La
sensibilisarion à tout prix
Depuis quelques semaines, un spot radiodiffusé
du ministère de la Sécurité rappelle
aux usagers des deux roues leur obligation de porter un
casque. Cela est fait en application de la loi portant code
de la route révisée. Mais cette loi semble
ne pas être acceptée par la majorité
des utilisateurs des deux roues.
Depuis le 4 avril 2005, un décret élargit
le domaine du port du casque par les usagers des deux roues
au Burkina. Ainsi alors qu’il n’ était obligatoire
que pour les cylindrés de plus de 125 cm3, l’est
maintenant pour tous les engins à deux roues motorisés.
Des contrôles de police sont envisagés (et
ont commencé) pour obliger les usagers au respect
de cette mesure. Ce qu’a du reste signifié à
la population de Ouagadougou, le bourgmestre .
Simon
COMPAORE annonçait la sortie de la police municipale
pour une opération musclée visant sans complaisance
à faire respecter la loi. Une telle éventualité
ne pouvait que mettre à mal ceux qui ne disposent
pas de casque ou qui ne veulent pas en porter pour des raisons
diverses. Aussi, la capitale du pays des Hommes intègres
bruit-elle de toutes sortes de supputations sur une mesure
qui ne date pas d’aujourd’hui quand on sait que même
le CMRPN (Comité militaire de redressement pour le
progrès national, 1980-1982), un régime qu’on
disait très « dur », l’a initiée
sans succès.
Ainsi des explications de tous genres fusent pour justifier
l’attitude des autorités. La plus courante dont semblent
convaincus nombre de Ouagavillois serait que, les autorités
municipales auraient «dealé » avec un
grand commerçant qui aurait importé par conteneurs
des casques. Ce «deal» permettrait à
la municipalité d’encaisser des commissions si les
casques étaient écoulés.
Comme on le voit l’homme de la rue déborde d’imagination
surtout lorsqu’à son corps défendant la pression
est faite sur son porte -feuilles. Voilà pourquoi
il faut user de tact, de diplomatie comme on dit, pour l’amener
à accepter ce qui est même de son intérêt.
Dans tous les cas, le constat qui se dégage de la
volonté des autorités à faire appliquer
la loi, c’est le refus des usagers. Cela se vérifie
aisément dans la circulation dans la mesure où
seul un nombre très réduit utilise véritablement
le casque. Il est donc évident que l’application
de cette loi sera très difficile et risque d’engendrer
d’autres problèmes si chacun se braque sur sa position.
En effet, il est à craindre que des attitudes de
défiance préjudiciables à l’ordre public
soient provoquées. Les situations pour le moins cocasses
du temps du CMRPN sont encore à l’esprit qui peuvent
édifier. N’a t-on pas vu des gens qui prétendant
respecter la loi, ont porté des calebasses en forme
de casques pour narguer l’autorité ? Toute chose
qui traduit un ras le bol et un refus de se soumettre à
une décision impopulaire parce que mal comprise.
Sensibilisation ou répression ?
Ne tombons pas dans le négativisme, mais prenant
au mot cette tantie qui sur le petit écran jetait
l’anathème sur nos planificateurs, on peut se demander
si certaines autorités ont de bons conseillers à
moins que ce soient elles-mêmes qui ne les écoutent
pas. Peut- on vraiment en s’amuser à «taquiner
» les crève la faim de Ouagalais qui courent
inlassablement après une pitance qui semble les fuir
comme la peste ? En tout cas, quelque chose ne va pas quelque
part sinon on n’a pas besoin d’enquêtes, d’étude
ou de séminaire pour savoir que dans le contexte
de « vie chère » qui prévaut actuellement
au Faso, l’opportunité de l’application de la mesure
sur le port du casque est encore recherchée. Le temps
ne s’y prête pas à moins que d’autres motivations
inconnues du citoyen en soient le déclencheur . Voilà
d’ailleurs pourquoi autant d’explications aussi saugrenues
les unes que les autres que les gens tentent d’y apporter.
La sécurité des populations est certes une
obligation de l’Etat, mais cela doit se faire avec l’assentiment
des gens au risque de créer des situations de troubles.
Si c’est au nom de la sécurité des usagers,
la répression peut-elle avoir plus d’effets positifs
que la sensibilisation ? Rien n’est moins sûr. La
sensibilisation sur les effets bénéfiques
du port du casque pourra plus inciter les citoyens à
adhérer volontairement au port du casque. Le ministère
des Transports doit initier des séries de spots radio/télé
comme le fait si bien le ministère de l’Environnement
et du cadre de vie sur la question des sachets plastiques.
Il est évident aujourd’hui que l’application de la
loi sur le port du casque devrait se faire avec beaucoup
de tact et de diplomatie. Cette mesure bien qu’elle soit
pour le bonheur des gens devrait être enrobée
pour être acceptée. Se prononçant sur
la loi portant obligation du casque, un usager que nous
avons rencontré répond bien à propos
: « Le port du casque c’est pour notre propre sécurité,
alors pourquoi nous obliger ? Ce qui veut dire qu’ils vont
créer une loi qui oblige le port du préservatif
aussi ». Cette réflexion bien qu’elle soit
discutable, a le mérite de poser en des termes concrets
la question du casque. Il faut donc que les autorités
reconsidèrent la méthode utilisée pour
amener les gens à adopter ce geste qui sauve.o
Par Daouda
SAWADOGO (stagiaire)
Clément OUANGO,
Directeur général de la police municipale
“Nous avons commencé la sensibilisation
depuis 2005…”
Le
décret qui fait obligation à tout usager de
deux roues motorisées de porter un casque est entré
dans sa phase d’application. Ainsi, le vendredi 1er septembre
2006 des contrôles annoncés par les autorités
ont été effectués dans la ville de
Ouagadougou. Ce qui a occasionné ça et là
des heurts entre forces de police et usagers mécontents
d’une telle décision. Pour en savoir davantage sur
la question, nous avons rencontré le Directeur général
de la police municipale, Clément OUANGO. Avec lui
d’autres aspects dudit décret sont évoqués.
Lisez plutôt.
Depuis 2005, un décret fait obligation à
tous les motocyclistes de porter un casque. Quel est le
contenu réel de ce décret ?
DGPM : Il faut dire tout d’abord qu’il y a une
erreur que les médias commettent, qu’il faut rectifier
tout de suite. Ce n’est pas en 2005 que le texte à
été pris, le texte a été adopté
depuis le 12 août 2003. Ainsi, le texte était
en vigueur, mais seulement l’on ne contrôlait pas.
En 2005, il y a eu une modification du texte de 2003 parce
que dans le premier texte, c’était seulement les
détenteurs des motos de plus de 125cm3 qui étaient
astreints au port du casque. Mais avec la révision
de 2005, il est fait obligation à tout détenteur
d’engin à moteur à deux roues à porter
le casque. Ainsi sont concernés même ceux qui
ont des moteurs en deçà de 50cm3 et au-delà
alors que dans le premier texte, ils ne l’étaient
pas.
C’est dire qu’il y a une aggravation du second texte par
rapport au premier.
Pourquoi alors avoir attendu le 1er septembre 2006
pour passer à la mise en application réelle
de ce décret ?
DGPM : Il faut dire que chacun a sa part de responsabilité
dans cette histoire, parce que nous, en tant que service
de sécurité, nous recevons des instructions
qui viennent de nos autorités.
Donc je pense que la question pouvait être mieux répondue
par les législateurs de ce décret.
Quel bilan faites-vous de la première journée
de l’application de ce décret ?
DGPM : Le contrôle de l’application de la
mesure qui s’est passé le 1er septembre, ne posait
aucun problème aux premiers moments. Parce que nous
avions pris toutes les dispositions pour accompagner les
usagers dans la mesure où il ne s’agissait pas de
réprimer systématiquement les contrevenants.
Il fallait surtout leur faire comprendre qu’ils devaient
désormais porter le casque. Vous avez constaté
que depuis 2005, nous avions déjà commencé
à parler du casque mais avions par la suite, ralenti
et des communiqués sont passés à la
radio invitant les usagers, tous les citoyens, à
porter le casque pour ceux qui utilisent les deux roues.
Ainsi, lorsque nous sommes sortis, ce n’était pas
pour rechercher de l’argent pour les caisses de l’Etat ou
de la commune, c’était plutôt pour montrer
l’importance du port du casque.
Vous avez sans doute vu ce que nous faisions dans les carrefours,
lorsque quelqu’un était interpellé pour défaut
de casque, la personne était invitée à
aller chercher un casque et revenir chercher sa moto.
En atteste l’ambiance bon enfant qui régnait dans
ces carrefours, c’était presque la plaisanterie,
les gens étaient sensibilisés et ils comprenaient.
Donc tous ceux qui étaient interpellés ne
rechignaient pas. Mais il se trouve que lors de notre contrôle,
à mon avis, des gens ont voulu récupérer
peut être les humeurs des citoyens qui étaient
perceptibles avant même l’opération. En fait
comme nous étions en train de mener l’opération
sans problème, peut-être que certains ne croyaient
pas que cela se passerait comme ça. Alors ils ont
monté des enfants pour commettre des actes de vandalisme.
L’exemple de ce qui s’est passé à la Patte
d’Oie en atteste. C’était visiblement des badauds
désœuvrés et souvent déséquilibrés,
il n’y avait pas tellement de majeurs qui manifestaient.
Manifestement c’était une orchestration de personnes
bien cachées. Il fallait que les enfants commettent
ces actes. Ainsi des panneaux de bus ont été
arrachés, des plantes ornementales que la mairie
a plantées ont été détruites,
des pneus brûlés sur la voie publique…
Certains mêmes sont allés jusqu’à commettre
des actes de vandalismes sur les usagers. Dans la mesure
où ceux qui portaient des casques étaient
arrêtés par eux et contraints à enlever
leur casque.
Sur le vif, quelle a été la réplique
de la police par rapport à ces manifestations ?
DGPM : Vous savez, nous sommes en démocratie
et pour manifester il y a des règles à suivre.
La démocratie n’est pas la pagaille ; si vous suivez
les règles, l’autorité vous permettra de manifester
tout en prenant toutes les mesures possibles de sécurité
pour encadrer votre manifestation. Mais à défaut
de toute autorisation de l’autorité, si vous manifestez,
ce qui est donc illégal et formellement interdit,
des forces spéciales sont commises pour réprimer
ces genres d’attitudes. Il y a notamment la Compagnie républicaine
de sécurité (CRS), qui a donc procédé
à la répression de ces comportements inciviques
qui se passaient à la Patte d’Oie. Elles ont aussi
sollicité le concours des autres forces, mais dans
tous les cas les autres agissaient sous leur contrôle.
Ne pensez-vous pas que la sensibilisation ait fait
défaut ?
DGPM : Avant de répondre à la question,
je voudrais apporter un plus à ce que je viens de
dire précédemment. Pendant les troubles la
CRS a pu interpeller près d’une quarantaine de mineurs.
Vous avez peut-être pu voir cela à la télévision,
ce sont des mineurs qui ont été interpellés
parce que c’est eux qui ont été montés
et qui donc sont les vendales pris en flagrant délit.
Pour revenir à la question, il faut dire que la sensibilisation
n’a pas manqué parce que depuis 2005, il n’y a pas
ce citoyen de la ville de Ouagadougou qui ignore l’existence
d’un texte faisant obligation aux détenteurs d’engin
à deux roues à moteur de porter un casque.
Ce citoyen n’existe pas parce que depuis 2005 nous avons
commencé la sensibilisation. Nous sommes dans les
radios et télévisions. A travers donc ces
médias nous avons lancé le message. Dans cette
démarche, nous avions été appuyés
par la brigade des jeunes volontaires. Vous avez remarqué
à un certain moment, il y avait des panneaux qui
étaient déposés aux abords des voies
publiques. Donc on ne peut pas dire que la sensibilisation
ait fait totalement défaut. Les gens cherchent des
arguties pour pouvoir manifester leur ras-le-bol parce qu’il
y a un certain nombre de problèmes au niveau du pays.
Ils profitent donc de la situation sinon ce ne sont pas
des raisons valables que les gens invoquent.
Les gens savaient l’existence de la loi au Burkina Faso
et que pour la ville de Ouagadougou nous passerions au contrôle
dans les jours à venir. En fait, comme tout changement
rencontre le mécontentement des gens, ceci peut expliquer
ce qui s’est passé le 1er septembre.
Pensez-vous que le port du casque soit aussi nécessaire
pour qu’autant de moyens soient déployés pour
son application ?
DGPM : Je suis tenté de poser la question
de savoir si manger est nécessaire. La question est
banale, c’est comme la sécurité, elle est
nécessaire et même indispensable. De la même
manière que manger pour vivre. Pour la sécurité,
tout ne se limite pas au fait de ne pas être agressé
dans votre maison ou être victime de vol.
La sécurité englobe toutes les autres questions.
Un Etat qui ne veut pas que ces citoyens soient laissés
à la merci des âmes et des hommes de mauvaise
foi et de mauvais comportement doit faire des projections,
doit prendre des mesures pour protéger ses habitants.
Le port du casque fait partie entre autres de ces mesures.
Nous avons constaté à notre niveau et les
informations complémentaires du ministère
de la Santé ne le démentent pas, il ressort
que dans la plupart des accidents de circulation, les plus
graves problèmes sont ceux de traumatismes crâniens.
Que fallait-il faire ? Face à cela, il a donc fallu
proposer aux citoyens de porter des casques. On va me dire
qu’ailleurs c’est obligatoire parce que l’Etat prend en
charge les victimes de traumatisme crânien et comme
au Burkina Faso ce n’est pas le cas il faut laisser les
gens d’utiliser ou pas le casque parce qu’ils se prendront
eux-mêmes en charge car responsables de ce qui peut
leur arriver. Cette solution serait irresponsable de la
part de l’Etat que laisser ses citoyens sombrer sans leur
proposer quelque chose. Si l’on a élu des gens, c’est
justement pour penser les problèmes du pays et proposer
des solutions. Si certains ne veulent plus que l’on fasse
la prévention alors plus d’Etat et c’est l’anarchie
partout pour tout le monde. Dans ce cas, on retourne à
la case départ de l’humanité. L’Etat de la
jungle. Ceux qui manifestent aujourd’hui s’ils sont à
la tête de l’Etat ce sont les mêmes solutions
qu’ils vont proposer. Il faut donc reconnaître le
mérite aux autorités d’avoir osé proposer
ces solutions. Cela c’est parce qu’elles sont soucieuses
du bien-être de leur prochain.
Ne pensez-vous pas que s’attarder sur le casque,
c’est s’attaquer aux conséquences plutôt qu’aux
causes des accidents. Surtout avec la méconnaissance
par les usagers du code de la route, le mauvais état
des routes… ?
DGPM : Votre question est intéressante,
mais il faut se dire que l’homme est un tout. On ne peut
pas s’attarder sur une partie de l’homme et ignorer les
autres aspects en disant que si l’on traite cette partie
cela aura des répercussions sur les autres parties.
On ne peut pas dire qu’étant donné que le
Burkina est très pauvre, il faut éviter de
construire des étages, des bâtiments pour loger
les fonctionnaires mais aller plutôt dans les provinces
et ne construire que des dispensaires.
Ou bien encore on ne peut pas dire que le Burkina est composé
de populations à majorité analphabètes
donc pour résoudre ce problème de sécurité
routière, il faut d’abord résoudre le problème
de l’éducation. On ne peut pas agir comme ça.
Pour un responsable, il faut attaquer les problèmes
de front. C’est vrai qu’il faut faire des balances, faire
des priorités quelque part mais il ne faut pas négliger
des aspects. C’est donc à ce titre que nous ne pouvons
pas dire, que, comme la population est analphabète,
il faudra d’abord relever le taux d’alphabétisation,
enseigner le code de la route avant de résoudre les
autres problèmes. On ne raisonne pas comme cela.
Autant il faut encourager les gens à s’approprier
le code de la route, autant il faut prendre des mesures
pour les contraindre à respecter ce code de la route.
Regardez un peu la circulation de la ville de Ouagadougou,
on suppose que tous ceux qui circulent en véhicule
quatre roues ont le permis de conduire c’est-à-dire
qu’ils se sont approprié le code de la route, mais
qu’est ce qu’ils en font ? Il est aux oubliettes.
Donc une autorité ne peut pas attendre que le code
de la route soit maîtrisé de tous avant de
prendre des mesures. Il faut donc sanctionner les gens pour
qu’ils comprennent la nécessité du respect
de la loi. Il faut sensibiliser les gens, réparer
les voies certes, mais il faut aussi prévoir la répression
parce que le problème n’est pas dans la méconnaissance
du code de la route ni dans le mauvais état des routes,
mais plutôt dans la volonté même des
gens. C’est un problème de mental.
Qu’est-ce qui est prévu pour l’avenir après
avoir connu des oppositions sur le terrain ?
DGPM : Pour l’avenir… (silence) Je pense que cette
question doit être posée aux autorités.
Nous, nous sommes chargés de l’application de la
loi. Nous avons fait des essais pour amener les gens à
porter les casques. Pour la première fois. Nous laissons
le soin aux autorités d’apprécier et de nous
donner la conduite à tenir.
Quelle place occupe la police municipale dans les
forces de sécurité républicaines ?
DGPM : La police municipale est un corps qui est
très jeune. Elle a été créée
avec le départ des nouvelles communes au Burkina
Faso c’est-à-dire en 1995. Nous sommes alors très
jeunes. Nous sommes une force complémentaire ; nous
complétons donc harmonieusement sur le terrain les
forces de défense et de sécurité. Nous
avons simplement un rôle administratif donc une police
administrative et à ce titre sommes chargées
d’assister la population dans ses «petits problèmes».
Parce que si vous parlez de nuisance sonore, d’hygiène
publique dans les quartiers, d’occupation anarchique des
voies publiques ou de la circulation des malades mentaux
dans la ville ou encore des mendiants qui encombrent la
voie publique, de la fluidité de la circulation routière,
tout cela est de notre ressort. En fait, nous complétons
la police nationale qui était présente depuis
sur le terrain. Cette dernière est appelée
à gérer d’autres problèmes beaucoup
plus «corsés». Vous savez que la police
nationale est à la fois administrative et judiciaire
; si nous arrivons à gérer convenablement
le volet administratif, je crois que la nationale pourra
alors se consacrer davantage au volet judiciaire pour le
bonheur des populations. Tout cela, c’est dans la recherche
de plus de sécurité pour les citoyens de nos
villes et campagnes.o
Propos récueillis par S. Daouda (stagiaire)
L’avis d’un spécialiste
S’il y a quelque chose qui
irrite les usagers des deux roues au Burkina actuellement
c’est bien la mesure qui leur fait obligation de porter
un casque en circulation. Pour mieux avoir les tenants et
les aboutissants de cette mesure, nous avons rencontré
le directeur de la sécurité routière,
M. Ahmad Nassourou CISSE. Sans faire l’apologie du décret,
il explique la nécessité du port du casque.
M.
Ahmad CISSE a tenu à rappeler d’abord que ce texte
réglementaire (décret) existe au Burkina en
fait depuis 1978. Mais diverses raisons avaient empêché
son application effective. Ainsi il faut dire que la loi
de 1978 était très lapidaire quant à
la définition de l’infraction sur le port du casque
et d’autres mesures de sécurité routière.
A cela il faut ajouter la forte demande des associations
et autres structures qui oeuvrent dans le domaine de la
sécurité routière. Ce sont donc ces
éléments qui ont conduit à l’adoption
de la loi de 2003. Ainsi le décret n°2003-418/PRES/PM/MITH/SECV/MJ/DEF/MATD
portant définition et répression de la contravention
en matière de circulation routière a été
adopté. Pour ce qui nous concerne présentement
(le casque) l’article 15 dudit décret faisait obligation
aux seuls conducteurs de motocyclette de 125cm3 de porter
un casque. A ce niveau, il s’est posé le problème
suivant : la mesure n’a pas atteint l’objectif visé.
La raison était qu’en fait les motocyclettes de plus
de 125cm3 étaient en minorité. Ainsi la majorité
des usagers des deux roues au Burkina Faso était
toujours victime des conséquences du défaut
du casque. Il fallait donc pour rendre la mesure plus efficace
élargir «l’assiette» des concernés.
C’est ce qui a motivé le décret n°2005-196/PRES/PM/MITH/SECV/MJ/DEF/MATD
rectifiant les articles 13, 15, 44 du décret de 2003.
Le présent décret fait par ailleurs obligation
à tout conducteur de vélomoteur cylindré
d’une puissance de 50 à 125cm3 de rouler sur les
pistes ou bandes cyclables ; ensuite oblige tout conducteur
ou passager d’un vélomoteur et d’une motocyclette
à porter un casque.
En un mot le décret de 2005 oblige tous les usagers
de deux roues motorisés à circuler avec les
casques. A ce décret, il faut ajouter le décret
n°2005-231 du 20 avril 2005 qui fait obligation à
tout commerçant vendeur de moto d’intégrer
le casque aux équipements d’accompagnement. Ce dernier
décret prévoit également des sanctions
allant d’amendes à un emprisonnement pour les commerçants
qui y contreviendraient.
M. Ahmed CISSE, directeur de la sécurité routière
a tenu à signifier que ces mesures de sécurité
routière ne concernent pas seulement le port du casque,
mais qu’il s’agit d’un ensemble de mesures.
Il faut donc éviter de se focaliser sur le casque
qui devrait être un geste banal.
Sur la question de la sensibilisation, le directeur a tenu
à rassurer que des campagnes d’information ont été
menées c’est l’exemple de «la route notre ami»
émission télévisée sur Canal3.
Mais il faut reconnaître avec le directeur que ces
campagnes n’ont pas été intenses et largement
vulgarisées.
Ainsi d’autres campagnes en français et en langues
nationales seront initiées. A la fin de notre entretien.
M. Ahmad CISSE a conclu par ceci : «votre tête
n’a pas de prix. Elle est le réceptacle du savoir
et le siège de la beauté, alors protégez-là».
Source : DGTTM
Par S. DAOUDA (stagiaire)
Que de questions sans réponses
!
Ça serait une lapalissade que de dire que
le Burkina est un pays de deux roues. Cela est d’autant
plus évident qu’il suffit de faire un bref séjour
au pays des Hommes intègres pour s’en convaincre.
La particularité des utilisateurs de ces deux roues
du Burkina c’est leur grande ignorance des lois portant
code de la route dont celle faisant obligation de port de
casque.

Les
caractéristiques d'un bon casque
Après la Chine en Asie, le Burkina en Afrique passe
pour être le pays où les engins à deux
roues sont la chose la mieux partagée. C’est dit-on
dans l’intention de sécuriser les usagers de ces
deux roues que les autorités du pays ont décidé
de conditionner leur utilisation au port d’un casque sur
la tête. En effet, la loi du 4 avril 2005 fait obligation
à tout utilisateur d’engin à deux roues motorisé
de porter un casque. Mais il est évident que cette
mesure du ministère de la Sécurité
semble ne pas recueillir l’assentiment des populations.
Les raisons évoquées sont entre autres le
caractère contraignant de cette volonté de
sécurité. Divers autres motifs sont avancés
pour justifier ce refus de se soumettre à cette loi.
Car il faut le dire sans ambages, c'est bien peu de dire
que la mesure ne fait pas l’unanimité au sein des
populations. Pour s’en persuader, il suffit de faire un
tour sur les artères de la capitale. Bien que le
refus de se soumettre à une loi constitue en elle-même
une infraction, il faut tout de même reconnaître
une part de légitimité à cette attitude.
En effet s'il est vrai que nul n'est censé ignorer
la loi, il est tout aussi vrai que gouverner c'est prévoir
tout comme nul ne peut gouverner contre la volonté
du peuple. Or en ce qui concerne cette affaire de casque,
il y a beaucoup à dire. Il y a des choses à
dire et qu'on devrait dire pour peu qu'on ait effectivement
à l'esprit le bien-être de tous et la sauvegarde
de la paix sociale. Le moindre c'est de répondre
à certaines appréhensions dont le bien fondé
s'appuie sur des observations certes empiriques mais néanmoins
réelles.
Les conséquences du casque
En circulation le port du casque peut en effet avoir des
conséquences tout aussi graves que si on en portait
pas. Avant toute chose, il faut dire que le port du casque
ne permet pas d’éviter les accidents de la circulation.
C’est juste un dispositif particulier qui permet d’éviter
les traumatismes crâniens lorsque l'irréparable
survient. C'est dire qu'il ne résout en rien le problème
de fractures des jambes qui sont monnaie courante dans les
accidents des deux roues. Le casque est donc loin d'être
la panacée en matière de protection d'autant
qu'il a des inconvenants forts dangereux si on n'y prend
garde. On constate en effet que le port du casque réduit,
voire empêche toute possibilité, de jeter un
coup d’œil à l’arrière avant de tourner. Ce
qui signifie que l’utilisation du casque commande que l’engin
soit muni d’un rétroviseur pour apprécier
la situation à l’arrière. Or, Dieu seul connaît
les modèles de motos et le nombre de motos sans rétroviseurs
ou qui n'en n'ont plus. Il ne suffit donc pas seulement
d'avoir son casque mais de l'utiliser à bon escient.
Il est donc indispensable que les engins soient munis de
rétroviseurs afin d'éviter des gestes dangereux
tels se retourner constamment pour regarder derrière.
De même les signaux sonores n’auront plus d’effet
dans la mesure où celui qui porte un casque devient
"sourd" puisqu’il a les oreilles recouvertes.
Le port du casque suscite aussi certaines interrogations
auxquelles il faudrait donner des réponses claires.
On se souvient que l’ "arme fatale" du ministre
pour combattre l’insécurité c’est la police
de proximité. Les casques ne seront-ils pas de véritables
cagoules pour les malfaiteurs qui pourraient ainsi opérer
incognito sans possibilité d'être reconnus
?
S’il y a un lieu où la parité homme/femme
est respectée au Faso ici c’est bien dans la circulation
à moto. Quand on sait que la gente féminine
a horreur du port du casque à cause de questions
d'esthétique notamment leurs effets néfastes
sur leurs coiffures, on ne peut manquer de s'interroger
sur certaines conséquences secondaires de la mesure.
Immanquablement les salons de coiffure vont sentir passer
le vent. Leurs recettes vont sans aucun doute en pâtir.
A-t-on seulement pensé à toutes ces gérantes
de salons de coiffure qui risquent d'être au chômage
pour la simple raison qu’à cause du port du casque,
se faire une coupe au salon relèvera de l’irrationnel.
Enfin a-t-on pensé pour une bonne exécution
du décret, à prévoir des endroits aménagés
dans les services, écoles et autres lieux publics
pour le stockage des casques des usagers de ces lieux ?
Pour la simple ville de Ouagadougou c’est par centaines
de milliers ; que les casques vont s’évaluer. Toutes
ces interrogations signifient que beaucoup de choses doivent
être faites avant que nous n’arrivions à l’idéal.
Au premier rang de ces préalables figure la sensibilisation.
Du reste, en matière de sécurité routière,
rien ne permet d’obtenir de meilleurs résultats que
la sensibilisation sur les bienfaits de tel ou tel acte.
Or à ce qu'il semble le ministère en charge
du Transport agit dans ce sens depuis au moins 3 années.
Au vu du résultat des questions se posent et il faut
en tenir compte et ne pas tout rejeter du revers de la main.o
Par S. DAOUDA (stagiaire)
Des usagers s’expriment
Le port du casque est-il une nécessité
pour l’heure au Burkina Faso?
Le Burkina Faso est réputé être un pays
d’engins à deux (2) roues. Seulement la circulation
dans certaines villes du pays dont Ouagadougou n’est pas
une mince affaire : il se pose avec acuité un problème
de sécurité routière. Les autorités
pour minimiser les cas d’accidents mortels ont pensé
à remettre au goût du jour, cette mesure qui
impose le port du casque aux usagers motorisés de
la route. Et voilà la polémique sur la nécessité
du port ou non du casque en circulation. Sur la question
quelques usagers donnent leurs avis.
M. OUBDA P. François de Sales ( Etudiant
à l’ISGE-BF )
Je
suis pour le port du casque vu la nécessité
de la sécurité routière dans une ville
comme Ouagadougou où il ne se passe pas un jour sans
qu’il n’y ait pas d’accident. On pourrait sauver beaucoup
de gens. Cependant, il y a certaines personnes qui portent
le casque de manière non conventionnelle : elles
l’accrochent quelque part, généralement aux
guidons de leur moto, cela n’a pas de sens. Le côté
négatif de la chose qu’il ne faut pas négliger,
c’est que des criminels et autres bandits pourraient se
cacher sous les casques et circuler allégrement ;
c’est ça aussi.
Mme TRABI
Je
pense que c’est une bonne chose compte tenu de la difficulté
de la circulation à Ouagadougou surtout pour les
jeunes qui roulent à grande vitesse. Mais d’autre
part pour les personnes âgées qui ont un problème
de vue, c’est un peu difficile et pour les femmes, arriver
au service avec une belle coiffure. Moi-même j’ai
perdu mes boucles d’oreilles à deux (2) reprises
avec le port du casque. Il y a aussi les asthmatiques qui
seront toujours pris de malaise en circulation. Donc vraiment,
j’aimerais qu’on n’oblige pas les gens à le porter.
Il faut plutôt faire de la bonne publicité
et laisser le choix à chacun d’en juger l’opportunité.
Sidiki WOBGO (Enseignant)
C’est
nécessaire puisque ça permet de sécuriser
les personnes et préserver la vie des autres. Je
trouve donc qu’il est intéressant de faire porter
les casques. Je me dis que la vie n’a pas de prix par rapport
à sa protection. Pour moi, quel que soit le prix
du casque, il faut s’organiser pour avoir quelque chose
sur soi.
Mme OUATTARA (SONABEL)
Du
point de vue santé, je peux dire que c’est un peu
radical. Il y a des gens qui ne supportent pas le casque.
On sait très bien qu’il y a beaucoup d’accidents
à Ouagadougou, dans ce sens c’est salutaire. Mais
il faut surtout éduquer les gens à la discipline
de la circulation ; je pense que ce serait mieux que de
vouloir imposer le port des casques. Au lieu que les policiers
sanctionnent les usagers, il faut plutôt organiser
des émissions sur le bien fondé du respect
des feux tricolores. Je pense qu’on y gagnerait plus.
Zenabo ZONGO (élève)
Je
suis pour le port du casque parce que ça protège
quand un accident survient. Il y a des femmes qui sont contre
parce qu’elles veulent se faire voir et c’est à juste
raison. Vous pensez que je vais mettre 5 000 FCFA dans l’entretien
pour une bonne présentation de ma tête et cacher
ça ? Non ! Mais pour la sécurité je
pense que c’est bien. Il parait même que les cyclistes
doivent en porter. Là, c’est difficile parce que
le prix du casque même peut dépasser le prix
d’un vélo ; c’est cher.
Abdel Aziz SAWADOGO ( commerçant)
Dire
que je suis pour le port du casque c’est trop dire. Je sais
que quand on parle du port du casque c’est pour protéger
la population des risques et des conséquences d’accidents.
Mais d’autre part aussi, c’est difficile. J’ai entendu dire
que même si vous êtes deux sur une moto, vous
êtes obligés d’en porter. Voyez tout le monde
en circulation avec des casques sur nos petites voies ;
là, les risques d’accident seront plus nombreux que
l’on ne croit ! Et les embouteillages ? C’est compliqué
pour un pays comme le Burkina Faso, où tout le monde
est à « 2 roues ».
Lassané OUEDRAOGO (commerçant)
Selon
moi si le gouvernement pouvait procéder à
une éducation à la base en introduisant l’enseignement
du code de la route dans le programme scolaire et même
organiser des séances de formation au niveau des
fonctionnaires, je pense qu’on pourrait arriver non seulement
à diminuer les accidents de la circulation et les
gens comprendront la nécessité de la protection
routière. Sinon, quand on porte le casque on est
souvent dans l’impossibilité de tourner. Il faut
une moto à deux (2) rétroviseurs forcément
pour pouvoir circuler. Pour moi, les casques sont inutiles
si on ignore l’essentiel sur le code de la route. Je suis
pour mais cela passe par l’éducation et la sensibilisation.
Inoussa ILBOUDO, instituteur en vacances
Je
suis contre le port du casque. Face à la hausse des
prix du carburant, de l’électricité, des frais
de scolarité et j’en passe, ce serait occasionner
des dépenses de trop pour les Burkinabé moyens.
En plus dans un pays dit démocratique où chacun
a le droit de s’exprimer librement, nous avons le droit
de porter ou non le casque selon nos convictions et sensibilités.
Ça y va de l’épanouissement et du droit de
tout un chacun.
Paul LOGOUTIOGUE (commerçant)
Je
suis contre parce que le port du casque ne changerait rien
à la circulation. Pour moi cette mesure pourrait
inciter à la pratique de la vitesse et cela va causer
beaucoup plus d’accidents. On devrait plutôt appliquer
la mesure pour ceux qui voudraient voyager. Mais en ville,
c’est difficile. Et encore, il faudrait au moins deux (2)
casques pour un couple et même le piéton qu’on
voudrait déposer en passant, il lui faut un casque.
Vraiment, je pense que cela ne changera pas grand-chose
à la situation sur nos routes et parce que nous sommes
pauvres, c’est nous créer encore plus de problèmes.o
Propos recueillis par Issoufou MAIGA (stagiaire)
Et
la ceinture de sécurité ?
Tôt on tard, les décisions de l’autorité
sont appelées à être appliquées.
Ainsi en est-il de celle relative au port du casque pour
les motocyclistes. Décision qui ne date pas d’aujourd’hui,
elle est d’un «goût très amer»
pour les usagers qui pensent que, sous le prétexte
de la recherche de la sécurité routière,
on veut leur faire payer une note salée pendant que...
Oui, leur frustration semble au summum quand on les écoute,
les «opposants» au port du casque ; et ils ne
sont pas les moins nombreux.
Toutes les raisons sont avancées pour contraindre
les autorités à lâcher du leste quant
à l’application du décret d’avril 2005. Pour
certains, le port du casque engendrera plus d’insécurité
que de sécurité. Et les arguments ne manquent
pas. Pour eux, le casque n’est pas dans nos mœurs, les usagers
des deux roues n’y sont pas habitués et, contrairement
à ce que l’on veut faire croire aux gens, disent-ils,
les accidents avec traumatisme cranien ne sont pas légion
dans notre pays.
Pour ces théoriciens de la non utilisation du casque,
le débat est ailleurs. Pourquoi ne pas également
obliger les automobilistes au port de la ceinture de sécurité
? En effet, autant on a pris un décret pour imposer
le port du casque, autant il doit en être de même
pour le port de la ceinture de sécurité. Sous
d’autres cieux, ne pas attacher sa ceinture de sécurité
dans sa voiture est un délit sanctionné avec
rigueur; mais chez nous c’est à se demander si l’on
connaît le pourquoi de sa présence dans le
véhicule. Et comme l’on sait qu’au Faso malgré
le foisonnement des «France au revoir», ne roule
pas dans une «bagne» qui veut, le citoyen lambda
a vite fait de penser que quelque part, quelque chose cloche.
N’y a-t-il pas deux poids deux mesures ? Les plus faibles
économiquement semblent toujours les boucs émissaires
lorsqu’on veut resoudre un problème dans la cité
; paradoxalement, ce sont eux qui doivent toujours payer
le prix fort. Les autres, au nombre desquels les «mogho
puissants» décideurs, sont comme ménagés
sinon couvés comme œufs de poule ; leur nombre, l’infime
partie de la population, milite-t-il en leur faveur ? Pourtant
on dit généralement que l’exemple doit venir
de la haut.
C’est dire donc que quelque chose ne va pas quelque part.
L’automobiliste on le sait, n’a pas besoin de se serrer
la ceinture pour acquérir une ceinture de sécurité,
celle-ci est incorporée au véhicule qui «sort
avec».
Par contre, jusqu’à présent, les vendeurs
ne se sentent pas obligés de vendre leurs motos ou
vélos avec les casques. Il faut à l’acheteur
un effort supplémentaire, augmentant ainsi un crédit
dont il aura du mal à honorer les traites. Pour celui
qui a déjà réussi à s’acheter
un «char», imaginez la gymnastique, que le port
du casque lui impose : une recherche de fonds 20 000 à
25 000 FCFA si l’on ne veut pas s’offrir une simple calebasse
! Et quand on pense qu’il faut au moins deux casques, faites
le calcul. C’est vraiment caillou comme dirait l’autre d’autant
que la mobylette est devenue un moyen de transport en commun.
Il n’est pas rare en effet de voir 3 et 4 personnes sur
la même moto en violation de toutes les règles
et cela au vu des forces de l’ordre. Peut-être devrait-on
commencer par là. Ainsi donc, quelque chose ne va
pas quelque part.
A y réflechir, pendant que la majorité des
Burkinabè doivent s’endetter pour respecter la loi,
les automobilistes qui n’ont aucune dépense à
faire pour porter leur ceinture de sécurité
circulent allègrement sans s’inquiéter de
rien. Des privilégiés en somme !
Par Frédéric ILBOUDO
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