Avec cette affaire de port
obligatoire du casque on aura tout entendu et lu de toutes
les couleurs, sous tous les tons et dans tous les genres.
En attendant de compléter la panoplie avec les derniers
périodiques non encore parus à la date du
lundi dernier, on peut sans effaroucher quiconque accorder
la palme à L'Observateur paalga qui, il faut le dire,
n'y est pas allé avec le dos de la cuillère.
Colportant une rumeur des plus farfelues, infondées
et saugrenues que la "Radio mondiale" reprenait
dans sa revue de presse pour toute la planète (au
moins sa partie francophone) sans même citer sa source
tout sauf journalistique, il en tire la conséquence
que nous sommes gouvernés par des "politiciens
à la petite semaine" qui "se fichent"
de nous "comme de leur première barboteuse"
; pour en suite s'interroger sur "quand Blaise COMPAORE
va-t-il enfin descendre, et sans casque, de sa tour d'ivoire
pour voir ce qui se passe dans le pays réel ?".
Excusez du peu et de la mesure.
Si à postériori on peut accuser RFI de s'être
quelque peu laissé berner par une information infondée,
elle a tout de même l'excuse d'avoir fait foi à
un journal jouissant d'une crédibilité certaine.
Cela dit, "commentons l'événement"
de ce lundi n'est pas mauvais en soi, d'autant qu'il reconnaît
que "la décision du port obligatoire du casque
n'est pas mauvais en soi, bien au contraire"; c'est
déjà cela de gagné et ce n'est pas
peu, car force est de reconnaître que le reste, l'essentiel,
quoique dit dans un langage châtié qui se laisse
lire aisément est frappé de tant de subjectivisme
qu'on en oublie qu'il s'agit d'un commentaire de journaliste.
En effet, partir de rumeurs pour brocarder avec tant de
véhémence des responsables politiques et «
multiplier » tout le reste par zéro est loin
de refléter la réalité même si
par ailleurs on sait que le commentaire est libre et que
nul ne devrait être blâmé parce qu'il
aurait légitimement joui de cette liberté.
Une seule chose nous oblige à l'unanimité
: les faits. Ils sont sacrés dit-on. Voilà
pourquoi on conseille dans le métier de les vérifier
plus d’une fois afin d’ôter tout doute sur leur effectivité.
Or aller puiser des faits dans la rumeur est la meilleure
manière de briser cette unanimité puisqu'on
sait que celle-ci vient de nulle part et de partout à
la fois.
S'autoriser une telle démarche c'est ouvrir la porte
à tous les excès et on comprend dès
lors qu'une mesure de la portée du port du casque
suffise à condamner, on ne sait par quel pouvoir
et à agresser inutilement les autres. En effet, il
est difficilement acceptable que tout soit réduit
à cette affaire. Pour parler oukase, n'en est-ce
pas un que de couper l'herbe sous les pieds des condamnés
du jour en leur refusant tout appel ?
Voilà pourquoi plus que d'un casque, c'est d'un bouclier
que le journaliste a besoin pour ne pas dire qu'il lui est
fait obligation de porter à la fois le casque et
le bouclier.