L'opinion N°484
du 17 au 23 janvier 2007

Actualité

Filière coton du Burkina

Comment sortir de l’ornière ?

La filière cotonnière traverse une crise qui nécessite la mobilisation de toutes les énergies et de toutes les ressources. Consciente de la situation, l’Association interprofessionnelle du coton du Burkina (AICB) mobilise ses troupes pour sortir la filière de l’ornière.

M. Celestin TIENDREBEOGO, DG de la Sofitex

L’AICB, c’est l’Association interprofessionnelle du coton du Burkina. Elle regroupe l’ensemble des acteurs intervenant dans le secteur du coton que sont : l’Association professionnelle des sociétés cotonnières du Burkina (A PROCOB), la SOFITEX, la SOCOMA, et FASO-COTON et, l’Union nationale des producteurs du coton du Burkina (UNPCB). Présidée par M. François COMPAORE, l’AICB est née sur les cendres du défunt « Comité de gestion de la filière » après la libéralisation du secteur intervenu en septembre 2004.
L’AICB a été créée en février 2006 et a pour objectif essentiel de prendre toutes les grandes décisions relatives à la gestion de la filière. Comme on le sait, la filière cotonnière du Burkina et partant du continent traverse une grave crise. Cette crise est consécutive d’une part à la baisse des cours mondiaux du coton, les subventions qu’accordent les pays occidentaux à leurs producteurs d’autre part. Par ailleurs cette crise est aussi liée à la parité qui existe entre l’euro et le dollar faisant subir à la zone CFA une forte pression, et la difficulté liée à l’écoulement du coton. Face à cette donne, l’AICB veut se « donner les moyens » de résister à cette pression. Pour François TRAORE, « l’ampleur de la crise est telle qu’il a paru nécessaire aux acteurs de la filière de susciter une réflexion approfondie sur l’ensemble des questions mises à jour par la gravité de la situation ».
Les membres de l'AICB pendant la conférence de presse

C’est pourquoi, tout en poursuivant les efforts de recherche de gain de productivité, l’AICB a opté pour un mécanisme de gestion de la volatilité des cours afin de sécuriser les revenus des producteurs et assurer la pérennité de la filière coton.
Parmi les mesures préconisées, il y a celui d’ordre structurel dont le mécanisme de régulation, et les mesures immédiates.
Pour ce qui est du mécanisme de régulation, il s’agit pour l’AICB, de jouer sur le prix plancher. Le prix plancher sera toujours annoncé à la veille des semis. En livrant donc leur coton graine au cours de la campagne, les producteurs recevront un premier paiement basé sur le prix plancher fixé au début du mois d’avril de l’année. Si le prix réalisé est supérieur au prix plancher, les producteurs recevront alors un second paiement au début du mois de mai de l’année suivante. Pour ce qui est des mesures immédiates, l’AICB mise entre autres sur la recapitalisation des sociétés cotonnières, l’amélioration de la productivité et de la rentabilité. A cela s’ajoute la diversification des productions agricoles dans les zones cotonnières. En effet, le système de rotation coton/maïs ou coton/sorgho a donné de résultats appréciables et a permis de couvrir les besoins alimentaires et souvent d’en exporter hors de la zone cotonnière. Les années à venir, la filière cotonnière renforcera ces acquis sur les légumineuses, comme le niébé qui apporte l’azote nécessaire au coton et pouvant protéger le sol de l’érosion. Une expérience sera tentée avec le développement des cultures oléagineuses, notamment le tournesol, qui offre des perspectives intéressantes pour le paysannat cotonnier.
En effet, compte tenu de la durée de son cycle et de ses exigences climatiques et édaphiques, le tournesol s’insère dans l’assolement des exploitations cotonnières et peut ainsi constituer une source de revenu complémentaire conséquente.
François TRAORE, président de l'UNPCB

Se prononçant sur l’introduction du coton OGM du Burkina Faso, les responsables de l’AICB soutiennent qu’à l’heure actuelle sur le marché mondial, le coton OGM occupe 40 %. « Nous pensons que le coton OGM peut-être envisagé au Burkina. Au-delà des incertitudes technologiques, il nous faut cette technologie par améliorer notre production. Si donc la technologie OGM peut nous amener à réduire les pesticides dans notre environnement, elle sera la bien-venue étant entendue qu’on se serait entouré de toutes les précautions scientifiques » a soutenu l’un des responsables de l’AICB. La crise que traverse le secteur du coton est sans conteste grave mais les premiers acteurs ne désarment pas.
Gageons que les plans de relance de la filière que l’AICB propose trouvera oreille attentive auprès des partenaires techniques et financiers pour que la filière ne sombre pas. Au bas mot, la filière cotonnière c’est plus de 300 mille exploitants agricoles de type familial, avec comme caractéristiques suivantes : une population de plus de 11 millions d’habitants, une superficie globale mise en culture toutes spéculations confondues de 8,41 hectares en moyenne, avec contribution moyenne de 30 % de la formation du PIB agricole et il procure plus de 60 % des recettes en devise du pays.

Par Frédéric ILBOUDO

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