L'opinion N°484
du 17 au 23 janvier 2007

Actualité

CENI - Opposition


Quand un épiphénomène prend une allure de scandale !

La composition de la Commission électorale indépendante d’arrondissement (CEIA) de Boulmiougou dans la commune de Ouagadougou a fait l’objet de chaudes empoignades entre responsables de la CENI et de l’Opposition. Tactique de déstabilisation ou manque de vision politique ?

M. Moussa Michel TAPSOBA, président de la CENI

« La CENI ne respecte pas l’Opposition », « le président de la CENI doit démissionner ». Tous ces commentaires ont été entendus après le refus du président de la CENI de recevoir des représentants de l’Opposition au sujet de la composition de la CEIA de Boulmiougou dans la commune de Ouagadougou. Le débat démocratique est le domaine par excellence des empoignades ; mais il est de bon ton que celles-ci se fondent sur des sujets essentiels qui permettent son approfondissement. A quelques mois des élections législatives, les Burkinabè veulent que les acteurs de la scène politique réfléchissent et proposent des solutions pour les moins idoines aux problèmes de santé, d’éducation, de développement, etc. qu’ils vivent.
Le mandat que la plupart veut solliciter auprès du peuple va durer cinq ans et on ne choisit pas son représentant pour une si longue durée sans mettre des garde-fous. Cela devait être le souci des politiciens eux-mêmes qui doivent élaborer des projets fiables et les expliquer aux électeurs. C’est ce chemin vertueux qui peut vous ancrer dans une circonscription et vous faire réélire chaque fois que de besoin. Dans les grandes démocraties comme les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne pour ne citer que les plus vieilles, on trouve des représentants du peuple qui siègent de façon continue depuis plusieurs décennies. Les élections sont pourtant régulièrement organisées. C’est la confiance placée en eux à travers les actions qu’ils mènent qui permet cet état de fait. Les Burkinabè doivent s’en inspirer.

Ne pas se tromper de combat

Au lieu d’ameuter la cité pour un problème qui n’en est pas un, il faut plutôt convaincre les populations que son choix est le meilleur. La CENI en tant qu’organe joue un rôle de mise en œuvre dans la tenue des élections. Sa partition est très importante mais ne saurait empêcher l’élection d’un candidat pour une question de deux représentants dans un démembrement.
L’équilibre dans la composition de la CENI est tel qu’il faut lui faire un minimum de confiance et se consacrer à l’essentiel. « Le temps est tout ce qui nous manque », disait un Général sur-le-champ de bataille. En se préoccupant de la vie de la CENI, l’Opposition risque encore de se laisser surprendre. Après Boulmiougou où elle pourrait ne rien obtenir au vu de la détermination du président de la CENI, Moussa Michel TAPSOBA, elle est capable d’allumer un autre incendie quelque part pour moins que ça. Et c’est comme ça que la date du 6 mai 2007 prévue pour les élections va la surprendre. Elle va se réveiller avec une écrasante majorité CDP à l’Assemblée nationale et n’aura que ses yeux pour pleurer. D’ailleurs son état de division actuel ne permet pas d’envisager sa victoire mais elle peut pour le moins limiter les dégâts en améliorant son score de 2002.

Le peuple est mûr

Les « polontichiens » pour les appeler comme au village doivent savoir que le peuple a mûri et ne choisit plus le premier venu comme représentant. Si théoriquement les élections sont fondées sur des programmes, elles sont devenues de plus en plus des rendez-vous entre un homme et son peuple. La personnalité et la proximité du candidat avec les électeurs sont maintenant des éléments fondamentaux. On sait que la plupart de ceux qui s’agitent devant les micros et les caméras à Ouagadougou vont se présenter dans leur village où ils font jouer la fibre familiale et l’appartenance communautaire. Mais ils se « cassent aussi la pipe » chez eux parce que les populations savent faire la différence entre le hâbleur venu de Ouagadougou qui n’a besoin d’elles que le temps d’un vote et celui qui se préoccupera de leur situation après la proclamation des résultats. C’est pourquoi la bataille actuelle pour la CENI et ses démembrements apparaît secondaire. Le 6 mai, c’est déjà demain. Même si personne ne s’est encore déclaré candidat, on connaît les intentions de chacun.
Quoi qu’on dise le CDP, le parti majoritaire sortant est une grosse machine électorale ! Son occupation permanente du terrain lui donne une longueur d’avance sur ses adversaires. Elle n’a plus besoin d’un long temps d’explication pour convaincre son électorat. Ce qui n’est pas le cas de son opposition dont la majorité des composantes n’a même pas encore fait un travail préalable d’implantation dans certaines provinces. Avec un tel retard, il va falloir mettre le turbo pour rattraper l’adversaire.
Ce qui n’est malheureusement pas le cas, si des représentations dans les démembrements de la CENI sont encore des plats de résistance du débat politique.

Par Ahmed Nazé

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