L'opinion N°483
du 10 au 16 janvier 2007

Editorial

On a eu chaud !

Plus que de nous complaire dans des condamnations puériles donc, l’occasion nous est donnée de nous racheter tous et de faire en sorte que, de ce mal, on tire des leçons pour éclairer l’avenir. C’est en prospectant dans cette direction qu’on se rendra utile à la Nation. Parce que, si c’était difficile de critiquer et d’aligner les analyses savantes, cela se saurait depuis longtemps et certainement que les auteurs de nombreux textes qu’il nous a été donné de lire ces derniers temps ne seraient pas là où ils sont.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la fin de l’année 2006 aura été mouvementée ; au propre comme au figuré. La faute à la soldatesque qui s’est invitée de force dans les festivités avec ses pétards d’un genre particulier. La preuve, trois semaines après on en parle toujours avec la même passion et sous tous les tons comme si la seule évocation des évènements suffisait à conjurer le mauvais sort qui, à l’occasion, semblait avoir été jeté au pays. Du coup, cela a enfanté un vœu qui fait l’unanimité la paix pour chacun et pour tout le pays. Certains allaient jusqu’à dire que si la paix était acquise tout le reste devenait possible. Par la même occasion, il y en a qui se sont rappelé, avec un sourire au coin des lèvres, un slogan d’une époque que certains abhorrent : « un militaire sans formation politique est un criminel en puissance ». On a vraiment eu chaud. Et comme dirait l’autre “zamè saaga loga nè woodo” (en langue nationale mooré : “il y a eu plus de peur que de mal). Pourtant, il va falloir ouvrir l’œil et le bon.
Assurément, nombreux sont les Burkinabè qui ne retiendront de cette année 2006 que les manifestations de colère d’une partie de l’Armée nationale. Le choc semble avoir été tel que certains en ont perdu leurs repères. Ils se sont perdus ainsi dans des analyses à la fois grotesques et particulièrement partisanes. Rejetant les torts pêle-mêle tantôt sur les acteurs directs des évènements, tantôt sur les gouvernants, si ce n’est sur le Président du Faso qu’ils ne se gênent pas de traiter de tous les noms d’oiseaux tout en prenant soin de s’ériger en donneurs de leçons et en tentant de dissimuler (peine perdue) la peur panique qui était leur. A la vérité, ces gens n’ont rien compris à rien et il est fort heureux qu’ils se déresponsabilisent eux-mêmes.
S’il est vrai que rien, absolument rien ne peut justifier ces évènements comme nous l’avons écrit dans notre édition n° 481- 482, il serait beaucoup trop simpliste de rejeter la pierre aux seuls tenants du pouvoir. Il faut sans aucune ambiguïté condamner les actes posés par les protagonistes de cette affaire d’autant que ceux-ci ont largement débordé de ce qui est tolérable du fait des morts d’hommes et des actes de vandalisme. C’est vrai aussi qu’il n’y a pas de fumée sans feu (quoique) et que notre Armée à l’image de la société burkinabè toute entière est traversée de courants divers, mais la raison commande de tenir compte de sa spécificité et justement du contexte socio-politique national. Au lieu de se gratter le nombril, de jouer aux intéressants et de verser dans un populisme désuet, certains milieux et certains censeurs feraient mieux de faire leur propre examen de conscience car il s’agit de notre destin commun et non pas de celui uniquement de ceux qu’ils vouent aux gémonies. Si on se livre à cette introspection en toute responsabilité, on verra bien que plus que de jeter l’anathème sur X ou Y, que chacun d’entre nous a sa part de responsabilité comme nous le soulignions dans notre édition précédente.
En effet, combien de fois d’autres acteurs de la société ont-ils abusé de leurs pouvoirs et ont ainsi imposé aux autres membres de la société des souffrances ou des torts divers ? Que ce soit à travers des grèves, des manifestations de rue ou autres, plus d’une fois certains ont privilégié la force à la négociation. Combien de fois des journalistes ont-ils abusé de leur plume et porté atteinte à l’intégrité morale d’autres citoyens dont le seul crime est de ne pas leur plaire ou de ne pas partager leurs opinions ? Combien de fois … On pourrait multiplier les exemples à satiété pour montrer que nos bidasses n’ont pas agi « ex nihilo » et que quelque part nous leur avons donné le mauvais exemple d’une manière ou d’une autre. Où étaient donc nos braves « Ché » d’aujourd’hui ?
Plus que de nous complaire dans des condamnations puériles donc, l’occasion nous est donnée de nous racheter tous et de faire en sorte que, de ce mal, on tire des leçons pour éclairer l’avenir. C’est en prospectant dans cette direction qu’on se rendra utile à la Nation. Parce que, si c’était difficile de critiquer et d’aligner les analyses savantes, cela se saurait depuis longtemps et certainement que les auteurs de nombreux textes qu’il nous a été donné de lire ces derniers temps ne seraient pas là où ils sont. Il faut donc se ressaisir et avoir le courage de se regarder dans la glace au lieu de s’engoncer dans le rôle d’observateurs totalement absents de tout ce qui se passe autour d’eux.
Evitons le ridicule qui fait penser à des petits aigris réagissant à leurs ressentiments et qui voient partout des châteaux et grosses bagnoles rutilantes, qui détectent partout les enrichissements illicites et la vermine, qui sont propres et plus blancs que blanc. Les réalités sont plus compliquées que cela. A moins que tout cela ne soit que de la fumée pour masquer ses propres turpitudes dans un monde où l’illusion suffit très souvent pour dresser des tableaux plus vrais que vrai. De ces alchimistes-là, il n’y a rien à attendre en bien. Ils le savent et ne s’en gênent pas.
Voilà pourquoi il ne faut point s’offusquer de ce qu’ils ne peuvent proposer ni alternative, ni piste de réflexion et que leur horizon intellectuel se limite à dresser des couronnes d’épines pour les autres. C’est une des leçons de cette fronde dans l’armée et on devrait ajouter à nos vœux : que chacun sache raison garder !

Par Cheick AHMED

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