C’est vrai que sur le plan
économique la pression devient de plus en plus insoutenable,
avec la flambée des prix des hydrocarbures sur le marché
international et ses répercussions directes sur le
pouvoir d’achat des travailleurs ; c’est vrai que l’heure
est à la préparation de la rentrée scolaire
avec tous ses problèmes ; c’est vrai qu’on ne s’explique
pas l’urgence qu’il y a à exiger actuellement des populations
qu’elles se dotent de casques, mais de là à
verser dans l’apologie de l’incivisme il y a un pas qu’il
ne faut manifestement pas franchir et que pourtant certains
font allègrement. Pire, ils s’étonnent qu’on
le leur reproche et s’intronisent eux-mêmes on ne sait
par quelle alchimie porte-paroles des populations, voyant
en ceux qui préconisent de savoir raison garder des
gens qui ne sont pas au contact des réalités.
Après l’augmentation du coût de l’essence,
à la veille de l’ouverture des négociations
gouvernement-syndicats qui avait fait capoter celles-ci,
voilà le casque de la rentrée qui lui aussi
risque fort de secouer les agendas des principaux acteurs
de la scène socio-politique.
Petite cause, grands effets diront certains, d’autant que
tout le monde était d’avis à l’époque
que le gouvernement qui était accusé d’effronterie
avait réellement peu de marge de manœuvres et pouvait
difficilement faire autrement. Tout au plus reporter de
quelques jours une mesure qui était inéluctable,
ce qui n’allait rien changer au fond. Pourtant il aura fallu
bien de médiations et de semaines à se regarder
en chiens de faïence, avant qu’on ne parle d’un nouvel
agenda de négociations… sur les mêmes sujets.
L’accessoire a donc un moment eu raison sur le principal,
pourrait-on dire, car il nous semble difficile de trouver
dans cet intermède quelque chose de positif, que
ce soit pour le gouvernement ou pour les syndicats, même
si pour le premier on peut dire qu’il a gagné du
temps.
Mais l’un dans l’autre, on retourne à la case départ
avec en plus la méfiance et la conviction qu’en face
on veut faire dans le dilatoire. Autant dire que personne
ne gagne au change et que quelque part, chacun des protagonistes
de ce mélodrame payera sa part dans cette perte de
temps car leurs différents mandataires finiront par
leur demander des comptes d’une manière ou d’une
autre. Cette affaire servira-t-elle de leçon pour
le nouveau feuilleton qui est en train de commencer ? Rien
n’est moins sûr, car à voir la véhémence
avec laquelle certains ont accueilli la nouvelle de l’application
effective de la loi obligeant les motocyclistes au port
du casque, on imagine que ça va « cailler ».
Or tout le monde ou presque est d’avis que la mesure en
elle-même, à défaut d’être bonne
est nécessaire voire salutaire. Pourtant la majorité
ne veut pas en entendre parler au prétexte qu’elle
est inopportune et s’apparente à une véritable
provocation de la part d’un pouvoir qui aurait perdu le
sens des réalités, s’il n’a pas tout simplement
choisi de faire son beurre sur le dos des populations déjà
durement frappées par la pandémie de ce siècle
naissant, la « vie chère ». Le tableau
qu’on dresse est si pathétique qu’on se demande en
toute bonne foi quel diable a bien poussé les décideurs
à oser imposer un tel supplice à ceux qui,
hier seulement, les ont fait rois. C’est comme s’ils sciaient
la branche sur laquelle ils seraient assis et ce n’est pas
trop de dire qu’ils tentent de faire porter aux populations
le casque de trop.
C’est vrai que sur le plan économique la pression
devient de plus en plus insoutenable, avec la flambée
des prix des hydrocarbures sur le marché international
et ses répercussions directes sur le pouvoir d’achat
des travailleurs ; c’est vrai que l’heure est à la
préparation de la rentrée scolaire avec tous
ses problèmes ; c’est vrai qu’on ne s’explique pas
l’urgence qu’il y a à exiger actuellement des populations
qu’elles se dotent de casques, mais de là à
verser dans l’apologie de l’incivisme il y a un pas qu’il
ne faut manifestement pas franchir et que pourtant certains
font allègrement. Pire, ils s’étonnent qu’on
le leur reproche et s’intronisent eux-mêmes on ne
sait par quelle alchimie porte-paroles des populations,
voyant en ceux qui préconisent de savoir raison garder
des gens qui ne sont pas au contact des réalités.
On oublie soigneusement de dire que la loi querellée
ne date pas d’hier et que le contrôle qui a eu lieu
vendredi dernier n’est pas tombé ex-nihilo. En vérité
tout cela a fait l’objet d’une vaste campagne de communication
même si au vu de ce qui se passe on peut dire que
le message n’est pas passé cinq sur cinq. Mais en
conclure qu’on a voulu surprendre le citoyen c’est ni plus
ni moins aller trop vite en besogne.
Il y a donc encore du travail et beaucoup de travail à
faire au niveau de l’information et de la sensibilisation
et ceux qui se fendent aujourd’hui en déclarations
incendiaires et en condamnations sans réminiscence
des autorités devraient savoir que leur responsabilité
sociale leur impose une participation active dans cette
œuvre. Ce n’est certainement pas en ruant dans les brancards
comme ils le font et en tentant de justifier l’injustifiable
qu’ils rendront davantage service à ce pays. C’est
plutôt une solution de facilité qui cache mal
une fuite de responsabilité qui ne dit pas son nom.
Ce qui est dramatique dans cette affaire c’est que nombre
d’entre eux sont convaincus du bien-fondé de leurs
actions, comme s’ils oubliaient qu’ils étaient eux-mêmes
d’avis que la mesure n’est pas mauvaise en elle-même.
Est-il seulement normal qu’au XXIe siècle on circule
sans casque dans un pays où le « deux roues
» est roi. Certainement que non et il est plus que
temps de trouver des solutions acceptables pour tous afin
de mettre un terme à cette situation préjudiciable
à la santé et à la sécurité
des populations. C’est une question de responsabilité
nationale parce que, qu’on le veuille ou non, le port du
casque est en train de s’insérer de fait dans les
priorités nationales. En effet, la circulation dans
nos grands centres urbains particulièrement à
Ouagadougou est devenue telle qu’on n’a pas d’autre choix
si on veut éviter de se retrouver devant des drames
innommables qu’on aurait pu éviter.
Voilà pourquoi il faut éviter de jeter l’enfant
avec l’eau du bain en se laissant aller à une rhétorique
qui permet certes de flatter son propre ego mais, qui montrera
très vite ses limites. En effet ce n’est pas parce
qu’on estimerait que la mise en application de la loi serait
inopportune actuellement qu’il faudrait jeter l’anathème
sur ses concepteurs. D’ailleurs sur cette question d’opportunité
on devrait faire attention aux jugements hâtifs car
si on peut s’inquiéter de la possibilité pour
la majorité de s’y conformer on ne peut pas ne pas
observer que si la loi était respectée ce
serait pour le plus grand bien des enfants, notamment des
milliers d’élèves qui s’apprêtent le
chemin de l’école et dont il n’est pas rare d’en
voir à 3 ou même 4 sur une même moto.
Il serait donc plus raisonnable d’inciter les populations
à se conformer à la loi plutôt que le
contraire. Il serait plus utile de demander des mesures
d’accompagnement pour mettre les casques de qualité
à la portée des bourses de la majorité
des citoyens que de servir à ceux-ci des propos qui
tendent à minimiser leur responsabilité dans
la situation actuelle.
C’est à ce niveau qu’on attend tous ces preux chevaliers,
ces censeurs et ces détenteurs de la science infuse
qui se donnent volontiers le beau rôle de la critique
en laissant soigneusement aux autres celui d’être
réellement aux côtés des populations
et de leur tenir le langage de la vérité et
de la responsabilité.
Pas la peine …, on les entend d’ici crier que c’est l’affaire
du pouvoir et non la leur. Alors, si tel est le cas, qu’ils
se taisent au lieu d’en rajouter avec leurs complaintes
qui en dernière analyse les dévalorisent plutôt
qu’elles n’exposent les tares de ceux contre lesquels ils
ont la critique facile.
Par Cheick AHMED