Plus que de nous complaire dans des condamnations
puériles donc, l’occasion nous est donnée
de nous racheter tous et de faire en sorte que, de ce mal,
on tire des leçons pour éclairer l’avenir.
C’est en prospectant dans cette direction qu’on se rendra
utile à la Nation. Parce que, si c’était difficile
de critiquer et d’aligner les analyses savantes, cela se
saurait depuis longtemps et certainement que les auteurs
de nombreux textes qu’il nous a été donné
de lire ces derniers temps ne seraient pas là où
ils sont.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la fin de l’année
2006 aura été mouvementée ; au propre
comme au figuré. La faute à la soldatesque
qui s’est invitée de force dans les festivités
avec ses pétards d’un genre particulier. La preuve,
trois semaines après on en parle toujours avec la
même passion et sous tous les tons comme si la seule
évocation des évènements suffisait
à conjurer le mauvais sort qui, à l’occasion,
semblait avoir été jeté au pays. Du
coup, cela a enfanté un vœu qui fait l’unanimité
la paix pour chacun et pour tout le pays. Certains allaient
jusqu’à dire que si la paix était acquise
tout le reste devenait possible. Par la même occasion,
il y en a qui se sont rappelé, avec un sourire au
coin des lèvres, un slogan d’une époque que
certains abhorrent : « un militaire sans formation
politique est un criminel en puissance ». On a vraiment
eu chaud. Et comme dirait l’autre “zamè saaga loga
nè woodo” (en langue nationale mooré : “il
y a eu plus de peur que de mal). Pourtant, il va falloir
ouvrir l’œil et le bon.
Assurément, nombreux sont les Burkinabè qui
ne retiendront de cette année 2006 que les manifestations
de colère d’une partie de l’Armée nationale.
Le choc semble avoir été tel que certains
en ont perdu leurs repères. Ils se sont perdus ainsi
dans des analyses à la fois grotesques et particulièrement
partisanes. Rejetant les torts pêle-mêle tantôt
sur les acteurs directs des évènements, tantôt
sur les gouvernants, si ce n’est sur le Président
du Faso qu’ils ne se gênent pas de traiter de tous
les noms d’oiseaux tout en prenant soin de s’ériger
en donneurs de leçons et en tentant de dissimuler
(peine perdue) la peur panique qui était leur. A
la vérité, ces gens n’ont rien compris à
rien et il est fort heureux qu’ils se déresponsabilisent
eux-mêmes.
S’il est vrai que rien, absolument rien ne peut justifier
ces évènements comme nous l’avons écrit
dans notre édition n° 481- 482, il serait beaucoup
trop simpliste de rejeter la pierre aux seuls tenants du
pouvoir. Il faut sans aucune ambiguïté condamner
les actes posés par les protagonistes de cette affaire
d’autant que ceux-ci ont largement débordé
de ce qui est tolérable du fait des morts d’hommes
et des actes de vandalisme. C’est vrai aussi qu’il n’y a
pas de fumée sans feu (quoique) et que notre Armée
à l’image de la société burkinabè
toute entière est traversée de courants divers,
mais la raison commande de tenir compte de sa spécificité
et justement du contexte socio-politique national. Au lieu
de se gratter le nombril, de jouer aux intéressants
et de verser dans un populisme désuet, certains milieux
et certains censeurs feraient mieux de faire leur propre
examen de conscience car il s’agit de notre destin commun
et non pas de celui uniquement de ceux qu’ils vouent aux
gémonies. Si on se livre à cette introspection
en toute responsabilité, on verra bien que plus que
de jeter l’anathème sur X ou Y, que chacun d’entre
nous a sa part de responsabilité comme nous le soulignions
dans notre édition précédente.
En effet, combien de fois d’autres acteurs de la société
ont-ils abusé de leurs pouvoirs et ont ainsi imposé
aux autres membres de la société des souffrances
ou des torts divers ? Que ce soit à travers des grèves,
des manifestations de rue ou autres, plus d’une fois certains
ont privilégié la force à la négociation.
Combien de fois des journalistes ont-ils abusé de
leur plume et porté atteinte à l’intégrité
morale d’autres citoyens dont le seul crime est de ne pas
leur plaire ou de ne pas partager leurs opinions ? Combien
de fois … On pourrait multiplier les exemples à satiété
pour montrer que nos bidasses n’ont pas agi « ex nihilo
» et que quelque part nous leur avons donné
le mauvais exemple d’une manière ou d’une autre.
Où étaient donc nos braves « Ché
» d’aujourd’hui ?
Plus que de nous complaire dans des condamnations puériles
donc, l’occasion nous est donnée de nous racheter
tous et de faire en sorte que, de ce mal, on tire des leçons
pour éclairer l’avenir. C’est en prospectant dans
cette direction qu’on se rendra utile à la Nation.
Parce que, si c’était difficile de critiquer et d’aligner
les analyses savantes, cela se saurait depuis longtemps
et certainement que les auteurs de nombreux textes qu’il
nous a été donné de lire ces derniers
temps ne seraient pas là où ils sont. Il faut
donc se ressaisir et avoir le courage de se regarder dans
la glace au lieu de s’engoncer dans le rôle d’observateurs
totalement absents de tout ce qui se passe autour d’eux.
Evitons le ridicule qui fait penser à des petits
aigris réagissant à leurs ressentiments et
qui voient partout des châteaux et grosses bagnoles
rutilantes, qui détectent partout les enrichissements
illicites et la vermine, qui sont propres et plus blancs
que blanc. Les réalités sont plus compliquées
que cela. A moins que tout cela ne soit que de la fumée
pour masquer ses propres turpitudes dans un monde où
l’illusion suffit très souvent pour dresser des tableaux
plus vrais que vrai. De ces alchimistes-là, il n’y
a rien à attendre en bien. Ils le savent et ne s’en
gênent pas.
Voilà pourquoi il ne faut point s’offusquer de ce
qu’ils ne peuvent proposer ni alternative, ni piste de réflexion
et que leur horizon intellectuel se limite à dresser
des couronnes d’épines pour les autres. C’est une
des leçons de cette fronde dans l’armée et
on devrait ajouter à nos vœux : que chacun sache
raison garder !
Par Cheick AHMED