pour son application ?
DGPM :
Je suis tenté de poser la question de savoir si manger est nécessaire. La question est banale, c’est comme la sécurité, elle est nécessaire et même indispensable. De la même manière que manger pour vivre. Pour la sécurité, tout ne se limite pas au fait de ne pas être agressé dans votre maison ou être victime de vol.
La sécurité englobe toutes les autres questions. Un Etat qui ne veut pas que ces citoyens soient laissés à la merci des âmes et des hommes de mauvaise foi et de mauvais comportement doit faire des projections, doit prendre des mesures pour protéger ses habitants. Le port du casque fait partie entre autres de ces mesures. Nous avons constaté à notre niveau et les informations complémentaires du ministère de la Santé ne le démentent pas, il ressort que dans la plupart des accidents de circulation, les plus graves problèmes sont ceux de traumatismes crâniens. Que fallait-il faire ? Face à cela, il a donc fallu proposer aux citoyens de porter des casques. On va me dire qu’ailleurs c’est obligatoire parce que l’Etat prend en charge les victimes de traumatisme crânien et comme au Burkina Faso ce n’est pas le cas il faut laisser les gens d’utiliser ou pas le casque parce qu’ils se prendront eux-mêmes en charge car responsables de ce qui peut leur arriver. Cette solution serait irresponsable de la part de l’Etat que laisser ses citoyens sombrer sans leur proposer quelque chose. Si l’on a élu des gens, c’est justement pour penser les problèmes du pays et proposer des solutions. Si certains ne veulent plus que l’on fasse la prévention alors plus d’Etat et c’est l’anarchie partout pour tout le monde. Dans ce cas, on retourne à la case départ de l’humanité. L’Etat de la jungle. Ceux qui manifestent aujourd’hui s’ils sont à la tête de l’Etat ce sont les mêmes solutions qu’ils vont proposer. Il faut donc reconnaître le mérite aux autorités d’avoir osé proposer ces solutions. Cela c’est parce qu’elles sont soucieuses du bien-être de leur prochain.

Ne pensez-vous pas que s’attarder sur le casque, c’est s’attaquer aux conséquences plutôt qu’aux causes des accidents. Surtout avec la méconnaissance par les usagers du code de la route, le mauvais état des routes… ?
DGPM :
Votre question est intéressante, mais il faut se dire que l’homme est un tout. On ne peut pas s’attarder sur une partie de l’homme et ignorer les autres aspects en disant que si l’on traite cette partie cela aura des répercussions sur les autres parties. On ne peut pas dire qu’étant donné que le Burkina est très pauvre, il faut éviter de construire des étages, des bâtiments pour loger les fonctionnaires mais aller plutôt dans les provinces et ne construire que des dispensaires.
Ou bien encore on ne peut pas dire que le Burkina est composé de populations à majorité analphabètes donc pour résoudre ce problème de sécurité routière, il faut d’abord résoudre le problème de l’éducation. On ne peut pas agir comme ça. Pour un responsable, il faut attaquer les problèmes de front. C’est vrai qu’il faut faire des balances, faire des priorités quelque part mais il ne faut pas négliger des aspects. C’est donc à ce titre que nous ne pouvons pas dire, que, comme la population est analphabète, il faudra d’abord relever le taux d’alphabétisation, enseigner le code de la route avant de résoudre les autres problèmes. On ne raisonne pas comme cela.
Autant il faut encourager les gens à s’approprier le code de la route, autant il faut prendre des mesures pour les contraindre à respecter ce code de la route. Regardez un peu la circulation de la ville de Ouagadougou, on suppose que tous ceux qui circulent en véhicule quatre roues ont le permis de conduire c’est-à-dire qu’ils se sont approprié le code de la route, mais qu’est ce qu’ils en font ? Il est aux oubliettes.
Donc une autorité ne peut pas attendre que le code de la route soit maîtrisé de tous avant de prendre des mesures. Il faut donc sanctionner les gens pour qu’ils comprennent la nécessité du respect de la loi. Il faut sensibiliser les gens, réparer les voies certes, mais il faut aussi prévoir la répression parce que le problème n’est pas dans la méconnaissance du code de la route ni dans le mauvais état des routes, mais plutôt dans la volonté même des gens. C’est un problème de mental.

Qu’est-ce qui est prévu pour l’avenir après avoir connu des oppositions sur le terrain ?
DGPM :
Pour l’avenir… (silence) Je pense que cette question doit être posée aux autorités.
Nous, nous sommes chargés de l’application de la loi. Nous avons fait des essais pour amener les gens à porter les casques. Pour la première fois. Nous laissons le soin aux autorités d’apprécier et de nous donner la conduite à tenir.

Quelle place occupe la police municipale dans les forces de sécurité républicaines ?
DGPM :
La police municipale est un corps qui est très jeune. Elle a été créée avec le départ des nouvelles communes au Burkina Faso c’est-à-dire en 1995. Nous sommes alors très jeunes. Nous sommes une force complémentaire ; nous complétons donc harmonieusement sur le terrain les forces de défense et de sécurité. Nous avons simplement un rôle administratif donc une police administrative et à ce titre sommes chargées d’assister la population dans ses «petits problèmes». Parce que si vous parlez de nuisance sonore, d’hygiène publique dans les quartiers, d’occupation anarchique des voies publiques ou de la circulation des malades mentaux dans la ville ou encore des mendiants qui encombrent la voie publique, de la fluidité de la circulation routière, tout cela est de notre ressort. En fait, nous complétons la police nationale qui était présente depuis sur le terrain. Cette dernière est appelée à gérer d’autres problèmes beaucoup plus «corsés». Vous savez que la police nationale est à la fois administrative et judiciaire ; si nous arrivons à gérer convenablement le volet administratif, je crois que la nationale pourra alors se consacrer davantage au volet judiciaire pour le bonheur des populations. Tout cela, c’est dans la recherche de plus de sécurité pour les citoyens de nos villes et campagnes.o
Propos récueillis par S. Daouda (stagiaire)

L’avis d’un spécialiste

S’il y a quelque chose qui irrite les usagers des deux roues au Burkina actuellement c’est bien la mesure qui leur fait obligation de porter un casque en circulation. Pour mieux avoir les tenants et les aboutissants de cette mesure, nous avons rencontré le directeur de la sécurité routière, M. Ahmad Nassourou CISSE. Sans faire l’apologie du décret, il explique la nécessité du port du casque.

M. Ahmad CISSE a tenu à rappeler d’abord que ce texte réglementaire (décret) existe au Burkina en fait depuis 1978. Mais diverses raisons avaient empêché son application effective. Ainsi il faut dire que la loi de 1978 était très lapidaire quant à la définition de l’infraction sur le port du casque et d’autres mesures de sécurité routière. A cela il faut ajouter la forte demande des associations et autres structures qui oeuvrent dans le domaine de la sécurité routière. Ce sont donc ces éléments qui ont conduit à l’adoption de la loi de 2003. Ainsi le décret n°2003-418/PRES/PM/MITH/SECV/MJ/DEF/MATD portant définition et répression de la contravention en matière de circulation routière a été adopté. Pour ce qui nous concerne présentement (le casque) l’article 15 dudit décret faisait obligation aux seuls conducteurs de motocyclette de 125cm3 de porter un casque. A ce niveau, il s’est posé le problème suivant : la mesure n’a pas atteint l’objectif visé. La raison était qu’en fait les motocyclettes de plus de 125cm3 étaient en minorité. Ainsi la majorité des usagers des deux roues au Burkina Faso était toujours victime des conséquences du défaut du casque. Il fallait donc pour rendre la mesure plus efficace élargir «l’assiette» des concernés. C’est ce qui a motivé le décret n°2005-196/PRES/PM/MITH/SECV/MJ/DEF/MATD rectifiant les articles 13, 15, 44 du décret de 2003. Le présent décret fait par ailleurs obligation à tout conducteur de vélomoteur cylindré d’une puissance de 50 à 125cm3 de rouler sur les pistes ou bandes cyclables ; ensuite oblige tout conducteur ou passager d’un vélomoteur et d’une motocyclette à porter un casque.
En un mot le décret de 2005 oblige tous les usagers de deux roues motorisés à circuler avec les casques. A ce décret, il faut ajouter le décret n°2005-231 du 20 avril 2005 qui fait obligation à tout commerçant vendeur de moto d’intégrer le casque aux équipements d’accompagnement. Ce dernier décret prévoit également des sanctions allant d’amendes à un emprisonnement pour les commerçants qui y contreviendraient.
M. Ahmed CISSE, directeur de la sécurité routière a tenu à signifier que ces mesures de sécurité routière ne concernent pas seulement le port du casque, mais qu’il s’agit d’un ensemble de mesures.
Il faut donc éviter de se focaliser sur le casque qui devrait être un geste banal.
Sur la question de la sensibilisation, le directeur a tenu à rassurer que des campagnes d’information ont été menées c’est l’exemple de «la route notre ami» émission télévisée sur Canal3. Mais il faut reconnaître avec le directeur que ces campagnes n’ont pas été intenses et largement vulgarisées.
Ainsi d’autres campagnes en français et en langues nationales seront initiées. A la fin de notre entretien. M. Ahmad CISSE a conclu par ceci : «votre tête n’a pas de prix. Elle est le réceptacle du savoir et le siège de la beauté, alors protégez-là».
Source : DGTTM
Par S. DAOUDA (stagiaire)


Que de questions sans réponses !

Ça serait une lapalissade que de dire que le Burkina est un pays de deux roues. Cela est d’autant plus évident qu’il suffit de faire un bref séjour au pays des Hommes intègres pour s’en convaincre. La particularité des utilisateurs de ces deux roues du Burkina c’est leur grande ignorance des lois portant code de la route dont celle faisant obligation de port de casque.

Les caractéristiques d'un bon casque

Après la Chine en Asie, le Burkina en Afrique passe pour être le pays où les engins à deux roues sont la chose la mieux partagée. C’est dit-on dans l’intention de sécuriser les usagers de ces deux roues que les autorités du pays ont décidé de conditionner leur utilisation au port d’un casque sur la tête. En effet, la loi du 4 avril 2005 fait obligation à tout utilisateur d’engin à deux roues motorisé de porter un casque. Mais il est évident que cette mesure du ministère de la Sécurité semble ne pas recueillir l’assentiment des populations. Les raisons évoquées sont entre autres le caractère contraignant de cette volonté de sécurité. Divers autres motifs sont avancés pour justifier ce refus de se soumettre à cette loi. Car il faut le dire sans ambages, c'est bien peu de dire que la mesure ne fait pas l’unanimité au sein des populations. Pour s’en persuader, il suffit de faire un tour sur les artères de la capitale. Bien que le refus de se soumettre à une loi constitue en elle-même une infraction, il faut tout de même reconnaître une part de légitimité à cette attitude. En effet s'il est vrai que nul n'est censé ignorer la loi, il est tout aussi vrai que gouverner c'est prévoir tout comme nul ne peut gouverner contre la volonté du peuple. Or en ce qui concerne cette affaire de casque, il y a beaucoup à dire. Il y a des choses à dire et qu'on devrait dire pour peu qu'on ait effectivement à l'esprit le bien-être de tous et la sauvegarde de la paix sociale. Le moindre c'est de répondre à certaines appréhensions dont le bien fondé s'appuie sur des observations certes empiriques mais néanmoins réelles.

Les conséquences du casque
En circulation le port du casque peut en effet avoir des conséquences tout aussi graves que si on en portait pas. Avant toute chose, il faut dire que le port du casque ne permet pas d’éviter les accidents de la circulation. C’est juste un dispositif particulier qui permet d’éviter les traumatismes crâniens lorsque l'irréparable survient. C'est dire qu'il ne résout en rien le problème de fractures des jambes qui sont monnaie courante dans les accidents des deux roues. Le casque est donc loin d'être la panacée en matière de protection d'autant qu'il a des inconvenants forts dangereux si on n'y prend garde. On constate en effet que le port du casque réduit, voire empêche toute possibilité, de jeter un coup d’œil à l’arrière avant de tourner. Ce qui signifie que l’utilisation du casque commande que l’engin soit muni d’un rétroviseur pour apprécier la situation à l’arrière. Or, Dieu seul connaît les modèles de motos et le nombre de motos sans rétroviseurs ou qui n'en n'ont plus. Il ne suffit donc pas seulement d'avoir son casque mais de l'utiliser à bon escient. Il est donc indispensable que les engins soient munis de rétroviseurs afin d'éviter des gestes dangereux tels se retourner constamment pour regarder derrière. De même les signaux sonores n’auront plus d’effet dans la mesure où celui qui porte un casque devient "sourd" puisqu’il a les oreilles recouvertes.
Le port du casque suscite aussi certaines interrogations auxquelles il faudrait donner des réponses claires. On se souvient que l’ "arme fatale" du ministre pour combattre l’insécurité c’est la police de proximité. Les casques ne seront-ils pas de véritables cagoules pour les malfaiteurs qui pourraient ainsi opérer incognito sans possibilité d'être reconnus ?
S’il y a un lieu où la parité homme/femme est respectée au Faso ici c’est bien dans la circulation à moto. Quand on sait que la gente féminine a horreur du port du casque à cause de questions d'esthétique notamment leurs effets néfastes sur leurs coiffures, on ne peut manquer de s'interroger sur certaines conséquences secondaires de la mesure. Immanquablement les salons de coiffure vont sentir passer le vent. Leurs recettes vont sans aucun doute en pâtir. A-t-on seulement pensé à toutes ces gérantes de salons de coiffure qui risquent d'être au chômage pour la simple raison qu’à cause du port du casque, se faire une coupe au salon relèvera de l’irrationnel. Enfin a-t-on pensé pour une bonne exécution du décret, à prévoir des endroits aménagés dans les services, écoles et autres lieux publics pour le stockage des casques des usagers de ces lieux ? Pour la simple ville de Ouagadougou c’est par centaines de milliers ; que les casques vont s’évaluer. Toutes ces interrogations signifient que beaucoup de choses doivent être faites avant que nous n’arrivions à l’idéal.
Au premier rang de ces préalables figure la sensibilisation. Du reste, en matière de sécurité routière, rien ne permet d’obtenir de meilleurs résultats que la sensibilisation sur les bienfaits de tel ou tel acte. Or à ce qu'il semble le ministère en charge du Transport agit dans ce sens depuis au moins 3 années. Au vu du résultat des questions se posent et il faut en tenir compte et ne pas tout rejeter du revers de la main.o
Par S. DAOUDA (stagiaire)

Des usagers s’expriment

Le port du casque est-il une nécessité pour l’heure au Burkina Faso?
Le Burkina Faso est réputé être un pays d’engins à deux (2) roues. Seulement la circulation dans certaines villes du pays dont Ouagadougou n’est pas une mince affaire : il se pose avec acuité un problème de sécurité routière. Les autorités pour minimiser les cas d’accidents mortels ont pensé à remettre au goût du jour, cette mesure qui impose le port du casque aux usagers motorisés de la route. Et voilà la polémique sur la nécessité du port ou non du casque en circulation. Sur la question quelques usagers donnent leurs avis.

M. OUBDA P. François de Sales ( Etudiant à l’ISGE-BF )
Je suis pour le port du casque vu la nécessité de la sécurité routière dans une ville comme Ouagadougou où il ne se passe pas un jour sans qu’il n’y ait pas d’accident. On pourrait sauver beaucoup de gens. Cependant, il y a certaines personnes qui portent le casque de manière non conventionnelle : elles l’accrochent quelque part, généralement aux guidons de leur moto, cela n’a pas de sens. Le côté négatif de la chose qu’il ne faut pas négliger, c’est que des criminels et autres bandits pourraient se cacher sous les casques et circuler allégrement ; c’est ça aussi.

 

Mme TRABI
Je pense que c’est une bonne chose compte tenu de la difficulté de la circulation à Ouagadougou surtout pour les jeunes qui roulent à grande vitesse. Mais d’autre part pour les personnes âgées qui ont un problème de vue, c’est un peu difficile et pour les femmes, arriver au service avec une belle coiffure. Moi-même j’ai perdu mes boucles d’oreilles à deux (2) reprises avec le port du casque. Il y a aussi les asthmatiques qui seront toujours pris de malaise en circulation. Donc vraiment, j’aimerais qu’on n’oblige pas les gens à le porter. Il faut plutôt faire de la bonne publicité et laisser le choix à chacun d’en juger l’opportunité.

 

Sidiki WOBGO (Enseignant)
C’est nécessaire puisque ça permet de sécuriser les personnes et préserver la vie des autres. Je trouve donc qu’il est intéressant de faire porter les casques. Je me dis que la vie n’a pas de prix par rapport à sa protection. Pour moi, quel que soit le prix du casque, il faut s’organiser pour avoir quelque chose sur soi.

 

 

Mme OUATTARA (SONABEL)
Du point de vue santé, je peux dire que c’est un peu radical. Il y a des gens qui ne supportent pas le casque. On sait très bien qu’il y a beaucoup d’accidents à Ouagadougou, dans ce sens c’est salutaire. Mais il faut surtout éduquer les gens à la discipline de la circulation ; je pense que ce serait mieux que de vouloir imposer le port des casques. Au lieu que les policiers sanctionnent les usagers, il faut plutôt organiser des émissions sur le bien fondé du respect des feux tricolores. Je pense qu’on y gagnerait plus.

 

 

Zenabo ZONGO (élève)
Je suis pour le port du casque parce que ça protège quand un accident survient. Il y a des femmes qui sont contre parce qu’elles veulent se faire voir et c’est à juste raison. Vous pensez que je vais mettre 5 000 FCFA dans l’entretien pour une bonne présentation de ma tête et cacher ça ? Non ! Mais pour la sécurité je pense que c’est bien. Il parait même que les cyclistes doivent en porter. Là, c’est difficile parce que le prix du casque même peut dépasser le prix d’un vélo ; c’est cher.

 

Abdel Aziz SAWADOGO ( commerçant)
Dire que je suis pour le port du casque c’est trop dire. Je sais que quand on parle du port du casque c’est pour protéger la population des risques et des conséquences d’accidents. Mais d’autre part aussi, c’est difficile. J’ai entendu dire que même si vous êtes deux sur une moto, vous êtes obligés d’en porter. Voyez tout le monde en circulation avec des casques sur nos petites voies ; là, les risques d’accident seront plus nombreux que l’on ne croit ! Et les embouteillages ? C’est compliqué pour un pays comme le Burkina Faso, où tout le monde est à « 2 roues ».

 

 

Lassané OUEDRAOGO (commerçant)
Selon moi si le gouvernement pouvait procéder à une éducation à la base en introduisant l’enseignement du code de la route dans le programme scolaire et même organiser des séances de formation au niveau des fonctionnaires, je pense qu’on pourrait arriver non seulement à diminuer les accidents de la circulation et les gens comprendront la nécessité de la protection routière. Sinon, quand on porte le casque on est souvent dans l’impossibilité de tourner. Il faut une moto à deux (2) rétroviseurs forcément pour pouvoir circuler. Pour moi, les casques sont inutiles si on ignore l’essentiel sur le code de la route. Je suis pour mais cela passe par l’éducation et la sensibilisation.

 

Inoussa ILBOUDO, instituteur en vacances
Je suis contre le port du casque. Face à la hausse des prix du carburant, de l’électricité, des frais de scolarité et j’en passe, ce serait occasionner des dépenses de trop pour les Burkinabé moyens. En plus dans un pays dit démocratique où chacun a le droit de s’exprimer librement, nous avons le droit de porter ou non le casque selon nos convictions et sensibilités. Ça y va de l’épanouissement et du droit de tout un chacun.

 

Paul LOGOUTIOGUE (commerçant)
Je suis contre parce que le port du casque ne changerait rien à la circulation. Pour moi cette mesure pourrait inciter à la pratique de la vitesse et cela va causer beaucoup plus d’accidents. On devrait plutôt appliquer la mesure pour ceux qui voudraient voyager. Mais en ville, c’est difficile. Et encore, il faudrait au moins deux (2) casques pour un couple et même le piéton qu’on voudrait déposer en passant, il lui faut un casque. Vraiment, je pense que cela ne changera pas grand-chose à la situation sur nos routes et parce que nous sommes pauvres, c’est nous créer encore plus de problèmes.o
Propos recueillis par Issoufou MAIGA (stagiaire)

 

Et la ceinture de sécurité ?

Tôt on tard, les décisions de l’autorité sont appelées à être appliquées. Ainsi en est-il de celle relative au port du casque pour les motocyclistes. Décision qui ne date pas d’aujourd’hui, elle est d’un «goût très amer» pour les usagers qui pensent que, sous le prétexte de la recherche de la sécurité routière, on veut leur faire payer une note salée pendant que...

Oui, leur frustration semble au summum quand on les écoute, les «opposants» au port du casque ; et ils ne sont pas les moins nombreux.
Toutes les raisons sont avancées pour contraindre les autorités à lâcher du leste quant à l’application du décret d’avril 2005. Pour certains, le port du casque engendrera plus d’insécurité que de sécurité. Et les arguments ne manquent pas. Pour eux, le casque n’est pas dans nos mœurs, les usagers des deux roues n’y sont pas habitués et, contrairement à ce que l’on veut faire croire aux gens, disent-ils, les accidents avec traumatisme cranien ne sont pas légion dans notre pays.
Pour ces théoriciens de la non utilisation du casque, le débat est ailleurs. Pourquoi ne pas également obliger les automobilistes au port de la ceinture de sécurité ? En effet, autant on a pris un décret pour imposer le port du casque, autant il doit en être de même pour le port de la ceinture de sécurité. Sous d’autres cieux, ne pas attacher sa ceinture de sécurité dans sa voiture est un délit sanctionné avec rigueur; mais chez nous c’est à se demander si l’on connaît le pourquoi de sa présence dans le véhicule. Et comme l’on sait qu’au Faso malgré le foisonnement des «France au revoir», ne roule pas dans une «bagne» qui veut, le citoyen lambda a vite fait de penser que quelque part, quelque chose cloche.
N’y a-t-il pas deux poids deux mesures ? Les plus faibles économiquement semblent toujours les boucs émissaires lorsqu’on veut resoudre un problème dans la cité ; paradoxalement, ce sont eux qui doivent toujours payer le prix fort. Les autres, au nombre desquels les «mogho puissants» décideurs, sont comme ménagés sinon couvés comme œufs de poule ; leur nombre, l’infime partie de la population, milite-t-il en leur faveur ? Pourtant on dit généralement que l’exemple doit venir de la haut.
C’est dire donc que quelque chose ne va pas quelque part. L’automobiliste on le sait, n’a pas besoin de se serrer la ceinture pour acquérir une ceinture de sécurité, celle-ci est incorporée au véhicule qui «sort avec».
Par contre, jusqu’à présent, les vendeurs ne se sentent pas obligés de vendre leurs motos ou vélos avec les casques. Il faut à l’acheteur un effort supplémentaire, augmentant ainsi un crédit dont il aura du mal à honorer les traites. Pour celui qui a déjà réussi à s’acheter un «char», imaginez la gymnastique, que le port du casque lui impose : une recherche de fonds 20 000 à 25 000 FCFA si l’on ne veut pas s’offrir une simple calebasse ! Et quand on pense qu’il faut au moins deux casques, faites le calcul. C’est vraiment caillou comme dirait l’autre d’autant que la mobylette est devenue un moyen de transport en commun. Il n’est pas rare en effet de voir 3 et 4 personnes sur la même moto en violation de toutes les règles et cela au vu des forces de l’ordre. Peut-être devrait-on commencer par là. Ainsi donc, quelque chose ne va pas quelque part.
A y réflechir, pendant que la majorité des Burkinabè doivent s’endetter pour respecter la loi, les automobilistes qui n’ont aucune dépense à faire pour porter leur ceinture de sécurité circulent allègrement sans s’inquiéter de rien. Des privilégiés en somme !
Par Frédéric ILBOUDO

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