Somalie
La citadelle imprenable ?
Depuis l’éviction brutale de Mohammed Syaad
BARRE du pouvoir en 1991, la Somalie est devenue un «Etat
néant» en proie à des guerres fratricides
rendues plus corsées par l’intérêt que
lui portent certaines grandes puissances qui n’hésitent
pas à instrumentaliser certains de ses voisins pour
asseoir leur domination sur le pays. Raison de cet intérêt
pour le pays, sa position géographique mais aussi
sa réceptivité aux thèses islamistes
qui en font un passage obligé dans la lutte contre
le terrorisme, surtout depuis le 11 septembre 2001.
Si la Somalie est devenue un volcan en éruption
intermittente depuis deux décennies, ce n’est pas
tant en raison de la boulimie de pouvoir de ses fils (quoique)
qu’à cause de la volonté affichée des
Etats-Unis d’en faire une place-forte dans la lutte contre
le terrorisme islamiste ce malgré des prédispositions
«naturelles» des Somaliens à soutenir
lesdits terroristes. Il vous souviendra qu’en 1998 (trois
ans avant le 11 septembre 2001 donc) l’US-Army avait tenté
un débarquement en force dans le pays dans le but
«d’exterminer» les proches de terroristes qui
y pullulaient depuis que la chute de Syaad BARRE avait entraîné
la montée en puissance de chefs de guerre prébendiers,
prêts à mettre leurs troupes à la disposition
du plus offrant, surtout lorsque celui-ci défendait
des «causes islamistes». Avant d’aller plus
loin dans l’analyse, il convient de souligner que la composition
religieuse du pays (99,5% de musulmans sunnites) expliquait
cette sympathie naturelle pour les «terroristes»
qui, pour la plupart, étaient de cette obédience
religieuse. En fin stratège disposant de ressources
financières importantes, Oussama Ben LADEN avait
compris tout l’intérêt de ce pays que seule
la Mer Rouge et le Yemem séparaient de l’Arabie Saoudite.
Des villes comme Berbera, Boassasso, Hargeysas toutes séparées
du Yemen (pays d’origine de Ben LADEN) par le Golfe d’Aden,
allaient devenir des camps d’entraînements intensifs
des «djihadistes» ce que l’Oncle Sam ne pouvait
tolérer pour des raisons évidentes. Bill CLINTON
alors aux affaires, fera donner l’assaut par les boy’s après
les attentats de Naïrobi de 1998 qui visaient essentiellement
les intérêts israélo-américains
et dont lesdits « djihadistes » étaient
soupçonnés d’être les auteurs. Un assaut
qui se terminera mal avec la destruction d’hélicoptères
de combat américains et surtout la mort d’une vingtaine
de marines en un peu plus de quarante-huit heures. L’armée
américaine découvrait un peu tardivement la
bravoure de ce peuple, farouche et fier et ne supportant
en conséquence aucun joug étranger surtout
sans contrepartie sonnante et trébuchante. Instruit
de la leçon et surtout plus résolu que CLINTON,
BUSH utilisera les gros moyens (des millions de dollars)
pour rallier à sa cause, les chefs de guerre, chargés
de combattre les «islamistes» ainsi que tous
ceux qui contrariaient les desseins impérialistes
de l’Oncle Sam dans la région.
Les mêmes causes
Ceux-ci ne remporteront qu’une victoire éphémère
sur les «tribunaux islamiques» en raison du
rejet de la population à leur endroit et de son soutien
sans faille aux dits tribunaux islamiques. A ce niveau,
il convient d’indiquer que les médias occidentaux
nous présentent une analyse tronquée de la
situation somalienne, en faisant croire que les tribunaux
islamiques sont marginalisés et qu’ils mènent
une guerre de religion. Sur le premier point on l’a dit,
99,5 % de la population est de confession sunnite et adhère
à la cause des «tribunaux islamiques».
On a vu qu’après l’intervention musclée des
Ethiopiens, nouveaux supplétifs avec les Ougandais
de l’Oncle Sam en Somalie, l’opération de désarmement
des «milices armées» a tourné
court. Il peut paraître superfétatoire voire
impossible de désarmer tout un peuple, opération
qui peut tourner au suicide dans le cas de la Somalie. Prudente,
Addis Abeba a du reste annoncé qu’elle retirera ses
troupes du pays dans deux semaines. C’est que, la population
gronde et s’apprête à donner l’assaut à
ces autres «envahisseurs». Le temps pour les
dirigeants de se repositionner, que le pays pourrait redevenir
un enfer pour ses nouveaux maîtres qui n’en contrôlent
du reste qu’un périmètre. Toute chose qui
nous permet d’affirmer que c’est une guerre contre la prédation
internationale qui se mène en Somalie. Il n’y a donc
aucun risque «d’irakisation» du pays comme on
l’affirme ingénument, la composante religieuse du
pays étant homogène. Il s’y trouve juste quelques
prébendiers qui ne peuvent que rentrer dans le rang
une fois que le sol somalien sera devenu brûlant pour
leurs maîtres. Or, en Irak, il se profile une guerre
civile grandeur nature, dont les effets risquent de déborder
en Iran, en Turquie voire dans tout le golfe arabo-persique
quand les Américains se retireront.
Pour en revenir à la Somalie, disons que le pays
présente tous les aspects d’une citadelle imprenable
qui à terme triomphera de toutes les prédations.
C’est donc une véritable boîte de pandore que
BUSH a ouvert en envahissant l’Irak. Mieux, il devra comprendre
avec Jacques CHIRAC que «le conflit israélo-palestinien
cristallise tous les ressentiments» et que «c’est
là qu’il faut conjurer la fatalité de l’échec».
Autrement, la Somalie sera toujours une base arrière
pour Al Qaïda, malgré les énormes démonstrations
de force dont elle est le théâtre de temps
à autre.
Par Alpha YAYA
Journée
internationale des droits humains
Le Darfour comme préoccupation majeure
Chaque 10 décembre est célébrée
dans le monde, la journée internationale pour la
promotion des droits de l’homme. En Afrique, la préoccupation
majeure de cette journée reste sans conteste la situation
au Soudan avec l’épineuse question du Darfour. De
plus en plus des voix, notamment celles de Amnesty international,
se lèvent pour dénoncer le silence coupable
de la communauté internationale face au « génocide
» qui se commet au Darfour.
Le constat au 10 décembre 2006 ressemble bien aux
autres. Tous les droits de l’homme sans exception aucune
sont bafoués dans le monde. Qu’ils soient civiques,
politiques, économiques, sociales ou encore culturels,
ils sont tous piétinés de par le monde. Certes
certaines contrées sont mieux que d’autres, mais
le résultat reste le même, le respect strict
des droits n’existe nul part ailleurs au monde. En Afrique,
la situation la plus préoccupante est celle du Darfour.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 200 000 morts,
2, 5 millions de déplacés, aucune perspective
de solution de paix durable. Face à une telle situation,
et au moment où la communauté internationale
tergiverse, les «Janjaweed », milices de la
mort à la solde de Khartoum, continuent de semer
la désolation et la mort. La désolation, ce
sont les femmes noires. La désolation, ce sont ces
milliers de morts de femmes, et les filles violées
devant leurs maris, leurs parents. La désolation,
ce sont les sévices sexuels que subissent ces femmes
et enfants surtout. La désolation, c’est parce que
tout le monde sait ce qui se passe là-bas et l’on
se tait. La désolation enfin c’est que l’on se terre
derrière les intérêts économiques
que suscite le pétrole du Soudan pour laisser dans
les cris, les pleurs, les viols et la mort toute une communauté,
tout un peuple. Heureusement que dans ce silence de la mort
et de la désolation, des gens, des structures comme
Amnesty international,refusent le fatalisme. A l’occasion
de cette journée du 10 décembre, elle est
encore montée au créneau pour attirer l’attention
de la communauté internationale ou du moins ce qui
semble l’être. A travers ses sections relais au plan
national, un appel a été lancé de nouveau
pour attirer l’attention des grands du monde sur ce drame
humain qui sévit au Darfour. Dans notre pays, Moussa
OUEDRAOGO et ses collaborateurs n’ont pas été
en reste. Mais encore faut-il qu’on les entende. Encore
faut-il que le président soudanais El BECHIR revienne
sur sa position et accepte les 20 000 casques bleus de l’ONU
pour que les populations civiles trouvent la paix. Aujourd’hui,
il est établi que là où se trouvent
les forces de maintien de la paix de l’UA, les « Janjaweeds
» n’osent pas attaquer.
Pourtant, nous connaissons toutes les limites de la MUAS
(Mission de l’Union africaine au Soudan). Avec 7 000 personnes
et des moyens logistiques limités celle-ci n’arrive
pas à assurer le maintien de la paix et à
sécuriser la vie des populations civiles.
Que faire ? L’heure est grave. Des vies humaines sont en
péril. Mais ces vies, préoccupent-elles seulement
la communauté internationale ? La question reste
posée.
Par Frédéric
ILBOUDO
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