Comment sortir de
l’ornière ?
La filière cotonnière
traverse une crise qui nécessite la mobilisation
de toutes les énergies et de toutes les ressources.
Consciente de la situation, l’Association interprofessionnelle
du coton du Burkina (AICB) mobilise ses troupes pour sortir
la filière de l’ornière.
M.
Celestin TIENDREBEOGO, DG de la Sofitex
L’AICB, c’est l’Association interprofessionnelle du coton
du Burkina. Elle regroupe l’ensemble des acteurs intervenant
dans le secteur du coton que sont : l’Association professionnelle
des sociétés cotonnières du Burkina
(A PROCOB), la SOFITEX, la SOCOMA, et FASO-COTON et, l’Union
nationale des producteurs du coton du Burkina (UNPCB). Présidée
par M. François COMPAORE, l’AICB est née sur
les cendres du défunt « Comité de gestion
de la filière » après la libéralisation
du secteur intervenu en septembre 2004.
L’AICB a été créée en février
2006 et a pour objectif essentiel de prendre toutes les
grandes décisions relatives à la gestion de
la filière. Comme on le sait, la filière cotonnière
du Burkina et partant du continent traverse une grave crise.
Cette crise est consécutive d’une part à la
baisse des cours mondiaux du coton, les subventions qu’accordent
les pays occidentaux à leurs producteurs d’autre
part. Par ailleurs cette crise est aussi liée à
la parité qui existe entre l’euro et le dollar faisant
subir à la zone CFA une forte pression, et la difficulté
liée à l’écoulement du coton. Face
à cette donne, l’AICB veut se « donner les
moyens » de résister à cette pression.
Pour François TRAORE, « l’ampleur de la crise
est telle qu’il a paru nécessaire aux acteurs de
la filière de susciter une réflexion approfondie
sur l’ensemble des questions mises à jour par la
gravité de la situation ».
Les
membres de l'AICB pendant la conférence de presse
C’est pourquoi, tout en poursuivant les efforts de recherche
de gain de productivité, l’AICB a opté pour
un mécanisme de gestion de la volatilité des
cours afin de sécuriser les revenus des producteurs
et assurer la pérennité de la filière
coton.
Parmi les mesures préconisées, il y a celui
d’ordre structurel dont le mécanisme de régulation,
et les mesures immédiates.
Pour ce qui est du mécanisme de régulation,
il s’agit pour l’AICB, de jouer sur le prix plancher. Le
prix plancher sera toujours annoncé à la veille
des semis. En livrant donc leur coton graine au cours de
la campagne, les producteurs recevront un premier paiement
basé sur le prix plancher fixé au début
du mois d’avril de l’année. Si le prix réalisé
est supérieur au prix plancher, les producteurs recevront
alors un second paiement au début du mois de mai
de l’année suivante. Pour ce qui est des mesures
immédiates, l’AICB mise entre autres sur la recapitalisation
des sociétés cotonnières, l’amélioration
de la productivité et de la rentabilité. A
cela s’ajoute la diversification des productions agricoles
dans les zones cotonnières. En effet, le système
de rotation coton/maïs ou coton/sorgho a donné
de résultats appréciables et a permis de couvrir
les besoins alimentaires et souvent d’en exporter hors de
la zone cotonnière. Les années à venir,
la filière cotonnière renforcera ces acquis
sur les légumineuses, comme le niébé
qui apporte l’azote nécessaire au coton et pouvant
protéger le sol de l’érosion. Une expérience
sera tentée avec le développement des cultures
oléagineuses, notamment le tournesol, qui offre des
perspectives intéressantes pour le paysannat cotonnier.
En effet, compte tenu de la durée de son cycle et
de ses exigences climatiques et édaphiques, le tournesol
s’insère dans l’assolement des exploitations cotonnières
et peut ainsi constituer une source de revenu complémentaire
conséquente.
François
TRAORE, président de l'UNPCB
Se prononçant sur l’introduction du coton OGM du
Burkina Faso, les responsables de l’AICB soutiennent qu’à
l’heure actuelle sur le marché mondial, le coton
OGM occupe 40 %. « Nous pensons que le coton OGM peut-être
envisagé au Burkina. Au-delà des incertitudes
technologiques, il nous faut cette technologie par améliorer
notre production. Si donc la technologie OGM peut nous amener
à réduire les pesticides dans notre environnement,
elle sera la bien-venue étant entendue qu’on se serait
entouré de toutes les précautions scientifiques
» a soutenu l’un des responsables de l’AICB. La crise
que traverse le secteur du coton est sans conteste grave
mais les premiers acteurs ne désarment pas.
Gageons que les plans de relance de la filière que
l’AICB propose trouvera oreille attentive auprès
des partenaires techniques et financiers pour que la filière
ne sombre pas. Au bas mot, la filière cotonnière
c’est plus de 300 mille exploitants agricoles de type familial,
avec comme caractéristiques suivantes : une population
de plus de 11 millions d’habitants, une superficie globale
mise en culture toutes spéculations confondues de
8,41 hectares en moyenne, avec contribution moyenne de 30
% de la formation du PIB agricole et il procure plus de
60 % des recettes en devise du pays.
Par Frédéric ILBOUDO