L'opinion N°483
du 10 au 16 janvier 2007

Etranger

Somalie
La citadelle imprenable ?

Depuis l’éviction brutale de Mohammed Syaad BARRE du pouvoir en 1991, la Somalie est devenue un «Etat néant» en proie à des guerres fratricides rendues plus corsées par l’intérêt que lui portent certaines grandes puissances qui n’hésitent pas à instrumentaliser certains de ses voisins pour asseoir leur domination sur le pays. Raison de cet intérêt pour le pays, sa position géographique mais aussi sa réceptivité aux thèses islamistes qui en font un passage obligé dans la lutte contre le terrorisme, surtout depuis le 11 septembre 2001.

Si la Somalie est devenue un volcan en éruption intermittente depuis deux décennies, ce n’est pas tant en raison de la boulimie de pouvoir de ses fils (quoique) qu’à cause de la volonté affichée des Etats-Unis d’en faire une place-forte dans la lutte contre le terrorisme islamiste ce malgré des prédispositions «naturelles» des Somaliens à soutenir lesdits terroristes. Il vous souviendra qu’en 1998 (trois ans avant le 11 septembre 2001 donc) l’US-Army avait tenté un débarquement en force dans le pays dans le but «d’exterminer» les proches de terroristes qui y pullulaient depuis que la chute de Syaad BARRE avait entraîné la montée en puissance de chefs de guerre prébendiers, prêts à mettre leurs troupes à la disposition du plus offrant, surtout lorsque celui-ci défendait des «causes islamistes». Avant d’aller plus loin dans l’analyse, il convient de souligner que la composition religieuse du pays (99,5% de musulmans sunnites) expliquait cette sympathie naturelle pour les «terroristes» qui, pour la plupart, étaient de cette obédience religieuse. En fin stratège disposant de ressources financières importantes, Oussama Ben LADEN avait compris tout l’intérêt de ce pays que seule la Mer Rouge et le Yemem séparaient de l’Arabie Saoudite. Des villes comme Berbera, Boassasso, Hargeysas toutes séparées du Yemen (pays d’origine de Ben LADEN) par le Golfe d’Aden, allaient devenir des camps d’entraînements intensifs des «djihadistes» ce que l’Oncle Sam ne pouvait tolérer pour des raisons évidentes. Bill CLINTON alors aux affaires, fera donner l’assaut par les boy’s après les attentats de Naïrobi de 1998 qui visaient essentiellement les intérêts israélo-américains et dont lesdits « djihadistes » étaient soupçonnés d’être les auteurs. Un assaut qui se terminera mal avec la destruction d’hélicoptères de combat américains et surtout la mort d’une vingtaine de marines en un peu plus de quarante-huit heures. L’armée américaine découvrait un peu tardivement la bravoure de ce peuple, farouche et fier et ne supportant en conséquence aucun joug étranger surtout sans contrepartie sonnante et trébuchante. Instruit de la leçon et surtout plus résolu que CLINTON, BUSH utilisera les gros moyens (des millions de dollars) pour rallier à sa cause, les chefs de guerre, chargés de combattre les «islamistes» ainsi que tous ceux qui contrariaient les desseins impérialistes de l’Oncle Sam dans la région.

Les mêmes causes

Ceux-ci ne remporteront qu’une victoire éphémère sur les «tribunaux islamiques» en raison du rejet de la population à leur endroit et de son soutien sans faille aux dits tribunaux islamiques. A ce niveau, il convient d’indiquer que les médias occidentaux nous présentent une analyse tronquée de la situation somalienne, en faisant croire que les tribunaux islamiques sont marginalisés et qu’ils mènent une guerre de religion. Sur le premier point on l’a dit, 99,5 % de la population est de confession sunnite et adhère à la cause des «tribunaux islamiques». On a vu qu’après l’intervention musclée des Ethiopiens, nouveaux supplétifs avec les Ougandais de l’Oncle Sam en Somalie, l’opération de désarmement des «milices armées» a tourné court. Il peut paraître superfétatoire voire impossible de désarmer tout un peuple, opération qui peut tourner au suicide dans le cas de la Somalie. Prudente, Addis Abeba a du reste annoncé qu’elle retirera ses troupes du pays dans deux semaines. C’est que, la population gronde et s’apprête à donner l’assaut à ces autres «envahisseurs». Le temps pour les dirigeants de se repositionner, que le pays pourrait redevenir un enfer pour ses nouveaux maîtres qui n’en contrôlent du reste qu’un périmètre. Toute chose qui nous permet d’affirmer que c’est une guerre contre la prédation internationale qui se mène en Somalie. Il n’y a donc aucun risque «d’irakisation» du pays comme on l’affirme ingénument, la composante religieuse du pays étant homogène. Il s’y trouve juste quelques prébendiers qui ne peuvent que rentrer dans le rang une fois que le sol somalien sera devenu brûlant pour leurs maîtres. Or, en Irak, il se profile une guerre civile grandeur nature, dont les effets risquent de déborder en Iran, en Turquie voire dans tout le golfe arabo-persique quand les Américains se retireront.
Pour en revenir à la Somalie, disons que le pays présente tous les aspects d’une citadelle imprenable qui à terme triomphera de toutes les prédations. C’est donc une véritable boîte de pandore que BUSH a ouvert en envahissant l’Irak. Mieux, il devra comprendre avec Jacques CHIRAC que «le conflit israélo-palestinien cristallise tous les ressentiments» et que «c’est là qu’il faut conjurer la fatalité de l’échec». Autrement, la Somalie sera toujours une base arrière pour Al Qaïda, malgré les énormes démonstrations de force dont elle est le théâtre de temps à autre.

Par Alpha YAYA


Journée internationale des droits humains
Le Darfour comme préoccupation majeure

Chaque 10 décembre est célébrée dans le monde, la journée internationale pour la promotion des droits de l’homme. En Afrique, la préoccupation majeure de cette journée reste sans conteste la situation au Soudan avec l’épineuse question du Darfour. De plus en plus des voix, notamment celles de Amnesty international, se lèvent pour dénoncer le silence coupable de la communauté internationale face au « génocide » qui se commet au Darfour.

Le constat au 10 décembre 2006 ressemble bien aux autres. Tous les droits de l’homme sans exception aucune sont bafoués dans le monde. Qu’ils soient civiques, politiques, économiques, sociales ou encore culturels, ils sont tous piétinés de par le monde. Certes certaines contrées sont mieux que d’autres, mais le résultat reste le même, le respect strict des droits n’existe nul part ailleurs au monde. En Afrique, la situation la plus préoccupante est celle du Darfour. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 200 000 morts, 2, 5 millions de déplacés, aucune perspective de solution de paix durable. Face à une telle situation, et au moment où la communauté internationale tergiverse, les «Janjaweed », milices de la mort à la solde de Khartoum, continuent de semer la désolation et la mort. La désolation, ce sont les femmes noires. La désolation, ce sont ces milliers de morts de femmes, et les filles violées devant leurs maris, leurs parents. La désolation, ce sont les sévices sexuels que subissent ces femmes et enfants surtout. La désolation, c’est parce que tout le monde sait ce qui se passe là-bas et l’on se tait. La désolation enfin c’est que l’on se terre derrière les intérêts économiques que suscite le pétrole du Soudan pour laisser dans les cris, les pleurs, les viols et la mort toute une communauté, tout un peuple. Heureusement que dans ce silence de la mort et de la désolation, des gens, des structures comme Amnesty international,refusent le fatalisme. A l’occasion de cette journée du 10 décembre, elle est encore montée au créneau pour attirer l’attention de la communauté internationale ou du moins ce qui semble l’être. A travers ses sections relais au plan national, un appel a été lancé de nouveau pour attirer l’attention des grands du monde sur ce drame humain qui sévit au Darfour. Dans notre pays, Moussa OUEDRAOGO et ses collaborateurs n’ont pas été en reste. Mais encore faut-il qu’on les entende. Encore faut-il que le président soudanais El BECHIR revienne sur sa position et accepte les 20 000 casques bleus de l’ONU pour que les populations civiles trouvent la paix. Aujourd’hui, il est établi que là où se trouvent les forces de maintien de la paix de l’UA, les « Janjaweeds » n’osent pas attaquer.
Pourtant, nous connaissons toutes les limites de la MUAS (Mission de l’Union africaine au Soudan). Avec 7 000 personnes et des moyens logistiques limités celle-ci n’arrive pas à assurer le maintien de la paix et à sécuriser la vie des populations civiles.
Que faire ? L’heure est grave. Des vies humaines sont en péril. Mais ces vies, préoccupent-elles seulement la communauté internationale ? La question reste posée.

Par Frédéric ILBOUDO

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