Qu'en est-il
de la fraude ?
Comme il est de coutume sous nos
tropiques, l'on a encore crié à la fraude
aux récentes élections législatives
dont les résultats définitifs sont en attente
au niveau du Conseil constitutionnel qui a déjà
fini d'examiner la majeure partie des recours qui n'auraient,
semblent-t-il, pas d'incidence réelle sur les résultats
provisoires.
Par ailleurs nous consacrons le présent dossier à
la question de la fraude à travers de analyses et
des interviews des personnalités politiques et judiciaires.
Les
membres du CDEC livrant leur rapport d'observation
Le Conseil constitutionnel en ses séances du 18
et du 21 mai est en train de vider les différents
recours introduits (14 au total) par les représentants
des partis politiques dans le cadre des législatives
du 6 mai 2007. Contrairement à ce qu'on s'attendait,
il y a eu très peu de recours avec preuves et faits
concrets, l'essentiel des plaintes relevant beaucoup plus
de la politique politicienne que d'actes juridiques sérieux.
Les plus significatifs ont concerné la province de
la Gnagna, les arrondissements de Baskuy et de Boulmiougou
de la commune de Ouagadougou. Concernant la Gnagna, le requérant
était Toussaint Abel COULIBALY de l'UPR. Dans cette
province à trois sièges, son parti n'en a
remporté aucun. Deux sièges sont revenus aux
CDP et le dernier à l'ADF/RDA. Sa requête a
permis de déceler des irrégularités
dans les départements de Mani et de Piéla
dont les résultats ont été annulés.
Mais cela n'aurait pas d'incidence sur la répartition
des sièges qui devrait rester en l'état. Il
en est de même pour les deux arrondissements de Ouagadougou.
A Baskuy c'est Antoine OUARE du RPC qui a introduit un recours
faisant annuler le scrutin dans les bureaux de vote n°1
à 27 inclus du secteur 10 de l'arrondissement. A
Boulmiougou, les requérants étaient Lassané
TRAORE de l'UPR, Idrissa BANDE de l'UNIR/MS, Philippe OUEDRAOGO
de l'ADF/RDA. Le Conseil constitutionnel après avoir
examiné leurs recours a annulé le scrutin
dans les bureaux de vote n° 53 et 87 du secteur 17.
Pour si peu…
Au nombre des recours, il y a peu qui concernent la fraude.
Il s'agit généralement des irrégularités
matérielles. Mais il y a des recours qui semblent
être beaucoup plus de la plaisanterie tels que ceux
introduits par l'UNDD qui demande l'annulation du scrutin
dans 15 provinces, alors que son président a prôné,
pendant la campagne, le refus de vote . Ce qui dénote
de la fuite en avant de nos politiciens qui ont tant pompé
l'air électoral avec des cris de fraude donnant l'impression
d'un scrutin scandaleux.
Tout porte à croire donc que ces dénonciations
de fraude n'étaient qu'une tempête dans un
verre d'eau. Ce n'est une stratégie de terres brûlées
pour éviter de se faire surprendre par l'adversaire
ou d'avoir à se défendre dos au mur. Cela
est bien dommage pour nos hommes politiques qui devraient
plutôt œuvrer au renforcement de notre processus démocratique
dont la pierre angulaire se trouve être des élections
au lieu de créer la psychose autour de la fraude.
Ça ne sert à rien de vouloir justifier d'avance
son échec électoral en criant à la
fraude. L'éthique politique voudrait qu'on se soumette
à la sanction des urnes. Personne n'a intérêt
à discréditer pour si peu un scrutin dont
l'organisation relève d'une institution, la CENI,
qui engage toutes les composantes du corps social. Le Conseil
constitutionnel s'affaire à proclamer les résultats
définitifs, et aucun parti n'a encore réellement
pu brandir de preuves sur les cas de fraude hormis ceux
présentés à Ouagadougou et dans la
Gnagna. La fraude électorale a, certes, plusieurs
visages et il arrive qu'elle passe entre les mailles. Mais
dans ce cas, il appartient à chaque formation politique
de jouer pleinement sa partition en veillant aux grains
à moins de reconnaître qu'en général,
c'est le voleur qui crie au voleur.
Le constat des observateurs
Pour ces législatives, environ 4000 observateurs
nationaux et internationaux ont été accrédités
par la CENI. Les structures des observateurs internationaux
ont été toutes unanimes sur la régularité
de ce scrutin qui évidemment ne pourrait être
d'une perfection irréprochable. Au niveau des observateurs
nationaux, le Collectif devenons citoyens (CDEC) a par exemple
relevé dans son rapport une certaine "suspicion
généralisée autour de la fraude et
crispation sociale entre les populations de Ouahigouya qui
se regardaient en chiens de faïence". D'une manière
générale, le CDEC déplore le fait que
ces législatives aient "une forte évocation
de la fraude que celles passées. Même si l'on
ne peut pas trouver matériellement la fraude, il
reste que ses conséquences sur la psychologie des
militants politiques et des électeurs sont incalculables.
La psychose autour de la fraude fait naître la méfiance
et l'intolérance qui sont forcément sources
de dérapages ou troubles sociaux…".
Le CDEC soutient toutefois que dans l'ensemble, les partis
politiques se sont abstenus de toute violence verbale ou
physique mise à part quelques cas d'intimidation
et les affrontements survenus pendant la campagne à
Zabré. La mission d'observation du MBDHP tout en
reconnaissant que les élections se sont bien déroulées
dans l'ensemble, a fait savoir qu'elles ont été
"dans un contexte général de crise au
sein des partis politiques tant de l'opposition que de la
mouvance présidentielle consécutive à
l'élaboration des listes de candidatures et de campagne
de dénonciation de fraudes massives imputables à
tous les acteurs politiques qui ont pris part au scrutin".
La LIDEJEL a, elle, conclu que "des dispositifs juridiques
et institutionnels sont mis en place en vue de garantir
au mieux la liberté et la transparence des scrutins.
Il appartient donc aux partis politiques de se les en approprier".
Même constat fait par l'OIE et bien d'autres structures
d'observateurs.
C'est dire en somme, que les crieurs à la fraude
n'ont fait que sacrifier à une tradition courante
dans les jeunes démocraties: celle de crier à
la fraude lorsqu'on pressent son échec. Au regard
du boucan qui a été fait par les différents
candidats, on s'attendait à une flopée de
recours au niveau du Conseil constitutionnel après
la proclamation des résultats provisoires. Mais il
n'en a rien été. Bien plus, passé le
temps des récriminations et aussi curieux que cela
puisse paraître on entend partout un concert de satisfecit,
comme si on parlait d'autre chose.
Par Drissa TRAORE
Nouroudine TALL,
directeur par intérim de l’Informatique et du fichier
électoral
«Personne ne nous a saisis des doubles inscriptions»
Le
fichier électoral informatisé qui permet d’établir
les cartes d’électeurs est aussi indexé dans
les cas de fraudes évoquées par certains partis
politiques. Nous avons approché M. Nouroudine TALL,
intérimaire du Directeur de l’Informatique et du
fichier électoral de la CENI qui, en compagnie du
Directeur de la Communication, Boris Edsond YAMEOGO, s’est
montré rassurant quant à la crédibilité
du fichier.
Nouroudine TALL (NT) : Il est important
de souligner que le fichier électoral dénote
de la volonté des partis politiques d’avoir une visibilité
des électeurs, pour pouvoir contrôler les inscriptions
et la révision des listes électorales. C’est
un processus en construction qui permet beaucoup plus de
visibilité et de crédibilité de la
liste électorale.
Comment a-t-il été conçu ?
(NT) : Le fichier électoral national informatisé
a été construit sur la base de la liste électorale
qui a servi au scrutin législatif de mai 2002. C’est
cette liste qui a été saisie dans un premier
temps et révisée en 2005 à l’occasion
de la présidentielle.
Qu’est-ce qui est fait pour éviter les tripatouillages
?
(NT) : A mon avis, on ne peut pas tripatouiller
le fichier électoral parce que tout le monde l’a
à sa portée à partir du Net. N’importe
qui peut le consulter et saisir la CENI dès qu’il
constate une certaine anomalie.
Mais, il y aurait des électeurs en possession
de plusieurs cartes. Ce qui pose un problème de crédibilité
du fichier, n’est-ce pas ?
(NT) : Jusqu’à preuve de contraire, personne
ne nous a apporté deux cartes d’électeurs
pour le même inscrit. Ce sont des déclarations
à mettre, pour le moment, sur le compte de la rumeur.
Nous attendons. Si toutefois quelqu’un venait à nous
présenter deux cartes, on pourra y apporter des explications.
Sinon je vous assure que le fichier électoral a été
épuré de tout ce qui est double inscription.
Nous avons consacré des semaines de travail pour
ça. Nous ne disons pas que notre travail est exempt
de toute erreur, mais je pense que le problème des
doubles inscriptions a été réglé.
C’est sur la base du fichier électoral épuré
que les cartes ont été établies. Il
n’y a donc pas de raison que quelqu’un se retrouve deux
fois sur la liste pour avoir deux cartes d’électeurs.
C’est peut-être au niveau des agents recenseurs que
les erreurs peuvent survenir. Mais le fichier électoral
nous permet de les déceler et épurer les doubles
inscriptions.
On parle généralement des pirates
informatiques ; alors, quelles sont les mesures de sécurité
dont est muni le fichier électoral ?
(NT) : Je pense qu’en matière de sécurité,
dévoiler son dispositif sécuritaire c’est
s’ouvrir encore à tous les pirates dont vous faites
allusions.
Mais je peux vous rassurer qu’au niveau de la CENI, les
dispositions sont prises pour que le fichier électoral
soit sécurisé. Nous travaillons dans un environnement
fermé. Nous n’avons pas ouvert le fichier au monde
de l’Internet où se trouvent tous les pirates possibles.
C’est une copie du fichier que nous avons mis sur Internet
quelle qu’en soit donc la manipulation qui pourrait être
faite là-dessus, cela ne nous posera aucun obstacle.
En ce sens que nous avons la liste d’origine sur d’autres
serveurs que nous n’avons pas ouvert à l’extérieur.
Par Drissa TRAORE
Achille TAPSOBA,
membre du CDP
“Nous avons constaté des cas de fraudes sur le
terrain de la part des partis de l'opposition”
Il
a été beaucoup question de fraudes lors des
législatives du 6 mai dernier. Avez-vous constaté
ces fraudes et comment se sont-elles manifestées
?
Achille TAPSOBA (AT) : Merci de l'opportunité
que vous me donnez de pouvoir m'exprimer sur cette importante
question qu'est la fraude électorale. Je pense d'abord
qu'il faut qu'on s'entende sur la notion de fraude. Si on
se met d'accord qu'est qualifié de fraude tout acte
de mauvaise foi qui contrevient soit à la loi, soit
aux règlements et qui nuit aux droits d'autrui, on
peut alors qualifier de fraude certains actes qu'on a pu
constater lors des élections. D'abord,le premier
point sur lequel la fraude a été perceptible
c'est au niveau du fichier électoral.
Nous avons quelques éléments de preuve. Il
est arrivé que certains retrouvent leur nom sur deux
listes électorales différentes. A ce stade
ce n'est pas encore de la fraude dans la mesure où
le citoyen peut faire valoir son droit de vote sur la base
d'une seule liste et renoncer à droit sur l'autre
liste. Là on devrait donc parler d'erreur que de
fraude, même s'il est vrai que c'est déjà
une porte à la fraude et Dieu seul sait combien de
gens ont utilisé cette porte ouverte, surtout quand
ces multiples inscriptions sont suivies de la délivrance
de plusieurs cartes d'électeurs au même individu.
Le problème de la fraude, c'est que la violation
de la loi ou du règlement électoral doit être
constatée par un acte de flagrant délit. Si
le flagrant délit est constaté, on peut estimer
qu'il y a eu effectivement fraude. Il peut également
y avoir tentative de fraude, ou des intentions de fraude.
Par exemple, se faire établir deux cartes d'électeurs.
Certains disent avoir pu voter plusieurs fois, et d'autre
détenir plusieurs cartes. Le problème se pose
alors au niveau du fichier électoral.
Il y a également la fraude au niveau des bureaux
de vote où d'aucuns disent que des agents de bureaux
de vote auraient voté à la place des électeurs.
Il s'agit en fait de constater à la fermeture du
bureau qu'il y a des électeurs qui ne sont pas venus
accomplir leur droit civique et de se substituer à
ces électeurs pour voter. Ça aussi c'est un
élément de fraude qui peut intervenir dans
les bureaux de vote. Il y a également au niveau de
la fraude les falsifications intentionnelles des résultats
obtenus par les différents partis sur la base des
procès-verbaux. Il y a, semble-t-il, des procès
verbaux qui ont été falsifiés du point
de vue des résultats obtenus par certains partis.
Mais je voudrais qu'on se comprenne bien. Tous ces actes
de fraude ont été dénoncés de
part et d'autre. C'est pour dire que l'opposition a également
son lot de fraudes qui peuvent être plus ou moins
avérées. Il y a aussi le fait que certains
estiment que dans l'acheminement des documents électoraux,
il y a également eu cas de fraudes dans la mesure
où ces documents ont été acheminés
dans de mauvaises conditions. Ou par exemple dans des bureaux
de vote où il n'y a pas eu de procèes-verbal
d'élection, semble-t-il, ou des PV et des urnes qui
ont été livrées sans escorte alors
que le code électoral prévoit l'escorte. C'est
donc autant de cas de manifestations ou de possibilités
de fraude qu'on peut citer.
On indexe beaucoup le nombre et la nature des documents
utilisés pour voter. Est-ce votre avis ?
AT : Il y a deux situations. Il y a ceux qui estiment
effectivement que c'est des portes ouvertes pour la fraude,
sans que cela ne donne lieu à des fraudes effectives.
Et il y a ceux-là qui les utilisent effectivement
pour frauder.
La loi autorise par exemple la présentation de l'acte
de naissance comme pièce d'identification. De ce
fait, on ne peut pas dire que c'est illégal de présenter
un acte de naissance. Les différentes pièces
dont on parle, c'est un choix politique qui a été
fait. Les insuffisances constatées au niveau de ces
pièces sont liées à la nature des pièces
et non à celui qui le détient.
Maintenant, on peut effectivement utiliser ces pièces
pour frauder, notamment par la délivrance de faux
actes de naissance, en utilisant le livret de famille pour
faire voter des gens qui n'en ont pas le droit… Bref, il
faut admettre aussi que c'est le niveau actuel atteint par
notre administration. C'est un niveau qui permet à
des gens mal intentionnés d'utiliser ces pièces
pour frauder aux élections.
Mais, il ne faut pas jeter l'anathème sur tout le
monde. Quand les partis politiques parlent de la pièce
d'identité infalsifiable, je pense que c'est un choix
qui mérite encore d'être bien réfléchi.
Ce n'est pas du jour au lendemain que cela sera effectif.
Pour les questions de fraude, je croi qu'il ne faut pas
incriminer les pièces utilisées mais plutôt
ceux qui les utilisent contre la loi.
Mais l'utilisation d'une seule pièce pourrait
certainement limiter la fraude !
AT : C'est juste. Je pense effectivement que c'est
dans le sens de pouvoir amoindrir le risque de fraude. Si
on arrive à une seule et unique pièce d'identification
on met tout le monde sur le même pied d'égalité
et ça permet de mieux réguler les choses.
Mais, cela est toujours susceptible d'être utilisé
par les fraudeurs, parce que le fraudeur par définition,
c'est celui qui part de ce qui est légal, le contourne
par divers moyens afin d'aboutir à ses objectifs.
Il faudrait d'ailleurs qu'on en arrive à l'utilisation
de la pièce d'identité comme seule pièce
de vote et que la carte d'électeur ne soit plus utile.
Le CDP, votre parti, a été accusé
de fraudes. Avez-vous constaté aussi des cas de fraudes
venant des autres partis et avez-vous introduit des recours
?
AT : Bien sûr que nous avons constaté
des cas de fraudes sur le terrain de la part des partis
de l'opposition. C'est trop facile de nous accuser. C'est
le voleur qui crie au voleur. Des individus qui se présentaient
comme honnêtes ont été pris dans des
actes de fraude. Il y a bien évidemment des recours
contre ces fraudes…
Si on vous demandait de faire quelques propositions
pour endiguer la fraude, quelles seraient vos propositions
?
AT : La première proposition c'est un fichier
électoral informatisé avec des bases informatiques
efficaces, c'est-à-dire un fichier avec une seule
base d'identification administrative. Avec plusieurs pièces,
le fichier peut comporter des erreurs, par exemple 3 inscriptions
pour la même personne. Donc une carte d'identité
infalsifiable pour tous les Burkinabè ayant l'âge.
Sur la base de cette carte, on fait le fichier électoral
avec impossibilité de double inscription.
Ensuite, il faudrait qu'au file du temps les cartes d'électeurs
puissent être remplacées par la carte d'identité
elle-même. La carte d'électeur, je pense qu'elle
sert seulement à identifier un électeur. Mais
la carte d'identité non seulement permet d'identifier
l'électeur mais elle est encore plus précise.
Les identités sont plus complètes sur la carte
d'identité que sur la carte d'électeur. En
plus, il y a la photo d'identité sur la carte d'identité
mais il n'y a pas de photo sur la carte d'électeur.
Donc, j'estime qu'on doit arriver à un moment où
la carte d'identité peut être utilisée
comme unique pièce pour les élections.
Je pense qu'avec ces éléments fondamentaux
plus la formation et le perfectionnement de ceux qui sont
dans les bureaux de vote et un peu plus de civisme on pourrait
arriver à enrayer en grande partie cette histoire
de fraude dans notre pays.
Entretien réalisé par
Ben Alex Beogo
“La loi électorale
en elle-même comporte des failles” dixit Fako OUATTARA
du MBDHP
Fako
Bruno OUATTARA, ex-magistrat, est le directeur du Centre
international d’études sociologiques et droit appliqué
(CINESDA), membre du Mouvement burkinabé des droits
de l’homme et des peuples et coordonnateur des observateurs
des élections du 6 mai 2007. C’est en cette qualité
que nous l’avons approché pour recueillir son avis
sur les situations de fraudes qui ont été
relevées dans quelques circonscriptions électorales
de notre pays, les causes et les conséquences sur
la crédibilité du scrutin pour l’avenir de
notre démocratie.
Selon M. OUATTARA, pour ce qui concerne les fraudes il
faut dire que la loi électorale en elle-même
comporte des failles favorisant des fraudes. En effet, plusieurs
éléments d’identification de l’électeur
permettent à celui-ci de choisir le document qu’il
veut pour s’inscrire comme électeur et même
comme candidat. D’autant que la loi électorale ne
retient pas comme électeur et éligible le
seul Burkinabé de naissance. Cela ouvre la possibilité
à toutes sortes d’interprétations ou de manipulations
si l’on sait que des personnes d’origines diverses peuvent
prétendre à la nationalité burkinabè.
C’est dire déjà que se pose la question de
l’identification même de l’électeur burkinabè.
Le constat est que le jour du scrutin ont été
utilisées des pièces d’état civil,
notamment les actes de naissance à des fins de fraudes.
Le phénomène n’est pas nouveau, assure M.
OUATTARA car affirme-t-il, « lors des municipales
passées, il y a eu des cas qui avaient été
jugés et condamnés ». Et d’ajouter qu’il
y a matière à s’inquiéter « par
rapport à ces types de fraudes parce que cela déstabilise
la nation ».
A l’entendre, ceux qui sont coupables de ces fraudes et
qui ne sont pas toujours le quidam mais bien des personnes
avisées n’ont aucune conviction de l’intérêt
général ni de la destinée de leur pays.
Falsifiant ainsi le suffrage des électeurs, ils aiguisent
les frustrations, les ressentiments, ce qui n’est pas de
nature à apaiser le climat social.
Quelles solutions à la fraude ?
Le centre que dirige M. OUATTARA, le CINESDA, proposa de
revoir tout le mécanisme électoral en application
et son opportunité. Est-ce que l’urne telle qu’elle
est conçue convient ? Est-ce qu’il faut attendre
le jour des élections pour identifier le lieu du
vote ? C’est là des interrogations posées
par M. OUATTARA qui livre ce qu’entrevoit son organisme
pour éradiquer la fraude ; ainsi dit-il « les
recherches que nous menons qui sont d’ailleurs très
avancées pourront supprimer totalement cette fraude
parce que le citoyen l’aura voulu. En tout cas la maîtriser.
Par exemple, à l’entrée d’une salle de Ciné
on coupe le ticket qui permet l’accès et c’est la
comptabilité du coupon qui donnera le nombre de personnes
dans la salle. Il y a certaines situations qui peuvent se
gérer instantanément et l’on n’a pas besoin
d’attendre 3 ou 4 jours pour cela... ». Il y a des
solutions c’est de travailler à sécuriser
l’état civil, à rendre la loi applicable ».o
Par Issoufou MAIGA
Abdouramane BOLY,
membre du Conseil constitutionnel
"On a grossi les faits dans la presse…"
Le
Conseil constitutionnel, on le sait, est l'institution habilitée
à se prononcer sur la régularité d'un
scrutin à travers l'examen des recours dont il est
saisi par les acteurs politiques ou des rapports de ses
équipes de supervision. Que dit-il du scrutin législatif
du 6 mai à l'issue duquel nombre de gens ont crié
à la fraude ? Nous avons approché pour vous
M. Abdouramane BOLY, membre de cette institution et coordonnateur
de ces législatives.
En quoi consiste votre tâche de coordination
des élections ?
Abdouramne BOLY (AB) : Il s'agit de superviser
la gamme de travail que le Conseil constitutionnel abat
au cours d'un scrutin. Je vous imprègne alors de
ce travail. Ainsi, je dois dire que notre institution a
compétence pour s'assurer de la régularité
des élections, de leur préparation à
leur déroulement jusqu'à la proclamation définitive
des résultats. Dans ses attribuions, le Conseil constitutionnel,
il va de soi, a une série d'activités à
mener de sorte que celles-ci embrassent aussi bien le déroulement
de la campagne électorale lorsque nous en sommes
saisis ou lorsque la situation est telle que le Conseil
constitutionnel doit intervenir pour rétablir l'égalité
entre les candidats pour ce qui est du traitement qui leur
est fait par l'organe chargé d'organiser la campagne
électorale notamment le Conseil supérieur
de la communication (CSC). Ses décisions peuvent
être portées devant le Conseil constitutionnel
si elles sont censées porter préjudice à
certains candidats. Il faut avouer que jusqu'à présent,
nous n'avons pas été saisis d'une telle contestation.
Par ailleurs, le jour du scrutin, le Conseil constitutionnel
est chargé par le biais de ses délégués
qui sont choisis parmi les magistrats de l'ordre judiciaire
de contrôler les opérations de vote au niveau
des bureaux de vote sur l'ensemble du territoire.
Dans ce contexte, nous avons eu recours à plus d'une
centaine de magistrats avec l'accord du ministère
de la Justice et des chefs de cours que nous avons déployés
à travers les 13 régions du pays et toutes
les provinces concernées. Sous la supervision des
coordonnateurs régionaux qui sont membres du Conseil
constitutionnel et quelques uns qui proviennent de la Cour
de cassation, du Conseil d'Etat et de la Cour des comptes.
A l'occasion donc de ces législatives, la collaboration
de ces magistrats avec les membres du Conseil constitutionnel
a permis de contrôler plus d'un millier de bureaux
de vote. Nous serons à même à la proclamation
définitive des résultats, de donner le chiffre
exact des bureaux de vote visités et les sanctions
qui pourraient en résulter.
Enfin, à la clôture du scrutin, le Conseil
constitutionnel organise la réception des procès
verbaux de chacun des 12605 bureaux de vote. Les enveloppes
qui nous parviennent doivent comprendre en plus du procès
verbal, la feuille de dépouillement, les bulletins
nuls que nous examinons. Nous procédons au contrôle
de ces pièces pour voir si elles remplissent les
conditions exigées. Il s'agit aussi de relever toutes
les observations qui auraient pu être faites par les
délégués des partis politiques tout
comme les réclamations qui pourraient y être
contenues quant à la régularité ou
non de l'opération de vote. Un autre volet de nos
attributions, c'est bien sûr d'examiner les recours
et les réclamations qui nous sont portés à
l'issue du scrutin en plusieurs phases. Il faut noter que
le Conseil constitutionnel s'autosaisit de certaines irrégularités.
Quelle appréciation faites-vous alors du
déroulement de ce scrutin législatif ?
AB : En tant que coordonnateur de ces élections
et membre du Conseil constitutionnel, je n'ai pas une appréciation
personnelle à livrer. Notre appréciation sera
portée à la connaissance du public lors de
la proclamation définitive des resultats qui fera
l'objet de la délibération de l'ensemble du
Conseil constitutionnel.
A l'occasion, celui-ci va établir son procès
verbal de recensement général des votes en
relevant tous les éléments positifs comme
négatifs qui auront caractérisé le
scrutin.
A quand donc la proclamation des résultats
définitifs ?
AB : Probablement dans la période du 28
au 31 mai.
Quels sont les types de recours dont votre institution
a été saisie ?
AB : A la date du samedi 19 mai qui était
le délai de rigueur pour les recours relatifs au
scrutin, nous en avons reçu 14. Avant les élections,
nous avons été saisis de dix recours portant
sur les contentieux des listes. Revenons-en aux quatorze
recours d'après les élections. Six ont déjà
fait l'objet d'examen et de décision. Sur les six
déjà examinés donc, il y a trois pour
lesquels les requérants se sont désistés
et nous en avons pris acte. Les trois autres ont fait l'objet
de décision tendant à l'annulation du scrutin
dans 27 bureaux de vote du secteur 10 de Ouagadougou, dans
2 bureaux de vote dans le Boulmiougou et aussi une annulation
concernant l'ensemble des bureaux de vote (plus de 100)
des communes de Piéla et de Mani dans la province
de la Gnagna. Ces recours concernaient la régularité
du scrutin et du dépouillement, c'est-à-dire
les irrégularités constatées le jour
des élections.
Ces irrégularités ont trait aussi bien à
la fraude qu'à la mauvaise tenue des bureaux de vote
par l'administration électorale. Il y a des fraudes
qui relèvent de certains actes politiques notamment
dans le secteur 10 de Ouagadougou où il y a eu des
manœuvres dans l'établissement de fausses-pièces
d'état civil permettant la confection des cartes
d'électeurs occasionnant le vote des personnes sous
une fausse identité. Dans la Gnagna, il y a eu des
faits similaires avec des éléments probants
que nous ont fournis les requérants. Nous avons donc
procédé purement et simplement à l'annulation
du scrutin dans les bureaux de vote concernés.
S'agissant des huit autres recours reçus entre le
16 et le 19 mai, ils émanent des formations politiques
ou de certains candidats qui contestent aussi bien les résultats
provisoires proclamés par la CENI ou qui mettent
en cause la régularité du scrutin. Les localités
concernées sont le Ioba, le Houet, le Sanguié,
le secteur 10 de Ouagadougou, le Yatenga. Il y a le recours
d'un parti qui demande l'annulation du scrutin dans 15 provinces.
Le RPC a même déposé un recours contre
le quotien électoral utilisé par la CENI pour
l'attribution des sièges sur la liste nationale.
Tous ces cas seront examinés et feront l'objet d'une
décision d'ici le vendredi 25 mai.
Les annulations faites ont-elles eu des incidences
sur la répartition des sièges dans les localités
concernées ?
A.B : Il va falloir épuiser d'abord l'ensemble
des contentieux pour voir les décisions qui ont été
rendues et en tirer les conséquences selon le mode
de scrutin que la loi électorale prévoit à
savoir la proportionnelle au plus fort reste. C'est au vu
de cela que l'on pourrait recalculer pour voir quelles sont
les incidences qui en découlent. Mais c'est de deux
choses l'une. Ou bien ces annulations sont telles que les
suffrages dont on ne tiendra plus compte n'ont pas d'incidence
sur les résultats d'ensemble déjà obtenus.
Soit ces annulations, compte tenu du mode de scrutin, peuvent
entraîner des changements en ce qui concerne l'attribution
des sièges. Dans ce cas, la loi électorale
dit que lorsque les irrégularités graves surviennent
et qui sont de nature à entacher les résultats
d'ensemble du scrutin, on procède à l'annulation
des élections dans la circonscription concernée
pour les reprendre dans les deux mois suivant la proclamation
définitive des résultats.
Il faut souligner que l'annulation des suffrages dans les
bureaux de vote ne signifie pas nécessairement la
reprise de l'élection. Il faut que les annulations
aient atteint un tel niveau que ça puisse changer
les résultats d'ensemble pour que selon le code,
l'élection puisse être annulée.
Mais, il est important de souligner que nous examinons les
recours sans nous soucier de l'impact que ça peut
avoir sur les résultats d'ensemble. On ne prend pas
des décisions en fonction de l'impact que ça
pourrait avoir ou pas. C'est la meilleure façon de
travailler dans la sérénité et dans
l'objectivité.
Quel sort réservez-vous aux fautifs ?
A.B : Le code électoral prévoit les
dispositions pénales en ses articles 101 à
122. Ces dispositions sanctionnent soit de peines d'emprisonnement,
soit d'une amende, soit des deux tout comportement frauduleux
qui émane d'un électeur, d'un candidat voire
d'un membre chargé de l'administration électorale
c'est-à-dire d'un bureau de vote. Il y a une panoplie
de faits et attitudes qui peuvent être l'objet de
poursuites pénales devant un tribunal correctionnel.
Le Conseil constitutionnel n'étant pas une juridiction
correctionnelle, n'a pas compétence pour ordonner
des poursuites à l'encontre des délinquants
ou contrevenants à la loi électorale. Cette
prérogative est du ressort des autorités habilitées
telles que mentionnées dans le code de procédure
pénale. Les victimes peuvent actionner une action
publique tout comme le ministère public peut s'en
auto-saisir.
Quel commentaire faites-vous de la fraude électorale
au Burkina Faso ? Que pouvez-vous dire du degré de
perception de la fraude dans ce scrutin législatif
?
A.B : Il faut dire que le phénomène
de fraude électorale et les irrégularités
est une réalité qui interpelle l'éthique
aussi bien des acteurs politiques que celle de l'administration
électorale et de façon générale
tous ceux qui interviennent dans le processus électoral
depuis l'établissement des listes jusqu'à
la proclamation des résultats définitifs.
Concernant le deuxième volet de votre question, en
tant que membre du Conseil constitutionnel, je ne peux que
me prononcer sur les cas de fraude dont on a été
saisi. Cependant, c'est que les allégations qui ont
été portées dans la presse et les témoignages
comparés aux recours dont on a été
saisi, il y a une grande disproportion. Est-ce à
dire que les personnes intéressées ont grossi
les faits ou est-ce que ces faits sont réels et il
y a un manque de confiance vis-à-vis du Conseil constitutionnel
qui leur laisserait penser que ce serait peine perdue ?
En tous les cas, c'est eux qui pourraient répondre
à cette interrogation.o
Par Drissa TRAORE
Le code électoral
indexé
Selon
de nombreux acteurs politiques et de la société
civile, la majorité des cas de fraude constatés
aux législatives du 6 mai trouve leur origine dans
le code électoral. D’ailleurs à l’issue du
scrutin plusieurs observateurs et même des acteurs
politiques (majorité comme opposition) ont recommandé
la relecture du code électoral en prenant en compte
les différentes critiques faites de part et d’autre,
une recommandation qui ne devrait pas tomber dans l’oreille
d’un sourd si tant est que la démocratie reste une
quête permanente faite d’ajustement et de réaménagement
des textes fondamentaux.
«En ce qui concerne la désignation des membres
de la CENI, certains points du code électoral doivent
être revus pour garantir les acquis de l’institution
(CENI)», déclarait M. Moussa Michel TAPSOBA,
président de l’institution en charge de l’organisation
des élections, dans une interview qu’il nous avait
accordée.
Les responsables politiques et les observateurs ne disent
pas autre chose quand ils indexent le code électoral
en d’autres points concernant entre autres les pièces
à fournir pour l’inscription sur les listes électorales
et le vote. Ils trouvent, avec juste raison, que la multitude
des pièces autorisées est une porte ouverte
à la fraude. Ces pièces sont entre autres
la carte d’identité, l’acte de naissance, le passeport,
le livret de famille, la carte militaire, la carte consulaire,
le livret de pension civile. En outre certains points du
code relatifs au contrôle des inscriptions sur les
listes électorales ne sont pas respectés.
Conséquence, on constate qu’un électeur peut
être inscrit sur plusieurs listes. Il en est de même
du dépouillement des votes et de la proclamation
des résultats. Ensuite, certains estiment que les
dispositions pénales du code électoral ne
sont pas appliquées.
Bref, ce ne sont pas les critiques et les récriminations
à l’égard du code électoral qui manquent.
C’est pourquoi, il est important qu’à l’issue du
scrutin, la CENI fasse le point des différentes recommandations
faites par les acteurs et qui sont susceptibles d’améliorer
la donne. De ces recommandations, le gouvernement pourra
en tirer les conséquences et faire en sorte que les
prochains scrutins soient meilleurs. Dans tous les cas,
à écouter les uns et les autres, et au regard
de certains constats sur le terrain, on peut affirmer que
la révision du code électoral se présente
aujourd’hui comme une nécessité. Et le consensus
semble se dégager autour de la question. Au gouvernement
de se pencher sérieusement sur la question. Il y
va de la crédibilité même de notre démocratie.
Par Ben Alex BEOGO
Luc
IBRIGA, Professeur de droit à l'Université
de Ouagadougou
«Il peut y avoir fraude sans que cela ne remette
en cause l’élection…»

La question de la fraude a été posée
lors du scrutin du 6 mai. Nombreux sont les partis qui se
sont accusés à tord ou à raison. Avant
que le Conseil constitutionnel ne tranche sur les recours
qui sont posés, nous avons voulu en savoir plus sur
le phénomène, ses implications, ses manifestations,
etc.
De nombreux acteurs, notamment politiques ont décrié
la fraude lors des élections du 6 mai dernier. Votre
avis sur la question ?
Luc IBRIGA (L.I) : La question de la fraude est
une question complexe. Complexe du point de vue de ses manifestations,
mais aussi du point de vue de la preuve de la fraude. Le
problème de la fraude dans les élections,
les modalités de réalisations des élections
peuvent prêter le flanc à la fraude. D’autant
plus que pour beaucoup d’acteurs politiques, on ne peut
pas gagner des élections sans frauder. La fraude
c’est la violation des règles de la compétition
électorale. Et à ce niveau, est constitutif
de la fraude, toutes les activités tendant à
influencer l’électorat en dehors de toutes les dispositions
légalement arrêtées. Est constitutif
de fraude, toutes les tentatives d’achats de consciences,
les billets qui sont glissés çà et
là pour inciter les populations à voter pour
tel ou tel parti.
Comment se manifeste la fraude ?
L.I : Les activités qui se passent en dehors
de la campagne électorale, avant que la campagne
ne soit lancée, soit après qu’elle soit fermée.
On sait que dans la plus part des circonscriptions à
la fermeture de la campagne commence une autre qui est plus
sournoise et qui peut être plus décisive et
qui en fait est constitutive de fraude. Mais la fraude ne
peut exister que si les garde-fous règlementaires
et institutionnels sont fragiles. Premièrement, la
fraude commence avant les élections au moment de
l’élaboration des listes. Et dans notre système
pourquoi la fraude peut exister pendant la confection des
listes ? C’est parce que les documents nécessaires
pour s’inscrire sur les listes électorales, sont
multiples, et certains ne sont pas fiables. Parce que pouvant
être établis de façon très facile,
car nous n’avons aucune coordination de l’état civil.
On dit avec un jugement supplétif, avec une carte
de famille, avec la pièce d’identité, le passeport,
etc. vous pouvez vous inscrire sur la liste. Ces éléments-là
favorisent la fraude dans la mesure où il est possible
pour moi de m’inscrire avec ma pièce d’identité
à Ouagadougou, et me faire délivrer un jugement
supplétif avec un autre nom et de pouvoir m’inscrire
dans mon village. D’autant plus que les règles de
résidence ne sont pas strictement appliquées.
Ce sont des conditions qui sont favorables à l’expression
de la fraude. Pendant l’élection, un des éléments
de la fraude qui a été diminué est
l’adoption du bulletin unique. Ce qui fait éviter
aujourd’hui le bourrage des urnes. Il y a en plus de cela,
une dimension dans laquelle la fraude peut se manifester,
c’est au moment du dépouillement. Cette fraude peut
exister du fait du manque de vigilance des représentants
des partis politiques au niveau des bureaux de votes. Elle
ne devrait normalement pas exister si les partis politiques
jouaient leur rôle pour que dans chaque bureau de
vote, ils aient leurs représentants qui soient là
au moment du dépouillement, parce que au moment du
dépouillement, les votes sont individuellement comptés
et une vigilance des différents représentants
des partis politiques, peut permettre d’éradiquer
cette fraude-là. D’autant plus que le code électoral
fait obligation de donner une copie du procès verbal,
ce qui normalement devrait attester de la véracité
du décompte des voix. La dernière étape
est au niveau de l’acheminement des résultats des
votes. Il y a des procès-verbaux qui sont manipulés,
qui ne correspondent pas à ce qui a été
établi dans les bureaux de vote, et de ce point de
vue, le manque de formation des représentants des
partis politiques, fait que les procédures nécessaires
pour contester un tel procès-verbal posent problème.
Il y a lieu qu’il y ait un moyen fiable de transmettre les
résultats. Le problème de la fraude se développe
par l’insuffisance du système d’organisation de la
compétition électorale, mais aussi par une
certaine culture. Quand le civisme politique est faible,
les tentations de recours à la fraude sont élevées.
Parce que, le fait d’intériorisé que l’on
gouverne parce qu’on a reçu une légitimité
du peuple, n’est pas beaucoup considéré. Et
pour cause, nombreux sont les politiques qui refusent d’accepter
que c’est le peuple qui fait et défait et que de
ce point de vue, on doit accepter le résultat des
urnes. Quand on recourt à la fraude, c’est parce
qu’on n'a pas foi à la légitimité du
peuple. Et en ce moment si l’on gouverne on ne veut pas
quitter le pouvoir. Quand on est dans l’opposition et qu’on
a recours à la fraude, c’est que l’on considère
que l’on n'a pas d’autres moyens d’accéder au pouvoir.
Ce qui est encore plus dangereux.
Comment expliquez-vous que des partis politiques crient
à la fraude comme ça a été le
cas lors du 6 mai 2007 et qu’au finish il y ait si peu de
recours ?
L.I : Le problème qui se pose c’est de prouver l’existence
de la fraude, et c’est là l’aspect le plus complexe
parce que la plupart des personnes ou des partis qui dénoncent
ne recourent pas aux procédures normales pour prouver
la fraude. Pourtant le code électoral donne la possibilité
aux différents acteurs de faire porter toutes les
anomalies et tous les quiproquos sur le procès verbal.
Et normalement, le président du bureau de vote doit
l’inscrire. Or, beaucoup de gens constatent mais ce n’est
pas inscrit sur le procès-verbal. La personne fait
simplement rapport à son parti ou à son candidat.
Mais qu’elle est la preuve matérielle de la fraude
si cela n’est pas inscrit sur le procès-verbal ?
Normalement, les attitudes qui sont contraires au bon déroulement
du scrutin doivent être notifiées. Il faut
toujours avoir un début de preuve soit que vous avez
une photo, soit qu’à l’instant que cela s’est passé
vous avez pris à témoin le président
du bureau de vote et les autres membres, pour qu’il ait
un commencement de preuve. C’est un devoir des partis politiques
de former leurs membres à utiliser les voies de droit
qui sont offertes par le code. Il ne s’agit donc pas seulement
de passer son temps à crier ou s’accuser, mais il
faut travailler à réunir des preuves ou de
début de preuve et surtout les remettre aux autorités
compétentes. De plus en plus, c’est ce qui se fait.
Quand on se réfère à ce qui s’est passé
à Koudougou, à Ouahigouya, etc. les gens ont
compris qu’il fallait qu’ils aillent à la gendarmerie,
à la police, pour que l’on puisse avoir trace de
leur dénonciation et des faits qui sont reprochés.
Parce que le constat de police fait foi. Les partis ne vont
pas jusqu’au bout de leur dénonciation également
parce qu’ils n’arrivent pas à faire un lien entre
ceux qui sont accusés de fraude et l’acte de fraude.
Par exemple, ces personnes ont été arrêtées
au moment où elles arrivaient. Ces personnes n’ont
pas pu voter, donc elles n’ont pas pu influencer le résultat.
De la même manière celui qui est détenteur
de plusieurs cartes, il s’agit de savoir s'il a pu voter
à plusieurs reprises. Et en cela les cartes qu’il
détient permettent de vérifier.
Qu’est-ce qui incite les politiques à la
pratique de la fraude pour acquérir le pouvoir?
L.I : Je crois que c’est une culture qui à
la fois est une insulte à l’intelligence des citoyens
et qui montre que la conquête du pouvoir a une connotation
individuelle. Le fait de conquérir le pouvoir pour
servir ceux-là qu’on doit servir, ne devrait pas
conduire à utiliser des moyens frauduleux pour accéder
au pouvoir.
Peut-on envisager des élections en Afrique
ou ailleurs sans fraudes ?
L.I : On peut envisager des élections sans
fraudes au niveau institutionnel. C'est-à-dire que
les structures de compétitions extra ne soient pas
mêlées à toute une organisation de fraudes.
Qu’il ne soit pas organisé dans les partis politiques
ou au niveau du système d’organisation des élections,
etc. Mais on ne pourra jamais éradiquer la fraude
au niveau des candidats ou des militants qui peuvent prendre
eux-mêmes des initiatives croyant bien faire pour
que leur parti ou leur candidat gagne soit en utilisant
des voies de fait, soit en utilisant leur position sociale,
au niveau local, etc., pour influencer. La fraude fait partie
des obstacles à la libre expression du suffrage.
Le fait de donner 1000 F ou un sac de riz à quelqu’un
en lui disant de voter pour vous, devient un comportement
qui s’insère dans les habitudes des populations qui
voient maintenant dans les élections, un moyen pour
eux de capter la manne électorale, sachant que par
la suite il n’y aura plus rien. La preuve c’est que le président
du CDP a dit aux députés de son parti : «
On vous a à l’œil, ceux-là qui sont élus
et qui ne vont plus vers la base pour faire remonter les
aspirations des populations vers les lieux du pouvoir..
» Je dis en ce moment, il y a possibilité de
faire des élections sans fraude. Mais, il est certain
qu’on ne peut pas éliminer totalement la fraude parce
qu’elle peut s’exprimer à travers le comportement
individuel.
Mais telle que les choses se présentent
il y a tout l’air que ce n’est qu’en Afrique qu’on fraude
pendant les élections ?
L.I : L’assise organisationnelle et la culture
font que celui qui fraude verra sa carrière politique
totalement brisée. On voit par exemple dans l’application
des règles du jeu que par exemple au niveau des financements
des campagnes, les exigences des sommes investies dans la
campagne, font que des élections ont été
invalidées. C’est le cas de M. Jack LANG qui avait
fait un dépassement du plafond de son budget de campagne
tel que prescrit par la loi et les élections ont
été invalidées. Vous ne pouvez pas
savoir la valeur qu’accordent les membres des bureaux de
vote quant à leur image et le rôle qu’ils jouent
dans l’incarnation des valeurs de la République.
Avec aussi les médias et les sondages, il est difficile
de frauder. Mais ça veut pas dire qu’il n’y a pas
de fraudes en Europe ou qu’il y a pas eu de fraude. On a
vu également en Occident des bourrages d’urnes et
des résultats d’élections truqués.
C’est dire que la fraude n’est pas une chose qui est propre
à l’Afrique. Seulement, le fait que nous n’ayons
pas cette culture de la compétition électorale
pendant longtemps nous avons vécu dans l’unanimisme
et le fait de devoir chercher auprès du peuple la
légitimité du pouvoir, cela est tout à
fait récent. Je dis, en Afrique, plus nous allons
avancer dans l’organisation des élections, plus nous
aurons des élections propres.
Pensez-vous que les fraudes qui se seraient passées
lors du scrutin du 06 mai puissent entacher la sincérité
et la crédibilité du scrutin ?
L. I : Là je ne vais pas m’hasarder, car
il faut avoir l’état des fraudes et les preuves qui
ont été données à cela. Seul
le Conseil constitutionnel peut juger de l’état réel
des fraudes. Dans la mesure où les preuves lui seront
apportées, il pourra au regard de ces preuves trancher.
Il y a des zones dans lesquelles les contestations sont
nombreuses, mais le contentieux électoral est du
domaine du Conseil constitutionnel. C’est dire que si l’on
n'a pas tous les éléments du dossier, on ne
peut pas dire si la fraude permet de remettre en cause la
crédibilité du scrutin. Il peut avoir fraude
sans que cela ne remette en cause l’élection parce
que la dimension de la fraude n’est pas à même
de remettre en cause la crédibilité et la
sincérité du scrutin. C’est quand par exemple
vous avez dans une élection où sur mille ou
deux mille il y a deux ou trois personnes qui sont saisies
pour fraude, cela n’a pas d’incidence sur le résultat.
Mais quand le vote est serré, la fraude peut avoir
pour but de truquer le résultat donc en ce moment,
l’élection peut être invalidée. Voilà
pourquoi beaucoup de gens ne comprennent pas quand on dit
qu’il y a eu des fraudes et que cela ne remet pas en cause
le résultat, ça veut dire que la dimension
de la fraude peut changer la donne parce que tant qu’on
ne va pas apporter la preuve que le reste est frauduleux,
on ne peut pas subodorer simplement en disant on a attrapé
une personne de tel parti qui a fraudé donc ça
veut dire que tous ceux qui ont voté pour ce parti
ont fraudé. Il appartient au Conseil constitutionnel,
au vu des preuves qui lui seront soumises de dire qu’elle
élection sera validée et qu’elle élection
sera annulée.
Par Frédéric ILBOUDO
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